HomeLe travail plateformisé. Un danger pour la démocratie ?
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Published on Wednesday, October 09, 2024

Abstract

Avec l’essor de l’économie numérique, de nouvelles dynamiques marchandes se sont déployées, faisant appel à une façon inédite de mobiliser la main-d’œuvre pour en assurer le fonctionnement quotidien. Les plateformes capitalistes constituent la forme paradigmatique de cette évolution du capitalisme contemporain. Les plateformes seraient en quelque sorte un « facilitateur démocratique », le marché constituant pour ses promoteurs la condition sine qua non d’une démocratie digne de ce nom. Pourtant la réalité est bien différente, et le plus marquant peut-être, c’est la manière dont les plateformes agissent sur la subjectivité des micro-entrepreneur·euses, pour en réduire les voies d’expression, d’épanouissement, avec les dangers qu’une telle colonisation subjective fait courir au vivre-ensemble aussi bien démocratique qu’écologique. Il est donc urgent de rendre compréhensibles des dynamiques sociales et subjectives complexes, pas toujours faciles à appréhender tant elles sont diffuses.

Announcement

Présentation

Avec l’essor de l’économie numérique, de nouvelles dynamiques marchandes se sont déployées, faisant appel à une façon inédite de mobiliser la main-d’œuvre pour en assurer le fonctionnement quotidien. Les plateformes capitalistes constituent la forme paradigmatique de cette évolution du capitalisme contemporain. Pourtant, les propriétaires des plateformes (et des capitaux qui en autorisent le développement) ont élaboré un discours officiel présentant leurs nouvelles infrastructures technologiques comme un simple outil de médiation marchande. Les plateformes seraient en quelque sorte un « facilitateur démocratique », le marché constituant pour ses promoteurs la condition sine qua non d’une démocratie digne de ce nom. Une promesse à ce point alléchante que les plus hautes institutions de nombreux pays n’ont eu de cesse de faciliter l’installation et le fonctionnement des plateformes.

Pourtant la réalité est bien différente. De nombreux travaux ont commencé à rendre compte précisément de ce que « plateformiser l’économie » veut dire. Les enquêtes de terrain permettent notamment de montrer que les plateformes numériques, structurées par des algorithmes, rapprochent l’offre et la demande tout en organisant l’activité, notamment en recourant à l’externalisation de la majorité des travailleur·euses, de leurs outils de travail et de leurs droits sociaux. Les analyses insistent sur la place particulière qu’occupe l’organisation du travail plateformisée dans la compréhension des formes d’engagement dans les activités, aussi bien sous un angle temporel que spatial. Mais le plus marquant peut-être, c’est la manière dont les plateformes agissent sur la subjectivité des micro-entrepreneur·euses, pour en réduire les voies d’expression, d’épanouissement, avec les dangers qu’une telle colonisation subjective fait courir au vivre-ensemble aussi bien démocratique qu’écologique. Il est donc urgent de rendre compréhensibles des dynamiques sociales et subjectives complexes, pas toujours faciles à appréhender tant elles sont diffuses, mais dont nous considérons qu’elles signent l’entrée du capitalisme dans une nouvelle phase, particulièrement angoissante en raison de la puissance des moyens déployés et de la violence de l’onde de choc générée par les processus en cours. Car derrière la hype technophile, se donne à voir une autre histoire, celle des vaincus : les travailleurs de plateforme, confrontés à des exigences temporelles et spatiales démesurées et toujours en croissance, en viennent à se faire coloniser par l’algorithme. Le travail plateformisé attaque les ressources subjectives de celui qui s’y risque, jusqu’à mettre en péril sa santé physique et mentale.

Croire que cette situation concerne uniquement une population migrante particulièrement fragilisée, et de ce fait incapable de faire face aux contraintes des plateformes, serait commettre une grossière erreur d’analyse. Si les plateformes ont déjà conquis de nombreuses places de marché où gravitent des métiers plus ou moins qualifiés (livraison, transport, nettoyage, etc.), leur effort d’extension s’oriente vers des professions reconnues pour leurs spécificités techniques. Si bien que l’on imagine aisément les restes du « compromis fordiste » finir de se dissoudre dans un halo micro-entrepreneurial où la concurrence interindividuelle se substitue aux régulations collectives – même imparfaites.

Croire que les agents dominants du capitalisme de plateformes se contenteront d’une simple victoire en matière économique serait commettre une autre erreur d’analyse, lourde de conséquences en ce qui concerne notre rapport à la démocratie. Dès le départ, les promoteur·rices des plateformes ont pensé et diffusé un projet politique assurant d’asseoir définitivement leur domination matérielle et symbolique. Leur projet de plateformiser la société tout entière, État compris, a trouvé des relais parmi les élites de l’appareil technocratique, qui ne manquent pas de mettre en place des solutions algorithmiques dès que l’occasion se présente. En individualisant et en dématérialisant les rapports aux institutions, les promoteur·rices du techno-solutionnisme sapent une partie des fondements de la vie démocratique : la participation à la délibération collective dans l’espace public, qui est la seule manière de garantir l’élaboration partagée des idées politiques. Le tête-à-tête pixelisé n’est pas de nature à remplacer la rencontre affective nécessaire pour développer une pensée de l’action rationnelle.

Face à ces dynamiques délétères, l’action collective, qu’elle soit dans la rue ou dans les arènes juridiques, reste la seule voie oppositionnelle envisageable pour proposer d’autres solutions et contrer l’avancée des plateformes. Reste à savoir à quelles conditions une telle action pourra être efficacement mise en mouvement. Les intervenant·es de cette journée d’étude aborderont ces sujets à partir de leurs connaissances de terrain et des discussions avec le public.

Programme du 04 novembre 2024

Matin : Vécu du travail et de la domination sociale : que nous apprennent les travailleur·euses de plateformes ?

Accueil du public : 9h

  • 9h30-10h : introduction Pascal Savoldelli (sénateur du Val-de-Marne)

Session 1 : La reproduction de la domination sur les plateformes de livraison

  • 10h-10h20 : Hugo Botton (doctorant en sociologie, Université Paris Saclay) et Claire Burban (doctorante en géographie, Université de Nantes)
  • 10h20-10h40 : Stéphane Le Lay (sociologue) et Fabien Lemozy (sociologue, IPDT)

Pause

Session 2 : Quelle situation sur les autres plateformes de service ?

  • 11h00-11h40 : Marine Snape (docteure en sociologie, EHESS)
  • 11h30-12h : Nicole Teke (doctorante en sociologie, Université Paris Nanterre)

12h-12h45 : échanges avec la salle avec Alizée Delpierre (chercheuse en sociologie, CNRS)

Pause

Après-midi : Action collective et lutte pour les droits sociaux dans une économie plateformisée

Session 3 : Les institutions dans la prise en charge de la problématique des droits sociaux des livreur·euses

  • 14h-14h30 : Jonathan L’Utile-Chevallier (Coopcycle)/Association AMAL (Maison des livreurs, Bordeaux)
  • 14h30-15h : ANSES (Henri Bastos, Thomas Bayeux, Dina Attia)

Pause

Session 4 : La lutte européenne pour le droit des travailleur·euses de plateformes

  • 15h15-15h45 : Barbara Gomes (maîtresse de conférences, Université d’Avignon)

15h45-16h30 : échanges avec la salle avec Arthur Hay (ancien livreur, membre du bureau collégial de la maison des livreurs de Bordeaux) et Circé Lienart (coordinatrice Maison des Coursiers, Paris) (discutants)

  • 16h30-17h : conclusion Sophie Bernard (professeure des universités, Université Paris Dauphine)

17h-18h : discussions de fin

Informations pratiques

  • Inscription obligatoire. Pensez à vous munir de votrepièce d’identité

Contact

  • travailplateformise@gmail.com

Places

  • 15 rue de Vaugirard
    Paris, France (75006)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Monday, November 04, 2024

Attached files

Keywords

  • travail, plateforme numérique, santé mentale, genre, migration, domination sociale, démocratie

Contact(s)

  • Stéphane Le Lay
    courriel : slelay [at] club-internet [dot] fr
  • Fabien Lemozy
    courriel : fabien [dot] lemozy [at] ipdt [dot] fr

Information source

  • Stéphane Le Lay
    courriel : slelay [at] club-internet [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Le travail plateformisé. Un danger pour la démocratie ? », Study days, Calenda, Published on Wednesday, October 09, 2024, https://doi.org/10.58079/12ftg

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