HomeLes Suds et les crises dans la mondialisation contemporaine
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Published on Monday, January 06, 2025

Abstract

Il s’agit lors de cette journée d’étude de discuter les implications de ces crises de la mondialisation contemporaine et de l’impact de crises, locales ou régionales, sur le processus de mondialisation dans les territoires des Suds. Généralement marqués par la pauvreté et les inégalités socio-spatiales, les pays des Suds sont exposés à une plus grande vulnérabilité face aux crises, qui constituent une dimension de leur trajectoire de développement. Les chocs auxquels ces pays sont confrontés ne sont pas que des aléas naturels, mais aussi le produit de contextes sociaux, politiques et économiques. 

Announcement

Commission Développement et tropicalités

24 juin - 25 juin, Campus Condorcet (Aubervilliers)

Argumentaire

La mondialisation contemporaine — ce processus multidimensionnel d’approfondissement et d’accélération des interdépendances entre les différentes parties du monde (économiques, financières, mobilitaires, politiques, culturelles...) renforcé par le tournant néo-libéral des années 1980 — connaît des crises. La pandémie de la covid 19 et la polarisation géopolitique du monde, sur fond de réchauffement climatique d’origine anthropique, soulignent la vulnérabilité du système-monde et des liens qui le constituent. Il s’agit lors de cette journée d’étude de discuter les implications de ces crises de la mondialisation contemporaine et de l’impact de crises, locales ou régionales, sur le processus de mondialisation dans les territoires des Suds. Généralement marqués par la pauvreté et les inégalités socio-spatiales, les pays des Suds sont exposés à une plus grande vulnérabilité face aux crises, qui constituent une dimension de leur trajectoire de développement (D’Ercole et al., 2009). Les chocs auxquels ces pays sont confrontés ne sont pas que des aléas naturels, mais aussi le produit de contextes sociaux, politiques et économiques (Blaikie et al., 2004). Cette journée d’étude aura pour objectif de discuter le rôle structurant de la mondialisation dans la multiplication des crises contemporaines.

Les crises sont des moments de perturbation majeure qui, dans une situation d’urgence, entraînent « une accélération du temps par rapport à un quotidien » (Sierra et al., 2022 : 46). Elles sont révélatrices des rapports de force qui structurent une société ou un territoire, en raison du basculement des conditions préexistantes d’équilibre. Les crises sont une mise à l’épreuve pour les détenteurs du pouvoir. Elles permettent d’interroger la place des « Suds » — ensemble hétérogène qui trouve son unicité dans les mécanismes de domination auxquels ces pays sont ou ont été confrontés — dans le processus de mondialisation. En outre, ces crises permettent de repenser le dualisme dominant/dominé qui imprègne les sciences humaines et sociales, en s’intéressant aux stratégies d’acteurs « des Suds » et à leur rôle dans l’amplification des inégalités socio-spatiales, mais aussi dans l’explication divergente des problèmes qui se posent dans les territoires.

Cette journée d’étude vise à appréhender la notion de crise comme des moments de brutalité visibles sur une période courte, mais qui s’inscrivent dans des rapports de forces anciens et profonds. En cela, la crise des subprimes de 2008 a conduit à une nouvelle phase du capitalisme en « reconditionnant » les Suds comme des terrains propices à l’expansion capitaliste (Sassen, 2010). Les enjeux fonciers et immobiliers qui en découlent révèlent de nouveaux mécanismes, notamment des investissements, menés par des acteurs aux intérêts divers.

Dans ces pays, la crise peut conduire à privilégier les facultés locales d’adaptation et de « résilience », mais cette logique porte en elle une forme d’individualisation de la responsabilité, qui transforme des solutions trouvées dans l’urgence en logiques de gouvernabilité et tend à remplacer des politiques publiques structurelles développées sur le long terme (Rufat, 2015). Aussi conviendra-t-il de questionner l’utilisation du terme de crise dans des contextes comme celui du Sahel où il est employé, presque comme un oxymore, pour désigner en réalité une situation structurelle quasi-permanente depuis une cinquantaine d’années (Bonnecase et Brachet, 2013) que l’on peine à qualifier autrement.

Les crises ont des causes géopolitiques, sanitaires, financières ou environnementales (sécheresse, inondations, catastrophes naturelles) profondes, qui sont parfois aggravées par la mondialisation contemporaine. Si les causes de ces crises sont de plus en plus mondialisées, à l’image de la pandémie de la covid 19, leurs conséquences se déclinent à l’échelle locale. Au Pérou, les réponses apportées à la pandémie ont mené au déploiement de l’armée et à de nombreuses mesures sécuritaires (Valitutto, 2021). Au-delà des conséquences directes de la pandémie sur la santé, la crise sanitaire agit comme un révélateur, voire un catalyseur de certaines tendances pré-existantes. Elle a eu l’effet d’un « choc spécifique » sur les systèmes alimentaires, en tant qu’événement rare et de forte amplitude qui a entraîné le renforcement de niches de changements déjà présentes (Darrot et al., 2020).

Les crises révèlent le fonctionnement d’une société, mais aussi les effets de recomposition qui en découlent. Elles sont performatives, peuvent apparaître comme des instruments d’action et de pouvoir, voire comme des opportunités de changement (Sierra et al., 2021). L’analyse des effets des crises sur les migrations internationales, ou encore sur la logistique en lien avec les ressources mondialisées (énergie, agriculture, etc.) sur un territoire serait intéressante. Elle permettrait d’analyser les causes et implications à moyen terme des crises de la mondialisation contemporaine et d’en explorer les conséquences multidimensionnelles, qui reconfigurent potentiellement les structures sociales, les organisations territoriales et les systèmes politiques à différentes échelles. C’est en particulier certains types d’espaces, cœurs des interconnexions (cyberespace) et de la mondialisation (villes, ports, aéroports, etc.) ou plus en retrait de cette dernière (ruralités, territoires enclavés, etc.), qu’il faudra examiner.

Les crises perturbent l’économie mondiale et touchent à l’essence du processus de mondialisation. Elles entraînent des polycrises (Tooze, 2021) — une perturbation dans un secteur peut engendrer une crise dans un autre ou dans plusieurs secteurs connectés — qui sont aussi des crises systémiques (Carroué, 2013). Nous discuterons la légitimité de ce lien à la lumière de l’hypothèse de la démondialisation, évoquée pour désigner le « coup d’arrêt » porté au déploiement planétaire du capitalisme en tant que régime économique et social dominant (Sapir, 2011). Nous pourrons traiter de crises plus localisées ou régionales, qui affectent en retour le processus de mondialisation ou ces déclinaisons régionales, comme la crise géopolitique sahélienne, la guerre russo-ukrainienne, les effets domino du protectionnisme promis par Donald Trump, le blocage partiel des flux maritimes par des conflits (Yémen, etc.) sur les territoires des Suds.

Les communications pourront porter sur les processus de mise en relation (filières, migrations, transports), dont les acteurs, les sociétés, les territoires se situent aux Suds, en lien avec d’autres Suds ou avec le reste du système-monde. Des réflexions méthodologiques sur le sujet seraient aussi bienvenues, présentant les enjeux ou les spécificités d’enquêter sur les conséquences des crises de la mondialisation dans une diversité de contextes (urbains, ruraux, etc.) et d’échelles.

Les questionnements pourront se décliner autour de quatre axes principaux :

  • Les récits et interprétations de ces crises par les différents acteurs, afin de comprendre ce qu’ils nous disent des visions du monde qui leur sont associées ;
  • Les pratiques des acteurs (États, acteurs spécialisés, militaires, membres d’organisations humanitaires ou de développement, bailleurs, commerçants, entreprises...) et leurs changements éventuels en fonction de ces représentations. La manière de gérer et de s’adapter aux crises évolue-t-elle ? Selon quels critères ?
  • les conséquences des crises sur les échanges et les liens de la mondialisation (marchandises, migrations, flux d’informations et de capitaux, investissements, aide). Cet axe nous permettra d’appréhender les crises de la mondialisation dans les Suds à partir de leur dimension spatiale et dans les mécanismes de construction et d’intégration régionale qui les constituent, et d’envisager les recompositions à l’œuvre à la faveur de ces crises ;
  • les crises engendrent parfois des crises, mais parfois aussi des opportunités, des recompositions économiques ou politiques. Il s’agira notamment ici d’étudier qui sont les gagnants et les perdants de ces crises et des recompositions induites.

Modalités de soumission

Les propositions (résumé d’une page maximum) sont à envoyer au bureau de la commission Développement et tropicalités via les adresses : gmagrin@univ-paris1.fr et angele.proust6@gmail.com

avant le 3 mars 2025.

Les réponses seront fournies fin mars.

Comité scientifique

  • Bérénice Bon, chargée de recherche, IRD, UMR Cessma
  • Jérémy Bourgoin, chercheur, CIRAD, UMR Tetis
  • Emmanuel Chauvin, maître de conférences, Université Toulouse Jean Jaurès, UMR Lisst
  • Lucie Dejouhanet, maîtresse de conférences, Université des Antilles et de la Guyane, EA AIHP-GEODE-Biosphères
  • Ludivine Eloy, chargée de recherche, CNRS, UMR Art-Dev
  • Jean-Christophe Gay, professeur des Universités, Université Côte d’Azur, UMR Urmis
  • Marie Gibert, maîtresse de conférences, Université Paris Cité, UMR Cessma
  • Géraud Magrin, professeur des Universités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR Prodig
  • Angèle Proust, docteure en géographie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR Prodig
  • Bénédicte Thibaud, professeure des Universités, Université Bordeaux Montaigne, UMR Lam

Jalons bibliographiques

Blaikie P., Cannon T., Wisner B. (2004), At Risk. Natural Hazards, People’s Vulnerability and Disasters, Routledge, 496 p.

Bonnecase V., Brachet J. (2013), Les « crises sahéliennes » entre perceptions locales et gestions internationales, Politique africaine, n° 130, 5-22.

Carroué L. (2013). La crise, un choc systémique équivalent à un grand conflit mondial, La Géographie, n° 1548, 16-19.

Darrot C., Chiffoleau Y., Bodiguel L. Akermann G., Maréchal G. (2020). Les systèmes alimentaires de proximité à l’épreuve de la Covid-19. Retours d’expérience en France, Systèmes alimentaires / Food Systems, n° 5, 89-110.

D’Ercole R., Gluski P., Hardy S., Sierra A. (2009), Vulnérabilités urbaines dans les pays du Sud. Présentation du dossier, Cybergeo, URL : https://journals.openedition.org/cybergeo/22151

Rufat S. (2015). Critique of Pure Resilience, In Magalie Reghezza-Zitt et Samuel Rufat (dir.), Resilience Imperative. Uncertainty, Risks and Disasters, 201-228.

Sapir J. (2011), La démondialisation, Éditions du Seuil, 272 p.

Sassen S. (2010), Quand la complexité produit de la brutalité, Sens public, URL :https://www.erudit.org/en/journals/sp/2010-sp04852/1064022ar.pdf

Sierra A., Béji A., Croisé A., Hattemer C., Metzger P., Pigeolet M., Valittuto I. (2022). Développement et environnement urbain au prisme du risque et des crises, In Elisabeth Peyroux, Christine Raimond, Vincent Viel et Émilie Lavie (dir.), Développement, changements globaux et dynamiques des territoires. Théories, approches et perspectives de recherche, Londres, ISTE Éditions, 330 p.

Sierra A., Faliès C., Yvinec M. (2021). Les espaces de la crise en Amérique latine : imaginaires et pouvoirs, Bulletin de l’Association de Géographes Français, n° 98, 3-9.

Tooze A. (2021), Shutdown. How Covid Shook the World’s Economy, Allen Lane, 368 p.

Valitutto I. (2021), À la recherche d’un paradigme de gestion de crise de la Covid-19 au Pérou. La construction d’une stratégie, EchoGéo, Sur le Vif.

Places

  • Campus condorcet
    Aubervilliers, France (93)

Date(s)

  • Monday, March 03, 2025

Keywords

  • sud, mondialisation, crise, géopolitique, santé, finance, environnement

Information source

  • Emmanuel Chauvin
    courriel : emmanuel [dot] chauvin [at] univ-tlse2 [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Les Suds et les crises dans la mondialisation contemporaine », Call for papers, Calenda, Published on Monday, January 06, 2025, https://doi.org/10.58079/1308b

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