HomeAjustements discursifs et interactionnels en contexte de handicap communicationnel
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Published on Tuesday, February 25, 2025

Abstract

La rencontre a pour objectif de thématiser la coordination des compétences communicationnelles des personnes en situation de handicap. La présence de troubles rend le locuteur vulnérable. Dans tous les cas, la communication telle qu’elle est observée en situation est basée sur l’adaptabilité, et, par conséquent, fonctionnelle dans la praxis. Les contributions théoriques et les applications cliniques issus de tous les cadres théoriques et disciplinaires sont les bienvenues. Les contributions pourront thématiser le handicap communicationnel du point de vue de l’adaptabilité de l’aidant/soignant.·e à la personne sujette aux troubles, de celle-ci à son interlocuteur ou encore en termes d’inter-adaptabilité des interactant·es.

 

Announcement

Montpellier, les 15 et 16 octobre 2025

Argumentaire

La rencontre a pour objectif de thématiser la coordination (et les décalages, le cas échéant) des compétences langagières, interactionnelles et communicationnelles des personnes en situation de handicap communicationnel. Si la notion de handicap réfère à une entrave à l’autonomie fonctionnelle de la personne dans une situation donnée due à une incapacité durable (Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées du 11 février 2005, Article L114 du code de l'action sociale et des familles, dont la définition est basée sur la définition de la CIDPH), les troubles du langage entravent en effet la participation pleine et entière de la personne à l’interaction sociale. Celle-ci repose sur un large éventail de compétences cognitives, sensorielles et motrices, qui peuvent être affectées par des troubles du langage spécifiques, troubles de l’oralité et de la communication (DeWeck & Marro 2010, Cummings 2014). Comment documenter, décrire, interpréter le trouble dans un ou plusieurs des domaines liés au langage et à la communication et son impact sur la participation de la personne à l’interaction sociale ?

La relation interactionnelle se déploie de façon complexe entre les exigences linguistiques au sens strict, les exigences pragmatiques qui en assurent la mobilisation en contexte, et les exigences de la communication (Cummings 2023). La présence de troubles dans l’un de ces domaines rend le locuteur vulnérable, dans un large éventail de configurations possibles pouvant être problématisées de manière suivante :

1. Le trouble porte sur l’habilité langagière sans toutefois impacter la pulsion communicative, l’envie de communiquer et, en définitive, la capacité d’interagir. Dans ce type de configuration, le locuteur communique mieux qu’il ne parle, cas par exemple de nombreux locuteurs aphasiques atteints d’une aphasie non fluente modérée à sévère qui arrivent à interagir en ne produisant parfois que quelques mots (cf. notamment Goodwin 2004, qui étudie l’interaction sociale avec un locuteur aphasique produisant exclusivement trois mots : yes, no, and ; Perkins 2001).

2. Le trouble porte sur l’habilité interactionnelle du locuteur sans que celui-ci présente nécessairement des troubles en production de la parole. Des travaux interdisciplinaires consacrés notamment aux troubles du spectre autistique ou à la schizophrénie (Howes & Lavelle 2023) mentionnent par exemple des phénomènes d’écholalie ou des hallucinations rendant l’interaction verbale très entravée voir quasi impossible. Il est sans doute possible d’inclure dans cette configuration des cas de certains dénis, par exemple, en situation de soin, des dénis de diagnostic d’une maladie grave, qui empêche l’information de circuler, d’être assimilée, contrariant ainsi l’efficacité de l’interaction et des soins. Dans ce cas de figure, le locuteur parle bien tandis qu’il communique difficilement.

3. Le trouble porte sur l’ensemble des habilités langagières et interactionnelles plongeant le locuteur dans une forme de lockdown communicationnel où il est impossible de parler et d’interagir pleinement, cas par exemple de certaines pathologies neurodégénératives (p. ex. la maladie d’Alzheimer, aphasie primaire progressive) qui provoquent une perte progressive des capacités cognitives et motrices, ce qui empêche la personne de parler, de comprendre le monde extérieur et d’interagir (Perkins, Whitworth, Lesser 1998). Certains polyhandicaps congénitaux s’inscrivent également dans cette configuration où le locuteur présente à la fois des troubles significatifs de la motricité, du langage et de l’interaction sociale.

Dans tous les cas, la communication telle qu’elle est observée en situation est basée sur l’adaptabilité, et, par conséquent, fonctionnelle dans la praxis.

L'utilisation de la langue en contexte de communication est garantie par la gestion de la relation interlocutive et de la contextualisation du discours en interaction (Kerbrat-Orecchioni, 2005). La gestion du discours comprend la cohérence textuelle (référentielle/thématique, compétence narrative) et la dynamique intersubjective de la construction du sens (informativité/pertinence, principes de l’inférence) ; la gestion de l’interaction met en jeu la séquentialité (accès lexical, fluence verbale) des accomplissements et la synchronisation multimodale (Bellifemine 2023 ; Ferré 2019, Coletta 2000). Et dès lors que l’on s’accorde à considérer le sens comme émergent, il revient une importance particulière à la contextualisation. L’ajustement langagier au contexte situationnel et social repose sur des ressources linguistiques telles les routines interactionnelles (règles de politesse, rapports de places), les exigences socio-stylistiques (variation lexicale et syntaxique de « registre »), et les contenus référentiels (réparations d’ordre phonétique, syntaxique ou lexical, i.e. reformulations, commentaires métadiscursifs ; Kerbrat-Orecchioni, 2005). L’interprétation in situ des séquences mobilise des mécanismes inférentiels, des éléments de langage non littéraux/non compositionnels, et le recours aux connaissances du monde et aux règles sociales (Cummings 2023 ; Beaud 2011). Par exemple, la compréhension de demandes requiert la capacité à inférer l'intention du locuteur, en interprétant des indices linguistiques comme le marquage de la modalité, ainsi que la compréhension du cadre d’action (Dardier & Bernicot 2004).

La description de la vulnérabilité en situation (Ploog & Verdier 2025) est rendue difficile par son entremêlement avec des troubles à différents niveaux (linguistiques, pragmatiques, cognitifs) : quelles modalités de recueil des données permettent d’appréhender la manifestation de ces troubles en contexte écologique ? En termes de construction intersubjective, la vulnérabilité donne lieu à des auto- et hétéro-catégorisations dans l’interaction : avec quelles ressources verbales et multimodalesles locuteurs signifient-ils leur vulnérabilité, visant à l’ajustement des conditions communicatives en situation ?

La participation est une responsabilité partagée de tous les participant.e.s. Un autre aspect problématisé concerne les modalités de la prise en soin des personnes atteintes de troubles communicationnels : par quelles techniques conversationnelles les troubles sont compensés dans l’écologie plus globale de la prise en soin ? Quelles conséquences ont-ils sur l’organisation de l’interaction, sur la répartition des rôles dans l’échange, ou sur l’émergence de routines spécifiques ? Quels indicateurs permettent de renseigner sur l’amélioration de la communication grâce à des ajustements mutuels ? Quelles techniques de compensation / d’adaptation peuvent être observées et quelle est leur place dans l’interaction en termes de fréquence ou d’efficience ? Quelles stratégies et quelles méthodes sont déployées pour évaluer les habiletés communicatives et pragmatiques ? Comment envisager les transpositions thérapeutiques / cliniques de ces résultats (formation d’aidants / soignants/ personnes vulnérables) ?

Conférences plénières 

  • Gaëlle Ferré, PU, Université de Poitiers
  • Halima Sahraoui, MCF HDR, Université de Toulouse Jean Jaurès
  • Isabel Colon de Carvajal, MCF, ENS de Lyon
  • Stephane Raffard, PU, Epsylon Université Paul Valéry, ICARES

Modalités de contribution

Les contributions théoriques et les applications cliniques issus de tous les cadres théoriques et disciplinaires sont les bienvenues. Les contributions pourront thématiser le handicap communicationnel du point de vue de l’adaptabilité de l’aidant/soignant.e à la personne sujette aux troubles, de celle-ci à son interlocuteur ou encore en termes d’inter-adaptabilité des interactant.e.s.

Les communications dureront 30 minutes, échanges compris.

Les propositions d’une page environ (hors références bibliographiques) comporteront un titre, 3 à 5 mots clés et un argument détaillant les objectifs de l’étude, la méthodologie, les données et les résultats de l’étude.

Calendrier

  • Date limite de soumission des propositions de communication : 7 avril 2025

  • Envoi des notifications d’acceptation : 19 mai 2025
  • Pré-programme et ouverture des inscriptions : début juillet
  • Tenue du Colloque : 15 et 16 octobre 2025

Comité scientifique

  • Isabel Colon de Carvajal
  • Ivana Dirdikova
  • Nathalie Garric
  • Fanny Guitard
  • Luca Greco
  • Fabrice Hirsch
  • Gudrun Ledegen
  • Aleksandra Nowakowska
  • Katja Ploog
  • Biagio Ursi
  • Maud Verdier
  • Stéphane Raffard

Organisation : Praxiling UMR5267

Porteuses de projet :

  • Aleksandra Nowakowska, MCF HDR, Praxiling UMR5267 et ICAR UMR5191
  • Katja Ploog, PU, Praxiling UMR5267 et LLL UMR7270

Organisation :

  • Cwiosna Roque, doctorante
  • Elora Danjean, doctorante

Références

Beaud, L. 2011. Sur la littéralité autistique : langage et communication sociale à l'épreuve de la métaphore. Glossa, 110, 26-48.

Bellifemine, Corrado, 2023, Descriptions spatiales multimodales d’enfants avec et sans trouble du développement du langage. Langue française, 218, 89-106.

Colletta, Jean-Marc, 2000, La prise en compte de la multimodalité de la parole dans la description et analyse des conduites langagières. In : Communication et organisation n°18 : Non-verbal, communication, organisation. Actes du colloque du Grec/o, Bordeaux.

Convention internationale des droits des personnes handicapées (CIDPH). https://www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/convention-rights-persons-disabilities

Cummings, Louise, 2023, The Role of Context in Clinical Linguistics. In J. Romero-Trillo (ed.), The Cambridge Handbook of Language and Context (Chap.18), Cambridge: Cambridge University Press, 393-415.

Cummings, Louise (ed.), 2014, The Cambridge Handbook of Communication Disorders. Cambridge : CUP.

Dardier, Virginie & Josie Bernicot, 2004, Pragmatique et pathologies : comment étudier les troubles de l'usage du langage. Rosny-sous-Bois : Bréal éd.

De Weck, Geneviève & Pascale Marro, 2010, Les troubles du langage chez l’enfant. Description et évaluation. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson

Ferré, Gaëlle, 2019, Analyse de discours multimodale. Gestualité et prosodie en discours. Grenoble : UGA Editions.

Goodwin, Charles, 2004, « A Competent Speaker Who Can't Speak: The Social Life of Aphasia », Journal of Linguistic Anthropology, Vol. 14, Issue 2, pp. 151-170.

Howes, Christine & Lavelle, Mary, 2023, Quirky conversations: how people with a diagnosis of schizophrenia do dialogue differently. The Royal Society

Kerbrat-Orecchioni, Catherine, 2005, Le discours en interaction. Armand Colin.

Mazur, Audrey & Véronique Traverso, 2022, Introduction to complexity, interaction and multimodality. In : Kristine Lund, Pierluigi Basso Fossali, Audrey Mazur & Magali Ollagnier-Beldame. Language is a complex adaptive system: explorations and evidence, Language Science Press.

Millet, Agnès; Estève, Isabelle, 2010, Transcrire et annoter la multimodalité :quand les productions des enfants sourds ré-interrogent les outils d’analyse. Lidil. Revue de linguistique et de didactique des langues N°42, 9-33.

Perkins, Lisa, 2001, « Analyse conversationnelle et aphasie », in Aubin and al. Actualités en pathologie du langage et de la communication, Marseille : SOLAL, col. Neuropsychologie, p. 2015-234.

Perkins Lisa, Whitworth, Anne, Lesser, Ruth, 1998, « Conversing in dementia : a conversation analytic approach », Pragmatics in nuerogenic communication disorders, Journal of Nuerolinguistics, p 33-53.

Ploog Katja & Maud Verdier (dirs.), 2025 (sous presse), Vulnérabilités en situation (Coll. Faits de langues et de sociétés, dir. L.Greco), Nancy : Edition universitaires de Lorraine.

Places

  • LLSH 10 rue de Tours, BP45627
    Montpellier, France (34)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Monday, April 07, 2025

Keywords

  • adaptabilité, ajustement, compétence pragmatique, vulnérabilité, compensation

Contact(s)

  • Katja Ploog
    courriel : katja [dot] ploog [at] univ-orleans [dot] fr

Information source

  • Katja Ploog
    courriel : katja [dot] ploog [at] univ-orleans [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Ajustements discursifs et interactionnels en contexte de handicap communicationnel », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, February 25, 2025, https://doi.org/10.58079/13db5

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