HomeSocialisations à l’écologie des jeunes : politiques, dispositifs et pratiques de formation
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Published on Thursday, January 30, 2025

Abstract

Comment les institutions scolaires et universitaires contribuent-elles à la socialisation politique des jeunes aux enjeux écologiques ? À partir d’une approche associant sociologie de l’action publique et sociologie des socialisations, cette journée d’étude propose de rassembler des travaux qui éclairent les modes scolaires d’entrée des jeunes dans la cause de l’écologie au sens large.

Announcement

Argumentaire

Comment les institutions scolaires et universitaires contribuent-elles à la socialisation politique des jeunes aux enjeux écologiques ? À partir d’une approche associant sociologie de l’action publique et sociologie des socialisations, cette journée d’étude propose de rassembler des travaux qui éclairent les modes scolaires d’entrée des jeunes dans la cause de l’écologie au sens large.

Il s’agit de s’intéresser à la fois aux dispositifs institutionnels du primaire au supérieur et à leurs effets en termes d’intériorisation de dispositions ou de schèmes de perception du monde liés aux pratiques et aux perceptions écologiques. Comment l’éducation à l’écologie et la socialisation politique participent à la construction et à la diffusion des dispositifs relatifs aux enjeux écologiques et environnementaux ?

Plusieurs approches seront privilégiées : d’abord, la sociologie de l’action publique et la manière dont les acteurs des politiques écologiques à différentes échelles (internationales, nationales, locales) s’emparent du secteur éducatif, malgré des formes d’inertie de ce type de politiques (Bourad, Montrieux et Nicolas, 2023) ; ensuite, la sociologie des socialisations politique, afin de comprendre le poids des institutions scolaires et universitaires dans les mobilisations des jeunes sur les thématiques écologiques (notamment des 18-25 ans), ainsi que l’articulation entre dispositions sociales, scolaires et engagement chez ces publics. Du côté de la sociologie des dispositifs scolaires, on pourra enfin s’intéresser aux formes d’ « éducation à », notamment dans la traduction épistémologique et politique des notions abordées dans les curricula relatifs au « développement durable » (Barthes, 2017 ; Considère et Tutiaux-Guillon, 2015).

Ces approches se traduisent par les quatre axes abordés dans cette JE et au sein desquels les communications seront invitées à s’inscrire.

Axe 1. L’administration de l’« éducation au développement durable »

Un premier axe porte sur l’analyse des contenus scolaires et éducatifs relatifs aux enjeux écologiques. Depuis la conférence de l’UNESCO de 1977 à Tbilissi, l’Education au Développement Durable (EDD) est évoquée comme étant un objet éducatif prioritaire ; son entrée en 2013 dans le Code de l’éducation semble confirmer ce caractère prioritaire. Définie par le Ministère de l’Education Nationale comme « un champ par lequel toutes les disciplines sont concernées » (circulaire n° 2007-077 du 29 mars 2007), l’EDD est par ailleurs promue au rang d’ « axe majeur de la politique éducative du ministère ». Toutefois, les contours cette politique éducative reste flous et peu définis. Dans cette optique, seront appréciées les propositions de communiquer sur l’analyse des processus de socialisation et d’éducation promues par cet objet pédagogique ainsi que les travaux soucieux d’observer les relations entre celles et ceux œuvrant pour la production des contenus structurés par l’EDD.

Dans une perspective épistémologique, cet axe invite à questionner la posture des administrations qui associe à ces dispositifs éducatifs l’adjectif « environnemental » plutôt que, par exemple, « écologique » (Bourad, Montrieux et Nicolas, 2023). La structure descendante de la « planification éducative » en matière d’écologie ouvre des questions sur la faisabilité de cette ambition transversale : quelle place occupe l’EDD dans les programmations bottom up, émanant des agents de terrain ? Comment s’opère la production des contenus relatifs aux enjeux environnementaux et qui participe à cette production ? Qu’est-ce qui freine la proposition de contenus ? Les politiques éducatives s’opérant de plus en plus sur la base de contractualisations locales sortant du seul cadre scolaire (PEDT, PEL, CTG, etc.), on envisagera une ouverture sur l’analyse de ces partenariats à l’origine de « projets de zone » (Duru-Bellat, Farges et Van Zanten, 2022).

Axe 2. Les mobilisations écologiques des jeunes

En 2018, la multiplication mondiale des grèves et des marches pour le climat a contribué à l’association de la jeunesse au militantisme climatique, notamment au travers de l’expression consacrée médiatiquement : « la génération climat » (Lardeux, 2023). Loin d’être une mobilisation unanime de la jeunesse, l’analyse sociologique de ces mobilisations nous rappelle l’importance de dispositions scolaires et idéologiques dans les conditions de participation à ce type de mouvements (Le Lann et al., 2023).

Les communications pourront également interroger la place et le rôle de la jeunesse au sein de mouvements et de partis écologistes (Jérôme, 2021) aux discours et aux modes d’actions plus conflictuels (contre les mégabassines ou contre les infrastructures autoroutières par exemple). Si l’hypothèse d’une jeunesse particulièrement engagée sur les thématiques écologiques est à nuancer (Peugny, 2024), qu’en est-il des jeunes, lycéen·es, étudiant·es, actif·ves ou en recherche d’emploi, qui présentent des rapports en apparence plus distants à ces thématiques ? Les enjeux environnementaux n’occupent pas la même place dans les pratiques selon les sensibilités politiques et la place occupée dans l’espace des positions sociales (Comby et Mallier, 2021 ; Comby, 2022 ; Grossetette, 2019 ; Grinsburger, 2020) ; on s’intéressera de ce fait aux liens entre socialisations politiques et pratiques « éco-responsables » des jeunes. La revendication d’un engagement écologique peut-il être considéré comme une pratique distinctive au sein des hiérarchies lycéennes ? Ce type de revendication suit-elle une dynamique genrée permettant d’affiner l’analyse scientifique des pratiques et des représentations écologiques ?

Axe 3. L’action éducative locale

La « décentralisation éducative » (Ferhat, 2021) invite à cartographier l’espace social dans lequel est produite l’action éducative locale (Ben Ayed, 2009 ; Van Zanten, 2023). Dans ce troisième axe, les propositions attendues rendront compte de l’état du champ éducatif local et plus précisément lorsque ses agents se fixent pour objectif de produire des contenus relatifs aux enjeux écologiques.

Abordant les spécificités des espaces locaux étudiés, les communications pourraient également s’intéresser aux façons dont les politiques éducatives constituent l’un des enjeux de pouvoir à l’œuvre dans le champ local. Nous serons attentifs aux façons dont cette éducation à l’écologie s’inscrit dans l’administration locale et ses (re)configurations (Le Bourhis et Martinais, 2014) ainsi qu’aux manifestations de divergences d’intérêts entre, d’un côté, la structuration de l’avenir et, par ailleurs, la gestion économique présente (Crettiez, Hassenteufel et De Maillard, 2024).

Dans la mesure où les enjeux locaux peuvent supplanter ceux issus de la verticalisation descendante de l’action publique, et notamment sur le sujet des politiques écologiques (Jobert, 1998 ; Lascoumes et Le Bourhis, 1998), on s’intéressera aux façons dont les agents influents de la production des politiques publiques locales (élu·es, associations, services déconcentrés, syndicats, collectifs d’habitant·es, etc.) agissent lors du déploiement des dispositifs publics afférents. Ce troisième axe invite de ce fait à s’interroger sur les conditions de production du cadrage spatial et ses effets sur les politiques éducatives aux vocations écologiques : s’agit-il de de transposer des intentions nationales à l’échelon local, de produire une forme d’action publique inspirée des propriétés locales, de proposer un format hybride qui associe le local et le national, etc.

Axe 4. L’enseignement supérieur et la recherche face aux enjeux écologiques

Cet axe invite à présenter des travaux portant sur l’interaction entre écologie politique et enseignement supérieur, tant ce dernier est un espace propice à l’acquisition de pratiques, de normes et de savoirs relatifs aux thématiques écologiques. À l’instar des politiques d’ouverture sociale (Allouch, 2013), on peut supposer que le développement de la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) a contribué à imposer aux écoles l’intégration des problématiques de développement durable, dans le but de faciliter l’intériorisation par les étudiants des discours portés par leurs futurs employeurs. Les travaux portant sur le déploiement des contenus écologiques dans l’enseignement supérieur sont de ce fait attendus. Par extension, la circulation des savoirs écologiques au sein des espaces universitaires peut faire l’objet d’analyse dans cet axe.  

Si le cause ingenieuring (Bouzin, 2023) semble particulièrement en vogue au sein des milieux ingénieurs, les ancrages disciplinaires sont-ils des lignes de clivages pertinents ? Comment les socialisations en Grandes Écoles participent-ils à l’intériorisation de dispositions réformistes que l’on retrouve au sein des classes dominantes (Comby, 2024) ? Observe-t-on une ligne de clivage entre socialisations en Grandes Écoles et socialisations en universités ? Les enjeux écologiques redéfinissent-ils les aspirations professionnelles des étudiant·es de l’enseignement supérieur ? Comment les convictions écologiques s’articulent-elles aux trajectoires sociales des individus ? Comment se structurent les pratiques de recherche (Blanchard et al., 2022) et de construction d’objets scientifiques centrés sur les curricula écologiques (Barthes, 2017) ?

Modalités de soumission

La journée d’études « Socialisations à l’écologie des jeunes : politiques, dispositifs et pratiques de formation » organisée le 05 juin 2025 à Amiens est ouverte à tous·tes, y compris les doctorant·es qui présenteraient leurs travaux pour la première fois.

Les propositions de communication orale (4 000 signes maximum, espaces compris, bibliographie et titre exclus) devront être soumises en français  à erwan.franchon@gmail.com et maxime.lietar@u-picardie.fr

avant le 28 février 2025.

Devront y figurer le nom du ou des auteur·ice(s) et leurs coordonnées, l’institution de rattachement, l’axe envisagé parmi les quatre décris ci-dessus, un titre, un résumé qui précise la problématique, le cadre théorique, la méthodologie et les résultats évoqués, et une bibliographie.

Comité scientifique

  • Annabelle Allouch (PU, CURAPP-ESS)
  • Marianne Blanchard (MCF, CERTOP)
  • Erwan Franchon (Doctorant, SAGE)
  • Vanille Laborde (MCF, CRESPPA-CSU)
  • Laurent Lardeux (Chargé de Recherche, INJEP)
  • Maxime Lietar (Doctorant, CURAPP-ESS)
  • Camille Peugny (PU, Printemps)
  • Vincent Tiberj (PU, Centre Emile Durkheim)

Bibliographie

BARTHES Angela, « Education au développement durable dans BARTHES Angela (dir.), Dictionnaire critique des enjeux et concepts des « éducations à », L’Harmattan, 2017.

BEN AYED Choukri, Le nouvel ordre éducatif local. Mixité, disparités, luttes locales, Éducation et société, 2009.

COMBY Jean-Baptiste, MALIER Hadrien, « Les classes populaires et l'enjeu écologique », Sociétés contemporaines, n°124, 2021, p.37-66.

COMBY Jean-Baptiste, « Un éthos pondérateur », Actes de la recherche en sciences sociales n°241, 2022, p.74-91.

CONSIDÈRE Sylvie et TUTIAUX-GUILLON Nicole, « L'éducation au développement durable : entre ‘’éducation à’’ et disciplines scolaires, Recherches en didactiques n°15, 2013, p.111-133.

CRETTIEZ Xavier, HASSENTEUFEL Patrick et DE MAILLARD Jacques, « Conclusion. La politique à l’épreuve » dans Introduction à la science politique (2ème éd.), Paris, Armand Colin, p.442-454.

DEMENGE Victor et ROBERT Mélaine, « Champ bureaucratique et sociologie de l’ action publique. De la structure de l’ administration à la production de l’ action publique » dans DUBOIS Vincent (dir.), Les structures sociales de l’action publique, Paris, Éditions du Croquant, 2022.

DUBOIS Vincent, « L'action de l'État, produit et enjeu des rapports entre espaces sociaux », Actes de la recherche en sciences sociales n°201-202, 2014, p.11-25.

DURU-BELLAT Marie, FARGES Géraldine, VAN ZANTEN Agnès, « Chapitre 4. L’école entre l’espace local et l’espace national », dans DURU-BELLAT Marie, FARGES Géraldine, VAN ZANTEN Agnès, Sociologie de l'école, Armand Colin, 2022, p.89-115.

FERHAT Ismail, « La décentralisation, les collectivités territoriales et l’école : vers des politiques éducatives locales ? », Carrefours de l'éducation n°51, 2021, p.13-17.

FOUCAULT Martial, MUXEL Anne, Une jeunesse engagée, Presses de Sciences Po, 2022, p.81-118.

GINSBURGER Maël, « De la norme à la pratique écocitoyenne. Position sociale, contraintes matérielles et diversité des rapports à l’écocitoyenneté », Revue française de sociologie Vol.61, 2020, p.43-78

GROSSETÊTE Matthieu, « Quand la distinction se met au vert Conversion écologique des modes de vie et démarcations sociales », Revue Française de Socio-Économie n°22, 2019, p.85-105.

JEROME Vanessa, Militer chez les Verts, Presses de Sciences Po, 2021.

JOBERT Arthur, « L’aménagement en politique. Ou ce que le syndrome NIMBY nous dit de l’intérêt général », Politix n°42, 1998, p. 67-92.

LARDEUX Laurent, Les jeunes activistes dans le(s) mouvement(s) climat, INJEP. Notes & Rapport, 2023.

LASCOUMES Pierre et LE BOURHIS Jean-Pierre, « Le bien commun comme construit territorial. Identités d'action et procédures », Politix n° 42, 1998, p.37-66.

LE BOURHIS Jean-Pierre et MARTINAIS Emmanuel, « Quelle architecture institutionnelle pour le développement durable ? La restructuration des services régionaux du ministère de l'écologie », Revue française d'administration publique, n° 149, 2014, p.223-237.

LE LANN Yann et al., « Faut-il soutenir les Gilets jaunes ? Le rôle des positions de classe dans le mouvement climat », Écologie & Politique n°62, 2021, p.49-66.

MAURICE Antoine, Le Surfeur et le Militant. Valeurs et sensibilités politiques des jeunes, en France et en Allemagne, des années 60 aux années 90, 1986. 

MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE ET DE LA JEUNESSE, « Circulaire n° 2007-077 du 29 mars 2007 », Bulletin officiel n°14 du 5 avril 2007.

MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE ET DE LA JEUNESSE, « Circulaire du 24 septembre 2020 », Bulletin Officiel n°36 du 24 septembre 2020.

NICOLAS Frédéric, MONTRIEUX Gabriel et BOURAD Aïcha « La transition écologique à l’épreuve des sciences sociales du politique », Politix n° 144, 2023 p.9-35.

PEUGNY Camille, « Y a-t-il un âge pour être vert ? », Sciences Humaines n° 372, 2024, p.57.

VAN Zanten Agnès, « L’école et l’espace local », Administration & Éducation n°177, 2023, p.69-74.

Places

  • Centre Universitaire de Recherche sur l'Action Publique et le Politique (CURAPP-ESS) - Pôle Universitaire Cathédrale, 10 Placette Lafleur
    Amiens, France (80)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Friday, February 28, 2025

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Keywords

  • socialisation, écologie, action publique, éducation, obilisation

Contact(s)

  • Maxime Lietar
    courriel : maxime [dot] lietar [at] u-picardie [dot] fr

Information source

  • Maxime Lietar
    courriel : maxime [dot] lietar [at] u-picardie [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Socialisations à l’écologie des jeunes : politiques, dispositifs et pratiques de formation », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, January 30, 2025, https://doi.org/10.58079/137e0

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