Veröffentlicht am Montag, 02. Dezember 2024
Zusammenfassung
Bouleversements politiques et sociaux majeurs pour l’Europe et pour la péninsule italienne, la Révolution française et l’expérience napoléonienne modifièrent profondément et irréversiblement le rôle de l’État dans le domaine scientifique et culturel, en l’élevant au rang de financeur décisif des savants et de garant ultime – mais non exclusif – de leur prestige. Ce changement eut pour corollaire la transformation décisive, bien que non linéaire, de la fonction sociale de l’acteur culturel, appelé à se confronter à de nouveaux rapports de force – en les pliant autant que possible à son avantage –, à des pressions sans précédent et à des hiérarchies renouvelées du savoir.
Inserat
Argumentaire
Bouleversements politiques et sociaux majeurs pour l’Europe et pour la péninsule italienne, la Révolution française et l’expérience napoléonienne modifièrent profondément et irréversiblement le rôle de l’État dans le domaine scientifique et culturel, en l’élevant au rang de financeur décisif des savants et de garant ultime – mais non exclusif – de leur prestige. Ce changement eut pour corollaire la transformation décisive, bien que non linéaire, de la fonction sociale de l’acteur culturel, appelé à se confronter à de nouveaux rapports de force – en les pliant autant que possible à son avantage –, à des pressions sans précédent et à des hiérarchies renouvelées du savoir. Au cœur de ce processus, plutôt qu’une spécialisation disciplinaire rigide marquée par une séparation nette entre les sphères littéraire et scientifique, se trouvait la question de l’utilité, désormais profondément remodelée par rapport à ses implications du XVIIIe siècle. Ceux qui étaient (ou prétendaient être) porteurs de savoirs devaient se préoccuper de leur applicabilité, c’est-à-dire de leur capacité à répondre – de manière plus ou moins directe et pratique – aux défis concrets posés par l’extension progressive des domaines d’intervention de l’État et par la gestion des affaires publiques dans l’ère postrévolutionnaire. Ces exigences entraînèrent une évolution des structures, des réseaux sociaux et des pratiques du travail intellectuel, ainsi que de l’identité et de la légitimité des acteurs culturels eux-mêmes.
Pour réfléchir à ces questions, l’Université de Turin organise les journées d’étude intitulées Au service de la nation. Espaces, pratiques et structures du travail des savants (c. 1789-1870) : une initiative développée dans le cadre du projet de recherche d’intérêt national (PRIN) « Governing consensus. Le rôle politique du savoir en Italie (1789-1870) », financé en 2022 par l’Union européenne - Next Generation EU, avec la collaboration du Département d’études historiques de l’Université de Milan.
En particulier, trois axes de recherche étroitement liés seront développés au cours de cette réunion scientifique :
L’analyse des transformations du régime de production du savoir, c’est-à-dire de l’ensemble des pratiques par lesquelles l’acteur culturel l’élaborait et le transmettait à la société dans le contexte postrévolutionnaire, marqué par l’affirmation de politiques culturelles et patrimoniales articulées et contrôlées par la puissance publique. Il s’agit de problématiser et de dépasser l’idée de la puissance créatrice de l’individu et du génie, pour interroger, au contraire, la relation dialectique qui lie le savant : i) à la société du point de vue de la médiation, de l’appropriation et de la transformation des besoins de celle-ci ; ii) à l’État et à l’administration publique du fait de leur tendance à concevoir le savant comme une figure à leur service, dans une perspective de fonctionnarisation et de professionnalisation croissantes : un processus concrétisé par la définition progressive, dans les différents champs disciplinaires, d’un ensemble de savoirs utiles, codifiés et transmis par des voies « officielles », mais qui n’étaient pas universellement reconnus, partagés et maîtrisés par ceux qui pratiquaient des formes de travail intellectuel au service d’institutions locales ou centrales.
L’étude de l’influence exercée par l’État administratif post-napoléonien et, dans une moindre mesure, par des dynamiques de marché sans précédent, sur l’émergence d’opportunités de revenus, d’espaces et de méthodes de travail innovants, et de nouveaux réseaux de relations
politiques, sociales, économiques et culturelles des savants. À cet égard, nous souhaitons accorder une attention particulière aux pratiques de construction, d’articulation et de mobilisation du capital social, symbolique et de connaissances par les savants, afin de mettre en évidence la manière dont celles-ci ont finalement été reconnues et légitimées par l’État à travers les processus de recrutement.
L’examen de l’évolution de la définition et de l’autodéfinition du travail intellectuel dans les sociétés révolutionnaires et postrévolutionnaires par des individus qui, même au sein d’un processus de formalisation croissante et de transformation de la connaissance en compétences actives avec un profil méthodologique clair, adoptèrent des stratégies multiples et variables afin d’être reconnus en tant qu’experts et de se faire une place sur le marché de plus en plus vaste et compétitif des fonctions publiques et des professions.
Sur la base des suggestions de la recherche en anthropologie des connaissances et du practical and material turn qui a affecté la history of knowledge et l’histoire des sciences ces dernières années, l’objectif est de réfléchir à l’« écologie » des différentes formes de savoirs mobilisées dans les débats et dans l’espace public depuis la Révolution française jusqu’à la fin du Risorgimento. Cela permettra, grâce à la comparaison d’études de cas ponctuelles, de vérifier les spécificités, les affinités et les différences dans l’évolution du travail pratique des savants dans les multiples champs de connaissance affectés par le double processus de professionnalisation et d’interaction avec l’État que nous venons d’évoquer. En outre, il servira à mettre en évidence par quels moyens, avec quelles stratégies discursives, avec quelle efficacité ou quelles limites la fonction sociale des savants et la qualité des résultats de leur travail (intellectuel ou appliqué) furent codifiées.
Les participants sont donc invités à réfléchir à un certain nombre de questions cruciales, brièvement énumérées ci-dessous : quels étaient les vecteurs de diffusion des connaissances en amont, qui favorisèrent la genèse du travail des savants ? Quels étaient les pratiques et les espaces du travail quotidien ? Quels étaient les espaces et les réseaux sociaux des experts (ou des expertes) ? Quels étaient les modes et les formes de codification et de transmission des savoirs ? Quels étaient les espaces institutionnels d’éducation, d’apprentissage et d’élaboration des savoirs et des disciplines (écoles de formation, collèges, universités, etc.) et les méthodes d’enseignement des disciplines « utiles » dans et hors des écoles et des universités ? Quelle fut l’influence des politiques culturelles des gouvernements ? Comment la question de l’expertise fut elle résolue, et sur la base de quelle dynamique de revendication-attribution/reconnaissance ? Comment l’identité professionnelle fut-elle définie, y compris en termes symboliques et économiques ? Dans quelle mesure l’approche historique était commune dans le développement des différentes disciplines technico-scientifiques, et dans quelle mesure elle fut utile pour valoriser les savoirs « indigènes », pour résoudre ou dissimuler des questions et des problèmes non encore résolus, pour prendre position dans les conflits entre pairs ?
Une attention particulière, mais non exclusive, devrait être accordée aux domaines de recherche suivants, par le biais d'études de cas relatives à la péninsule italienne ou à d'autres régions européennes :
• Droit, économie politique ;
• Géographie, cartographie et statistiques ;
• Génie civil, militaire et architecture ;
• Agronomie, élevage, gestion des ressources naturelles ;
• Médecine, prévention de la mortalité infantile, chimie ;
• Historiographie, élaboration de canons faisant autorité et reconstruction de l'« histoire » des
différentes disciplines scientifiques ;
• Police et institutions de contrôle.
Modalités de soumission
Les journées d'étude sont ouvertes aux propositions de contributions, qui peuvent être rédigées et présentées en italien, en anglais et en français. Celles-ci, d'une longueur maximale de 500 mots et accompagnées d'une brève notice biographique de l'auteur, doivent parvenir aux adresses suivantes :
- francesco.dendena@unimi.it,
- marcoemanuele.omes@unito.it,
- amanda.maffei@chens.icp.fr.
avant le 31 janvier 2025
Comité d’organisation
- Cecilia Carnino (Université de Turin)
- Francesco Dendena (Université de Milan)
- Amanda Maffei (Institut Catholique de Paris)
- Marco Emanuele Omes (Université de Turin)
Comité scientifique
- Cecilia Carnino (Université de Turin)
- Giulia Delogu (Université Ca’ Foscari Venise)
- Francesco Dendena (Université de Milan)
- Stefano Levati (Université de Milan)
- Marco Emanuele Omes (Université de Turin)
- Paola Pressenda (Université de Turin)
- Maria Luisa Sturani (Université de Turin)
Kategorien
- Neuere und Zeitgeschichte (Hauptkategorie)
Orte
- Turin, Italien
Veranstaltungsformat
Veranstaltung vor Ort
Daten
- Freitag, 31. Januar 2025
Schlüsselwörter
- nation, savoir, professionalisation, Etat, Italie
Kontakt
- francesco dendena
courriel : francesco [dot] dendena [at] unimi [dot] it
Informationsquelle
- francesco dendena
courriel : francesco [dot] dendena [at] unimi [dot] it
Lizenz
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Zitierhinweise
« Au service de la Nation. Espaces, pratiques et structures du travail des savants (c. 1789-1870) », Beitragsaufruf, Calenda, Veröffentlicht am Montag, 02. Dezember 2024, https://doi.org/10.58079/12t6s

