Argumentraire
En Haïti, la question migratoire constitue un nœud structurel pour approcher et comprendre les réalités de cette société. Depuis la première occupation du pays par les États-Unis, en 1915, la vie nationale est rythmée par des déplacements massifs des Haïtiennes et des Haïtiens, qui le construisent en tant que pays d’émigration (Paul, 2020). De 1915 aux années post-2010, marquées par le séisme du 12 janvier, le pays a connu au moins six grandes vagues migratoires.
La première vague correspond aux violences de dépossession d’un large pan de la paysannerie, connue sous le nom de la traite verte (Anglade, 2008). De 1915 à 1929, plus 200 000 ressortissants haïtiens furent poussés vers Cuba en tant que travailleurs migrants (Balch, 1927). Beaucoup plus encore furent dirigés vers la République dominicaine (Castor, 1988).
La deuxième vague concerna le départ massif des intellectuels et des gens de la classe d’affaires, appelés la Traite grise (Anglade, 2008) face au durcissement de la dictature des Duvalier entre 1960 et 1970 à destination principalement des États-Unis, du Canada, de la France et des pays d’Afrique francophone alors en cours de décolonisation.
La libéralisation économique des années 1980 et la fin de l’ère du tourisme en Haïti annoncèrent la troisième vague migratoire, celle des classes populaires associées au mouvement des boat people à destination des États-Unis. C’est dans le sillage de ces évènements qu’un large pan des couches populaires laissa encore le pays même après la chute de la dictature en 1986 bien que ces flux fussent tempérés par l’image de retour de certains exilés politiques. Mais, ce fut un bref intermède de cinq ans. Les violences politiques du coup d’État militaire des années 1990-1994 et de l’embargo économique imposé à sa suite ont entraîné une quatrième vague.
Les turbulences politiques des années 2004-2006, liées au second départ en exil du président Aristide, peuvent être considérées comme une cinquième vague. Après ces épisodes, si l’intermède peut paraître encore insignifiant, on a toutefois assisté à un rebond des flux migratoires vers les États-Unis et le Canada après le séisme du 12 janvier 2010 (Carrera, 2014). À la même période, de nouveaux courants migratoires sont observés vers des pays de l’Amérique latine, dont le Brésil, le Chili, et le Mexique. De plus, les troubles politiques qui accablaient la décennie 2010 et la première moitié des années 2020, et les catastrophes naturelles, constituent, entre autres, deux principaux facteurs de répulsion en Haïti. En effet, les multiples problèmes confrontés par la société haïtienne forcent continuellement les Haïtiens à choisir la migration comme soupape de sécurité socio-économique. Parmi eux, on peut citer la crise chronique de l’emploi à laquelle elle fait face et qui rend difficile l’insertion socioprofessionnelle des jeunes des deux sexes toutes catégories confondues.
Enfin, la mise en place des groupes armés quasi institutionnalisés, peu après l’avènement du « pays lock » (pays bloqué), qui semblaient avoir participé à la stratégie de blocage des mobilisations politiques antigouvernementales, marque le début d’une sixième vague. Celle-ci a la particularité de lier les migrations écologiques, engendrées par des catastrophes naturelles, à celles générées par la violence des groupes armés dans les quartiers populaires ainsi qu’à la négation du droit citoyen à la circulation, à l’éducation et à l’alimentation. Force est de constater que ces situations ont non seulement confirmé Haïti dans son rôle de pays d’émigration, mais aussi de fournisseur de main-d’œuvre caribéenne. Cette assertion est d’autant plus vraie que certains pays s’arrogent le droit de concevoir leurs propres programmes humanitaires d’émigration à l’intention des jeunes Haïtiens, dont, entre autres, le Brésil, le Chili, le Canada et les États-Unis. Par exemple, les États-Unis et le Canada ont mis en place leur propre dynamique, dont les programmes TPS (Temporary Protected Status) du président « Biden » et le programme humanitaire familial canadien sont de parfaits exemples.
Dans Terra incognita haitiana, Georges Anglade (2008) a tenté un premier bilan sur ton positif. Selon lui, nous sommes déjà quatorze à quinze millions dans le monde, dont un tiers à l’étranger. De plus, précise-t-il, « Pays voisins et pays amis aimeraient voir ce potentiel torrentiel bien sagement harnaché dans son enclos de 27 700 km2. Mais voilà qu’un tiers d’entre eux a déjà sauté la clôture… de manière irrésistible » (Anglade, 2008 : 11).
Partant de ces considérations comme de puissants facteurs d’expulsion, il y a là une invitation au bilan d’un siècle et plus d’émigration haïtienne. Dans cette visée, Terra incognita haitiana peut être une bonne base pour questionner autant la dimension positive de cette migration, que sa dimension négative, dont la « désaccumulation du siècle » : la décapitalisation en termes de fuites de cerveaux qui aurait pu être profitable à la société haïtienne. Aussi, faut-il soutenir à la suite d’Anglade (Ibid.) que cette grande « désaccumulation » du siècle ait aussi son aspect positif ? Ou encore, comment comprendre les répercussions politiques, économiques, sociales et culturelles de l’émigration en Haïti sur les plans macro, méso et micro ? Aussi ce dossier thématique encourage les contributions qui abordent le champ en tenant compte à la fois des discours construits autour du fait sur les terrains tout en questionnant les cadres conceptuels et théoriques abordant ces migrations. In fine, le dossier accueillera des contributions issues de différentes disciplines, se déployant sur des terrains géographiques divers et recourant à des armatures conceptuelles différentes. Les éditeurs porteront aussi une attention à la description des méthodes et des contextes d’enquête qui seront amenés dans le présent numéro. Sans s’y réduire, le dossier s’articule autour de ces quatre axes :
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Les aspects positifs de la migration haïtienne : la diasporisation. Certains contributeurs peuvent envisager les aspects quand même positifs de ce siècle d’émigration au sens d’Anglade : la diasporisation du tiers de la population et son importance pour Haïti. La décapitalisation du pays ou la « grande désaccumulation » d’Anglade.
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Un deuxième axe peut envisager la situation inverse : les conséquences négatives de la grande « désaccumulation », combien soulignée par Anglade ! Entre autres, il s’agit d’analyser les désavantages à court, moyen et long terme de la décapitalisation du pays en général.
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Le genre dans la migration haïtienne : anciens et nouveaux courants. Cet axe considère que la féminisation de la migration haïtienne reste une problématique clé pour rendre compte de la manière dont les rapports de sexe traversent le champ, autant sur le plan historique que sociologique. De même, il est possible de lier la migration à la féminisation des chefs de ménages en Haïti (Jean Simon et al., 2023).
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Enfin, un quatrième axe pour traiter la configuration migratoire haïtienne dans les Amériques serait enrichissant. Bien qu’Anglade avance l’hypothèse qu’un tiers de la population haïtienne est déjà expatrié, la véracité des faits reste à prouver. La démonstration est d’autant plus nécessaire que, pour diverses raisons, des acteurs ont tendance à grossir la participation migratoire haïtienne. C’est par exemple le cas en République dominicaine, quand on évoque l’hypothèse de l’invasion haïtienne (Alexandre, 2013). Quelle en est la réalité statistique et sociologique si la dramatisation de la migration haïtienne est loin de correspondre à sa participation effective dans les mouvements migratoires globaux et régionaux ?
La revue accepte des contributions originales en français, en anglais et en espagnol. Les résumés des articles seront traduits dans ces trois langues.
Calendrier
Merci de respecter les instructions aux auteurs avant de soumettre vos contributions à : lamoursabine@ymail.com / sabine_lamour@brown.edu et aleripierre07@gmail.com
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28 février 2025 : Envoi des propositions d’articles (résumé de 500 mots)
- 31 juillet 2025 : Envoi des articles
- 10 novembre 2025 : Soumission des textes finalisés par les auteurs
- Décembre 2025 : Publication du numéro thématique
Coordination du numéro
- Dre Sabine Lamour (Université d’État d’Haïti/Brown University – professeure invitée)
- Alfred Pierre, Ph. D. (Université de Montréal, ex-professeur de l’Université d’État d’Haïti et directeur de l’Observatoire de recherche sur les rapports élites-populations et les migrations (ORREM)
Sélection des articles
La revue ne publie que des contributions originales qui n’ont pas fait l’objet de publication antérieures. Les articles envoyés dans leur intégralité sont évalués en aveugle par deux membres du comité scientifique, choisis par le secrétariat de la revue. L’éditeur délégué du numéro peut proposer des évaluateurs, spécialiste de la thématique, hors comité scientifique.
Les critères d’évaluation concernent le fond et la forme. Les évaluateurs disposent d’une grille d’évaluation. La décision finale est prise par le comité éditorial après avis des évaluateurs. Elle est transmise à l’auteur dans les meilleurs délais. La décision est ainsi formulée : Publication de l'article, Publication avec corrections mineures, Publication avec corrections majeures, Refus. Dans le cas des acceptations de publication avec corrections, l’auteur dispose d’un délai qui lui est notifié pour transmettre la version corrigée. Les soumissions acceptées pour publication sous réserve de modifications majeures peuvent faire l’objet d’une seconde évaluation interne. Le comité de rédaction se donne le droit de ne pas publier la soumission si les corrections requises n’ont pas été apportées.
Comité scientifique
Alan LEW
Professeur, Northern Arizona University, Etats-Unis
Alexandre MAGNAN
Chargé d'études, Institut du Développement Durable et des Relations Internationales, France
Alexandru ILIES
Professeur, University of Oradea, Roumanie
Alvaro RODRÍGUEZ
Instituto Mora, Mexique
Bernard MONNAIE
Professeur, University of Seychelles, Seychelles
Brij MAHARAJ
Professeur, University of Kwa Zulu-Natal, Pietermaritzburg, Afrique du Sud
Bruno MARQUES
Professeur associé, Université des Antilles, France
Christophe PROVIDENCE
Professeur, Institut Universitaire des Sciences, Haïti
Cédric AUDEBERT
Directeur de recherche, CNRS, Université des Antilles, France
Cheikh NGUIRANE
Maître de conférences, Université des Antilles, France
Corina TATAR
Maître de Conférences, University of Oradea, Roumanie
Daniel HIERNAUX
Professeur, Universidad Nacional Autónoma de México, Mexique
David BROTHERTON
Professeur, John Jay College of Criminal Justice of the City, University of New-York, Etats-Unis
Delphine PRUNIER
Professeure-chercheuse, Universidad Nacional Autónoma de México, Mexique
Elise MAYRAND
Professeur, Université de Moncton, Canada
Ernesto DOMINGUE LOPEZ
Université de La Havane, Cuba
Esteváo BOSCO
Chercheur, Facultad Latinoamericana de Ciencias Sociales, Brésil
Fabrice SOBCZAK,
Université de Mons, Belgique
Filipe PIMENTEL
Professeur assistant, Hostos Community College, University of New-York, Etats-Unis
Franck DOLIQUE
Professeur, Université des Antilles, France
Gary LHERISSON
Université d’Etat d’Haïti, Haïti
Gilbert DAVID
Directeur de recherche IRD, Montpellier, France
Gilbert ELBAZ
Professeur, Université des Antilles, France
Graciela ZUPPA
Professeur, Universidad Nacional de Mar del Plata, Argentine
Hugues SERAPHIN
Maître de Conférences, University of Winchester, Royaume-Uni
Huhua CAO
Professeur, University of Ottawa, Canada
Jan A. WENDT
Professeur, Université de Gdansk, Pologne
Jean-Louis JOACHIM
Maître de Conférences, Université des Antilles, France
Jean-Marie BRETON
Professeur, Université des Antilles, France
Jeff BALDWIN
Professeur assistant, Sonoma State University, Etats-Unis
José Ángel HERNANDEZ LUIS
Professeur, Universidad de Las Palmas de Gran Canaria, Espagne
Josefina DOMINGUEZ MUJICA
Professeur, Universidad de Las Palmas de Gran Canaria, Espagne
Julian CARDENAS
Maître de conférences, Universidad de Valencia, Espagne
Karam GHAZI
Professeur associé, Higher Institute of Tourism and Hotels, Alexandrie, Egypte
Kelly GUERRIER
Université d’Etat d’Haïti, Haïti
Klaus J. MEYER-ARENDT
Professeur, University of West Florida, Etats-Unis
Laurent BOURDEAU
Professeur, Université de Laval, Québec, Canada
Marius OPREA
Maître de Conférences, Universitatea Babes-Bolyai din Cluj-Napoca, Roumanie
Martin LOHMANN
Lecteur invité, Université de Berne, Suisse
Michel DISPAGNE
Professeur, Université de Guyane, France
Miguel SEGUI LLINAS
Profesor, Universitat de les Illes Balears, Espagne
Mimi SHELLER
Professor & Director, Center for Mobilities Research and Policy, Drexel University, Etats-Unis
Neptune PRINCE
Université Quisqueya & Université d’Etat d’Haïti, Haïti
Olivier NARIA
Maître de Conférences, Université de La Réunion, France
Pascale MARCOTTE
Professeur, Université de Laval, Québec, Canada
Pere A. SALVA-TOMAS
Professeur, Universitat de les Illes Balears, Espagne
Raquel HUETE NIEVES
Professeur, Universidad de Alicante, Espagne
Rodrigo FIGUEROA STERQUEL
Professeur, Pontificia Universidad Católica de Valparaíso, Chili
Rogelio MARTINEZ CARDENAS
Professeur, Universidad de Guadalajara, Mexique
Roger ROBERGE
Professeur émérite, University of Ottawa, Canada
Ruibo HAN
Docteur, Chercheur associé, University of Maryland, Etats-Unis
Sylvain GENEVOIS
Maître de conférences, Université de La Réunion, France
Voicu BODOCAN
Maître de Conférences, Universitatea Babes-Bolyai din Cluj-Napoca, Roumanie
Yao Telecphore BROU
Professeur, Université de La Réunion, France
Bibliographie
Alexandre, G. (2013). Pour Haïti. Pour la République dominicaine. Interventions, positions et propositions pour une gestion responsable des relations bilatérales. C3 Éditions.
Anglade, G. (1982). Atlas critique d’Haïti. Avec 18 planches couleur. https://web.archive.org/web/20180719231829id_/http://classiques.uqac.ca/contemporains/anglade_georges/atlas_critique_haiti/atlas_critique_haiti.pdf
Anglade, G. (2008). Terra incognita Haïtiana. Discours d’intronisation du centre haïtien du P.E.N. international au réseau mondial des centre P.E.N. http://classiques.uqac.ca/contemporains/anglade_georges/terra_incognita_haitiana/terra_incognita_haitiana.pdf
Balch, E. G. (1927). Occupied Haiti. Prescott. Writers' Publishing Company.
Bourdieu, P. (1993). Esprits d'État : Genèse et structure du champ bureaucratique, Actes de la recherche en sciences sociales, 96-97, 49–62, https://doi.org/10.3917/arss.p1993.96n1.0049.
Bourdieu, P., Christin, O. et al. (2000). Sur la science de l'État, Actes de la recherche en sciences sociales, 133, 3–11, https://doi.org/10.3406/arss.2000.2673.
Carrera, G. B. (2014). Pourquoi migrer ? Notes sur veilles et nouvelles blessures d’Haïti. Cahiers migratoires, n° 6. OIM Bureau régional pour l’Amérique du Sud.
Castor, S. (1988). L’occupation américaine d’Haïti. Pétion-ville. Henri Deschamps.
Docquier, F. (2007). Fuite des cerveaux et inégalités entre pays, Revue d'économie du développement, 15, 49–88, https://doi.org/10.3917/edd.212.0049.
Domenach, H. (2002), L’évolution au XXe siècle du système démographique et migratoire caribéen, Diasporas caribéennes, n° 1237, mai-juin 2002, 13–25.
Jean Simon, D., Joissaint, K., et al. (2023). La féminisation de chefs de ménage à Haïti. Études caribéennes, 56, https://doi.org/10.4000/etudescaribeennes.29921.
Lamour, S. (2018). Partir pour mieux s'enraciner ou retour sur la fabrique du poto-mitan en Haïti, dans Déjouer le silence, contre discours sur les femmes haïtiennes. Paris. Remue-Ménage.
Paul, B. (2020). Haïti : terre de migrations depuis toujours. In Beaulière, A. (éd.), L’Immigration en Partage : Histoires d’Ici et de Là-bas. Paris. Un Point C’est Tout.
Pierre, A. (2014). Migration haïtienne. État des lieux sur une problématique. https://www.ilo.org/fr/publications/migration-haitienne-etat-des-lieux-sur-une-problematique#:~:text=Ce%20texte%20est%20un%20%C3%A9tat,le%20march%C3%A9%20du%20travail%20local.
Argument
In Haiti, the migration issue is a key structural factor in understanding the realities of this society. Since the country’s first occupation by the United States in 1915, national life has been punctuated by the massive displacement of Haitians, making it a country of emigration (Paul, 2020). From 1915 to the post-2010 years, marked by the January 12 earthquake, the country experienced at least six major waves of migration.
The first wave, known as the ‘Green trade’, corresponded to the violent dispossession of a large section of the peasantry (Anglade, 2008). Between 1915 and 1929, over 200,000 Haitian nationals were driven to Cuba as migrant workers (Balch, 1927). Many more were sent to the Dominican Republic (Castor, 1988).
The second wave involved the mass departure of intellectuals and business people, known as the ‘Grey Trade’ (Anglade, 2008) in the face of the hardening Duvalier dictatorship between 1960 and 1970, mainly to the United States, Canada, France and French-speaking African countries then undergoing decolonization.
The economic liberalization of the 1980s and the end of the tourism era in Haiti heralded the third wave of migration, that of the working classes associated with the boat people movement to the United States. It was in the wake of these events that a large section of the working classes left the country even after the fall of the dictatorship in l986, although these flows were tempered by the image of the return of certain political exiles. But this was a brief five-year interlude. The political violence of the military coup of 1990–1994 and the economic embargo imposed in its wake brought a fourth wave.
The political turbulence of 2004–2006, linked to President Aristide’s second exile, can be considered a fifth wave. After these episodes, although the interlude may still seem insignificant, there was a rebound in migratory flows to the United States and Canada following the earthquake of January 12, 2010 (Carrera, 2014). At the same time, new migration flows were observed towards Latin American countries, including Brazil, Chile and Mexico. In addition, the political turmoil that plagued the 2010s and almost the first half of the 2020s and natural disasters are, among other things, two main factors of repulsion in Haiti. Indeed, the many problems facing Haitian society continually force Haitians to choose migration as a socio-economic safety valve. These include the chronic employment crisis, which makes it difficult for young men and women of all categories to find employment.
Finally, the establishment of quasi-institutionalized armed groups shortly after the advent of the ‘locked country’, which seemed to have been part of the strategy to block anti-government political mobilizations, marks the start of a sixth wave. This wave has the particularity of linking ecological migrations, caused by natural disasters, to those generated by the violence of armed groups in working-class neighborhoods, as well as to the denial of citizens’ rights to movement, education and food. It is clear that these situations have not only confirmed Haiti’s role as a country of emigration, but also as a supplier of labor. This assertion is all the more true given that certain countries, including Brazil, Chile, Canada and the United States, have arrogated to themselves the right to design their own humanitarian emigration programs for young Haitians. The United States and Canada, for example, have set up their own dynamics, of which the US TPS program and the so-called ‘Biden program’ are perfect examples.
In Terra incognita haitiana, Georges Anglade (2008) has attempted an initial assessment in a positive tone. According to him, there are already fourteen to fifteen million of us in the world, a third of them abroad. What’s more, he adds, ‘Neighbouring and friendly countries would like to see this potential torrent wisely harnessed in its 27,700 km2 enclosure. But a third of them have already jumped the fence… irresistibly’ (Anglade, 2008:11).
Starting from these considerations as a powerful factor of expulsion, there is an invitation to take stock of a century and more of Haitian emigration. With this in mind, Terra incognita haitiana provides a good basis for questioning both the positive and negative dimensions of migration, including the ‘deaccumulation of the century’: the decapitalization in terms of brain drain that could have benefited Haitian society. So, should we argue, following Anglade (ibid.), that the de-accumulation of the century also has its positive aspect? Or how can we understand the political, economic, social and cultural repercussions of emigration in Haiti at macro, meso and micro levels? This thematic dossier therefore encourages contributions that address the field by taking into account both the discourses constructed around the fact on the ground while questioning the conceptual and theoretical frameworks approaching these migrations. Ultimately, the dossier will welcome contributions from different disciplines, spanning diverse geographical terrains and drawing on different conceptual frameworks. The editors will also pay close attention to the description of the methods and contexts of inquiry that will be brought into the present issue. The dossier is structured around, but not limited to, the following four themes:
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The positive aspects of Haitian migration: diasporization. Some contributors may consider the positive aspects of this century of emigration in Anglade’s sense: the diasporization of a third of the population and its importance for Haiti. The decapitalization of the country or Anglade’s ‘great desaccumulation’.
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A second axis can envisage the opposite situation: the negative consequences of the great ‘deaccumulation’, so much emphasized by Anglade! Among other things, this involves analyzing the short-, medium- and long-term disadvantages of the country’s decapitalization in general.
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Gender in Haitian migration: old and new trends. This theme considers the feminization of Haitian migration to be a key issue in understanding the way in which gender relations traverse the field, both historically and sociologically. Similarly, it is possible to link migration to the feminization of household heads in Haiti (Jean Simon et al., 2023).
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Finally, a fourth axis for dealing with the Haitian migratory configuration in the Americas would be enriching. Although Anglade (ibid.) puts forward the hypothesis that a third of the Haitian population is already expatriated, the veracity of the facts remains unproven. Demonstration is all the more necessary given that, for a variety of reasons, some actors are tending to increase the number of Haitian migrants. This is the case in the Dominican Republic, where the hypothesis of a Haitian invasion is evoked. What is the statistical and sociological reality if the dramatization of Haitian migration is far from corresponding to its actual participation in global and regional migratory movements?
The journal accepts original contributions in French, English and Spanish. Article abstracts will be translated into these three languages.
Calendar
Please follow the instructions to authors before submitting your contributions to: lamoursabine@ymail.com and aleripierre07@gmail.com
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February 28th, 2025: Submission of article proposals (500-word abstract).
- July 15, 2025: Submission of articles
- November 10th, 2025: Submission of finalized texts by authors.
- December 2025: Publication of thematic issue
Issue coordination
- Dr. Sabine Lamour (Université d’État d’Haïti/Brown University-Guest Professor)
- Dr. Alfred Pierre (Université de Montréal/Ex-professeur à l’Université d’État d’Haïti)
Bibliographie
Alexandre, G. (2013). Pour Haïti. Pour la République dominicaine. Interventions, positions et propositions pour une gestion responsable des relations bilatérales. C3 Éditions.
Anglade, G. (1982). Atlas critique d’Haïti. Avec 18 planches couleur. https://web.archive.org/web/20180719231829id_/http://classiques.uqac.ca/contemporains/anglade_georges/atlas_critique_haiti/atlas_critique_haiti.pdf
Anglade, G. (2008). Terra incognita Haïtiana. Discours d’intronisation du centre haïtien du P.E.N. international au réseau mondial des centre P.E.N. http://classiques.uqac.ca/contemporains/anglade_georges/terra_incognita_haitiana/terra_incognita_haitiana.pdf
Balch, E. G. (1927). Occupied Haiti. Prescott. Writers' Publishing Company.
Bourdieu, P. (1993). Esprits d'État : Genèse et structure du champ bureaucratique, Actes de la recherche en sciences sociales, 96-97, 49–62, https://doi.org/10.3917/arss.p1993.96n1.0049.
Bourdieu, P., Christin, O. et al. (2000). Sur la science de l'État, Actes de la recherche en sciences sociales, 133, 3–11, https://doi.org/10.3406/arss.2000.2673.
Carrera, G. B. (2014). Pourquoi migrer ? Notes sur veilles et nouvelles blessures d’Haïti. Cahiers migratoires, n° 6. OIM Bureau régional pour l’Amérique du Sud.
Castor, S. (1988). L’occupation américaine d’Haïti. Pétion-ville. Henri Deschamps.
Docquier, F. (2007). Fuite des cerveaux et inégalités entre pays, Revue d'économie du développement, 15, 49–88, https://doi.org/10.3917/edd.212.0049.
Domenach, H. (2002), L’évolution au XXe siècle du système démographique et migratoire caribéen, Diasporas caribéennes, n° 1237, mai-juin 2002, 13–25.
Jean Simon, D., Joissaint, K., et al. (2023). La féminisation de chefs de ménage à Haïti. Études caribéennes, 56, https://doi.org/10.4000/etudescaribeennes.29921.
Lamour, S. (2018). Partir pour mieux s'enraciner ou retour sur la fabrique du poto-mitan en Haïti, dans Déjouer le silence, contre discours sur les femmes haïtiennes. Paris. Remue-Ménage.
Paul, B. (2020). Haïti : terre de migrations depuis toujours. In Beaulière, A. (éd.), L’Immigration en Partage : Histoires d’Ici et de Là-bas. Paris. Un Point C’est Tout.
Pierre, A. (2014). Migration haïtienne. État des lieux sur une problématique. https://www.ilo.org/fr/publications/migration-haitienne-etat-des-lieux-sur-une-problematique#:~:text=Ce%20texte%20est%20un%20%C3%A9tat,le%20march%C3%A9%20du%20travail%20local.
Argumentos
En Haití, la migración es una cuestión estructural clave para abordar y comprender las realidades de esta sociedad. Desde la primera ocupación del país por Estados Unidos en 1915, la vida nacional se ha visto salpicada por unos desplazamientos masivos de haitianos, convirtiéndolo en un país de emigración (Paul, 2020). Desde 1915 hasta el período posterior a 2010, marcado por el terremoto del 12 de enero, el país experimentó al menos seis grandes oleadas migratorias.
La primera oleada correspondió a la violenta desposesión de un amplio sector del campesinado, conocida como la Traite verde (Anglade, 2008). Entre 1915 y 1929, más de 200.000 nacionales haitianos fueron conducidos a Cuba como trabajadores migrantes (Balch, 1927). Muchos más fueron enviados a la República Dominicana (Castor, 1988).
La segunda oleada supuso la salida masiva de intelectuales y empresarios, conocida como la Traite Grise (Anglade, 2008), ante el endurecimiento de la dictadura de Duvalier entre 1960 y 1970, principalmente hacia Estados Unidos, Canadá, Francia y los países del África francófona, que en aquel momento estaban en proceso de descolonización.
La liberalización económica de los años 80 y el fin de la era del turismo en Haití anunciaron la tercera ola migratoria, la de las clases trabajadoras asociadas al movimiento de los boat people hacia Estados Unidos. A raíz de estos acontecimientos, una parte importante de las clases populares continuó abandonando el país incluso después de la caída de la dictadura en l986, aunque estos flujos se vieron atenuados por la imagen del regreso de algunos exiliados políticos. Pero se trató de un breve paréntesis de cinco años. La violencia política del golpe militar de 1990-1994 y el embargo económico impuesto a raíz del mismo dieron lugar a una cuarta oleada.
Las turbulencias políticas de 2004-2006, vinculadas al segundo exilio del Presidente Aristide, pueden considerarse una quinta oleada. Tras estos episodios, aunque el interludio pueda seguir pareciendo insignificante, se produjo un repunte de los flujos migratorios hacia Estados Unidos y Canadá después del terremoto del 12 de enero de 2010 (Carrera, 2014). Al mismo tiempo, se observaron nuevos flujos migratorios hacia países latinoamericanos, como Brasil, Chile y México. Además, la agitación política que asoló la década de 2010 y casi la primera mitad de la de 2020 y las catástrofes naturales son, entre otros, dos de los principales factores que repelen a los haitianos. Los numerosos problemas a los que se enfrenta la sociedad haitiana obligan continuamente a los haitianos a optar por la migración como válvula de seguridad socioeconómica. Entre ellos, la crisis crónica de empleo a la que se enfrenta la sociedad haitiana, que dificulta la inserción laboral de los jóvenes de todas las categorías.
Por último, la creación de grupos armados cuasi institucionalizados, poco después del advenimiento del« país bloqueado», que parecen haber participado en la estrategia de bloqueo de las movilizaciones políticas antigubernamentales, marca el inicio de una sexta ola. Esta oleada tiene la particularidad de vincular la migración ecológica, provocada por catástrofes naturales, a la migración provocada por la violencia de los grupos armados en los barrios populares, y a la negación de los derechos de los ciudadanos a la circulación, la educación y la alimentación. Hay que decir que estas situaciones no sólo han confirmado el papel de Haití como país de emigración, sino también como proveedor de mano de obra. Tanto más cuanto que algunos países, entre ellos Brasil, Chile, Canadá y Estados Unidos, se han encargado de diseñar sus propios programas de emigración humanitaria para los jóvenes haitianos. Estados Unidos y Canadá, por ejemplo, han puesto en marcha su propia dinámica, de la que el programa estadounidense TPS y el llamado « programa Biden » son ejemplos perfectos.
En Terra incognita haitiana, Georges Anglade (2008) intenta hacer un primer balance positivo. Según él, ya somos entre catorce y quince millones en el mundo, un tercio de los cuales vive en el extranjero. Es más, añade: «Los países vecinos y amigos querrían ver este potencial torrencial a buen recaudo en su recinto de 27.700 km2. Pero un tercio de ellos ya ha saltado la valla... irresistiblemente» (Anglade, 2008: 11).
Con estas consideraciones como poderoso factor de expulsión, se invita a hacer balance de un siglo y más de emigración haitiana. Con esto en mente, Terra incognita haitiana proporciona una buena base para cuestionar tanto las dimensiones positivas como negativas de la migración, incluida la «desacumulación del siglo»: la descapitalización en términos de fuga de cerebros que podría haber beneficiado a la sociedad haitiana. ¿Debemos argumentar, como hace Anglade (ibíd.), que la desacumulación del siglo también tiene un aspecto positivo? ¿O cómo entender las repercusiones políticas, económicas, sociales y culturales de la emigración en Haití a nivel macro, meso y micro? Así pues, este numero temático fomenta las contribuciones que abordan el tema teniendo en cuenta tanto los discursos construidos en torno al hecho sobre el terreno como cuestionando los marcos conceptuales y teóricos que abordan estas migraciones. En última instancia, el . numero incluirá contribuciones procedentes de diversas disciplinas, que abarquen una gran variedad de zonas geográficas y utilicen distintos marcos conceptuales. Los editores también prestarán especial atención a la descripción de los métodos y contextos de investigación que se aportarán a este número. Enumero se estructura en torno a estos cuatro temas, aunque sin limitarse a ellos:
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Los aspectos positivos de la migración haitiana: la diasporización. Algunos colaboradores pueden considerar los aspectos positivos de este siglo de emigración en el sentido de Anglade: la diasporización de un tercio de la población y su importancia para Haití. La descapitalización del país o la «gran desacumulación» de Anglade.
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Una segunda línea de investigación se centra en la situación opuesta: las consecuencias negativas de la gran «desacumulación», ¡tan enfatizada por Anglade! Se trata, entre otras cosas, de analizar los inconvenientes a corto, medio y largo plazo de la descapitalización del país en general.
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El género en la migración haitiana: viejas y nuevas tendencias. Esta área considera que la feminización de la migración haitiana sigue siendo una cuestión clave para dar cuenta de la forma en que las relaciones de género atraviesan el campo tanto histórica como sociológicamente. Del mismo modo, es posible vincular la migración a la feminización de las jefaturas de hogar en Haití (Jean Simon et al., 2023).
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Por último, una cuarta vía para abordar la configuración de la migración haitiana en las Américas sería enriquecedora. Aunque Anglade (ibíd.) plantea la hipótesis de que un tercio de la población haitiana ya está expatriada, la veracidad de los hechos aún está por demostrar. La demostración es tanto más necesaria cuanto que, por diversas razones, algunos actores tienden a aumentar el número de migrantes haitianos. Es el caso de la República Dominicana cuando se habla de invasión haitiana. ¿Cuál es la realidad estadística y sociológica si la dramatización de la migración haitiana está lejos de corresponder a su participación real en los movimientos migratorios mundiales y regionales?
La revista acepta contribuciones originales en francés, inglés y español. Los resúmenes de los artículos se traducirán a estos tres idiomas.
Calendario
Por favor, siga las instrucciones para los autores antes de enviar sus contribuciones a: lamoursabine@ymail.com y aleri_pierre29@hotmail.com
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28 de febrero de 2025: Presentación de propuestas de artículos (resumen de 500 palabras).
- 31 de julio de 2025: Presentación de artículos.
- 10 de noviembre de 2025: Envío de los textos finalizados por los autores.
- Diciembre de 2025: Publicación del número temático.
Coordinación del número
- Dra. Sabine Lamour (Université d'État d'Haïti/Brown Universidad/Profesora invitada).
- Dr. Alfred Pierre (Universidad de Montreal, exprofesor de la Universidad Estatal de Haití y Coordinador General del Observatorio de Investigación sobre las Relaciones entre Élites y Poblaciones y las Migraciones (ORREM).
Bibliographie
Alexandre, G. (2013). Pour Haïti. Pour la République dominicaine. Interventions, positions et propositions pour une gestion responsable des relations bilatérales. C3 Éditions.
Anglade, G. (1982). Atlas critique d’Haïti. Avec 18 planches couleur. https://web.archive.org/web/20180719231829id_/http://classiques.uqac.ca/contemporains/anglade_georges/atlas_critique_haiti/atlas_critique_haiti.pdf
Anglade, G. (2008). Terra incognita Haïtiana. Discours d’intronisation du centre haïtien du P.E.N. international au réseau mondial des centre P.E.N. http://classiques.uqac.ca/contemporains/anglade_georges/terra_incognita_haitiana/terra_incognita_haitiana.pdf
Balch, E. G. (1927). Occupied Haiti. Prescott. Writers' Publishing Company.
Bourdieu, P. (1993). Esprits d'État : Genèse et structure du champ bureaucratique, Actes de la recherche en sciences sociales, 96-97, 49–62, https://doi.org/10.3917/arss.p1993.96n1.0049.
Bourdieu, P., Christin, O. et al. (2000). Sur la science de l'État, Actes de la recherche en sciences sociales, 133, 3–11, https://doi.org/10.3406/arss.2000.2673.
Carrera, G. B. (2014). Pourquoi migrer ? Notes sur veilles et nouvelles blessures d’Haïti. Cahiers migratoires, n° 6. OIM Bureau régional pour l’Amérique du Sud.
Castor, S. (1988). L’occupation américaine d’Haïti. Pétion-ville. Henri Deschamps.
Docquier, F. (2007). Fuite des cerveaux et inégalités entre pays, Revue d'économie du développement, 15, 49–88, https://doi.org/10.3917/edd.212.0049.
Domenach, H. (2002), L’évolution au XXe siècle du système démographique et migratoire caribéen, Diasporas caribéennes, n° 1237, mai-juin 2002, 13–25.
Jean Simon, D., Joissaint, K., et al. (2023). La féminisation de chefs de ménage à Haïti. Études caribéennes, 56, https://doi.org/10.4000/etudescaribeennes.29921.
Lamour, S. (2018). Partir pour mieux s'enraciner ou retour sur la fabrique du poto-mitan en Haïti, dans Déjouer le silence, contre discours sur les femmes haïtiennes. Paris. Remue-Ménage.
Paul, B. (2020). Haïti : terre de migrations depuis toujours. In Beaulière, A. (éd.), L’Immigration en Partage : Histoires d’Ici et de Là-bas. Paris. Un Point C’est Tout.
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