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À qui profite le crédit ?

Approches sociales de la relation de crédit en Europe (XVIIe-XVIIIe siècles)

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Published on Friday, January 17, 2025

Abstract

Cette journée d’études examine les relations de crédit dans l’Europe d’Ancien Régime sous leurs aspects sociaux, culturels et économiques. Elle s’attache à comprendre le rôle du profit et les rapports de pouvoir au cœur de ces pratiques, en explorant leurs effets sur les relations et structures sociales.

Announcement

Présentation

Dans son Dictionnaire universel du commerce, Savary des Bruslons distingue le bon profit — « celui qui se fait dans un commerce juste & qu’on exerce avec probité » — du mauvais, « illicite et odieux », « qui se fait par de mauvaises voies & dans un négoce défendu par les Loix ».

La recherche du profit est généralement perçue comme une condition sine qua non de la poursuite d’une activité marchande. Cependant, l’usure, l’avidité et les « mauvais profits » sont réprouvés dans la société d’Ancien Régime. Ce décalage crée une tension fondamentale dans la dynamique économique. Les acteurs qui s’engagent dans une relation marchande ont des intérêts séparés mais qui convergent le temps de l’échange. Cela étant, la recherche de profit seule ne permet pas d’expliquer la convergence des intérêts. Pour être comprise sous tous ses aspects, la relation commerciale doit également être appréhendée dans un sens non-pragmatique et non-instrumental. En découplant l’étude des pratiques marchandes de la recherche du profit, il est possible de restituer les intérêts sociaux, symboliques, politiques, qui incitent les acteurs à coopérer. En ce sens, plus que l’horizon unique de tout marchand, le profit économique peut d’abord être pensé comme le vecteur de bénéfices d’autres natures, irréductibles aux seules écritures comptables.

Les pratiques de crédit permettent d’articuler ces éléments, en particulier autour de la divergence d’intérêts, la question de l’acceptabilité du profit et des dynamiques sociales induites par les relations de crédit. En effet, en travaillant le caractère polysémique du crédit, l’historiographie a démontré la pluralité des éléments non-économiques qui le traversent. Selon Mark Granovetter, l’économie d’Ancien Régime est encore « encastrée dans les relations sociales » et la recherche du profit n’est qu’une des facettes de la relation de crédit. Dans un article paru en 2012 dans la Revue Française de Socio-économie, Laurence Fontaine pose les bases des relations de pouvoir qui sont reconfigurées par l’existence de crédits. C’est le cas, par exemple, des « grands crédits qui ne seront pas forcément remboursés » et qui expliquent « le nombre de faillites des marchands tout au long de l’Ancien Régime ». Ces « chaînes de crédit », pour reprendre les mots de l’historienne, créent de l’interdépendance entre les acteurs et construisent les relations sociales dans une temporalité longue, y compris pour les individus plus modestes. Les relations de crédit qui structurent la société d’Ancien Régime renforcent les hiérarchies socio-économiques existantes, mais peuvent aussi les perturber. Un individu peut allouer une créance auprès d’un individu plus puissant, riche ou prestigieux, complexifiant la relation sans toujours l’inscrire dans la dépendance ou la subordination. Puisque des relations de crédit, nuancées et complexes, innervent la société d’Ancien Régime dans son ensemble, on en retrouve les traces dans des documents de natures extrêmement différentes : comptabilités, lettres, procédures judiciaires, textes juridiques, écrits du for privé, etc. Ceci amène l’historien à se familiariser avec diverses approches des relations de crédit, en se plaçant au plus près des acteurs, du menu peuple aux grandes cours royales, des femmes aux hommes, suivant des dynamiques multiples et des échelles plurielles.

En tant que maillon dans la relation marchande, le crédit fait intervenir cette diversité d’acteurs, qu’ils soient ou non professionnels, femmes ou hommes, qui mettent en relation créanciers et débiteurs, négocient les modalités en cherchant à ménager leur profit, gèrent les investisseurs, surveillent les débiteurs, recouvrent les dettes, etc. L’analyse concrète de ces pratiques, ainsi que de la relation de crédit, articulent des trajectoires personnelles, des rapports interindividuels et des destins partagés. Au sein de ces relations, les acteurs sont amenés à redéployer leur agentivité et à évoluer dans des environnements socioéconomiques parfois très différents. Débiteurs et créanciers agissent au sein de la société marchande d’Ancien Régime, qui scrute, évalue et sanctionne leurs comportements, en particulier les abus de certains individus jugés trop cupides, trop peu dignes de confiance ou trop peu au fait des normes. Cela révèle, en creux, l’existence d’un langage, de liens moraux, sociaux et culturels communs qui conditionnent l’accès au crédit.

Le premier objectif est d’appréhender le crédit dans toute sa complexité sociale. Le second est de se concentrer sur la recherche de profit : en tant que fin — autrement dit stratégie d’enrichissement — il prend appui sur un ensemble de conditions préalables ; en tant que moyen, il est une méthode qui permet d’atteindre d’autres objectifs. Cette démarche vise à décloisonner notre appréhension du crédit, en le situant au carrefour des influences économiques et sociales et en soulignant comment les diverses interprétations et utilisations du crédit ont façonné le tissu socio-économique de l’époque moderne. La journée d’étude aspire à fournir un espace de dialogue afin d’interroger la place du profit dans la relation de crédit au sein de l’économie d’Ancien Régime en Europe, aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Programme du 29 janvier 2025

9h00 – Café et accueil des participants et du public

9h30 – Introduction

9h45 – Première session – Sur les chemins du profit

Modération :Hayri Göksin Özkoray, Maître de conférences en histoire moderne, Aix-Marseille Univ, CNRS, UMR 7303 TELEMMe, Aix-en-Provence, France

  • « S’enrichir en temps de guerre : faire commerce dans la Couronne d’Aragon entre 1635 et 1650 », Aurian Meunier, Docteur en histoire moderne, Université Perpignan Via Domitia, UMR 5136 FRAMESPA-CNRS, Perpignan, France
  • « Crédit payant, crédit gratuit ? Valorisation du crédit dans les comptabilités marchandes et en-dehors d’elles à l’Âge du Commerce », Pierre Gervais, Professeur des Universités, Université Sorbonne Nouvelle, EA 4399 CREW-CRAN, Paris, France

11h15 – Deuxième session – Argent public, profits privés

Modération :Olivier Raveux, Directeur de recherche, CNRS, UMR 7303 TELEMMe, Aix-en-Provence, France

  • « Quand le crédit rencontre l’État : gestion des crises dans l’industrie textile languedocienne », Flavian Minel, Doctorant en histoire moderne, Université Perpignan Via Domitia, UMR 5136 FRAMESPA-CNRS, Perpignan, France
  • « Crédit et profit marchand dans la pensée fiscale française du XVIIIe siècle », Boris Deschanel, Maître de conférences en histoire moderne, Avignon Université, Centre Norbert Elias, Avignon, France

12h30 – Pause repas

13h45 – Troisième session – Les visages du crédit

Modération :Anne Montenach, Professeure des Universités, Aix-Marseille Univ, CNRS, UMR 7303 TELEMMe, Aix-en-Provence, France

  • « Les masques du banquier : négociation et présentation de soi dans les stratégies d’intermédiation entre débiteurs et investisseurs », Pablo Perez, Doctorant en histoire moderne, Aix-Marseille Univ, CNRS, UMR 7303 TELEMMe, Aix-en-Provence, France
  • « Retour sur le mont-de-piété d’Avignon », Madeleine Ferrières, Professeure émérite d’histoire moderne, Avignon Université, Avignon, France
  • « Le pouvoir du crédit ». Notoriété et rapports de domination des prêteuses (Marseille et Montpellier au XVIIIe siècle), Claire Huet, Doctorante en histoire moderne, Aix-Marseille Univ, CNRS, UMR 7303 TELEMMe, Aix-en-Provence, France

15h30 – Table ronde conclusive

Information importante

Inscription obligatoire pour une participation en distanciel : claire.huet@univ-amu.fr

Organisateurs

  • Claire Huet (Aix-Marseille Univ, CNRS, UMR 7303 TELEMMe, Aix-en-Provence, France)
  • Aurian Meunier (Université Perpignan Via Domitia, UMR 5136 FRAMESPA-CNRS, Perpignan, France)
  • Flavian Minel (Université Perpignan Via Domitia, UMR 5136 FRAMESPA-CNRS, Perpignan, France)
  • Pablo Perez (Aix-Marseille Univ, CNRS, UMR 7303 TELEMMe, Aix-en-Provence, France)

Subjects

Places

  • Salle Georges Duby - 5 Rue Château de l'Horloge
    Aix-en-Provence, France (13090)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Wednesday, January 29, 2025

Keywords

  • crédit, époque moderne, Europe, histoire sociale de l'économie

Contact(s)

  • Claire Huet
    courriel : claire [dot] huet [at] univ-ubs [dot] fr
  • Pablo Perez
    courriel : pabloperezxw [at] gmail [dot] com
  • Flavian Minel
    courriel : minel [dot] flavian [at] gmail [dot] com

Information source

  • Aurian Meunier
    courriel : meunier [dot] aurian [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« À qui profite le crédit ? », Study days, Calenda, Published on Friday, January 17, 2025, https://doi.org/10.58079/133jw

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