HomeDébuter une langue à l'université : diversité des expériences vécues
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Published on Thursday, February 13, 2025

Abstract

Il s’agira dans le cadre du colloque, d’appréhender les débuts d’un apprentissage langagier nouveau et la découverte d’une langue-culture sous l’angle du vécu en explorant différentes facettes de l'expérience qui peut en être faite, aussi bien par les apprenants que les enseignants.

Announcement

Argumentaire

Au-delà d’un usage de l’anglais comme lingua franca désormais bien établi, les individus vivent des expériences plurilingues diverses qui prennent place dans de nombreux contextes (professionnels, académiques, relationnels, de loisirs, que ce soit en ligne ou en présentiel) et qui témoignent du caractère multilingue des interactions caractéristiques du monde d’aujourd’hui (Kalaja & Melo-Pfeifer, 2024). Cette pluralité se retrouve dans de nombreuses offres de formation en langues à l’université. Les différents cursus proposent en effet dans leurs maquettes des options de langues ou des enseignements dits d’ouverture ou transversaux que les étudiants peuvent décider d’investir pour découvrir de nouvelles langues-cultures. Si ces enseignements à choix offrent aux étudiants la possibilité de poursuivre une langue apprise dans le secondaire, ils peuvent également, pour beaucoup, représenter l’opportunité de débuter des langues encore jamais apprises.

Dans certains cursus, par exemple en didactique du français langue étrangère, cette opportunité prend la forme d’une expérience vécue dans une visée réflexive à travers la rédaction de journaux d’apprentissage (Cadet, 2007). On peut observer en effet dès le début des années 1980, un intérêt pour « l’expérience d’un sujet au sein de la classe, qu’il soit à la place de l’enseignant ou de l’apprenant » (Cicurel, 2015 : 38). Plus largement, la pluralité linguistique de l’offre de formation en langues à l’université donne lieu à des choix personnels différenciés et à des expériences d’enseignement-apprentissage d’une grande diversité.

C’est ce terrain particulier de l’enseignement-apprentissage d’une langue débutée, et de son usage, qui est au coeur de l’action de recherche ALADUN (enseigner/Apprendre les LAngues Débutées à l’UNiversité) au sein du laboratoire Lidilem, et que nous proposons d’explorer  dans le cadre du colloque à travers le prisme de l’expérience vécue.

L’importance de la dimension expérientielle a pu un temps être occultée par le caractère utilitaire associé aux compétences décrites et  mises en avant dans le Cadre européen de références pour les langues (Longuet & Springer, 2021) ; elle est à nouveau mentionnée dans des publications récentes qui rappellent notamment la place de l’expérience vécue dans les modèles  didactiques existants (Puren, 2022) et soulignent que « le paradigme de l’expérience est incontournable aujourd’hui en didactique des langues » (Rivière, 2019 : 106).

L’expérience de la langue est reliée au vécu des apprenants, à travers différentes formes que Puren qualifie de « composantes notionnelles » de l’expérience, citant entre autres l'authentique, le spontané, l’affectif, l’émotionnel, le plaisir, le relationnel, l’interactif, ou encore par le biais des approches pédagogiques mobilisant une dimension artistique, imaginative ou artistique (Puren, 2022). Ces dimensions font écho à des travaux s'intéressant aux imaginaires associés à l’enseignement-apprentissage des langues (Muller, 2021), à la place et au rôle du corps et des émotions (Eschenauer, Tellier & Zapa, 2022) ou à l’apport de pratiques artistiques (Aden, 2008). On peut inclure dans cette mouvance les approches biographiques (Molinié, 2013) qui mettent en lumière les expériences vécues par le sujet.

L’expérience linguistique enfin, comprise comme un usage répété rendant possible une certaine intimité avec la langue apprise, peut également être vue comme un moyen et une occasion de considérer l’objet-langue autrement qu’à travers des descriptions formelles ou conceptuelles, c’est-à-dire en accordant une place à la dimension affective, familière et expressive de la langue (Saussure, 2024). La pratique de la langue apprise participe de la constitution d’un imaginaire, du développement d’une familiarité avec la langue-culture et peut susciter des émotions (positives ou négatives) constitutives de l’expérience langagière comme de l’expérience d’apprentissage (Guedat-Bittighoffer & Dewaele, 2024).

On pourrait penser que des expériences d’usage situé les expériences de mobilité par exemple concernent rarement des publics d’apprenants débutants et les possibilités de contact avec des locuteurs ou des ressources langagières disponibles hors du cours pour d’autres langues que l’anglais sont d'ailleurs rarement évoquées dans les travaux s’intéressant aux activités informelles. Cependant, les contacts avec des locuteurs ou des éléments culturels de la langue-cible peuvent tout aussi bien relever d’expériences vécues quel que soit le niveau de compétence acquis. Le colloque pourra ainsi également donner l’occasion de mettre en lumière des expériences liées à l’usage de la nouvelle langue en cours d’apprentissage à l'université dans des circonstances ou situations dépassant le cadre du cours.

Si l’expérience vécue est souvent centrée sur l’apprenant, on ne saurait négliger la perspective des enseignants, qui peuvent, eux aussi, vivre une expérience d’enseignement particulière avec un public d’apprenants débutants. Se posent alors des questions liées aux représentations à construire ou déconstruire, aux postures adoptées, à la planification didactique et à l’agir sur le terrain.

Il s’agira donc, dans le cadre du colloque, d’appréhender les débuts d’un apprentissage langagier nouveau et la découverte d’une langue-culture sous l’angle du vécu en explorant différentes facettes de l'expérience qui peut en être faite, aussi bien par les apprenants que les enseignants. Celle-ci peut être recueillie à travers des corpus variés (entretiens, questionnaires, journaux d’apprentissage, carnets de bord d’enseignants, retours d’expérience, séquences de cours filmées…).

D’un point de vue apprenant, l’expérience vécue peut concerner

  • les attentes et les représentations initiales vs la réalité de l’expérience qui est faite,
  • la place réservée à des expériences d’apprentissage ou d’usage antérieures (en lien avec la langue apprise ou d'autres langues),
  • la matérialité de la langue et son expérience sur le plan corporel, sensoriel et/ou émotionnel,
  • la perception de proximité ou de distance par rapport à un système de références forgé par la L1 ou par les langues déjà connues, mais aussi par des éléments d’ordre spatial, socioculturel ou affectif,
  • les liens pouvant être faits avec des expériences vécues en dehors du cours (à travers des activités plus informelles ou à travers des occasions de rencontre ou d’usage de la langue-culture apprise).

L’expérience pourra également être appréhendée du point de vue enseignant et porter sur

  • la façon dont les enseignants vivent l’expérience d’enseignement à des apprenants débutants et adaptent leur action à ce public,
  • la manière dont les enseignants façonnent ou cherchent à façonner l’expérience vécue d’apprenants débutants,
  • la conception enseignante de l’apprentissage et de la langue à un niveau débutant (par rapport à d’autres niveaux de compétence),
  • les  approches pédagogiques visant à susciter une expérience mobilisant le corps,
  • les dispositifs susceptibles de faire vivre une expérience aux apprenants par le biais de technologies numériques (dispositifs immersifs, télécollaboration, jeux sérieux, entre autres exemples),
  • le recours à différentes ressources permettant d’ancrer l’apprentissage dans une expérience créative, littéraire, interculturelle,
  • l'impact des expériences vécues des enseignants, y compris leur formation, sur leurs postures et pratiques dans le contexte des débuts de l’apprentissage.

Conditions de soumission

Les propositions pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des thèmes évoqués, la liste n’étant pas exhaustive. Le colloque aspire à être un lieu de réflexion et d’échanges à partir de travaux de recherche ancrés dans le terrain et les pratiques. A ce titre, les communications fondées sur des approches participatives ou collaboratives (Miguel Addisu & Thamin, 2020) sont encouragées. 

Les propositions de communication orale pourront concerner toute langue apprise et enseignée à l’université.

Nous acceptons des résumés rédigés dans les langues suivantes : anglais, espagnol, français, italien, portugais.

Les communications orales devront être présentées dans une des langues mentionnées ci-dessus et les diapositives être rédigées en français.

Le colloque se tiendra exclusivement en présentiel. 

Les propositions de communication de 500 mots (max. 5 références bibliographiques) sont à déposer sur le site : https://aladun2025.sciencesconf.org/

Calendrier

  • Dépôt des propositions de communication : 30 mars 2025

  • Retour des évaluations : 26 avril 2025
  • Le colloque se tiendra le lundi 23 juin et le mardi 24 juin 2025 à l'iniversité Grenoble Alpes.

Conférencières plénières 

  • Delphine Guédat-Bittighoffer, Université d’Angers
  • Marion Tellier, Aix-Marseille Université 

Coordination scientifique

  • Sülün Aykurt-Buchwalter, Université Paris Nanterre
  • Claudia Helena Daher, Université Fédérale du Parana, Brésil
  • Catherine Felce, Université Grenoble Alpes
  • Emilie Kasazian, CY Cergy Paris Université
  • Catherine Muller, Université Grenoble Alpes

Comité d’organisation

  • Lada Achilova, Université Grenoble Alpes
  • Katia Bernardon de Oliveira, Université Grenoble Alpes
  • Manon Boucharéchas, Université Grenoble Alpes
  • Thomas De Fornel, Université Grenoble Alpes
  • Naomi Miyoshi, Université Grenoble Alpes
  • Abeer Naser Eddine, Université Grenoble Alpes
  • Dimitra Tzatzou, Université Grenoble Alpes
  • Rui Yan, Université Grenoble Alpes

Comité scientifique

  • José Ignacio Aguilar Río, Université Sorbonne Nouvelle, France
  • Tatiana Aleksandrova, Université Grenoble Alpes, France
  • Brahim Azaoui, Université de Montpellier, France
  • Sophie Babault, INALCO, France
  • Marie Beillet, Université Paris Nanterre, France
  • Katia Bernardon, Université Grenoble Alpes, France
  • Béatrice Blin UNAM, Mexique
  • Nicole Blondeau, Université Paris 8, France
  • Catherine Carras, Université Grenoble Alpes, France 
  • Simon Coffey, Kings College London, Royaume-Uni
  • Francisco Calvo del Olmo, Ludwig Maximilians Universität München, Allemagne
  • Charlotte Dejean, Université Grenoble Alpes, France
  • Fryni Doa, Université de Chypre, Chypre
  • Sandrine Eschenauer, Aix Marseille Université, France
  • Betül Ertek, Université de Marmara, Istanbul, Turquie
  • Stéphanie Galligani, Université Grenoble Alpes, France
  • Sanae Harada, Université Sophia, Japon
  • Fumiya Ishikawa, Université Rikkyo, Japon
  • Aline Hitomi Sumiya, Université Fédérale du Parana, Brésil
  • Wafa Hmissi, Université de Tunis, Tunisie
  • Dora Loizidou, Université de Chypre, Chypre
  • Dominique Macaire, Université de Lorraine, France
  • Monica Masperi, Université Grenoble Alpes, France
  • Silvia Melo-Pfeifer, Universität Hamburg, Allemagne
  • Grégory Miras, Université de Lorraine, France
  • Mona Mohsen, Université Ain Shams, Egypte
  • Saskia Mugnier, Université Grenoble Alpes, France
  • Elke Nissen, Université Grenoble Alpes, France
  • Josilene Pinheiro-Mariz, Université Fédérale de Campina Grande, Brésil
  • Paul Pouzergues, Aix Marseille Université, France
  • Karine Marielly Rocha da Cunha, Université Fédérale du Parana, Brésil
  • Evelyne Rosen, Université de Lille, France
  • Mercedes Sanz Gil, Universitat Jaume, Espagne
  • Érica Sarsur, Université de São Paulo, Brésil
  • Nozha Smati, Université de Lille, France
  • Thierry Soubrié, Université Grenoble Alpes, France
  • Marion Tellier, Aix Marseille Université, France
  • Henry Tyne, Université de Perpignan Via Domitia, France
  • Lan Wang, BLCU, Chine
  • Safa Zouaidi, Université de Gabès, Tunisie
  • Lin Xue, Université du Shandong, Chine

Références bibliographiques

Aden, J. (dir.). (2008). Apprentissage des langues et pratiques artistiques. Créativité, expérience esthétique et imaginaire. Paris : Éditions Le Manuscrit.

Cadet, L. (2007). La genèse des « journaux de bord d’apprentissage ». Le français aujourd’hui, n° 159(4), 39-46. https://doi.org/10.3917/lfa.159.0039

Cicurel, F. (2015). De l’interaction à la réflexivité : inventivité des pratiques et ressources pour l’action. In Defays, J.-M.  (dir.). Faits et gestes de la didactique du français langue étrangère et seconde de 1995 à 2015. (pp. 37-52).  Louvain-la-Neuve : EME éditions.

Eschenauer, S., Tellier, M., & Zappa, A. (2022). Encorporer les langues vivantes : Reconnaître la place du corps pour enseigner et pour apprendre. TIPA. Travaux interdisciplinaires sur la parole et le langage, (38). https://doi.org/10.4000/tipa.4790

Guedat-Bittighoffer, D. & Dewaele, J.-M. (2024). Fluctuations des émotions éprouvées par des apprenants débutants dans cinq cours de Français Langue Étrangère : Une étude de cas multiples. Language, Interaction, and Acquisition, 14 (2),  279-305.

Longuet, F. & Springer, C. (2021). Autour du CECR - Volume complémentaire (2018) : médiation et collaboration. Une didactique de la relation écologique et sociosémiotique. Paris: Éditions des Archives Contemporaines.

Kalaja, P. & Mela-Pfeifer, S. (dir.) (2024). Visualising Language Students and Teachers as Multilinguals: Advancing Social Justice in Education. Bristol: Multilingual Matters. https://www.jstor.org/stable/jj.20558241

Miguel Addisu, V. & Thamin, N. (dir.) (2020). Recherches collaboratives en didactique des langues. Enjeux, savoirs, méthodes. Recherches en didactique des langues et des cultures, 17(2). https://doi.org/10.4000/rdlc.7272

Molinié, M. (2013). Une didactique des langues à l’épreuve de l’expérience mobilitaire, plurilingue, (trans)formative. Habilitation à diriger des recherches. Paris : Université Sorbonne Nouvelle. https://hal.science/tel-02561109

Muller, C. (2021). Imaginaire et pratiques d’enseignement/apprentissage des langues. Pour une focalisation sur l’expérience intersubjective. Habilitation à diriger des recherches. Paris : Université Sorbonne Nouvelle. https://theses.hal.science/LIDILEM/tel-04691413v1

Puren, C. (2022). L’ « expérientiel » en didactique des langues-cultures. Essai de modélisation. [En ligne]  <https://www.christianpuren.com/mes-travaux/2021c>

Rivière, V. (2019). Le champ de l’interaction en didactique des langues : discours, pratiques, formation. Explicitation d’un cadre d’analyse et illustration par une recherche-formation. Habilitation à diriger des recherches. Cergy : Université de Cergy-Pontoise. https://hal.science/tel-02411358

Saussure, L. D. (2024). Aimer une langue : de l’expérience linguistique à l’attachement. Études de lettres, (323), 21-42.

Places

  • Grenoble, France (38)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Sunday, March 30, 2025

Keywords

  • didactique des langues, expérience, apprenant débutant

Contact(s)

  • Catherine Muller
    courriel : catherine [dot] muller [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

Information source

  • Catherine Muller
    courriel : catherine [dot] muller [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Débuter une langue à l'université : diversité des expériences vécues », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, February 13, 2025, https://doi.org/10.58079/13b59

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