Argumentaire
Le comité de rédaction de la revue Transversale histoire architecture urbain paysage, lance son appel à articles pour son numéro 9 (2025) sur le thème : Parcours, tressages, hybridations : une histoire planétaire de l’architecture et de l’urbain
Si l’occidentalisation de l’histoire de l’architecture échoue à la décrire tout entière et dans les domaines de l’architecture et de l’urbanisme, la « provincialisation » de l’Europei peut contribuer à ouvrir des champs singuliers et féconds. Sans remonter aux Annales, ni même aux positionnements anti et post-coloniauxii des années 1950, on rappellera que la revue Quaderni Storici a été fondée dès 1966 et que l’histoire « globale » et/ou « mondialeiii », a connu un grand développement aux Etats-Unisiv. Une histoire « planétaire » de l’architecture nous paraît envisageable sur ces bases, aujourd’hui encore mieux partagées dans la littérature britannique et étasunienne qu’en France. C'est ainsi que des auteurs américains comme Francis Ching, Mark Jarzombek et Kathleen James-Chakraborty se sont essayés à des premières synthèses mondiales de l’architecture, bien qu’encore fortement marquée par la vision européocentristev. Même si, dans cette vision élargie de l’architecture « globale », les architectures de plusieurs continents sont plus souvent juxtaposées que véritablement problématisées selon les parcours, les échanges et les hybridations qui peuvent en résultervi. C’est la raison d’être de cet appel à articles.
En Europe continentale, depuis les anciens travaux de Gottfried Semper et sa célèbre Karibische Hüttevii (1863), les travaux d’architectes, urbanistes et historiens sur ce qu’on pourrait appeler une anthropologie de l’architecture primitive ou, avec Caroline Van Eyck, l’ébauche d’une « histoire globale de la culture matérielle », sont loin d’être majoritaires. De fait, la majorité des traités et des histoires de l’architecture font encore remonter classiquement à la Grèce et à l’Antiquité romaine -vitruvienne- la naissance du projet, de la conception elle-même, sans laquelle il n’y aurait pas d’architecture. La période moderne débuterait ainsi sui generis à Filippo Brunelleschi et Leon Battista Albertiviii, comme le remarquait Anne Cauquelin dès 1979 : « L’enjeu, le pari architectural, c’est cette jouissance démiurgique de tenir un monde (l’ouvrir, le « donner » à vivre). Référence : la Renaissance, époque bénie du pouvoir-architecte (à lire Venturi, ce moderne, on est frappé du nombre de références au XVIe italien)ix ».
Cependant, depuis une vingtaine d’années en France, plusieurs colloques et études ont travaillé à une ouverture de questionnements architecturaux hors des murs épistémologiques convenus, en premier lieu naturellement sur les terrains où la France a le plus échangé et colonisé : Méditerranée et Proche Orientx, outre-mer et Afriquexi. Des recherches analogues ont été menées -pour s’en tenir encore au champ français- dans le domaine des anciennes colonies, le plus souvent au prisme de l’héritage architectural, posant la question de la relation entre « architecture régionale » et « architecture de la métropole », ou celle de l’urbanisme transposé aux colonies dans un contexte social et climatique différentxii. Des travaux sur l’axe atlantique et la Caraïbe sont aussi fructueux, qu’ils s’attachent à l’expérimentation ou au concept de « carrefour » culturelxiii, ou aux destins personnels et aux réseaux d’influence, du Golfe du Mexiquexiv à la Mer de Chinexv.
Ces travaux prennent la succession d’ouvrages plus généraux comme ceux de Gwendolyn Wright sur les urbanismes des colonies françaises au Maroc, à Madagascar et en Indochine, ou de Catherine Coquery-Vidrovitch et Odile Goerg sur les villes européennes outre-merxvi. Toujours au prisme de l’urbanisme, ce sont parfois des incursions plus spécifiques, qu’il s’agisse de monographie, biographie ou prosopographiexvii. En réalité, sur tous les aspects de la production d’architectes et urbanistes français autour de la Méditerranée, de la Caraïbe, au Proche Orient et en Asie, les études récentes sont profusesxviii -et nous n’avons même pas mentionné les nombreuses et remarquables monographies de l’ORSTOM des années 1950 à 1990, ni de très nombreuses thèses de doctorat récentes, disponibles sur HAL.
Plus spécifiquement pour la période médiévale, plusieurs historiens de l’art ont réalisé une prosopographie des artistes « exogènes », c‘est-à-dire ayant pu travailler hors de leur aire artistique d’origine. Ce travail réalisé autour de Jean-Marie Guilloüet voulait considérer de manière quantitative la question des transferts artistiques dans l’Europe latine, en y incluant le domaine de l’architecturexix. Le voyage, mais aussi l’acculturation : dès la réédition du premier traité pratique d’architecture français en 1685, François Blondel insistait sur ce que « Louïs le Grand […] ne s’est pas contenté d’envoyer des gens habiles dans les Païs où l’on voit encore quelques vestiges de la grandeur des Romains et des Grecs, afin d’en apporter des desseins pour servir à former le goust de la bonne Architecture : Mais même sa Majesté a étably une Académie à Paris où les regles de cét Art sont publiquement enseignées avec les parties de Mathematique qui sont nécessaires aux Architectesxx. » C’est une façon de dire que le voyage ne se substitue pas à la formation en école et que dans la compétition européenne qui se joue au XVIIe siècle, la compétence « scientifique » et culturelle de l’architecte vaut au moins autant que l’imitation ou l’inspiration.
Cet appel à articles ne questionne donc pas exclusivement ce qu’on pourrait appeler le roman d’apprentissage de l’architecte. Quelles que soient les motivations du voyage ou de l’activité hors de son pays natal, forcées (l’exil, la quête d’un refuge loin de la guerre ou des persécutions) ou choisies (quête d’un enseignement académique et/ou de terrain), elles suscitent l’émergence de croisements de pensées et de formes. Cette question du tressage de motifs et d’architectures d’origines plurielles, fils variés laissant à chacun son autonomie visible en texture et en couleur même s’il participe du tout, constitue à nos yeux un sujet spécifique.
Et lorsque cet entrejeu, si l’on entend par là le produit d’une géométrie culturelle, ne peut exister, comment une hybridation des gestes de cultures opère-t-elle ? Par exemple, que tire Itō Chūta, premier historien japonais de l’architecture, de son voyage à Paris et dans l’Empire ottoman, qui retrace les filiations possibles via l’Inde entre temples étrusques du IVe siècle et architecture du Hōryūji à Naraxxi ? Cependant que dans les années 1880, la venue au Japon de l’architecte anglais Josiah Conder a introduit une architecture occidentalexxii qui inspire aussitôt des praticiens comme Tatsuno Kingo (École Polytechnique de Tokyo, 1888). Dans la même période, une génération après Richard Morris Hunt, des centaines d’étudiants américains, traversant l’Atlantique, font leurs études d’architecture en Francexxiii. Au-delà et sans pouvoir mentionner tous les travaux passés ou en cours, la documentation actuelle relève, pour leur seule relation à la France, les voyages, études et réalisations d’architectes européens, algériens, marocains, égyptiens, iraniens, russes, brésiliens, argentins, chiliens, étatsuniens et de beaucoup d’autres paysxxiv. Lorsque dans les écoles d’architectures françaises et dans la majorité des ouvrages usuels de théorie et d’histoire de l’architecture, c’est une vision européenne de l’architecture qui est majoritairement interrogée et exposée, les hybridations architecturales mises en œuvre témoignent de négociations enrichissantes et parfois douloureuses entre l’acquis, la découverte et le projet.
Ainsi, la perspective de ce numéro 9 de transversale est à la fois spécialisée dans sa thématique et large sur son étendue géographique. Ce sur quoi nous nous interrogerons, c’est de savoir comment se forme un regard et une pratique d’architecte lorsqu’il se déplace ou reçoit un enseignement à l’étranger, et si cela aboutit ou non à un tressage des influencesxxv ; c’est de questionner l'architecture en tant que carrefour culturel paradigmatique : figures d’étonnants voyageurs-architectes naturellement, mais aussi méthodes, procédés, mesures, itinéraires, flux... D’un chantier à l’autre, sur de très longues distances et ce dès l’Antiquité, le maître d’œuvre, ses collaborateurs et/ou ses exécutants, dont le métier est nomade « par nature », se font eux-mêmes agents et vecteurs des matériaux et des savoir-faire, des canons et des théories, des convictions et des croyances. La construction d’un sanctuaire se fait alors le carrefour éphémère et syncrétique des cultures, cristallisé dans la pierre : les stupas du Gandhara au tournant de notre ère, sur les bords de la Mer Noire avec l’Empire de Trébizonde, à Chypre où demeurent les témoins de la diffusion du gothique.
Il ne s’agit donc pas seulement du voyage de l'architecte ou de l'urbaniste (ou de celui ou celle qui veut le devenir), souvent conçu comme l'opportunité de prélèvements ou de décalquages car l’expérimentation de l’ailleurs s’accompagne de relecture, de réinterprétation voire de résistance, qui ne s’inscrivent pas exclusivement dans un cadre de pensée colonial. Cette expérimentation peut d'ailleurs s'avérer d’emblée un exercice documentaire « pour plus tard », colligé dans des carnets de notes et dessins sur le vif. Et puis l’architecte n’est jamais seul : dans quelle mesure les visions d'autres architectures interagissent pour chacun des acteurs et/ou voyageurs (emprunts, citations, assemblages) ? Robert Venturi -que l’on ne peut pas considérer comme un défenseur du vernaculaire ni du pluriculturel en architecture- insiste sur l’observation des niveaux contradictoires que sont les contrastes d’échelle, de forme et d’usage : « Les éléments peuvent être en même temps beaux et laids, grands et petits, ouverts et fermés, continus et articulés, ronds et carrés, structure et espace. Une architecture qui contient plusieurs niveaux de signification engendre l’ambiguïté et la tensionxxvi. » Cette ambiguïté n’est-elle pas ce qui permet de mieux saisir la qualité d’architectures traduisant par leurs espaces, leurs usages et leurs détails de forme et d’ornement, la manifestation réticulée de plusieurs cultures et une adaptation subtile à des environnements divers ? Car dans ce débat intervient évidemment la question de la matière disponible et d’usage, le climat et le site, la conception que l’on se fait d’une pérennité.
Trois approches d’articles sur ces « parcours », « hybridations » et « tressages » architecturaux peuvent être proposées dans le cadre de cet appel à articles, sans bornes chronologiques :
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La première serait inscrite dans la lignée de cette préconisation monographique (voire biographique ou prosopographique) de Fernand Braudel : « N’est-il pas bon que l’histoire soit d’abord une description, simple observation, classement sans trop d’idées préalables ? Voir, faire voir, c’est la moitié de notre tâche. » Les parcours et les échanges entre eux des personnes ayant conçu et construit à la fois dans leur pays natal et dans « l’autre paysxxvii » sont particulièrement bienvenus ;
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La seconde serait plutôt dans l’observation des mesures et procédés mêmes du tressage ou de l’hybridation, suivant en cela le phénomène d’acculturation décrit par Vitruve comme une résistance de l’autre à soi-même : « Il ne m’est pas venu à l’esprit de déprécier les inventions des autres pour faire valoir les miennes. À l’inverse, je me sens infiniment redevable aux auteurs qui ont recueilli les pensées ingénieuses des hommes de talent de toutes les époques et nous ont procuré, chacun dans sa partie, une ample moissonxxviii. »
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La troisième serait une approche plus théorique sur une « architecture des échanges », à la fois située, contextualisée (dont les racines culturelles diverses seraient chacune visibles et profondes), quoique issue de terrains où la construction du temps historique est fondamentalement autre, partant de la remarque que ces recherches sont conduites depuis longtemps sur les arts visuels, la musique et la poésie, plutôt qu’en architecturexxix. Ces travaux peuvent notamment rendre compte des effets de la découverte d’« alliés substantielsxxx » et de la composition de dialogues et de correspondances.
La revue
Créée en 2016, Transversale. Histoire, architecture, paysage, urbain est une revue scientifique à comité de lecture international. Elle publie un numéro par an.
Directeur de rédaction : Gilles-Antoine Langlois
Secrétaires de rédaction : Marie Gaimard et Léonore Dubois-Losserand
Revue scientifique à conseil international et comité de lecture expertisant en double aveugle, fondée et éditée en 2016 à l’ENSAPBx (n° 1 et 2), coéditée ENSABx / CNRS Passages – ENSAPVS / EVCAU (n° 2, 4, 5), éditée par ENSAPVS / EVCAU en numérique (HAL) et papier (n°6, 7, 8).
A partir du n°9, éditée par ENSA Paris-Val-de-Seine/EVCAU et ENSA Normandie/ATE, diffusion MSH Paris
Rubriques : transversale édite
- un dossier thématique annuel ;
- 1 ou 2 « Varia » par numéro ;
- la rubrique « Matériaux de la recherche » héberge des états de recherche en cours ;
- la rubrique « Chemins » est consacrée aux travaux d’étudiants de l’ENSAPVS et de l’ENSA Normandie.
Modalités de soumission et calendrier
Proposition à envoyer pour le 30 avril 2025 :
- titre
- résumé (1 page)
- CV (1/2 page)
à :
gilles.a.langlois@gmail.com.fr
marie.gaimard@gmail.com
leonore.losserand@paris-valdeseine.archi.fr
Calendrier
- Notification d’acceptation : 15 mai 2025
- Rendu de l’article : 1er septembre 2025
- Retour aux auteurs après lecture en double-aveugle : 30 septembre 2025
Les articles devront être composés de 25000 à 30000 signes tout compris.
Ils peuvent être écrits en français ou en anglais.
Les sources, bibliographie et références sont en notes de bas de page. Les abstracts (10 lignes) français/anglais et 5 mots-clés français/anglais sont adressés dans le même fichier. Les illustrations (libres de droits) seront jointes dans des fichiers séparés.
Voir charte éditoriale jointe pour le détail.
Comité éditorial
- Directeur de rédaction : Gilles-Antoine LANGLOIS, PR émérite ENSA Paris-Val de Seine
- Secrétaires de rédaction : Marie GAIMARD, MCF ENSA Normandie et Léonore DUBOIS-LOSSERAND, MCF ENSA Paris-Val de Seine
Comité scientifique
- Fabien BELLAT (EVCAU)
- Gauthier BOLLE (MCF ENSA Strasbourg)
- Serge BRIFFAUD (PR ENSAP Bordeaux)
- Sébastien CHERRUET (MCFA ENSA Normandie)
- Laurence CHEVALLIER (MCF ENSAP Bordeaux)
- Émilie D’ORGEIX (PR EPHE)
- Samuel DRAPEAU (MCF ENSAP Bordeaux)
- Ammar ELOUEINI (PR Tulane University New Orleans)
- Marie GAIMARD (MCF ENSA Normandie)
- Gwenn GAYET-KERGUIDUFF (IR EVCAU)
- Laurence GILLOT (MCF Université Libre de Bruxelles)
- Jean-Pierre GUILHEMBET (PR Université Paris Cité)
- Gilles-Antoine LANGLOIS (PR ENSA Paris-Val de Seine)
- Léonore DUBOIS-LOSSERAND (MCF ENSA Paris-Val de Seine)
- Giulia MARINO (PR Université Catholique de Louvain)
- Gilles RAGOT (PR Université Bordeaux Montaigne)
- Claire ROSSET (IR ATE)
- Donato SEVERO (PR émérite ENSA Paris-Val de Seine)
Notes
i CHAKRABARTY, Dipesh, Provincialiser l’Europe, la pensée postcoloniale et la différence historique, Paris : éditions Amsterdam, 2020 (2000), fournit un débat contextuel contemporain à cette perspective, qui toutefois n’est pas nouvelle et dont les biais peuvent être discutés ; voir VOLAIT, Mercedes, « Provincialiser l’architecture coloniale », abe journal, n°11, 2017. https://doi.org/10.4000/abe.4094
ii BALANDIER, Georges, « La situation coloniale : approche théorique », Cahiers internationaux de Sociologie, no11, 1951, p. 44-79
iii Ce dernier terme apparaissant alors plus juste à des chercheurs français familiers de Fernand Braudel, quoique nous adoptions nous-mêmes la formulation plus précise de Chakrabarthy, celle d’une histoire « planétaire ».
iv https://www.jstor.org/journal/quadernistorici ; https://www.jstor.org/journal/jworldhistory ; https://www.cambridge.org/core/journals/journal-of-global-history
v CHING, Francis D.K., A Global History of Architecture, Hoboken (NJ) : Wiley, 2017 (3rd edition) ; JARZOMBEK, Mark M., Architecture of First Societies, Hoboken (NJ) : Wiley, 2013 ; JAMES-CHAKRABORTY, Kathleen, Architecture Since 1400, Minneapolis : University of Minnesota Press, 2014. Sur la question urbanistique, par ex. HAHN, Barbara et ZWINGENBERGER, Meike (eds.), Global Cities - Metropolitan Cultures. A Transatlantic Perspective, Publications of the Bavarian American, Academy, vol.11, Heidelberg : Universitätverlag Winter, 2011.
vi Il serait trop long de colliger l’importante production de vue « mondiales » de l’architecture dans les mondes britanniques et étasuniens, qui est de longue tradition. Ainsi par exemple : COPPLESTONE, Trewin, World Architecture, an Illustrated History From Earliest Times, London - New York – Sydney – Tokyo : Hamlyn, 1981, fait encore référence au manuel ancien de Sir Bannister Fletcher, publié en 1896 : A History of Architecture on the Comparative Method, qui introduisait dans une vision coloniale les architectures « traditionnelles » et non-historicisées du monde extra-européen. Le RIBA a tenté en 2019, dans l’édition totalement refondue de Murray Fraser, de faire pièce à la vision lointaine de Bannister.
On sait que Semper a été très vivement frappé par cette hutte, exposée lors de la Great Exhibition de 1851 à Londres. Selon Caroline Van Eyck, c’est l’année précédente qu’il a vu à Paris les reliefs assyriens du Louvre, vision à l’origine de sa théorie de l’enveloppe : VAN ECK, Caroline, « La scène primitive de l’architecture. Gottfried Semper et Alfred Gell, les origines, le style et les effets de l’art », Revue Germanique internationale, n°26 / 2017, p. 207-224. https://doi.org/10.4000/rgi.1695 Plus récemment, Grégory Quénet a fourni une interprétation d’histoire environnementale de ces reliefs assyriens du Louvre qui avaient frappé Semper : QUENET, Grégory, L’écologie au musée. Un après-midi au Louvre, Paris : Macula, 2024, p. 38-67
HUET, Bernard, Sur un état de la théorie de l’architecture au XXe siècle, Paris : Quintette, 2003, p. 17
ix CAUQUELIN, Anne, Cinévilles, Paris : UGE 10/18, 1979, p.126-127, traces d’un dialogue à distance avec le Venturi de De l’ambiguïté…
x Dans la lignée, sur cette aire culturelle, du classique ouvrage d’histoire de l’art de SAID, Edward W., L’Orientalisme. L’Orient construit par l’Occident, Paris : Seuil, 2005 (1978)
xi BRUANT, Catherine, LEPRUN, Sylviane et VOLAIT, Mercedes (dir.), « Figures de l’orientalisme en architecture », Revue du monde musulman et de la Méditerranée, n°73-74, 1994 https://www.persee.fr/issue/remmm_0997-327_1994_num_73_1 ; CHARNAY, Jean-Paul et GAULMIER, Jean (dir.), L’Orient : concept et images, 15e colloque de l’IRCOM, Paris : Université Paris-Sorbonne, 1987
xii Monuments Historiques, n°117, 1981, « Architecture d’outre-mer » ; CULOT, Maurice et THIVEAUD, Jean-Marie (dir.), Architectures françaises outre mer, Liège : Mardaga, 1992 ; sur l’urbain : GOERG, Odile et HUETZ DE LEMPS, Xavier, « La ville européenne outre-mer », in PINOL, Jean-Luc (ed.), Histoire de l’Europe Urbaine, vol.2, livre 5, Paris : Seuil, 2003, p. 277-551
xiii PABOIS, Marc et TOULIER, Bernard (dir.), Architecture coloniale et patrimoine. L’expérience française, Paris : INP et Somogy, 2005 ; DESSENS, Nathalie et LE GLAUNEC, Jean-Pierre, Interculturalité : la Louisiane au carrefour des cultures, Québec : Presses de l’Université Laval, 2016
xiv PAVIOL, Sophie, Ali Tur. Un architecte moderne en Guadeloupe, Infolio, 2014 ; ROBIN-CLERC, Michèle, Guadeloupe années 30. Ali Tur, l’architecte d’une reconstruction, Sainte-Anne : Entraxe, 2021
xv HERBELIN, Caroline, Architectures du Vietnam colonial. Repenser le métissage, Paris : CTHS-INHA, 2016
xvi WRIGHT, Gwendolyn, Politics of Design in French Colonial Urbanism, Chicago : University of Chicago Press, 1991 ; COQUERY-VIDROVITCH, Catherine, et GOERG, Odile, La ville européenne outre mers : un modèle conquérant ? (XVe-XXe siècles), Paris : L’Harmattan, 1996
xvii ELEB, Monique, « Une alternative à l'universalisme fonctionnaliste : Ecochard, Candilis et l'ATBAT-Afrique », Cahiers de la recherche architecturale et urbaine (CRAU), 2-3, 1999, p. 167-180 ; GHORAYEB, Marlène, « Transferts, hybridations et renouvellements des savoirs. Parcours urbanistique et architectural de Michel Écochard de 1932 à 1974 », Cahiers de la recherche architecturale et urbaine et Paysagère (CRAUP), n°2, 2018 https://doi.org/10.4000/craup.544
xviii Parmi les plus récentes, celles du laboratoire Pléiade de l’EHESS, Du transfert culturel au métissage, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2019 https://books.openedition.org/pur/89338 et le numéro du CRAUP attaché aux Exils et migrations des architectes, des urbanistes, des paysagistes à l'ère contemporaine : https://journals.openedition.org/craup/921
xix Travaux issus d’un programme de recherche de l’INHA achevé en 2012, qui a donné lieu à une base de données en ligne et à un ouvrage : DUBOIS, Jacques, GUILLOUET, Jean-Marie et VAN DEN BOSSCHE, Benoît (dir.), Les transferts artistiques dans l'Europe gothique (XIIe-XVIe siècles). Repenser la circulation des artistes, des œuvres, des thèmes et des savoir-faire, Paris : Picard, 2014
xx SAVOT, Louis, L’architecture françoise des bastimens particuliers, (seconde édition augmentée de François Blondel, 1685), Paris : Aubouin (1ère éd. 1624), p. 19
xxi JACQUET, Benoît, « Itō Chūta et son Étude architecturale du Hōryūji (1893) : comment et pourquoi intégrer l’architecture japonaise dans une histoire mondiale », Ebisu. Etudes japonaises, n°52, 2015, p. 89-116
xxii MASATSUGU, Nishida, CLUZEL, Jean-Sébastien et BONNIN, Philippe, « Authenticité » et reconstruction de la mémoire dans l'architecture monumentale japonaise », Espaces et sociétés, n°131, 2007/4, p. 153-170 https://doi.org/10.3917/esp.131.0153
xxiii GOURNAY, Isabelle, « Élèves architectes américains à l’École des beaux-arts de Paris : un phénomène d’élite ? », chmc2 (14 octobre 2019) https://doi.org/10.58079/mrm9 ; LOYER, François (dir.), Richard Morris Hunt architecte (1827-1895), Paris : CNMHS, 1989
xxiv Pour un aperçu sur le seul XXe siècle : PINKNEY, David H., « Les architectes étrangers à Paris au XXe siècle » et VITOU, Elisabeth, « Les élèves architectes étrangers à l’Ecole des Beaux-Arts entre les deux guerres », KASPI, André et MARES, Antoine, Le Paris des étrangers depuis un siècle, Paris : Imprimerie nationale, 1989, p. 221-243
xxv Plusieurs articles tirés des 10 Cahiers de la recherche HEnsA20 (Comité d’Histoire du MC, 2016-2021) peuvent être consultés sur ces « métissages » culturels de la formation des architectes étrangers en France : n°1, 2016 (Allemagne, Etats-Unis), n°2, 2016 (Angleterre), n°3, 2017 (Allemagne), n°6, 2019 (Etats-Unis, Chili, statistique globale).
xxvi VENTURI, Robert, De l’ambiguïté en architecture, Paris : Dunod, 1976, p. 31
xxvii MEESSEN, Vincent (ed.), L’autre Pays / The Other Country, Paris et Bruxelles : Centre Pompidou et Wiels Sternberg Press, 2018
xxviii VITRUVE, L’architecture (traduction française de Charles-Louis Maufras), Paris : Panckoucke, 1847, t.2, p. 111
xxix SINGARAVELOU, Pierre, ARGOUNES, Fabrice et FAUCOURT, Camille, (dir.), Une autre histoire du monde, Paris : Gallimard/MUCEM, 2023.
xxx CHAR, René, Recherche de la base et du sommet, Paris : Gallimard, 1971, p. 55
Presentation
The editorial board of the journal Transversale (histoire architecture urbain paysage), is launching its call for articles for its 9th issue (2025) on the theme:
If the Westernization of the history of architecture fails to describe it in its entirety and, in the fields of architecture and urban planning, the "provincialization" of Europe can contribute to opening up unique and fertile researches. Without going back to the Annales, or even to the anti- and post-colonial positions of the 1950s, we will recall that the journal Quaderni Storici was founded in 1966 and that "global" and/or "world" history has experienced great development in the United States. A "planetary" history of architecture seems to us to be possible on these bases, today even better shared in British and American literature than in France. This is how American authors such as Francis Ching, Mark Jarzombek and Kathleen James-Chakraborty have attempted global syntheses of architecture, although still strongly marked by the Eurocentric vision. Even though, in this broader vision of "global" architecture, the architectures of several continents are more often juxtaposed than truly problematized according to the paths, exchanges and hybridizations that can result from them. This is the reason for the present call for articles.
In continental Europe, since the early works of Gottfried Semper and his famous Karibische Hütte (1863), the works of architects, urban planners and historians on what could be called an anthropology of primitive architecture or, with Caroline Van Eyck, the outline of a "global history of material culture", are far from being in the majority. In fact, the majority of treatises and histories of architecture still classically trace back to Greece and Roman -Vitruvian- Antiquity the birth of the project, of the design itself, without which there would be no architecture. The modern period would thus begin sui generis with Filippo Brunelleschi and Leon Battista Alberti, as Anne Cauquelin noted in 1979: "L’enjeu, le pari architectural, c’est cette jouissance démiurgique de tenir un monde (l’ouvrir, le « donner » à vivre). Référence : la Renaissance, époque bénie du pouvoir-architecte (à lire Venturi, ce moderne, on est frappé du nombre de références au XVIe italien)". However, for about twenty years in France, several conferences and studies have worked on opening up architectural questions outside the agreed epistemological walls, first of all naturally in the areas where France has traded and colonized the most: the Mediterranean and the Near East, overseas and Africa. Similar research has been conducted - to stick to the French field - in the field of former colonies, most often through the prism of architectural heritage, raising the question of the relationship between "regional architecture" and "metropolitan architecture", or that of urban planning transposed to the colonies in a different social and climatic context. Works on the Atlantic axis and the Caribbean are also fruitful, whether they focus on experimentation or the concept of cultural “crossroads”, or on personal destinies and networks of influence, from the Gulf of Mexico to the China Sea.
These works follow on from more general works such as those of Gwendolyn Wright on urban planning in the French colonies in Morocco, Madagascar and Indochina, or of Catherine Coquery-Vidrovitch and Odile Goerg on European cities overseas. Always through the prism of urban planning, these are sometimes more specific incursions, whether monograph, biography or prosopography. In reality, on all aspects of the production of French architects and urban planners around the Mediterranean, the Caribbean, the Middle East and Asia, recent studies are profuse - and we have not even mentioned the numerous and remarkable monographs of ORSTOM from the 1950s to the 1990s, nor the very many recent doctoral theses, available on line by HAL.
More specifically for the medieval period, several art historians have produced a prosopography of "exogenous" artists, that is to say those who were able to work outside their original artistic area. This work carried out around Jean-Marie Guilloüet wanted to consider quantitatively the question of artistic transfers in Latin Europe, including the field of architecture. Travel, but also acculturation: from the reissue of the first practical French treatise on architecture in 1685, François Blondel insisted on the fact that "Louis le Grand […] ne s’est pas contenté d’envoyer des gens habiles dans les pays où l’on voit encore quelques vestiges de la grandeur des Romains et des Grecs, afin d’en apporter des dessins pour servir à former le goût de la bonne architecture : mais même sa Majesté a établi une Académie à Paris où les règles de cet art sont publiquement enseignées avec les parties de mathematique qui sont nécessaires aux architectes." This is a way of saying that travel is not a substitute for training in school and that in the European competition that was played out in the 17th century, the "scientific" and cultural competence of the architect is worth at least as much as imitation or inspiration.
This call for articles does not therefore exclusively question what we could call the architect's apprenticeship novel. Whatever the motivations for the journey or activity outside one’s native country, forced (exile, the search for refuge far from war or persecution) or chosen (the search for academic and/or field education), they give rise to the emergence of intersections of thoughts and forms. This question of the braiding of motifs and architectures of plural origins, varied threads leaving each one its visible autonomy in texture and color even if it participates in the whole, constitutes in our eyes a specific subject.
And when this midfield, if we understand by it the product of a cultural geometry, cannot exist, how does a hybridization of cultural gestures operate? For example, what does Itō Chūta, the first Japanese historian of architecture, draw from his trip to Paris and the Ottoman Empire, which traces the possible filiations via India between Etruscan temples of the 4th century and the architecture of the Hōryūji in Nara? However, in the 1880s, the arrival in Japan of the English architect Josiah Conder introduced a Western architecture that immediately inspired practitioners such as Tatsuno Kingo (Tokyo Polytechnic, 1888). In the same period, a generation after Richard Morris Hunt, hundreds of American students, crossing the Atlantic, studied architecture in France. Beyond and without being able to mention all the past or current works, the current documentation highlights, for their sole relation to France, the travels, studies and achievements of European, Algerian, Moroccan, Egyptian, Iranian, Russian, Brazilian, Argentinian, Chilean, American and many other countries architects. When in French schools of architecture and in the majority of standard works on the theory and history of architecture, it is a European vision of architecture that is mainly questioned and exposed, the architectural hybridizations implemented testify to enriching and sometimes painful negotiations between the acquired, the discovery and the project.
Thus, the perspective of this issue 9 of Transversale is both specialized in its theme and broad in its geographical scope. What we will question is how an architect's perspective and practice are formed when he travels or receives instruction abroad, and whether or not this results in a weaving of influences; is to question architecture as a paradigmatic cultural crossroads: figures of astonishing travelers-architects naturally, but also methods, processes, measurements, itineraries, flows... From one construction site to another, over very long distances and this since Antiquity, the project manager, his collaborators and/or his executors, whose profession is nomadic "by nature", become themselves agents and vectors of materials and know-how, canons and theories, convictions and beliefs. The construction of a sanctuary then becomes the ephemeral and syncretic crossroads of cultures, crystallized in stone: the stupas of Gandhara at the turn of our era, on the shores of the Black Sea with the Empire of Trebizond, in Cyprus where the witnesses of the diffusion of Gothic remain.
It is therefore not only the journey of the architect or urban planner (or of those who want to become one), often conceived as an opportunity for sampling or tracing, because experimenting with elsewhere is accompanied by rereading, reinterpretation and even resistance, which are not exclusively part of a colonial framework of thought. This experimentation can also immediately turn out to be a documentary exercise "for later", collected in notebooks and drawings on the spot. And then the architect is never alone: to what extent do the visions of other architectures interact for each of the actors and/or travelers (borrowings, quotes, assemblages)? Robert Venturi - who cannot be considered a defender of the vernacular or of the multicultural in architecture - insists on the observation of « contradictory levels » that are the contrasts of scale, form and purpose: "Les éléments peuvent être en même temps beaux et laids, grands et petits, ouverts et fermés, continus et articulés, ronds et carrés, structure et espace. Une architecture qui contient plusieurs niveaux de signification engendre l’ambiguïté et la tension." Isn't this ambiguity what allows us to better grasp the quality of architectures that translate through their spaces, their uses and their details of form and ornament, the reticulated manifestation of several cultures and a subtle adaptation to diverse environments? Because in this debate obviously comes the question of the material available and used, the climate and the site, the conception that one has of a durability.
Three approaches to articles on these architectural “pathways”, “hybridizations” and “braiding” can be proposed within the framework of this call for articles, without chronological limits:
- The first would be in line with this monographic (or even biographical or prosopographical) recommendation by Fernand Braudel, concerning : "N’est-il pas bon que l’histoire soit d’abord une description, simple observation, classement sans trop d’idées préalables ? Voir, faire voir, c’est la moitié de notre tâche." The journeys and exchanges between people who have designed and built both in their native country and in "L’Autre Pays" are particularly welcome;
- The second would rather be in the observation of the very measures and processes of braiding or hybridization, following in this the phenomenon of acculturation described by Vitruvius as a resistance of the other to oneself: "Il ne m’est pas venu à l’esprit de déprécier les inventions des autres pour faire valoir les miennes. À l’inverse, je me sens infiniment redevable aux auteurs qui ont recueilli les pensées ingénieuses des hommes de talent de toutes les époques et nous ont procuré, chacun dans sa partie, une ample moisson."
- The third would be a more theoretical approach on an "architecture of exchanges", both situated, contextualized (whose diverse cultural roots would each be visible and deep), although coming from fields where the construction of historical time is fundamentally different, starting from the observation that this research has long been conducted on the visual arts, music and poetry, rather than in architecture. This work can notably account for the effects of the discovery of some "alliés substantiels" and the composition of dialogues and correspondences.
Submission procedures and timetable
Proposal to be sent by 30 April 2025 :
- title
- abstract (1 page)
- CV (1/2 page)
to:
gilles.a.langlois@gmail.com.fr
marie.gaimard@gmail.com
leonore.losserand@paris-valdeseine.archi.fr
Timetable
- Notification of acceptance: 15 May 2025
- Submission of article: 1st September 2025
- Return to authors after double-blind reading: 30 September 2025
Articles should be between 25,000 and 30,000 characters long.
They may be written in French or English.
Sources, bibliography and references are given in footnotes. Abstracts (10 lines) in French/English and 5 keywords in French/English should be sent in the same file. Illustrations (royalty-free) will be attached in separate files.
See attached editorial charter for details.
Revue transversale / histoire architecture paysage urbain
Managing editor: Gilles-Antoine Langlois
Editorial secretaries: Marie Gaimard and Léonore Dubois-Losserand
Scientific journal with an international board and double-blind peer review, founded and published in 2016 at ENSAPBx (nos. 1 and 2), co-published by ENSABx / CNRS Passages - ENSAPVS / EVCAU (nos. 2, 4, 5), published by ENSAPVS / EVCAU digitally (HAL) and on paper (nos. 6, 7, 8).
From issue 9, published by ENSA Paris-Val-de-Seine/EVCAU and ENSA Normandie/ATE, distributed by MSH Paris.
Sections: transversale publishes
- an annual thematic dossier;
- 1 or 2 ‘Varia’ per issue;
- the ‘Research materials’ section hosts current research reports;
- the ‘Pathways’ section is devoted to the work of students at ENSAPVS and ENSA Normandie.
Editorial board
- Directeur de rédaction : Gilles-Antoine LANGLOIS, PR émérite ENSA Paris-Val de Seine
- Secrétaires de rédaction : Marie GAIMARD, MCF ENSA Normandie et Léonore DUBOIS-LOSSERAND, MCF ENSA Paris-Val de Seine
Scientific committee
- Fabien BELLAT (EVCAU)
- Gauthier BOLLE (MCF ENSA Strasbourg)
- Serge BRIFFAUD (PR ENSAP Bordeaux)
- Sébastien CHERRUET (MCFA ENSA Normandie)
- Laurence CHEVALLIER (MCF ENSAP Bordeaux)
- Émilie D’ORGEIX (PR EPHE)
- Samuel DRAPEAU (MCF ENSAP Bordeaux)
- Ammar ELOUEINI (PR Tulane University New Orleans)
- Marie GAIMARD (MCF ENSA Normandie)
- Gwenn GAYET-KERGUIDUFF (IR EVCAU)
- Laurence GILLOT (MCF Université Libre de Bruxelles)
- Jean-Pierre GUILHEMBET (PR Université Paris Cité)
- Gilles-Antoine LANGLOIS (PR ENSA Paris-Val de Seine)
- Léonore DUBOIS-LOSSERAND (MCF ENSA Paris-Val de Seine)
- Giulia MARINO (PR Université Catholique de Louvain)
- Gilles RAGOT (PR Université Bordeaux Montaigne)
- Claire ROSSET (IR ATE)
- Donato SEVERO (PR émérite ENSA Paris-Val de Seine)