HomeVisages des vulnérabilités. Regards pluridisciplinaires et expérientiels au prisme des acteurs, des trajectoires et des institutions
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Published on Thursday, January 16, 2025

Abstract

Dans un monde qui force à se dépasser et à dépasser ses propres vulnérabilités, où le pouvoir d’agir et l’autonomie du sujet peuvent se transformer en injonctions à se renforcer pour effacer ses propres fragilités et reprendre possession de sa vie, il apparaît important de mieux comprendre de quelles manières les vulnérabilités se construisent et se vivent en contexte, dans un rapport institutionnel et de vie, et faire émerger la complexité des multiples visages des vulnérabilités.  

Announcement

Ouvrage collectif de l’équipe « Fragilité et Institutions »

Unité de recherche « Religion, Culture et Société », EA 7403, Institut Catholique de Paris

Argumentaire

L’équipe de recherche « Fragilité et Institutions » de l’ICP (Institut Catholique de Paris) est une équipe pluridisciplinaire de chercheurs travaillant depuis septembre 2022 sur la notion de « vulnérabilité ». L’objectif est d’en saisir les multiples acceptions et évolutions pour interroger plusieurs objets à différentes échelles d’analyse : la gestion politique des publics dits « vulnérables », les accompagnements et les pratiques professionnelles, et l’expérience des personnes concernées par des vulnérabilités. L’intérêt de cette notion de vulnérabilité, qui est très contemporaine puisque le concept anglosaxon émerge seulement depuis les années 19902000, est qu’elle peut être interrogée de plusieurs manières et peut également être mobilisée pour relire des faits historiques (Brodiez-Dolino, 2013). Elle nous invite ainsi à en interroger la complexité en s‘attachant à mettre au jour ses différents « visages » (Janner-Raimondi, 2017). Ce projet d’ouvrage part du postulat qu’il existe une forme de subjectivité et un contexte liés à l’état de vulnérabilité qui demandent à être explorés. Dans les recherches en sciences humaines et sociales, la notion de vulnérabilité est bien souvent reliée à celle de fragilité et de blessure. Différentes formes de vulnérabilités, se rapportant à tout état ou processus pouvant conduire à mettre l’humain en situation à risque (Le Blanc, 2011), peuvent être mises en évidence : physique, psychologique, sociale, économique, climatique ou environnementale. Pour le sociologue Marc-Henry Soulet (2005), la vulnérabilité est à considérer en référence à l’action publique, elle est éminemment politique, et constitue une grille de lecture des problèmes sociaux. La vulnérabilité peut être à la fois un état et un processus. Elle s’exprime dans la relation sociale[1] et donne à lire les interactions en contexte d’une société sur des risques et des incertitudes données à un moment précis. Elle peut induire des changements de structure et des potentialités d’action. Soulet (2022) précise qu’elle a une « dimension structurelle » (p. 19) et est interdépendante des systèmes sociopolitiques. En conséquence, il ajoute que pour agir sur les vulnérabilités, la volonté des seuls acteurs n’est pas suffisante : il faut intervenir sur les structures, et maximiser les possibilités pour les individus de développer leur pouvoir d’agir. Cependant la vulnérabilité demande à être interrogée dans le cadre de la relation éducative : comment les professionnels exerçant dans les professions du soin, de la santé, de l’éducation, peuvent-ils prendre appui sur la relation éducative qu’ils participent à construire, notamment avec leurs publics les plus vulnérables, pour les accompagner dans leurs parcours de vie ? (Mutuale, Berger, Serina-Karsky et Paryre, 2023, 2024).

Cet ouvrage invite à un travail autour de la construction des vulnérabilités dans ses multiples interactions, plus précisément au sein des institutions (sanitaires, scolaires, carcérales, familiales, etc.), afin de comprendre de quelles manières ces différentes institutions se construisent et développent des conditions, ou non, d’adaptation face aux vulnérabilités ; de quelles manières elles peuvent parfois les produire ou aider à les surpasser ; ou encore de quelles manières elles peuvent envisager de fonctionner avec les vulnérabilités ? (Pombet, Serina-Karsky, Mutuale, 2024). Ce dernier élément peut ouvrir à une discussion particulièrement féconde, car certains auteurs envisagent la vulnérabilité comme inhérente à l’être humain (Arènes, 2024). La personne est au cours de sa vie traversée par des situations et des contextes la rendant vulnérable, la confrontant à ses limites et à ses ressources ; aggravant parfois ses propres vulnérabilités. Il importe donc de questionner non seulement les concepts de fragilité, de vulnérabilité, mais aussi ceux d’adaptation, de dépassement de soi, de potentialité, de capabilité, de pouvoir d’agir et d’autonomie, afin d’interroger les trajectoires et les expériences des acteurs (De Gaulejac, Le Fourn et Francequin, 2008), de questionner les institutions et leur positionnement. Dans un monde qui force à se dépasser et à dépasser ses propres vulnérabilités, où le pouvoir d’agir (Demoustier, 2021) et l’autonomie du sujet (Neveu et Vincent, 2022) peuvent se transformer en injonctions à se renforcer pour effacer ses propres fragilités et reprendre possession de sa vie, il apparaît important de mieux comprendre de quelles manières les vulnérabilités se construisent et se vivent en contexte, dans un rapport institutionnel et de vie, et faire émerger la complexité des multiples visages des vulnérabilités.  

Cet ouvrage envisage de développer quatre axes principaux, que les propositions peuvent reprendre et/ou croiser :

  • Les acteurs : leurs regards et leurs représentations ; leurs savoirs et leurs pratiques ; leurs implications et leurs engagements ; leur coopération et leurs résistances ;
  • Les trajectoires : l’inscription dans la vie personnelle et institutionnelle par le récit de vie ; les processus et état de vulnérabilité ; les ruptures et les continuités, les bifurcations, et les reconfigurations biographiques ;
  • Les institutions : la prise en compte de la vulnérabilité, les actions mises en œuvre et/ou les traitements, les problèmes rencontrés ;
  • La transversalité : prise en compte des trois premiers axes, évolution historique des concepts et du vocabulaire employé, comparaisons à l’international ;

Notre groupe de travail pluridisciplinaire de chercheurs en psychologie, en sociologie, en anthropologie et en sciences de l’éducation et de la formation avec une forte dimension sociohistorique et internationale, engage à entrer en dialogue entre disciplines sur cette problématique. L’ouvrage se veut le lieu de ce dialogue entre chercheurs de disciplines différentes, se rejoignant et discutant leurs propres concepts, méthodes et résultats autour des vulnérabilités. L’ouvrage se veut également un lieu d’accueil de l’expérience et d’une approche réflexive sur l’expérience de la vulnérabilité dans un dialogue entre acteurs, à l’exemple de professionnels et chercheurs ; de malades et médecins ; de parents et enseignants, entre autres. Pour chacun des formats d’article, les contributions des doctorants et jeunes docteurs sont attendues.    

Modalités de soumission

Deux types de contributions sont attendues :

  • Article scientifique (30 000 signes) :

Il est attendu une enquête originale pertinente pour l’ouvrage, qui s’inscrit dans l’un des axes avec la présentation d’un cadre théorique clair, d’une méthodologie et de résultats pertinents vis à vis de la problématique de l’ouvrage. Une inscription pluridisciplinaire est souhaitée.  

  • Article d’expérience (10 000 signes) :

Il est attendu une expérience significative pertinente pour l’ouvrage, qui pose le problème et contextualise l’expérience, avec des références théoriques, permettant une démarche de réflexivité et une prise de recul. Une écriture à plusieurs sera appréciée.  

La proposition d’une page devra mentionner le type d’article, l’axe choisi, les auteurs et leurs disciplines, la proposition et les références.

Les propositions sont à envoyer à l’adresse suivante : collectionharmattanfacef@icp.fr

avant le 31 janvier 2025

Calendrier

  • Publication de l’appel : décembre 2024
  • Envoi de résumé (1 page) : 31 janvier 2025
  • Etude des résumés et avis aux auteurs : fin février 2025
  • Article complet : 9 juin 2025
  • Retour sur article complet : début juillet 2025 Textes corrigés : septembre 2025
  • Publication : décembre 2025 (édition Harmattan)

Direction scientifique

  • Séverine Parayre, professeur en sciences de l'éducation et de la formation, ICP
  • Fabienne Serina-Karsky, professeur en sciences de l'éducation et de la formation, ICP
  • Anne-Laure Pujol, MCF en psychologie, EPP 

Bibliographie

  • Arènes, J. (2024). Oser le tragique. Éditions du Cerf.
  • Bétrémieux, P. (2010). Les figures de la vulnérabilité. Dans : Emmanuel Hirsch éd., Traité de bioéthique : I - Fondements, principes, repères (pp. 174-188). Érès. https://doi.org/10.3917/eres.hirsc.2010.01.0174
  • Brodiez-Dolino, A., (2013). Combattre la pauvreté, vulnérabilités sociales et sanitaires de 1880 à nos jours, CNRS Editions.
  • Demoustier, S. (2021). Le pouvoir d’agir des personnes en situation de vulnérabilité : un nouveau paradigme à partir duquel le travail social peut se réinventer ? Sciences et actions sociales [En ligne], URL : http://journals.openedition.org/sas/500
  • De Gaulejac, V., Le Fourn, J. et Francequin, G. (2008). Parcours, trajectoires, histoires, récits ? Enfances & Psy, n° 38(1), 114-121. https://doi.org/10.3917/ep.038.0114.
  • Janner-Raimondi, M. (2017). Visages de l’empathie en éducation. Champ Social.
  • Le Blanc, G. (2011). Que faire de notre vulnérabilité ? Bayard éditions.
  • Mutuale, A., Berger, G., Serina-Karsky, F. et Parayre, S. (2023, 2024). De la relation éducative dans les professions adressées à autrui. Phronesis. (HS1). https://shs.cairn.info/revue-phronesis-2023HS1?lang=fr. (HS2). https://shs.cairn.info/revue-phronesis-2023-HS2?lang=fr.
  • Neveu M. et Vincent, H. (2022). « L’acte pouvoir. Construire l’autonomie du sujet », Penser l’éducation
  • [En ligne], 47 | 2020, mis en ligne le 01 novembre 2022 URL  : http://journals.openedition.org/pensereduc/289  ; DOI : https://doi.org/10.4000/pensereduc.289
  • Pombet, T., Serina-Karsky, F., Mutuale, A. (2024). De la communauté éducative inclusive. Penser et construire des institutions inclusives. L’Harmattan.
  • Soulet, M.-H. (2005). La vulnérabilité comme catégorie de l’action publique. Pensée plurielle, 2(10).
  • Soulet, (2022). Vulnérabilité et prévention : de quelques enjeux sociologiques. Dans M. Bonnefoy, M.C, Colombo, C., Garrigues, P., Suesser (dir.). Quelle prévention universelle et ajustée à la vulnérabilité. Érès.
  • Danroc, G. et Monnoyer, M.-C. (dir. 2018). Vulnérabilité et innovation sociale. Presses universitairesInstitut catholique de Toulouse.

Notes


[1] Selon Pierre Betremieux, elle est constitutive de l’homme, et s’exprime dans ses interactions avec les autres et son environnement. Bétrémieux, (2010).


Date(s)

  • Friday, January 31, 2025

Keywords

  • vulnérabilités, acteurs, trajectoires, institutions

Contact(s)

  • Séverine Parayre
    courriel : collectionharmattanfacef [at] icp [dot] fr

Information source

  • Séverine Parayre
    courriel : collectionharmattanfacef [at] icp [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Visages des vulnérabilités. Regards pluridisciplinaires et expérientiels au prisme des acteurs, des trajectoires et des institutions », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, January 16, 2025, https://doi.org/10.58079/133i2

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