Published on Monday, January 20, 2025
Abstract
La pensée, la littérature et l’art, sous toutes leurs formes, contribuent à la condamnation de la guerre et de ses atrocités. Ils permettent de dire l’indicible, de participer au devoir de mémoire et à la transmission générationnelle. Le colloque « La guerre et la paix dans la pensée, la littérature et les arts » vise ainsi à repenser le rapport entre guerre et paix dans les horizons suivants : guerre et philosophie ; guerre « juste », guerre injuste ; la guerre comme source d’inspiration dans la littérature et les arts ; la guerre entre l’éthique, la loi et le droit international ; la guerre entre la rhétorique et la nouvelle brachylogie ; le discours de la guerre : ses outils linguistiques et rhétoriques mis au service de l’argumentation.
Announcement
16-17-18 octobre 2025, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse, Tunisie
Argumentaire
Dans le monde homérique, la guerre est au préalable, chronologiquement et mythologiquement première. Son déroulement était guidé depuis l’Olympe par des dieux qui interviennent dans les affaires des hommes.
L’Invocation qui ouvre L’Iliade ne laisse pas de doute : c’est « la colère d’Achille, de ce fils de Pélée–qui valut aux Argiens d’innombrables malheurs et jeta dans l’Hadès tant d’âmes aux chiens », mais Homère conclut que cette colère était le fait de Dieu suprême : « Ainsi s’accomplissait la volonté de Zeus » (Chant I, incipit, trad. R. Flacelière, La Pléiade). Mais, la guerre ne se limite ni aux dieux, ni aux héros, ni à Zeus, ni à Achille : elle est l'œuvre de groupes humains, pour qui elle est une vraie paix, et certainement une fausse paix.
Il n’y a rien de plus insensé que de croire que la guerre peut arrêter la guerre. La guerre n’empêche rien, sauf la paix. Cette relation entre guerre et paix nous oblige à la conceptualiser de manière relationnelle, même si en même temps nous pensons que la paix peut souvent céder devant la laideur et la cruauté de la guerre.
Héraclite écrit ainsi dans l’un de ses fragments que la guerre est « père de toute chose » (Polemos panton men pater estin). En défendant une théorie positive de la guerre, il la considère comme un instant créateur pour l'humanité, un état normal et inhérent à tout. Cette vision positive de la guerre se retrouve également chez Hegel qui la considère comme « la grande accoucheuse des peuples ». D’autre part, Saint thomas d’Aquin a été le premier philosophe antique à mettre en place une solide doctrine de la guerre juste.
Pour Rousseau, la paix ne s’oppose pas seulement à la guerre mais aussi à la servitude. Elle n’est donc pas synonyme de tranquillité, et se définit comme « sûreté » à la condition d’inclure « la garantie de la vie et de la liberté de chacun par la communauté ».
En rédigeant, dans « le contrat social » (1762), les règles que doivent suivre les États dans la conduite de la guerre, Rousseau a aidé ainsi à la fondation du droit international de la guerre, même s’il glorifiait la paix. D’autre part, Kant définit la guerre négativement, en concluant que « les plus grands maux qui accablent les peuples nous viennent de la guerre ». « Il n’y a de paix que là où règne la loi ; la paix ne peut être garantie que dans et par le droit », dont, Rousseau souligne doublement l’insuffisance : le droit civil est bien souvent une « duperie ». Le droit international conçu comme un droit de la paix est un leurre en l’absence de garanties politiques
Dans son « Projet de paix perpétuelle » (1795), Kant pensera les conditions juridiques de la paix internationale et l’idée de citoyen du monde au niveau culturel. La paix perpétuelle est un idéal régulateur, vers laquelle il faut tendre. Elle se construit et ne se décrète pas. La guerre devient ainsi un sujet de veto moral, la paix un impératif de la raison politique, un devoir politique : « Et si notre fin en ce qui concerne sa réalisation, demeure toujours un vœu pieux, nous ne nous trompons certainement pas en admettant la maxime d’y travailler sans relâche, puisqu’elle est un devoir ».
Pour Nietzsche, depuis sa rencontre avec Héraclite d’Éphèse, avec Homère et avec son éducateur Arthur Schopenhauer, le monde est une lutte, l’agôn perpétuelle, des pulsions entre elles en vue d’acquérir de la puissance. Cette lutte perpétuelle, c’est la « volonté de puissance ». La guerre est ambivalente : destructrice et créatrice, elle n’était pas pour lui un concept univoque, mais l’expérience révélatrice d’un certain type d’homme.
La guerre a sollicité les arts, très tôt dans l’histoire de l’humanité, comme en témoigne l’art rupestre du Levant et du Sahara. Durant l'Antiquité, la guerre était notamment représentée sur les sculptures, les monnaies et les vases grecs, et plus tard, la grande peinture de l'histoire de l'Europe favorisa la représentation d'événements guerriers.
De ces cendres surgit la créativité à tel point qu'il nous sera impossible de parler de la naissance d'une pensée ou d'une œuvre littéraire sans évoquer la tragédie de l'existence humaine. La guerre était, malgré ce que nous qualifions de terrifiant, un événement de créativité et d’innovation. Aux XXe et XXIe siècles, les films, puis les séries télévisées et les jeux vidéo, ont continué à dépeindre la guerre. Quant à la musique, elle fut aussi préparée au service de la guerre, par exemple à la Renaissance en Italie, et en Chine qui développa l'opéra militaire. Enfin, la littérature glorifiait la guerre dans des épopées, des chansons et dans de nombreux romans.
Le phénomène guerrier engendre des œuvres uniques. De nombreux peintres ont représenté la guerre (Pablo Picasso, Eugène Delacroix et Francisco de Goya…), mais Guernica de l'Espagnol Pablo Picasso, inspiré du bombardement du village « Guernica », est un appel à la paix, en langage plastique.
La littérature a été la meilleure expression de la souffrance et de la douleur humaines lorsqu’elle a révélé l’horreur et la laideur des guerres. La Guerre et la Paix de Léon Tolstoï, est un monument de la littérature russe, qui influence le monde littéraire d’hier et d’aujourd’hui. Le récit, entrecoupé de réflexions politiques et philosophiques de l’auteur, dénonce autant qu’il raconte.
Ainsi, la pensée, la littérature et l’art, sous toutes leurs formes, peuvent contribuer à la condamnation de la guerre et de ses atrocités. Ils permettent de dire l'indicible, de participer au devoir de mémoire et à la transmission générationnelle.
Le colloque « La guerre et la paix dans la pensée, la littérature et les arts » vise ainsi à repenser le rapport entre guerre et paix dans les horizons suivants:
- Guerre et philosophie
- Guerre « juste », guerre injuste.
- La Guerre comme source d’inspiration dans la littérature et les arts
- La Guerre entre l’éthique, la loi et le droit international.
- La Guerre entre la rhétorique et la nouvelle brachylogie
- Le discours de la guerre : ses outils linguistiques et rhétoriques mis au service de l’argumentation.
Toute proposition orientant la réflexion dans d’autres directions sera examinée et retenue si elle peut s’inscrire dans la problématique globale du colloque.
Conditions de soumission
Les propositions de communication devront être envoyées à :
- dhifalahfaouzia@gmail.com
- hichembendoukha@yahoo.fr
Elles comprendront un titre, un résumé de 500 mots et un CV,
pour le 31 mai 2025.
Comité d’organisation
- Faouzia Dhifallah (Université Tunis Elmanar,Tunisie)
- Hichem Ben Doukha (Université Telemcen, Alger)
Comité scientifique
- Mansour M’henni (Tunisie)
- Nizar ben Saad (Tunisie)
- Abdelkader boudouma (Alger)
- Ben Chergui Ben Mezian (Alger)
- Abdallah abdelaoui (Alger)
- Denis Fadda (Paris)
- Alain MASSE (Paris)
- Abderrahman TENKOUL (Maroc)
- Catherine GRAVET
- Maria Giovanna PETRILLO
Éléments bibliographiques
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Subjects
- Thought (Main category)
- Mind and language > Thought > Philosophy
- Mind and language > Language > Linguistics
- Mind and language > Thought > Intellectual history
- Mind and language > Language > Literature
- Mind and language > Language
Date(s)
- Saturday, May 31, 2025
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Keywords
- guerre, paix, art, littérature, pensée
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- Faouzia Dhifallah
courriel : dhifalahfaouzia [at] gmail [dot] com
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- Faouzia Dhifallah
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To cite this announcement
« La guerre et la paix dans la pensée, la littérature et les arts », Call for papers, Calenda, Published on Monday, January 20, 2025, https://doi.org/10.58079/1344c

