D’autres philosophies du langage : l’idéalisme allemand et sa postérité
Andere Sprachphilosophien: Der Deutsche Idealismus und sein Erbe
Published on Thursday, November 07, 2024
Abstract
L’objectif du colloque est à la fois d’approfondir la pensée du langage de l’idéalisme allemand au XVIIIe et XIXe siècles et d’étudier la manière dont celle-ci a été reçue, héritée et discutée par la postérité philosophique au XXe siècle.
Announcement
Argumentaire
La pensée du langage des philosophies idéalistes allemandes a récemment connu un regain d’intérêt académique. Elle a pourtant, pendant longtemps, été tantôt occultée, tantôt sous-estimée, dès lors que l’on a fait jouer l’universalité de la pensée contre les particularités et les contingences de la langue. Mais, s’il est vrai que le langage constitue rarement le thème ou l’argument majeur des œuvres idéalistes en question, il les traverse et les soutient : la langue n’est pas la contrainte ou le simple instrument de la pensée, mais le lieu où cette dernière s’élabore et se délimite, et où la raison à la fois se dépose et s’accomplit. En ce sens, catégories, figures et systèmes ne sont pas seulement les outils et les noms d’une certaine logique, mais aussi les ressources d’une pensée qui se tourne vers l’absolu et interroge les possibilités de la langue.
On peut dans cette mesure penser qu’il y a là de quoi constituer un tournant linguistique, du moins un tournant vers le langage. Une telle pensée de la langue a d’abord été étudiée par la critique littéraire avant d’être l’objet, depuis une dizaine d’années, d’une certaine attention philosophique.
Les récents travaux qui montrent que le langage n’est pas un impensé des idéalismes allemands nous invitent en ce sens à élargir la perspective en interrogeant aussi l’héritage de cette pensée dans les philosophies du XXe siècle. En effet, au moment où le langage devient l’objet d’étude distinct de la philosophie analytique et le cœur de la démarche linguistique et structuraliste, d’autres pensées de la langue émergent en nouant un dialogue à la fois constructif et critique avec l’héritage idéaliste. Lorsque certains penseurs revendiquent explicitement de faire davantage droit au langage que les penseurs idéalistes, d’autres semblent de manière implicite relier une critique du caractère systématique de la philosophie idéaliste à une pensée nouvelle du langage restant toutefois, à certains égards, tributaire de celle-ci. S’agit-il là d’une rupture apparente qui cacherait en effet une continuité, voire l’assomption silencieuse d’un héritage ?
Notre questionnement donnera lieu à deux axes historiques qui nous permettront d’approcher la pensée idéaliste du langage sous une perspective nouvelle et plus large, en y intégrant la question de sa réception au XIXe et XXe siècles et les conséquences philosophiques de celle-ci.
Axe 1. L’idéalisme allemand : langage, langues, philosophie.
L’idéalisme allemand, dans sa diversité et dans sa proximité avec le romantisme, est le lieu du développement d’une réflexion plurielle sur le langage. Héritière du criticisme kantien, cette réflexion se tourne d’abord vers les conditions d’existence et de possibilité du langage, interrogeant l’historicité des langues naturelles, leurs rapports mutuels, et jusqu’à leur origine. C’est non seulement la possibilité du passage entre les langues, mais aussi du passage au-delà de celles-ci qui est soulevée. Dans cette mesure, le questionnement ouvert par les philosophies idéalistes allemandes oscille entre une voie spéculative et systématique, qui interroge le langage dans son idéalité, et une voie qui se consacre à l’étude pratique et concrète de la langue, dans une perspective historique, socio-politique, philologique et herméneutique. En ce sens, la pensée du langage n’est pas indépendante de la question du système, tantôt qu’elle s’élabore en son sein ou à son encontre.
Cette variété de questionnements, qui doit signifier que la pensée du langage importe bel et bien aux philosophies idéalistes allemandes, est enfin le lieu d’une réflexion sur la langue propre de philosophie. En effet, si les XVIIIe et XIXe siècles sont pour la philosophie le moment d’un retour réflexif sur elle-même et sur la raison, une telle prise de conscience concerne aussi les conditions d’énonciation propres au discours philosophique : et si la langue de la philosophie est celle du concept pour Hegel, il faut encore interroger la façon dont l’idéalisme conçoit son propre discours.
La pensée du langage des idéalismes allemands se définit ainsi comme une réflexion plurielle sur le langage, sur les langues et sur la philosophie elle-même. D’emblée, elle ouvre la voie à un ensemble de critiques et de reprises, qui, au-delà de l’idéalisme et des frontières allemandes, sera continué au siècle suivant.
Axe 2. Les limites du langage : postérités de l’idéalisme allemand.
Pour comprendre l’ampleur de cette pensée du langage, il est également nécessaire d’évaluer le rapport entre les idéalistes allemands et leurs successeurs. La critique de l’idéalisme, telle qu’elle a été formulée au XIXe et XXe siècles, s’articule autour de deux dimensions, dont l’une est indissociable de l’autre : primo, la critique de l’aspiration de la philosophie au système et secundo, la nécessité de trouver une autre langue philosophique permettant de quitter les chemins de pensée de l’idéalisme par une conceptualité nouvelle.
C’est d’abord le leitmotiv de l’opposition au système qui oblige les philosophes de la postérité de l’idéalisme à repenser leur rapport au langage. Ce dernier ne peut plus apparaître comme le lieu d’une transparence à soi de la conscience, mais devient un domaine de révélation de la pensée, ainsi que le lieu de sa possible errance. C’est alors qu’émerge une pensée philosophique de la langue qui adopte ce que l’on pourrait qualifier de démarche du soupçon : penser la langue, cela implique de comprendre non seulement ses possibilités, mais aussi ses limites, limites dont le caractère caché constitue le risque véritable pour la philosophie. Voilà le cadre paradoxal qui sera dès lors celui d’une philosophie qui à la fois se fait dans et par le langage et doit se tourner contre lui : il s’agit de déterminer « comment dire au moyen du concept ce qui ne se laisse à proprement parler pas dire avec des concepts » (Adorno).
Surgit alors l’urgence de trouver un chemin vers une langue authentique, permettant à la pensée d’échapper aux entraves conceptuelles de la tradition métaphysique afin de dire la condition l’homme comme condition tragique. Une telle recherche implique également de déterminer à nouveau le rapport entre littérature et philosophie, dont les frontières apparaissent dès lors dépourvues de l’évidence dont elles auraient pu jouir auparavant.
Programme
Vendredi 15 novembre.
Campus des Cordeliers, Amphithéâtre Farabeuf (15 rue de l'Ecole de Médecine)
Présidence : Emmanuel Cattin, Professeur (Sorbonne Université)
9h : accueil
- 9h30-10h15 : Gaetano Rametta, Professeur (Université de Padoue, Italie) : « Le double rôle du langage dans l'idéalisme allemand. »
- 10h15-11h : Philipp Schwab, Professeur (Université de Fribourg, Allemagne) : « Dezentrierung und Rezentrierung. Zur geschichtlichen Ambivalenz im Systemprojekt der Klassischen deutschen Philosophie. »
Pause
- 11h15-12h : Claire Pagès, Professeure (Université Paris-Nanterre) : « Droit et langage chez Hegel. Quelques réflexions à partir des Principes de la philosophie du droit. »
Déjeuner
Présidence : Claire Pagès, Professeure (Université Paris-Nanterre)
- 14h-14h45 : François Ottmann, Maître de conférences (Université de Toulouse Jean Jaurès) : « Logiques du sens : autour de la théorie hégélienne de l’énoncé spéculatif. »
- 14h45-15h30 : Armande Delage, doctorante (Sorbonne Université) : « Hegel et l'idéalisme danois dans la pensée kierkegaardienne de la langue. »
Pause
- 15h45-16h30 : Emeline Durand, Maîtresse de Conférences (Université de Bourgogne) : « La fidélité tragique. La rencontre des langues dans les traductions de Hölderlin"
- 16h30-17h15 : Doris Bretz, doctorante (Sorbonne Université) : « Adorno, lecteur de Hölderlin. Tentative d'une réappropriation. »
Samedi 16 novembre.
Sorbonne, Amphithéâtre Michelet (46 rue St Jacques)
Présidence : Emeline Durand, Maîtresse de Conférences (Université de Bourgogne)
- 9h-9h45 : Denis Thouard, Professeur (Centre Marc Bloch, Berlin, Allemagne) : « Quelle philosophie du langage pour l'herméneutique ? sur la théorie du langage de Schleiermacher. »
- 9h45-10h30 : Thomas Aït-Kaci, doctorant (Sorbonne Université) : « Gershom Scholem : le langage ou le « néant de la Révélation »."
Pause
- 10h45-11h15 : Philip Hogh, Professeur (Université de Cassel, Allemagne) : « Adorno, Brandom und die Normativität des Urteilens. »
- 11h15-12h : Jean Tain, ATER (Université de Lorraine) : « Une gradation sans hiérarchie ? Le linguistique et le spirituel selon Walter Benjamin. »
Inscription
armande.delage@sorbonne-universite.fr // doris.bretz@etu.sorbonne-universite.fr
Subjects
- Thought (Main category)
- Periods > Modern > Nineteenth century
- Mind and language > Thought > Philosophy
- Mind and language > Language > Literature
- Periods > Modern > Twentieth century
- Mind and language > Language
- Zones and regions > Europe > Germanic world
- Zones and regions > Europe > Baltic and Scandinavian countries
Places
- Amphithéâtre Michelet - 46 rue Saint Jacques
Paris, France (75)
Event attendance modalities
Full on-site event
Date(s)
- Friday, November 15, 2024
- Saturday, November 16, 2024
Attached files
Keywords
- langage, idéalisme allemand, philosophie, Hegel
Contact(s)
- Armande Delage
courriel : armande [dot] delage [at] sorbonne-universite [dot] fr - Bretz Doris
courriel : doris [dot] bretz [at] etu [dot] sorbonne-universite [dot] fr
Information source
- Armande Delage
courriel : armande [dot] delage [at] sorbonne-universite [dot] fr
License
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To cite this announcement
« D’autres philosophies du langage : l’idéalisme allemand et sa postérité », Conference, symposium, Calenda, Published on Thursday, November 07, 2024, https://doi.org/10.58079/12mx6

