HomeSeuils in(ter)disciplinaires : une exploration méthodologique de l’indisciplinarité
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Published on Friday, January 24, 2025

Abstract

Le collectif propose de questionner les enjeux de seuils entre disciplines à travers un cycle de quatre séminaires. La notion de seuil prend ici la forme d’expérimentations entre disciplines, au sens d’une indisciplinarité qui explore l’hybridité, les croisements, les entre-deux. Comment une discipline autre que la sienne permet-elle de réinvestir sa pratique et sa recherche ? Être « sur le seuil » devient une méthode de recherche et de création qui, dans une période de crise sociale, économique et politique, nous permet de penser dans l’altérité. La plus-value de ce cycle de séminaires tient dans son hybridation transdisciplinaire entre recherche et création, mêlant conférences et ateliers artistiques avec des intervenant·es chercheur·es/artistes.

Announcement

Cycle de séminaires du Collectif jeunes chercheuses Frontières d'Aix-Marseille Université

Présentation

Le collectif propose de questionner les enjeux de seuils entre disciplines à travers un cycle de quatre séminaires. La notion de seuil prend ici la forme d’expérimentations entre disciplines, au sens d’une indisciplinarité (Halberstam 2011, Loty 2000/2005) qui explore l’hybridité, les croisements, les entre-deux. Comment une discipline autre que la sienne permet-elle de réinvestir sa pratique et sa recherche ? Être “sur le seuil” devient une méthode de recherche et de création qui, dans une période de crise sociale, économique et politique, nous permet de penser dans l’altérité. La plus-value de ce cycle de séminaires tient dans son hybridation transdisciplinaire entre recherche et création, mêlant conférences et ateliers artistiques avec des intervenant·es chercheur·es/artistes.

Programme

Première séance – 17 mai 2024

  • Transmettre l’exil : seuils, silences, création avec Tania Sollogub et Nicola Rose

Elle renversait la tête en arrière, elle fermait les yeux, et son rire montait haut, très haut, il s’envolait quelque part dans le ciel, sans doute dans un endroit spécial du paradis où les Russes se retrouvaient pour parler de leur vie, avant les HLM.

C’est ainsi que Tania Sollogoub, à travers la voix de sa narratrice, décrit sa grand-mère Babou dans son roman semi-autobiographique Au Pays des pierres de lune (2011). Russe exilée en France, Babou et sa bague en pierre de lune incarnent le seuil d’un pays perdu et fantasmé que l’héroïne ne peut découvrir que par des bribes de souvenirs et des récits hauts en couleurs.

En se réappropriant le sujet politique, intime et artistique de l’exil, Tania Sollogoub mêle sa sensibilité poétique, son expertise géopolitique et son expérience personnelle et familiale pour revisiter les souvenirs de sa grand-mère à travers ses propres souvenirs. Dans son court-métrage In The Land of Moonstones (2018), Nicola Rose transpose ce récit dans une autre culture, d’un HLM à Boulogne-Billancourt à un immeuble résidentiel de Brooklyn, où se tissent de nouveaux liens intimes, familiaux et culturels, et où l’autofiction elle-même prend une autre forme. Là où, dans le roman, les souvenirs d’enfance de l’autrice servaient de tremplin vers ceux de sa grand-mère, dans le court-métrage, l’animation sert d’image manquante pour figurer un pays qui n’existe nulle part ailleurs que dans les récits de la grand-mère d’une autre. Si écrire l’autofiction, c’est reconstruire ses souvenirs sur le seuil de soi-même, adapter l’autofiction, c’est arriver sur le seuil d’une autre.

Dans cette première séance du cycle de séminaires « Seuils in(ter)disciplinaires », organisé par le collectif de jeunes chercheuses d’Aix-Marseille Université Frontières, Tania Sollogoub et Nicola Rose proposent des regards croisés et interdisciplinaires sur la transmission de l’exil comme seuil culturel, générationnel, identitaire et artistique. À travers une table ronde, un ciné-débat et un atelier d’écriture, ce séminaire à l’intersection de la théorie et de la création interroge l’exil comme seuil, entre deux cultures, deux langues, deux identités, qui, ni totalement dans un lieu ni dans l’autre, se situe nulle part, au pays des pierres de lune.

Deuxième séance – 29 novembre 2024

  • Le seuil dans la pratique théâtrale de l’altérité : l’œuvre de Matéi Visniec et son exploration sur la scène avec Matéi Visniec et Elena Cotugno

Parfois je me dis que nous, les humains, nous sommes la somme des frontières que nous traversons…

Le ciel était clair ce jour-là, mais un avion supersonique passait en laissant derrière une longue trainée blanche. Et j’ai eu l’impression qu’il traçait une frontière dans le ciel.

L’exploration interdisciplinaire de la signification conceptuelle et géopolitique de la frontière, de ses représentations et de l’expérience quotidienne des communautés qui la vivent est l’un des thèmes centraux de l’œuvre de Matéi Visniec. Il crée un théâtre à la lisière entre l’au-deçà et l’au-delà où le seuil est le lieu métaphorique de la rencontre. En collaboration avec l’auteur, la compagnie TB a créé en juillet 2024 « Festa di confine », résidence théâtrale sur la frontière. Dans ce projet, cette dernière est conçue comme un dispositif complexe d’éléments matériels et immatériels et est comparée à la célébration, besoin primaire de l’humanité. Pour l’acteur stanislavskien, le concept du seuil est fondamental ; c’est un lieu indéfini qui lui permet de s’emparer du texte et d’appréhender le personnage pour rechercher la vie sur scène: une pratique transmise par des maîtres tels que Maria Knebel et Anatolij Vasiliev. Aujourd’hui, au XXIe siècle, nous abordons ces techniques avec un regard plus contemporain, mais l’objectif reste le même, la recherche de la vie sur scène.

Dans cette deuxième séance du cycle de séminaires « Seuils in(ter)disciplinaires », Matéi Visniec et Elena Cotugno proposeront des regards croisés intergénériques mélangeant la réflexion sociopolitique avec la pratique théâtrale d’origine stanislavskienne. Elena Cotugno de la compagnie TB analysera avec les participants des textes inédits de Matéi Visniec sur la frontière pour une compréhension approfondie et pour la création d’un cadre théorique. À l’issue de ce travail, les participants seront en mesure de représenter des fragments de textes dans la tentative de création d’un contact entre le texte et le subconscient de l’acteur à travers l’action. Le théâtre devient ainsi le lieu de rencontre interdisciplinaire par excellence où l’aspect poétique, artistique et métaphorique de la frontière se mêle à une facette plus concrète en termes psychologiques, sociologiques et géopolitiques.

Troisième séance – 27 janvier 2025

  • Pour une traduction in(ter)disciplinaire. Détournements expérimentaux sur le seuil du transfert avec Lily Robert-Foley

Des traductions qui font ce qu’elles ne sont pas censées faire. Elles peuvent traduire une dimension du texte tout en omettant une autre. Leur quantité peut fluctuer, traduisant un mot par plusieurs ou plusieurs mots par un seul, au-delà du raisonnable. Elles peuvent changer de support, de registre, de genre, de type de texte ou de champ lexical. Elles peuvent se référer à des temps passés ou futurs. Elles peuvent utiliser à tort des outils informatiques, recourir à des filtres, des médias hybrides, des matériaux physiques, des substances ou d’autres dispositifs. Il peut s’agir de découpages, de pastiches, de collages combinant des traductions ou même des langues. Elles peuvent traduire des textes qui n’existent pas.

Avec l’avènement et l’implémentation de la traduction automatique, Robert-Foley entrevoit le potentiel d’une nouvelle approche de la pratique traductive, capable de détourner la doxa traditionnelle de la traductologie, reposant sur le paradigme de la fidélité et de la reproduction.

S’inspirant de pratiques artistiques qui mobilisent l’écriture automatique ou des outils technologiques et électroniques, dans sa monographie Experimental Translation, Robert-Foley qualifie cette approche d’« experimental ». Combinant perspective transculturelle, traductologique et littéraire, elle interroge l’impact de la traduction automatique sur le langage en tant que production humaine. En effet, en s’appuyant sur d’autres unités de mesure (telles que les tokens), la traduction automatique défie l’idéologie structuraliste du langage et sa conception du signe linguistique, fondée sur le principe du transfert (d’un signifiant à un signifié). Parallèlement, elle rend l’acte traductif plus tangible, en le libérant de l’idée d’une reproduction invisible (Venuti, 1995) et valorisant sa dimension poïétique plutôt que mimétique.

En se référant aux sept procédés de traduction théorisés par Vinay et Darbelnet (1958), Robert-Foley en déconstruit les implications nationalistes et essentialistes, ainsi que le postulat du mouvement biunivoque du processus traductif, pour proposer une vision critique et créative de ce dernier. Dans cette nouvelle approche, la traduction s’accorde le droit à l’erreur, à la faillite (Halberstam, 2011), à la bizarrerie et à l’imprévisible.

Alors, l’emprunt n’est plus une dette et le calque n’est plus une protection contre la contamination linguistique, ni une quelconque forme de reproduction. La traduction littérale et la transposition ne sont plus envisagées comme un processus de retranscription et de régulation normative. L’équivalence et la modulation n’exécutent plus la légitimation du critère de fidélité. Tous ces procédés deviennent, au contraire, un moyen de transcréer ou de souligner le déréglement et le somatique de la parole.

En accompagnement de sa monographie, Robert-Foley fournit aux lecteurs le Handbook of Translation Procedures. Dans ce dernier, on retrouve un guide avec des suggestions pour la mise en pratique des procédés traductifs étudiés dans la monographie, et les résultats créatifs atteints par l’écrivaine. Le Handbook à la main, lors de notre atelier itinérant nous ferons prendre corps et forme aux procédés, apportant ainsi notre contribution aux expériences de l’Experimental Translation.

Participation

L'atelier (sur inscription) Tickets : Atelier de Experimental Translation avec Lily Robert-Foley - Billetweb

(salle 2.44 et en visioconférence -Launch Meeting - Zoom)

Places

  • Aix-Marseille Université, Maison de la recherche, salle 2.44 - 29 avenue Robert Schuman
    Aix-en-Provence, France (13)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Monday, January 27, 2025
  • Friday, November 29, 2024
  • Friday, May 17, 2024

Reference Urls

Information source

  • Santa Vanessa Cavallari
    courriel : santa-vanessa [dot] cavallari [at] univ-amu [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Seuils in(ter)disciplinaires : une exploration méthodologique de l’indisciplinarité », Seminar, Calenda, Published on Friday, January 24, 2025, https://doi.org/10.58079/135l3

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