Penser l’EHPAD comme objet, contexte et terrain de recherche : le défi du croisement des disciplines
Publié le lundi 09 décembre 2024
Résumé
Cet appel à communication est ouvert aux chercheur·ses de toutes disciplines, à la seule condition que l’EHPAD soit un objet, un terrain ou un contexte de recherche dans leur travail. L’objectif de ce colloque, initié par le groupe de chercheuses et chercheurs RIRE (RéseauInterdisciplinaire des Recherches en EHPAD) est de proposer un espace permettant les croisements disciplinaires et le dialogue des approches issues de la sociologie, des sciences de l’information et de la communication, du droit, de la science politique, de la psychologie, de l’économie, des sciences de l’éducation et de la formation, de l’histoire, de la littérature (liste non exhaustive). Ces croisements apparaissent comme essentiels à la compréhension de la complexité des EHPAD et pourraient ainsi favoriser des réponses concernant l’EHPAD d’aujourd’hui et de demain.
Annonce
Argumentaire
Avant d’être un objet ou un terrain de recherche, l’EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) est un lieu de vie, un lieu de soin et un lieu de travail, contrairement aux autres lieux accueillant les personnes âgées sans la dimension du soin. L’EHPAD est à la fois un lieu physique pensé d’un point de vue architectural, mais c’est aussi une institution, dont l’organisation est encadrée par des lois et règlements, dont l’usage revient à des collectifs singuliers d’individus singuliers, dans un contexte de mutation du secteur de la dépendance et des EHPAD (Delouette, 2020 ; Delouette & Nirello, 2016 ; Dussuet et al., 2017). C’est également un objet médiatique, chargé d’un imaginaire collectif sombre, qui fait régulièrement la une des journaux. Le « scandale Orpéa », révélé par le livre Les Fossoyeurs du journaliste Victor Castanet (2022) peut être considéré comme l’apogée de cette attention, mettant en lumière un problème public. L’élaboration des pistes d’évolution en réponse à ce problème relève pour partie des politiques publiques et pour partie des actions de terrain.
La recherche contribue à la construction de ces réponses. Pour autant, si plusieurs travaux académiques issus de différentes disciplines s’intéressent au monde des EHPAD à différentes échelles (individu, organisation, institution, société), la mise en discussion et la production de savoirs autour de cette institution spécifique peinent à se développer.
L’objectif de ce colloque, initié par le groupe de chercheuses et chercheurs RIRE (Réseau Interdisciplinaire des Recherches en EHPAD) est de proposer un espace permettant les croisements disciplinaires et le dialogue des approches issues de la sociologie, des sciences de l’information et de la communication, du droit, de la science politique, de la psychologie, de l’économie, des sciences de l’éducation et de la formation, de l’histoire, de la littérature (liste non exhaustive). Ces croisements apparaissent comme essentiels à la compréhension de leur complexité et pourraient ainsi favoriser des réponses concernant l’EHPAD d’aujourd’hui et de demain. Au commencement de cette réflexion, nous identifions quatre axes.
Vivre ensemble
L’EHPAD en tant que lieu de vie, de soin et de travail fait se croiser des résident·es, des familles et des professionnel·les, soignants ou non. La recherche en EHPAD s’intéresse parfois aux enjeux d’une population en particulier, comme les résidents (Mallon, 2004), ou bien en optant pour une approche plus écologique, en étudiant non pas les groupes mais les interactions entre les groupes et leurs effets (Loffeier, 2015). L’EHPAD comme institution accueillant des résidents pour des séjours de longue durée se construit et se reconstruit régulièrement, en fonction des individus qui la composent, des relations qui se tissent, des interactions entre les groupes et des normes qui lui sont appliquées. Quelles sont alors les limites et/ou les apports d’une approche plutôt par public ou plutôt par interaction ? Qu’est-ce que cela implique ? Comment les recherches mettent-elles à jour les dimensions interactives et relationnelles, et leurs effets ? Les pistes proposées ne sont pas exhaustives et toutes les propositions concernant le croisement des populations et ses enjeux seront étudiées.
L’ EHPAD dans la société
Cet axe vise à interroger l’articulation et les interactions entre l’EHPAD et ses environnements. Plusieurs échelles, formes et types d’environnements sont à explorer dans ce contexte. L’objectif est de donner à voir à la fois les modalités d’interactions, les perceptions, appréhensions, opportunités et risques que cette dynamique engendre. Cela peut concerner les liens entre EHPAD et monde politique, monde de la recherche, monde social, monde professionnel, monde de la formation, mondes qui sont eux-mêmes pluriels. Le questionnement pourra porter sur les modalités d’interaction et de médiation, leur évaluation ou encore leurs effets. Plus particulièrement concernant les interactions des EHPAD avec le monde de la recherche, nous tenterons de mettre au jour les visées de la recherche avec, sur ou dans les EHPAD ; ses résultats et leur implémentation dans les pratiques quotidiennes ; ses modalités de restitution et de diffusion des résultats obtenus ; et nous questionnerons la dimension d’engagement (militant ou non) que peut porter la recherche dans un contexte de « crise des modèles » (Villez, 2007). Comment alors contribuer au débat public et au changement en parant le risque d’instrumentalisation de la recherche ? Comment répondre aux attentes des organismes de tutelles, tout en assurant une distance critique ? Quelle place pour le travail de recherche avec les acteurs du secteur privé ? Avec ceux du secteur public ?
Les mises en récit médiatique de l’ EHPAD
L’espace médiatique est régulièrement occupé par le sujet des EHPAD. Récemment, cet espace l’a été par des articles de presse, des livres de professionnel·les (Le scandale des EHPAD de Hella Kherief ou Tu verras maman, tu seras bien de Jean Arcelin) et des livres de journalistes (Suzanne de Frédéric Pommier, Les Fossoyeurs de Victor Castanet). À l’opposé de ces récits, les fictions audiovisuelles semblent vouloir montrer une autre image, plus positive, à l’instar du film Maison de retraite ou de la série télévisée Septième Ciel (Cerdan, 2024). Ces récits médiatiques participent à la construction des représentations sociales, tant de l’EHPAD que des personnes qui y résident, avec le risque dans certains cas de renforcer des stéréotypes, ce qui n’est pas sans conséquence (Adam, Joubert & Missotten, 2013). Cet axe accueillera les communications abordant le cadrage médiatique de ce sujet et ses conséquences, les conditions d’accès à l’espace public de ces auteur·ices, la construction des discours autour de l’EHPAD, la réception de ces contenus par les publics, etc. Cet axe pourra accueillir également des communications qui proposent des exemples d’analyse de traitement médiatique de problèmes publics permettant de faire des parallèles avec le cas des EHPAD.
Démarches, méthodes et méthodologies
Il s’agit de réfléchir à la mise en musique du croisement des regards disciplinaires dans une visée heuristique à propos (1) des EHPAD et (2) de la dimension participative des recherches. Les différentes démarches de recherche et méthodologies mobilisées suscitent des questionnements opérationnels (de mise en œuvre) et épistémologiques (de condition de production des connaissances). Par exemple, en ce qui concerne la dimension pratique de la recherche : les représentations négatives sur l’EHPAD et les personnes qui l’habitent ont-elles ou non un effet sur les recherches réalisées dans les EHPAD ? Comment les difficultés réelles ou imaginées concernant les aspects pratiques de la participation (disponibilité des professionnel·les, participation et recueil d’éléments empiriques auprès de résident·es désorienté·es etc.) influent-elles sur la construction du projet de recherche ? Quelles sont les implications de l’écart d’âge entre des chercheur·ses (souvent “jeunes” au moment de leur thèse ou durant leur carrière, avant l’âge de la retraite) et des enquêté·es âgé·es (Colas & Delias, 2023 ; Auger, Lefrançois & Trépied, 2017) ?
Au-delà de l’aspect pratique, la méthodologie de recherche choisie entraîne aussi des réflexions épistémologiques et éthiques : dans un contexte français de recherche qui a du mal à recueillir la voix des personnes âgées, notamment malades (Chamahian, Balard & Caradec, 2023), faut-il obligatoirement la recueillir quand on s’engage dans une recherche sur ou en EHPAD ? Le cas échéant, comment la recueillir ? Existe-t-il des épistémologies alternatives (Rinaudo & Bedin, 2022) ? Comment la recherche peut-elle favoriser l’innovation sociale avec, par et pour les personnes âgées, les professionnel·les, les familles en EHPAD (Aussillou Boureau, 2024) ? Quel type de recherche interdisciplinaire (Li Vigni, 2021) peut-on faire en EHPAD, à quel moment de la recherche et pour quels enjeux ? En somme, cet axe accueillera des propositions qui traitent des particularités de la recherche en EHPAD, tant au niveau opérationnel, que méthodologique ou épistémologique. Les propositions feront état de ces réflexions, qu’elles soient en cours ou déjà menées à maturité.
Ce colloque étant une première édition, il vise également à dresser un panorama des recherches impliquant l’EHPAD comme objet, contexte et terrain de recherches. À ce titre, un axe varia est proposé afin que les chercheur·ses puissent également faire des propositions qui ne rentreraient pas dans les axes précédemment énoncés.
Modalités de soumission
Format des communications
- Vous pourrez communiquer soit sous forme de communication orale, soit sous forme de poster.
- Communication orale : 15 minutes
- Poster : format A0, ils seront affichés durant la journée. L’impression et le transport sont à la charge des participant·es ou de leur unité de rattachement.
Format de soumission pour les communications et les posters
La proposition de communication contiendra :
- informations auteur·ice : nom, prénom, statut, discipline, institution de rattachement, adresse email ;
- la proposition attendue contiendra les enjeux de la recherche, le cadre théorique, la démarche méthodologique et les résultats et/ou la discussion ;
- indiquer le ou les axes dans lesquels votre communication s’inscrit ; indiquer le format : communication orale ou poster ;
- résumé (250-500 mots)
Elle sera à envoyer en format word, police Arial 11, en respectant l’ordre suivant :
- nom, prénom, statut, discipline, institution de rattachement ;
- adresse électronique de contact ; axes choisis ;
- communication orale ou poster ; norme bibliographique utilisée ;
- titre de la communication (+/- 10 mots) ; mots clés (5) ;
- résumé
Les propositions sont à envoyer à collectif.rire@gmail.com
avant le 30 janvier 2025
Nous vous enverrons un accusé de réception dans les 7 jours. Sans réponse de notre part, n’hésitez pas à nous recontacter.
Les communications durent 15 minutes maximum. Elles seront organisées en sessions et seront suivies d’échanges. Une publication est envisagée après le colloque ; le cas échéant, des informations seront envoyées en temps voulu.
Ce colloque est également ouvert aux étudiant·es, notamment en Master, sous la forme d’une proposition de communication ou de poster.
Nota bene : nous envisageons le colloque RIRE comme un tiers-espace multidisciplinaire. Aussi, le comité scientifique sera attentif à ce que les auteurs et autrices prennent en considération cette dimension dans l’écriture de leur communication, notamment en explicitant les allants-de-soi disciplinaires.
Comité d’organisation
- Manon Aussillou Boureau, Université Toulouse Jean Jaurès, Sciences de l’éducation et de la formation
- Amélie Bouche, Université de Bordeaux, Psychologie
- Manon Cerdan, Université Paris-Panthéon-Assas, Sciences de l’information et de la communication
- Shina Desrosiers, Université de Lorraine, Sciences de gestion
- Jérémy Enez, CHU de Rennes, Santé Publique
- Guillaume Jarousseau, Université Paris-Panthéon-Assas, Sciences de l’information et de la communication
- Damien Giraud, Université Paris Cité, Psychologie
- Julien Pernin, Université de Reims-Champagne-Ardenne, Sciences économiques
- Christine Vallin, Université de Lille, Sociologie
Comité scientifique
- Hélène Amieva, Université de Bordeaux, Psychologie
- Sara Brimo, Université Paris-Panthéon-Assas, Droit public
- Vincent Caradec, Université de Lille, Sociologie
- Quentin Gilliotte, Université Paris-Panthéon-Assas, Sciences de l’information et de la communication
- Patrick Lartiguet, Université de Toulouse Jean Jaurès, Sciences de l’éducation et de la formation
- Iris Loffeier, Haute Ecole de Santé Vaud (HESAV/HES-SO), Lausanne, Sociologie
- Isabelle Mallon, Université Lumière Lyon 2, Sociologie
- Jean-François Marcel, Université de Toulouse Jean Jaurès, Sciences de l’éducation et de la formation
- Cécile Méadel, Université Paris-Panthéon-Assas, Sciences de l’information et de la communication
- Mathilde Rossigneux-Meheust, Université Lumière Lyon 2, Histoire contemporaine
- Benoît Verdon, Université Paris Cité, Psychologie
Bibliographie
Adam, S., Joubert, S., & Missotten, P. (2013). « L’âgisme et le jeunisme : Conséquences trop méconnues par les cliniciens et chercheurs ! ». Revue de neuropsychologie, 5(1), 4-8.
Auger, F., Lefrançois, C., & Trépied, V. (2017). « Penser l’âge dans l’enquête et ses enjeux. » SociologieS.
Aussillou Boureau, M. (2024). « La santé des anciens : Ralentissement et innovation. » Trayectorias Humanas Trascontinentales, 17, 26-38.
Cerdan, M. (2024). « L’Ehpad idéalisé dans la série Septième Ciel : Le regard des aides-soignantes. » Gérontologie et société, 46173(1), 147-163.
Chamahian, A., Balard, F., & Caradec, V. (2023). Chapitre 14. « Enquêter auprès de personnes malades d’Alzheimer : L’approche compréhensive. » In Kivits, J., Balard, F., Fournier, C., & Winance, M. (2023). Les recherches qualitatives en santé - 2e éd. Collection U, 339-357.
Colas, S., & Delias, L. (2023). « Prendre en compte le biais de l’âge dans les méthodes d’enquête. » Revue des sciences sociales, 70, 70-77.
Delouette, I. (2020). « Une analyse d’économie institutionnaliste du financement de la prise en charge de la dépendance : D’un risque social à un risque positif. » [Thèse de doctorat en sciences économiques, Université de Lille].
Delouette, I., & Nirello, L. (2016). « Le processus de privatisation du secteur des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. » Journal de gestion et d’économie médicales, 34(7), 387-408.
Dussuet, A., Nirello, L., & Puissant, E. (2017). « De la restriction des budgets des politiques sociales à la dégradation des conditions de travail dans le secteur médico-social. » La Revue de l’Ires, 91-92(1‑2), 185-211.
Li Vigni, F. (2021). « Cinq types de travail scientifique « interdisciplinaire ». » Natures Sciences Sociétés, 29(2), 130-140.
Loffeier, I. (2015). La « norme de sollicitude » jusqu’à l’oubli de soi dans la prise en charge des résidents de maison de retraite. SociologieS. Théories et recherches. 2015.
Mallon, I. (2004). « Vivre en maison de retraite : Le dernier chez-soi. » PUR.
Rinaudo, J.-L., Bedin, V. (2022). « Les épistémologies alternatives en sciences de l’éducation et de la formation. » Les Dossiers des sciences de l’éducation, 48(2).
Villez, A. (2007). « EHPAD, la crise des modèles. » Gérontologie et société. 123. 169-184.
Catégories
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Lieux
- Paris, France (75)
Format de l'événement
Événement uniquement sur site
Dates
- jeudi 30 janvier 2025
Mots-clés
- EHPAD, interdisciplinaire, multidisciplinaire, organisation, environnement, personne âgée, professionnel, soignant, aidant, politique, médias, mise en récit, participation, épistémologie
Contacts
- Collectif RIRE
courriel : collectif [dot] rire [at] gmail [dot] com
URLS de référence
Source de l'information
- Manon Aussillou Boureau
courriel : manon [dot] aussillou-boureau [at] univ-tlse2 [dot] fr
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0.
Pour citer cette annonce
Manon Cerdan, Manon Aussillou Boureau, Christine Vallin, Amélie Bouche, « Penser l’EHPAD comme objet, contexte et terrain de recherche : le défi du croisement des disciplines », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 09 décembre 2024, https://doi.org/10.58079/12vi7

