Published on Thursday, February 13, 2025
Abstract
Lors de ce colloque, nous chercherons à aborder le travail comme activité et comme système et non comme segment de la vie sociale. En ce sens, le travail en emploi, qui fait le plus souvent l’objet des sciences du travail, ne peut être séparé de toutes les activités humaines, individuelles, collectives et civiques. C’est sur la base d’un élargissement des analyses du travailler que nous souhaitons interroger les transformations du travail en emploi, le développement des zones grises qui accompagnent la fragmentation de la société salariale, la rémanence des formes transhistoriques du travail, son caractère double, selon qu’il s’exprime en valeur d’usage ou en valeur d’échange, l’impossibilité de segmenter la santé au travail et la santé hors travail (entendre en emploi), le travail et les vulnérabilités de l’existence humaine, etc.
Announcement
22, 23, 24 octobre 2025, Pontificia Universidad Católica de Chile, Campus San Joaquín, Santiago de Chile.
Argumentaire
La polyphonie des sens du « travail » suivant les époques, les contextes socioéconomiques, les cadres organisationnels, les expériences genrées, racialisées, les histoires individuelles de travail et de vie … et les sciences humaines et sociales est manifeste. Comme la persistance d’un ethnocentrisme ou d’un historico-centrisme qui tend à assimiler la question du travail à celles de l’emploi et du salariat.
Il faut pourtant distinguer le travail de ses formes socialement et historiquement déterminées pour prendre en compte le double caractère du travail humain, fondé sur un rapport universel entre l’homme et la nature comme au fondement de rapports sociaux spécifiés. En effet, la naissance du travail précède celle d’une économie de marché faisant de lui une entité abstraite, indépendante de son contenu et conçue comme une marchandise échangée contre un salaire.
Lors de ce colloque, nous chercherons à aborder le travail comme activité et comme système et non comme segment de la vie sociale. En ce sens, le travail en emploi, qui fait le plus souvent l’objet des sciences du travail, ne peut être séparé de toutes les activités humaines, individuelles, collectives et civiques. Il n’y a pas de discontinuité entre les différents types d’activités existantes et celles qui sont économiquement valorisées. Le salariat ne recouvre pas le tout du travail : le travail indépendant, informel, bénévole, associatif, syndical, politique, le travail reproductif (domestique, familial, du care), le travail aux marges, souvent négligé dans les analyses, …constituent autant de domaines de vie qui sont aussi des sphères de l’activité humaine.
L’étude des rapports entre les différents domaines de notre vie a longtemps été négligée par les sciences du travail en raison d’une focalisation sur la sphère professionnelle, considérée comme séparable, pouvant être analysée indépendamment de l’ensemble des sphères d’activité. Aussi souhaitons nous ici mettre l’accent sur la nécessité d’adopter une approche systémique pour étudier l’interdépendance des différentes sphères d’existence propres à chaque individu.
Il nous faut aller plus loin : le concept de travail humain, tel que précisé ici, ne peut être désarticulé ni de la conception de ce qui fonde les unités sociales (c’est-à-dire les exigences de l’action), ni de ce qui fonde la subjectivation, entendue comme développement de la vie psychique.
La tradition anthropologique éclaire à partir du cycle du don et du contre-don un autre mode de construction du lien social que le rapport marchand, omniprésent et pourtant peu visible. Travailler, c’est aussi toujours donner et recevoir. Le travail comme espace de socialité basé sur le don et le contre-don nous relie tout à la fois à la lignée humaine dans laquelle chacun de nous s’inscrit et au monde des objets. De plus, ce que chacun « donne de soi » dans le travail ne trouve sa contrepartie ni dans l’échange marchand, ni même seulement dans le plaisir de l’action : il correspond aussi, par les processus de résonance sollicités, à l’acquittement d’une dette. Le caractère fondamental de ce principe social de l’échange se révèle massivement par défaut : celui qui n’a pas de travail, qui ne peut contribuer à la vie commune, ne donne plus rien en retour de ce qu’il reçoit, enfreint le principe de la réversibilité symbolique.
En s’intéressant à l’expérience vécue de ces activités dans différents domaines de vie, des contraintes et ressources inhérentes à chacun d’eux, des visées poursuivies à travers ces activités et des empêchements ou moyens mobilisés dans un domaine pour œuvrer dans un autre, il est sans doute également nécessaire de prendre la mesure du temps. Non seulement de celui affecté à chacune de ces sphères de vie, et donc en pluriactivité, mais encore celui des histoires de vie et de la façon dont se combinent, se déplacent, se cumulent, se succèdent les engagements dans des activités plurielles et interdépendantes. Histoires de vie inscrites dans une plus grande Histoire, celle du monde d’où on vient, auquel on aspire ou dont on se sent partie prenante, au sein duquel chacun cherche sa place… quitte à ne pas la trouver et aller chercher ailleurs.
C’est sur la base d’un élargissement des analyses du travailler que nous souhaitons interroger les transformations du travail en emploi, le développement des zones grises qui accompagnent la fragmentation de la société salariale, la rémanence des formes transhistoriques du travail, son caractère double, selon qu’il s’exprime en valeur d’usage ou en valeur d’échange, l’impossibilité de segmenter la santé au travail et la santé hors travail (entendre en emploi), le travail et les vulnérabilités de l’existence humaine, etc. Cette perspective integre aussi bien sûr la question de l’action, celle des pratiques, de la recherche-action, et de l’intervention.
Un ensemble de questions peuvent être déclinées pour explorer ces différentes dimensions :
- Interroger le travail et la relation entre le travail et la vie à travers le prisme du genre et de l’assignation raciale : le rapport dissymétrique des hommes et des femmes (et entre les blancs et les racisés) au travail constitue un analyseur des fondements de la séparation des sphères de vie et d’activités dans la société salariale. Le travail professionnel et domestique pour les femmes forme un tout, alors que le plus souvent pour les hommes, la dissociation travail/hors travail est dominante. Introduire la question de la différence de genre et de l’assignation raciale dans le travail et de la violence qui s’y manifeste, dans de nombreux cas et cultures, comme le racisme, la transphobie, la misogynie), permet de mieux comprendre la domination de la norme masculine et blanche, comme de promouvoir les moyens de s'en libérer.
- Le sens et le rapport au travail dans des contextes sociohistoriques marqués par une métamorphose de la société salariale en lien avec les mutations du capitalisme. Ils sont aussi affectés par un tournant socioculturel, voire anthropologique : celui-ci contribue à un accroissement des interrogations sur le sens du travail-emploi et sur sa place dans la vie de chacun. Cette lecture ne peut pour autant avoir de portée universelle : d’autres contextes sociohistoriques permettent de reconnaître que l’informalité n’est pas un phénomène contemporain mais inscrit dans la longue durée de l’histoire, et notamment l’histoire coloniale. Ici, la notion de zone grise permet d’explorer l’affaiblissement des catégories binaires du travail et de l’emploi : indépendant/salarié, emploi/chômage, temps de travail/temps de loisir, lieu de travail/lieu de vie, formation/travail.
- Ce que les transformations du travail en emploi (nouvelles technologies et transformations des espaces-temps du travail, mais aussi intensification, individualisation et précarisation) font au travailler dans les autres domaines de vie… et réciproquement. La fragilisation de la distinction entre lieu de travail et lieu de vie – le home office, le travail nomade… combinée à la dilution des repères temporels, une prévalence du présentisme et un brouillage du futur, affectent toutes les sphères de vie.
- La soutenabilité du travail et la construction de la santé tout au long (parcours de vie, parcours de santé) et tout au large de la vie (interdépendance des domaines de vie). Les problématiques contemporaines du travail et de l’emploi (intermittence, précarisation, externalisation, division sociale des risques et des atteintes) ont des incidences sur la santé. Ici, l’approche diachronique est essentielle pour repérer les processus, les événements, leurs déroulements temporels, et identifier le travail des personnes sur leur propre histoire. Le concept de « travail de santé » cherche éclairer la construction de la santé tricotée dans l’activité, dans des activités plurielles. Ici se jouent des régulations, souvent invisibles, et des liens d’inter signification des conduites.
- Les enjeux écologiques liés à l’interdépendance des sphères, lieux et temps de l’activité. Le déploiement de la thématique de la transition écologique tient à la prise de conscience de plusieurs phénomènes affectant nos sociétés : la multiplication et l’aggravation des crises sanitaires et des catastrophes industrielles, le réchauffement climatique, la pollution des eaux, de l’air et des sols, la déforestation, la surexploitation de nos ressources naturelles, la dégradation de la biodiversité, les tentatives d’extermination des peuples originaires…Ces constats interrogent à la fois nos modèles économiques de production et de consommation, notre rapport à l’intergénérationnel (besoins des générations présentes sans compromettre ceux des générations futures). Comment s’inscrire dans un milieu, y être acteur et contribuer à son fonctionnement, à sa vie ? Quelles formes prennent les résistances et contestations du consumérisme et du productivisme ? Ici encore, un changement d’échelle s’impose : il nous faut considérer un environnement plus large que celui des situations de travail.
Enfin, et fondamentalement, les enjeux politiques du travail qui traversent chacun des axes précédemment développé La division sexuée et racisée de l’organisation du travail, mais aussi les implications politiques des transformations du travail salarié, des modèles d’organisation du travail de plus en plus contraints mais potentiellement séducteurs en raison de la « liberté » perçue dans ces nouveaux cadres précarisés, peuvent conduire à la désertion des résistances et des mobilisations collectives. Pourtant, il est sans doute également nécessaire de reconnaître des formes alternatives à la résistance instituée par le biais de mobilisations qui débordent l’espace productif et investissent d’autres scènes : le territoire, les réseaux sociaux ou associatifs, les « ronds-points » ou les cités, … Le travail dans la Cité comme le travailleur citoyen sont les deux faces d’une même question : quelles construction et distribution du pouvoir d’être et de faire peuvent contribuer à développer la fabrique du bien commun reliant les différents domaines de vie ? Comment repenser le travail, ses sujets, ses moyens et ses finalités ? Quelles perspectives en termes d’action de transformation ?
En résumé, les axes thématiques sont les suivants :
- Le lien entre le travail et la vie à travers le prisme du genre et de la race.
- Le travail, les mutations du capitalisme dans différents contextes.
- Les transformations sociotechniques et technologiques du travail
- Le lien entre le travail, la santé et le bien-être tout au long et au large de la vie
- Les enjeux écologiques liés aux transformations du travail
Modalités de contribution
Nous sollicitons des propositions de contributions (entre 2000 et 5000 signes) individuelle ou collective, à nous envoyer à l’adresse :coloquiofl2025@gmail.com
avant le 10 mars 2025.
Les propositions seront évaluées par les comités scientifiques et d’organisation. Une réponse sera envoyée à chacun·e avant le 10 mai 2025.
Les propositions doivent avoir un maximum de 500 mots et indiquer clairement l'axe thématique auquel elles appartiennent, l'affiliation et le pays.
Inscriptions
- 30 dollars pour les universitaires
- 60 dollars pour les professionnels
- 15 dollars pour les étudiants, retraités, chômeurs
Comité d’organisation
- Magdalena Garcés (Pontificia Universidad Católica, Chile)
- Patricia Guerrero (Pontificia Universidad Católica, Chile)
- Dominique Lhuilier (CRTD-CNAM, Francia)
- Margaux Trarieux (Paris-Cité, Francia)
- Andrea Pujol (UNC, Argentina)
- Vanessa Barros (Université Fédérale de Minas Gerais – UFMG)
- Javier Martínez (Universidad del Desarrollo, Chile)
- Matías Sanfuentes (Fen UCH, Chile)
- Viviana Tartakowsky (UBO, Chile)
- Jesús Yeves (UDP, Chile)
- Pablo Zuleta (UBO, Chile)
- Carolyne Reis Barros (Université Fédérale de Minas Gerais – UFMG)
- María Inés Gutiérrez (UNC, Argentina)
Comité scientifique
- Dra. Silvia Franco (UDELAR, Uruguay)
- Dr. Javier Navarra (UNC, Argentina)
- Dra. Leticia Muñiz Terra (UNLP-Conicet, Argentina)
- Dr. Julio César Neffa (UNLP, Argentina)
- Dra. Tania Aillón Gómez (UMSS-Bolivia)
- Dra. Constanza Dall Asta (UNC, Argentina)
- Fabio de Oliveira – USP - Universidade de São Paulo.
- Jorge Falcão – UFRN -Universidade Federal do Rio Grande do Norte
- Ludmila Guimarães – CEFET – MG – Centro Federal de Educação Tecnológica de Minas Gerais
- Marcia Hespanhol – USP - Universidade de São Paulo.
- Maristela Pereira – UFU - Universidade Federal de Uberlândia
- Thais Máximo – UFPB – Universidade Federal da Paraíba
- Marc Eric Bobillier, CRTD-CNAM, Francia
- Marie Dujarier, Universidad de París, Francia
- Eric Hamraoui, CRTD-CNAM, Francia
- Marianne Lacomblez, Universidad de Oporto, Portugal
- Adelaïde Nascimento, INRAE, Francia
- Muriel Prévot-Carpentier, Universidad de París 8, Francia
- Sabrina Rouat, Universidad de Lyon 2, Francia
- Simon Viviers, Université Laval, Québec
Subjects
- Sociology (Main category)
- Mind and language > Psyche
Date(s)
- Monday, March 10, 2025
Attached files
Information source
- Margaux Trarieux
courriel : coloquiofl2025 [at] gmail [dot] com
License
This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.
To cite this announcement
« Subjectivité et travail, ce que travailler veut dire ? », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, February 13, 2025, https://doi.org/10.58079/13b5a

