Published on Tuesday, January 14, 2025
Abstract
Contrairement à une identité monolithique ou unique, l’identité plurielle reconnaît que chaque individu ou groupe est façonné par une variété d’influences culturelles, sociales, linguistiques, religieuses, historiques, et personnelles. Ce phénomène est souvent lié à des contextes multiculturels, des dynamiques historiques ou des besoins pratiques, et il influence fortement la façon dont les individus perçoivent et expriment leur identité.
Announcement
Argumentaire
Le point de départ pour aborder ce qu’on peut appeler une identité plurielle ou multiple est le rejet d’une exclusivité, c’est-à-dire d’une identité réduite à une appartenance (religieuse, ethnique, culturelle, de même qu’arabo-musulmane, orientale, occidentale ou autre). De la sorte, chaque individu peut être considéré comme un citoyen du monde. Et ainsi, toute revendication identitaire réduite à une appartenance quelconque relèverait d’un chauvinisme primaire et d’un communautarisme tribal, libérant des pulsions nuisant à la cohésion sociale et à l’ordre public.
Amine Maalouf (1998 : 28) parle d’identité « complexe, unique, irremplaçable, ne se confondant avec aucune autre »( Les identités meurtrières, Grasset, éd. Poche, n° 15005.), en découle l’idée que l’identité est liée à la différence entre des individus que peuvent paradoxalement rapprocher et unir des appartenances (régionales, nationales, ethniques, idéologiques, religieuses…). Une identité « complexe », d’autant plus que « l’identité est faite de multiples appartenances » (A. Maalouf, op.cit. : 34). Si on y ajoute l’histoire d’un pays, d’Afrique du Nord entre autres, berbère à l’origine, mais dont le sol a été foulé par de multiples cultures et civilisations qui ont laissé des traces indélébiles : carthaginoise, romaine, arabe, espagnole, italienne, ottomane, française, l’idée de la pluralité identitaire ne fait que se confirmer.
Et même dans le monde occidental, le brassage culturel est tel que la conception d’une société composée d’individus « de souche » ou de « race pure » relève du fantasme ou du mythe, dont se nourrit le fanatisme. Comme l’affirme Jack Lang (Préface, « Une France arc-en-ciel », in Malaise dans l’identité d’Hervé Le Bras, ACTES SUD, 2017) : « Le monde qui arrive est un monde métissé, constitué dans son intimité par des hybridations subtiles : il se nourrit de cultures multiples, d’ethnies différentes, de savoir-faire qui se sont mêlés ». Idée reprise par Hervé Le Bras qui traite la question identitaire en termes de « couches successives […] d’« amalgame, [d’] additions, [de] mélanges, [de]processus » (op.cit. : 21). J.-M. G. Le Clézio (2024), de son côté, Niçois d’origine, clame pourtant avoir une « Identité nomade », après avoir rejoint son père médecin au Nigéria, s’être nourri d’expériences africaines qui ont forgé sa personnalité, avoir appris que ses ancêtres étaient bretons, installés sur l’île Maurice, une ex-colonie britannique. Ces multiples appartenances, étant assumées, l’ont doté d’une sensibilité singulière. Cependant, pour reprendre A. Maalouf, « l’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence » (op.cit. : 31). C’est en ce sens que l’identité n’est ni statique ni stable, mais dynamique, elle épouse le sens de l’histoire qui va de l’avant.
Kamel Daoud, dans son Meursault, contre-enquête (2013), au moyen d’artifices littéraires et autres astuces d’écriture, par conviction et par jeu, évoque la question de l’identité, née d’un lourd héritage qui pèse sur le présent.
A. Maalouf parle supra d’identité « complexe », Nativus (2018 : 119) reprend l’idée en déclarant : « nous sommes tous plus ou moins fragmentés, divisés en plusieurs personnes différentes qui composent tant bien que mal les unes avec les autres, qui cohabitent ou qui s’opposent ». Cette conception ne revient pas à considérer l’individu comme un cas pathologique relevant de la psychiatrie, mais elle s’inscrit dans une perspective polyphonique telle que l’entend O. Ducrot qui parle de « schizophrénie dans le langage » (O. Ducrot, Préface à ScaPoLine de Henning Nølke, Kjersti Fløttum et Coco Norén (2004 :10).) pour contester « l’unicité du sujet parlant » (1984 : 171). La pluralité identitaire caractérisée par l’ambiguïté et l’indétermination, crée un certain malaise ; elle est parfois source de gêne, voire de honte. Mal vécue et mal assumée, elle peut dégénérer en conflit intérieur, même en crise. Reste le choix cornélien entre une identité réduite à une appartenance qui condamne à l’ostracisme et l’appauvrissement et une identité multiple ou plurielle, source d’enrichissement.
Axes de réflexions proposés :
- Axe 1 : Approche historique : les différentes strates de l’identité, les couches successives, les mélanges, l’hybridité.
- Axe 2 : Approche philosophique : identité « homogène » et unité, parfois, génératrices de cohésion et de solidarité (occasionnelles ou contextuelles).
- Axe 3 : Approche politique : émigration, guerre, racisme, lois internationales, communautarisme et revendication identitaire (en termes d’appartenances), repli sur soi et autarcie, avec le risque de « déliaison » (M. Houellebecq 2010 : 302) et d’« effacement progressif des relations humaines » (Houellebecq 1994 : 42).
- Axe 4 : Approche linguistique : Outre le système des personnes (nature des pronoms), la dimension subjective-affective du langage, la configuration polyphonique et la « contestation de l’unicité du sujet parlant » (Ducrot 1984 : 171), l’identité et l’ethos discursif, on peut s’interroger également sur la « transcatégorialité » (Do-Hurinville, Dao et Rialland, 2020), notion universelle selon laquelle une unité langagière peut appartenir à plusieurs catégories (limite pouvant être nom, nom épithète, adjectif, adverbe de verbe, adverbe de phrase).
- Axe 5 : Approche littéraire ou quand « Je est un autre », ou la « schizophrénie » assumée. Identité plurielle (somme d’appartenances), différence et altérité (V. Montaigne, in Essais), sources d’enrichissement.
- Axe 6 : Approche culturelle : le choix de l’enfermement ou de l’ouverture.
Modalités de soumission
Nous serons heureux d’accueillir vos contributions en français, en arabe et en anglais.
Les propositions doivent comporter les informations suivantes :
- Nom et prénom de l’auteur(e)
- Établissement
- Statut (enseignant universitaire / doctorant…)
- Adresse courriel (email)
- Numéro de téléphone
- Axe de réflexion
- Proposition : 200-250 mots + 5 mots-clés.
Les propositions seront évaluées par des membres du comité scientifique en double aveugle.
Veuillez envoyer vos propositions à l’adresse suivante : identiteplurielle2025@gmail.com
avant le 15 mars 2025.
Dates importantes
- Date du colloque : les 27-29 octobre 2025.
- Diffusion de l’appel à communication : 14 janvier 2025
- Date limite pour la soumission des propositions : 15 mars 2025.
- Avis aux auteur(e)s : fin avril.
- Diffusion du programme : 10 octobre 2025
- Envoi de la communication en version complète : 30 septembre 2025
Comité scientifique
- Nizar Ben Saad (FLSHS-Univ. Sousse)
- Manoubia Ben Ghedahem (ISLT-UCAR)
- Lilia Beltaïef (ISLT-UCAR)
- Danh-Thành Do-Hurinville (UFC)
Comité de lecture
- Manoubia Ben Ghedahem (ISLT-UCAR)
- Lilia Beltaïef (ISLT-UCAR)
Coordinateur
- Zoubeir Chaouch (FLSHS, Université de Sousse).
Éléments de bibliographie
Bally, Charles, Traité de stylistique française, Genève, Librairie de l’Université, Georg & Cie, 1909.
Benveniste, Émile, Problèmes de linguistique générale I & II, Gallimard, 1974 ; Cérès Éditions, 1995.
Daoud, Kamel, Meursault, contre-enquête, Actes Sud, « Babel », 2014.
Do-Hurinville D.-T., Dao H.-L., et Rialland A., 2020, De la transcatégorialité dans les langues : description, modélisation, typologie, Éditions de la Société de Linguistique de Paris.
Ducrot, Oswald, Le dire et le dit, Minuit, 1984.
Ibn Khaldoun, Les Prolégomènes, Muqaddima, Paris, Sinbad, coll. « Thésaurus », tr. fr., (مقدمة ابن خلدون ,دار إحياء التراث العربي ,بيروت ,لبنان).
Le Bras, Hervé, Malaise dans l’identité, ACTES SUD, 2017.
Le Clézio, J.-M. G., Identité nomade, Laffont, 2024.
Lejeune, Philippe, Le Pacte autobiographique, Seuil, 1975.
Lejeune Philippe, Je est un autre, Seuil, 1980.
Maalouf, Amine, Les Identités meurtrières, Grasset, 1998.
Nativus, Rêveries du loup solitaire, (« Oime, oite et les autres » 2014 : 63-64), Paris, éditions Persée, 2014.
Nativus, Le Blanc et le Noir, (nouvelle : » Le cirque littéraire » 2018 : 111-134) éditions Kalima Publishing, 2018.
Nølke, Henning, Fløttum, Kjersti & Norén, Coco, ScaPoLine, La Théorie scandinave de la polyphonie linguistique, éditions Kimé, 2004.
Rouquette, Sébastien, « Introduction à l’identité plurielle. L’identité plurielle », Presses Universitaires Blaise Pascal, pp. 7-21, 2011
Subjects
- Early modern (Main category)
- Mind and language > Language > Literature
Event attendance modalities
Hybrid event (on site and online)
Date(s)
- Saturday, March 15, 2025
Keywords
- identité, plurielle, relativité, universalisme, multilinguisme
Contact(s)
- Zoueir Chaouch
courriel : zoubeirchaouch [at] yahoo [dot] com - Nizar Ben Saad
courriel : bensaadnizou [at] yahoo [dot] fr
Reference Urls
Information source
- Zoubeir Chaouch
courriel : zoubeirchaouch [at] yahoo [dot] com
License
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To cite this announcement
« Identité plurielle », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, January 14, 2025, https://doi.org/10.58079/132uo

