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Retour sur l’analyse du discours « de l’école française » des origines : déconstruction, engagement et positionnements

Ritorno alle origini dell’analisi del discorso “di scuola francese”: decostruzione, impegno e posizionamenti

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Abstract

La journée d'études internationale et multidisciplinaire Retour sur l’analyse du discours « de l’école française » des origines du groupe de recherche AD-Do.Ri.F se donne pour objectif de revenir sur les cadres notionnels et méthodologiques issus de la « première génération » de l’analyse du discours de l'école française (ADF) des origines, pour tisser un lien entre celle-ci et les contextes de recherches sociolinguistiques contemporains. 

Announcement

Dates : Bari (Italie), 29-30 mai 2025

Lieu : département de Sciences politiques, Università degli studi di Bari Aldo Moro

Argumentaire

Deux noms ont caractérisé les origines de l’analyse du discours « de l’école française » (désormais ADF) depuis la fin des années 1960 en France (Raus 2019 ; Moirand 2020) : Michel Pêcheux, philosophe, initiateur de l’analyse automatique du discours, et Jean Dubois, linguiste, père du concept « analyse du discours » – emprunté à l’angloaméricain Discourse Analysis, depuis sa création par Zellig Harris. 

L’ADF des origines, qui voit le jour dans une conjoncture théorique et politique propice à une pensée « transversale » (Maldidier 1993), relève d’une approche distributionnelle automatique d’accès aux mots pour repérer les régularités énonciatives qui créent la « surface énonciative » d’un texte (Raus 2021 : 18) interrogeant les « relations entre les textes et les situations sociohistoriques dans lesquelles ils se produisent » (Maingueneau 2014a : 13). Les préoccupations des analystes du discours francophones des origines touchent aux conditions de production, circulation et réception du discours, par la conviction que l’analyse du discours doit être autonome par rapport à la linguistique, tant en termes d’application que d’intégration à celle-ci (Maldidier 1993). Par cette approche centrée sur « la matérialité de la langue », l’ADF peut tirer profit des travaux en philosophie et en psychanalyse de Jacques Lacan, de Louis Althusser et de Michel Foucault, et de la linguistique de l’énonciation, grâce à laquelle diverses tendances (Maingueneau 2014a) et « générations » (Angermuller 2017) de l’ADF ont pu voir le jour dans les décennies suivantes. Par ces premiers développements, l’ADF se différencie de l’analyse du contenu (Krieg-Planque 2012) et intègre, à partir de l’idée de la non-transparence de la langue et de ses réalisations en contexte, la présence de l’« autre » et, par conséquent, l’idéologie qui est à la base des êtres humains et des groupes sociaux (Althusser 1970). 

Ainsi, depuis les années 1970, de nouvelles notions viennent enrichir l’ADF en construction. Tel est le cas de la notion de « préconstruit », introduite en 1975 par Paul Henri et Michel Pêcheux par rapport à des phénomènes syntaxiques à rapporter avec les données contextuelles (Paveau 2017), avec les trois notions qui lui sont liées d’« interdiscours », de « formation discursive » – tirée de Foucault – et de « sujet » en tant que « trace » de discours antérieurs à la formation discursive (Maldidier 1993). Il s’ensuit que même la place du sujet dans la construction des formations discursives est au cœur des réflexions de l’ADF : celui-ci devient de plus en plus décentré par l’interdiscours, comme le montrera l’ADF des années 1980, avec également la notion d’« hétérogénéité » issue des travaux de Jacqueline Authier-Revuz (2020, entre autres). D’autres ouvertures importantes de l’ADF, qui s’étendent jusqu’en Amérique latine – rappelons, parmi d’autres, Eni PuccinelliOrlandi, qui s’engage à diffuser l’œuvre de Michel Pêcheux au Brésil, alors marqué par une dictature militaire (Machado, Mendes 2011) – porteront sur des concepts provenant de la linguistique de l’énonciation (Émile Benveniste, Antoine Culioli), de la pragmatique – via les travaux sur la pragmatique intégrée d’Oswald Ducrot –, de l’étape de « déconstruction » introduite par la relecture de L’archéologie du savoir de Foucault. Il en va de même pour la redécouverte de l’archive et donc de la dimension historique, mais aussi pour les genres discursifs et les fondements d’une définition de la rhétorique argumentative (Christian Plantin, Ruth Amossy). De nouvelles orientations conduiront les linguistes et analystes du discours, depuis les années 1980 et les années 1990, vers de nouvelles pistes de réflexion qui façonneront diverses approches de l’ADF. Patrick Charaudeau proposera une approche sémiolinguistique du discours, intégrant dans l’analyse les conditions socio-communicatives externes à l’acte d’énonciation, à travers le point de vue et le positionnement du sujet parlant (Charaudeau 2023, entre autres), alors que d’autres spécialistes – Sophie Moirand, Marie-Anne Paveau et Dominique Maingueneau – s’intéresseront aux choix des discours à examiner (Guilhaumou 2002), ce qui les amènera à réinterroger les notions d’« événement » et de « mémoire ». En particulier, Dominique Maingueneau est à la base d’une première systématisation des analyses conduites depuis les années 1960 sur l’ADF et poursuivies dans le cadre des multiples réactualisations de ces notions fondamentales en ADF depuis les années 1980. Il sera à l’origine de l’ouvrage de référence de l’ADF qui continue à former des générations d’analystes du discours Dictionnaire d’analyse du discours, publié en 2002, qu’il codirige avec Patrick Charaudeau. Grâce à ces ouvertures qui, au tournant du XXIe siècle, s’enrichissent de la linguistique de corpus et de la textométrie, les analystes du discours s’intéresseront, de façon plus scientifique et systématique, à des formations discursives à l’œuvre dans des textes parfois très hétérogènes (Maingueneau 2014b) à partir de (ré)interrogations et d’adaptations constantes en fonction d’objets et d’objectifs nouveaux (Longhi 2018). 

Or, loin de sous-estimer ces étapes épistémologiques et méthodologiques essentielles de l’ADF (Mazière 2005 ; Raus 2019), la présente journée d’études voudrait revenir sur l’ADF des origines, avec les cadres notionnels et méthodologiques issus des analystes de la « première génération », pour tisser un lien entre celleci et les contextes de recherches sociolinguistiques contemporains. Il s’agira de se pencher sur les travaux pionniers en ADF à la lumière d’une déconstruction, autrement dit d’une reconfiguration (Maldidier 1993) et d’un retour réfléchi et actualisé sur ceux-ci par rapport au discours politique et au traitement automatique du texte contemporains, comparant des temps et des espaces donnés différents, révélateurs de positionnements sociaux, culturels, historiques propres aux sujets qui se les approprient. Les réflexions souhaitées viseront à tracer des chemins permettant de comprendre si et comment l’analyse du discours politique et le traitement automatique des discours à l’époque contemporaine peuvent tirer profit et s’enrichir d’un retour réfléchi à l’ADF des origines et de ses apports. Le titre de cette initiative, s’inspirant d’un article de Sophie Moirand (2020) sur une sémantique actualisée du discours en construction, se poursuit par la dimension engagée de l’ADF. Cette perspective amène l’analyste à se positionner à l’égard des « moments discursifs » (Moirand 2020) qui caractérisent son époque, mais aussi à revenir sur les travaux pionniers en ADF pour mieux comprendre l’ère actuelle, marquée par des crises multiples (Charaudeau 2020) et par le retour et l’essor des populismes en Europe. Il en va de même pour les avancées liées au traitement automatique de données langagières, qu’il sera demandé d’aborder en tenant compte des premières analyses automatiques réalisées entre les années 1960 et les années 1970 sur le discours politique. À cet égard, l’intelligence artificielle et le traitement automatique des langues naturelles via la traduction et la transcription automatiques viennent interroger des phénomènes discursifs nouveaux. Ceux-ci questionnent le rôle de la personne qui est tenue de les examiner et de s’attarder sur le positionnement éthique de l’ADF, à partir de nouvelles exigences liées, entre autres, à l’utilisation d’un langage respectueux des différences et plus inclusif (Raus et al. 2022). D’autres interrogations portent sur les enjeux interdiscursifs qui émergent du passage des notions de l’ADF au fil du temps dans d’autres contextes socio-culturels (Raus 2019) et dans d’autres langues, pour en faire ressortir les spécificités ainsi que pour réaliser une terminologie de l’ADF dans des langues autres que le français. Rappelons, à cet égard, le projet qui est à la base de la collection Traduco (Tab edizioni, Rome), sous la direction de Rachele Raus, visant à traduire et à faire connaître en Italie et dans le contexte italophone des ouvrages rédigés par des analystes du discours francophones. 

Cette initiative fait suite à d’autres projets qui ont vu le jour depuis 2020 en Italie, en partie sous le patronage du Do.Ri.F., pour promouvoir l’ADF et son engagement dans un contexte de plus en plus complexe et complexifié : 

Les propositions attendues pour la présente journée d’études pourront porter, entre autres, sur :

  • le traitement automatique du texte depuis les premières recherches des analystes du discours et sa reconfiguration à l’aune de l’intelligence artificielle en termes de traduction automatique, transcription automatique et création d’applications se servant de l’intelligence artificielle pour le traitement de données langagières, même à des fins pédagogiques ;
  • l’analyse du discours politique des origines et sa reconfiguration en termes d’engagement et de positionnement à l’égard de l’ère actuelle, à la lumière de certains déplacements internes au discours politique (Alduy et al. 2023) générateurs d’un brouillage des enjeux politiques (Charaudeau 2022), et du retour des populismes, voire d’une radicalisation du discours, dans les régimes démocratiques européens ;
  • la réception des notions et des concepts de l’ADF liés au discours politique et au traitement automatique du texte en Italie, au niveau de traduction inter- et intralinguistique, ainsi que de reconfigurations de l’espace sociopolitique contemporain par rapport à celui qui a fait l’objet des recherches des analystes de la « première génération » ;
  • le rôle engagé de l’analyste du discours dans son statut de « chercheur », ses « postures » (Charaudeau 2013) et son positionnement éthique à l’aune des enjeux politiques et sociétaux contemporains, en les comparant avec ceux qui relevaient du contexte de l’ADF des origines ;
  • les apports et les influences mutuelles entre la reconfiguration de l’ADF des origines et d’autres approchesthéoriques dans le contexte politique et social contemporain.

Modalités de participation

Les propositions de communication attendues, à rédiger en français ou en italien, au format word, ne dépasseront pas les 500 mots (références bibliographiques incluses) et s’inscriront dans l’un des axes de recherche susmentionnés. Elles seront anonymisées et accompagnées, dans le texte du message, du titre de la proposition, du nom, de l’affiliation et de l’adresse électronique de la personne ou des personnes concernées. L’objet du courrier, à envoyer à l’adresse adf2025@uniba.it, sera : ADF des origines – Prénom(s) et nom(s). Les propositions d’élèves en formation doctorale – dont la méthodologie de recherche s’appuie sur l’ADF et sur ses développements en termes de traitement automatique des discours et d’analyse du discours politique – sont encouragées. Elles feront l’objet d’une session qui sera consacrée à la présentation de leurs recherches en cours. 

Durée des interventions : 20 minutes

Langues de communication : français et italien

Publication envisagée : numéro thématique de revue scientifique internationale ou ouvrage thématique collectif 

Calendrier

  • Date limite de réception des propositions : 15 avril 2025

  • Notification d’acceptation des propositions : 30 avril 2025
  • Journée d’études : 29-30 mai 2025  

Comité scientifique 

  • Johannes Angermuller (Open University)
  • Patrick Charaudeau (Université Sorbonne Paris-Nord)
  • Françoise Favart (Université de Trieste)
  • Paola Paissa (Université de Turin)
  • Rachele Raus (Université de Bologne-Forlì)
  • Micaela Rossi (Université de Gênes)
  • Alida Maria Silletti (Université Aldo Moro de Bari)
  • Lorella Sini (Université de Pise)

Comité d’organisation 

 Alida M. Silletti, Giuseppe A. Papagni, Luca Dellino

Bibliographie citée

Alduy C., Collovald A., Pranchère J.-Y. (2023), « Les faillites du langage », Esprit, 302, https://esprit.presse.fr/article/cecile-alduy-et-annie-collovald-et-jean-yves-pranchere/les-faillites-du-langage44871

Althusser L. (1970), « Idéologie et appareils idéologiques d’État. (Notes pour une recherche) », La pensée, 51, pp. 3-38.

Angermuller J. (2017), « Renouons avec les enjeux critiques de l’Analyse du Discours. Vers les Études du discours », Langage et société, 160-161/2, pp. 145-161, https://shs.cairn.info/revue-langage-et-societe-2017- 2-page-145?lang=fr&tab=texte-integral 

Authier-Revuz J. (2020), La Représentation du Discours Autre. Principes pour une description, Berlin/Boston, De Gruyter, 2020.

Charaudeau P. (2013), « Le chercheur et l’engagement. Une affaire de contrat », Argumentation et analyse du discours, 11, https://journals.openedition.org/aad/1532

Charaudeau P. (2020), La manipulation de la vérité. Du triomphe de la négation aux brouillages de la postvérité, Limoges, Lambert-Lucas.

Charaudeau P. (2022), Le discours populiste, un brouillage des enjeux politiques, Limoges, Lambert-Lucas. Charaudeau P. (2023), Le Sujet parlant en sciences du langage. Contraintes et libertés. Une perspective interdisciplinaire, Limoges, Lambert-Lucas.

Guilhaumou J. (2002), « Le corpus en analyse de discours : perspective historique », Corpus, 1, https://journals.openedition.org/corpus/8 

Krieg-Planque A. (2012), Analyser les discours institutionnels, Paris, Armand Colin.

Longhi J. (2018), Du discours comme champ au discours comme terrain, Paris, L’Harmattan, collection « Humanités numériques ».

Machado I.L., Mendes E. (2011), « Avant-propos », Argumentation et Analyse du Discours [En ligne], 7, http://journals.openedition.org/aad/1220 

Maingueneau D. (2014a), Discours et analyse du discours, Paris, Armand Colin.

Maingueneau D. (2014b), « Aux limites de la généricité », in Monte M., Philippe G. (dir.), Genres & textes. Déterminations, évolutions, confrontations, Lyon, Presses universitaires de Lyon, pp. 77-88.

Maldidier D. (1993), « L’inquiétude du discours. Un trajet dans l'histoire de l'analyse du discours : le travail de Michel Pêcheux », Semen, 8, https://journals.openedition.org/semen/4351#tocto1n4

Mazière F. (2005), L'analyse du discours. Histoire et pratiques, Paris, Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? ».

Moirand S. (2020), « Retour sur l’analyse du discours française. Suivi de quelques réflexions sur une sémantique du discours en construction », Pratiques. Linguistique, littérature, didactique, 185-186, https://journals.openedition.org/pratiques/8721 

Paveau M.A. (2017), « Le préconstruit. Généalogie et déploiements d’une notion plastique », in Bréchet F., Giai-Duganera S., Luis R., Mezzadri A., Thomas S. (dir.), Le préconstruit, approche pluridisciplinaire, Paris, Classiques Garnier, pp. 1-11, https://hal.science/hal-01672261/document 

Pêcheux M. (1975), Les vérités de La Palice, Paris, François Maspero (Théorie).

Raus R., Tonti M., Cerquitelli T., Cagliero L., Attanasio G., La Quatra M., Greco S. (2022), « L’analyse du discours et l’intelligence artificielle pour réaliser une écriture inclusive : le projet E-MIMIC », SHS Web of Conferences,    138,       https://www.shs-conferences.org/articles/shsconf/pdf/2022/08/shsconf_cmlf2022_01007.pdf

Raus R. (2021), « Aperçu historique de l’analyse du discours », in Fesp : le Français pour les étudiants de Sciences politiques. Il francese per i Corsi di Laurea Politologici e Internazionalistici, Naples, Edizioni giuridiche Simone, 3e éd., pp. 15-35.

Raus R. (2019), « Introduction », in Raus R. (dir.), Partage des savoirs et influence culturelle : l’analyse du discours « à la française » hors de France, Essais francophones, 6, GERFLINT, pp. 13-27, https://gerflint.fr/Base/Essais_francophones/essais_francophones_vol_6_2019.pdf 

Sini L., Bisiani F. (2024) (dir.), La réception de l’analyse du discours de l’école française en Italie. Parcours croisés, Synergies Italie, 24, numéro thématique, https://gerflint.fr/synergies-italie/103-pages-synergies/311synergies-italie-20 

Places

  • Palazzo Del Prete - Dipartimento di Scienze politiche, p.zza Cesare Battisti
    Bari, Italian Republic (70121)

Event attendance modalities

Full on-site event


Keywords

  • analyse du discours de l'école française, analyse automatique du discours, discours politique

License

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To cite this announcement

« Retour sur l’analyse du discours « de l’école française » des origines : déconstruction, engagement et positionnements », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, February 11, 2025, https://doi.org/10.58079/13ak6

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