HomeJeunesse(s) : de quoi parle-t-on ?
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Abstract

« Les Cahiers du Travail Social » est une revue éditée par l’Institut Régional du Travail Social de Franche-Comté. Son objectif principal et fondateur est de rendre compte aussi bien de recherches de professionnels ou d’universitaires, de présenter un point de vue personnel sur des aspects du travail social et de son évolution ou d’exposer une réflexion personnelle sur une étude de cas. Pour son numéro de l’automne 2025, la revue souhaite porter une réflexion sur la jeunesse actuelle, où plus précisément « les » jeunesses, étant entendu que celle-ci ne peut être considérée comme « une unité sociale », pour reprendre les termes de Pierre Bourdieu.

Announcement

Présentation

« Les Cahiers du Travail Social » est une revue éditée par l’Institut Régional du Travail Social de Franche-Comté. Son objectif principal et fondateur est de rendre compte aussi bien de recherches de professionnels ou d’universitaires, de présenter un point de vue personnel sur des aspects du travail social et de son évolution ou d’exposer une réflexion personnelle sur une étude de cas.

Elle est destinée aux étudiants, professionnels et chercheurs de l’action sociale et est devenue un outil pédagogique ouvert aux réflexions scientifiques et aux témoignages professionnels.

Pour son numéro de l’automne 2025, la revue souhaite porter une réflexion sur la jeunesse actuelle, où plus précisément « les » jeunesses, étant entendu que celle-ci ne peut être considérée comme « une unité sociale », pour reprendre les termes de Pierre Bourdieu. Il conviendra notamment d’interroger les différentes idées reçues à son sujet, et d’essayer d’analyser comment « les » jeunesses s’adaptent aux différents bouleversements de la société, qu’ils soient de l’ordre des technologies numériques, du dérèglement climatique, des crises politiques ou de l’insertion professionnelle.

Argumentaire

[…] « Écoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France. » Tels étaient les mots d’André Malraux lors de l’entrée au Panthéon de Jean Moulin le 19 décembre 1964. Ce discours, qui aura marqué l’histoire, n’avait-il comme unique objectif que de rendre un hommage solennel au résistant ? N’avait-il pas aussi pour ambition d’unir la « jeunesse de France » autour d’une figure mythique, jeunesse de plus en plus avide de liberté, défiante du conservatisme ambiant, qui se traduira quatre ans plus tard par le mouvement de « Mai 68 » ?

Car parler de la jeunesse n’est jamais chose aisée. Si elle constitue à bien des égards l’avenir de notre société, elle ne cesse pour autant d’être un sujet d’inquiétude.

Des blousons noirs des années 1950 aux jeunes « sauvageons » des années 1990 à 2000, sa violence a par exemple suscité et suscite toujours de vifs débats sur un phénomène que l’on peine toujours à analyser, et dont la couverture médiatique souvent caricaturale laisse peu de place à la réflexion sereine dont il devrait faire l’objet.

À l’heure actuelle, l’inquiétude concernant la jeunesse semble cependant être d’une toute autre nature : le jeune n’aurait plus goût au travail, ou du moins s’inquiéterait peu de son intégration et de son évolution professionnelle.

Contrairement à ses aînés, il serait devenu indifférent aux formes « classiques » de l’engagement politique que sont les partis et les syndicats. Son approche même de la culture serait bouleversée, son principal accès à l’information se faisant par le biais de l’écran de son téléphone, et la quête sans cesse renouvelée de vidéos sur les différents réseaux sociaux.

Faisant partie d’une génération dite « sacrifiée », il serait de plus en conflit plus ou moins larvé avec le monde des adultes qui l’entoure.

Ces éléments de description, que l’on peut retrouver au fil de différents médias, peuvent-ils à eux seuls rendre compte de ce qu’est la jeunesse actuelle ? Cette « génération Z », que l’on décrit à l’envi comme étant individualiste, « dans sa bulle » est-elle finalement si différente des générations qui l’ont précédée ?

Dans un entretien devenu célèbre, « La jeunesse n’est qu’un mot », Pierre Bourdieu, en 1978, nous invite à nous méfier des représentations trop faciles concernant la jeune génération. Il nous rappelle que l’âge n’est au fond qu’une « donnée biologique », et que le fait pour des individus d’avoir entre quinze et vingt-cinq ans ne fait pas d’eux « une unité sociale », un « groupe institué », qui partagerait forcément les mêmes intérêts et les mêmes aspirations.

Bien au contraire, interroger le « devenir adulte » ne peut qu’être vain si l’on ne prend pas en compte les disparités qui traversent la jeunesse actuelle, en termes notamment de conditions matérielles, d’accès à la culture et aux études supérieures, voire à un premier emploi.

Il convient à ce propos d’apporter de la nuance. Certes, au-delà de l’avènement d’internet et des réseaux sociaux, ce qui est commun à l’ensemble de la jeune génération est d’avoir grandi dans un monde émaillé de crises : crise écologique bien-sûr, mais également crise économique (2008 et suivantes), attentats terroristes (2015), crise sanitaire (2020), et crise internationale (conflit ukrainien et israélo-palestinien).

Si l’on ne peut nier l’influence sur les individus d’évoluer dans une société « hyperconnectée » et pour le moins anxiogène, doit-on pour autant conclure que cette situation entraîne chez les jeunes générations individualisme, manque de motivation, repli sur soi, rejet des aînés ?

De nombreux auteurs appellent sur ce point à la plus grande prudence.

Concernant le rapport au travail, Camille Peugny (2022) 1 , s’appuyant notamment sur une étude européenne (European Value Survey, 2018), apporte de nombreuses nuances aux idées reçues circulant sur la jeunesse : si cette dernière « [semble] moins convaincu[e] de l’importance du travail que les générations plus anciennes », les réponses apportées aux questions visant la volonté d’accomplissement personnel, la recherche d’horaires « confortables » de travail et de congés diffèrent finalement peu de celles apportées par leurs congénères plus âgés.

Surtout, et à la suite des travaux de Pierre Bourdieu, il rappelle que les valeurs avancées par les jeunes générations concernant le travail sont loin d’être homogènes, et dépendent encore beaucoup du niveau de diplôme obtenu par les personnes interrogées, étant entendu qu’« il est [...] plus facile de faire preuve d’une certaine distance à l’égard du travail lorsque la perspective d’en être privé est relativement peu probable (p. 34) ».

Pour ce qui est de la « rupture » et du conflit qui opposeraient la jeune génération à ses aînés, Cécile Van de Velde (2022)2 appelle là encore à relativiser les représentations en cours.

Au fond, et plus qu’« conflit générationnel direct », la sociologue y voit plutôt l’expression d’une colère contre un « système » qui concentre le pouvoir entre les mains d’individus issus des générations précédentes, et qui de fait exclut la jeunesse. Comme elle le souligne, « à l’exception de certains secteurs professionnels, ce qui se joue au tournant des années 2020 ne relève pas tant d’un conflit explicite entre les générations, mais plutôt d’une défiance accentuée d’une large partie des jeunes générations envers les institutions et les pouvoirs publics (p 709) ».

Les jeunes sont-ils « allergiques » à la politique, fuient-ils toute forme d’engagement ?

Anne Muxel (2023) battrait plutôt en brèche cette affirmation. Si les jeunes sont parmi les plus nombreux à douter de l’utilité du vote, s’ils s’engagent moins dans les partis et les syndicats (cette tendance s’était toutefois vérifiée également pour les générations précédentes), l’auteure constate une évolution dans la façon dont ils s’impliquent « dans le cours du monde ».

Plutôt rétifs à une approche classique et « hiérarchisée » de l’engagement, les jeunes générations privilégieraient « l’horizontalité des échanges », s’insérant d’autant plus facilement dans un collectif dès lors que celui-ci promeut la coopération et que chacun(e) peut y adhérer librement sans contrainte de temps ou de durée. Sans doute plus que leurs aînés, une partie de la jeunesse actuelle est en recherche d’une démocratie plus directe, et si les actions menées (marches, pétitions, boycotts) peuvent paraître « sporadiques », et parfois violentes, elles n’en témoignent pas moins d’une volonté de prise sur le réel et de bousculer un monde politique jugé timoré sur des questions aussi essentielles que le bouleversement climatique. L’auteure souligne également de la part de la jeunesse actuelle un engagement associatif important, que ce soit au niveau sportif, social et environnemental, traduisant un réel souci de son prochain et une volonté de se forger ses propres expériences.

Dans ce numéro des Cahiers du travail social, il conviendra donc de se décentrer des stéréotypes et des idées reçues circulant sur « la » jeunesse, pour venir interroger « les » jeunesses actuelles, et notamment les plus vulnérables d’entre elles. Comment les adolescent(e)s et les jeunes adultes s’adaptent-ils (elles) aux différentes crises qui se sont accumulées au cours des quinze dernières années ? Les politiques nationales de jeunesse françaises dites « corporatistes » (les aides sont principalement octroyées aux parents pour soutenir leurs enfants, et aux entreprises pour faciliter la création d’emplois à destination de la jeunesse) sont-elles efficientes, et les dispositifs dédiés aux plus vulnérables (Garantie Jeunes, Écoles de la deuxième chance...) ont-ils toujours les moyens de mener à bien leurs missions ? Comment accéder à l’autonomie quand l’emploi se fait rare, et que les salaires peinent à combler la hausse des loyers et des dépenses quotidiennes ?

À l’heure où le travail social connaît un ralentissement préoccupant des vocations, et de nombreuses démissions parmi les jeunes diplômés, il semble également intéressant d’interroger les causes de ce désinvestissement, au vu notamment des crises qui traversent ce secteur depuis de nombreuses années.

Douter de la jeunesse est une chose, ne plus croire en elle, et ne pas s’en préoccuper, serait une grave erreur au regard des enjeux politiques, sociétaux, climatiques qui traversent ce premier quart du XXIe siècle.

Bien qu’aucune approche disciplinaire ne soit privilégiée, il conviendra cependant que les réflexions reposent sur des travaux de recherche (réalisés ou en cours) ou des témoignages de professionnels analysés et réflexifs relatant leur expérience.

Les axes suggérés ne sont pas exhaustifs, et les propositions qui apporteraient une contribution qui ne s’inscrirait pas dans l’un de ces questionnements seront examinées avec la plus grande attention.

Modalités de soumission

Les articles doivent être envoyés aux adresses suivantes : gerard.creux@irts-fc.fr et marc.lecoultre@irts-fc.fr,

avant le 15 septembre 2025.

Elles doivent inclure vos noms, prénoms, votre fonction, le cas échéant votre rattachement institutionnel.

Consignes :

  • Le texte pourra faire référence à un travail empirique réalisé ou en cours de réalisation ou des témoignages d’expérience.
  • Le texte comportera un minimum de 10 000 caractères et un maximum de 30 000 caractères, espaces compris, notes et informations bibliographiques incluses (soit entre 5 pages et 12 pages d’un texte en interligne simple).

Conventions bibliographiques (Normes APA)

  • Livres : Nom, Prénom (initiales). (Date de publication). Titre complet en italique. Éditeur.
  • Articles : Nom, Prénom (initiales). (Date de publication : année, mois). Titre de l’article. Titre de la revue, numéro, pagination.
  • Contributions à des ouvrages collectifs : Nom, Prénom (initial). (Date de publication). Titre du chapitre. Dans Initiale du prénom Nom (dir.). Titre de l’ouvrage. (pagination du chapitre). Éditeur.

Coordination

  • Gérard Creux : gerard.creux@irts-fr
  • Marc Lecoultre : marc.lecoultre@irts-fc.fr

Conseil scientifique

  • Agostino Burruni (IRTS de Franche-Comté)
  • Roxane Corbel (IRTS de Franche-Comté)
  • Gérard Creux (IRTS de Franche-Comté)
  • Marc Lecoultre (IRTS de Franche-Comté)
  • Candice Martinez (IRTS de Franche-Comté)
  • Alexandra Oury (IRTS de Franche-Comté)
  • Claire Regnier (IRTS de Franche-Comté)

Keywords

  • jeunesse, sociolgie, culture, classe sociale, pratique, représentation sociale, transformation, vulnérabilités, école, engagement, politique, culture juvénile

Contact(s)

  • Gérard Creux
    courriel : gerard [dot] creux [at] irts-fc [dot] fr
  • Marc Lecoultre
    courriel : marc [dot] lecoultre [at] irts-fc [dot] fr

Reference Urls

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Jeunesse(s) : de quoi parle-t-on ? », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, March 05, 2025, https://doi.org/10.58079/13f2b

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