HomeSpecialised translation and intercultural mediation: how do they fit together in the age of artificial intelligence?

Specialised translation and intercultural mediation: how do they fit together in the age of artificial intelligence?

Traduction spécialisée et médiation interculturelle : quelles articulations à l’ère de l’intelligence artificielle ?

Traducción especializada y mediación intercultural: ¿cómo encajan en la era de la inteligencia artificial?

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Published on Monday, July 07, 2025

Abstract

Cette thématique de recherche vise à explorer les tensions, les complémentarités et les synergies entre compétences humaines et technologies émergentes dans le champ de la traduction spécialisée à l’ère de l’intelligence artificielle ; elle propose de réfléchir à la manière dont les compétences interculturelles et les technologies de l’intelligence artifiielle modifient en profondeur les modalités de production, d’interprétation et de réception de la traduction spécialisée. Elle s’adresse aux traducteurs, chercheurs, linguistes, enseignants, professionnels du numérique, spécialistes de la médiation interculturelle ainsi qu’aux développeurs d’outils de traduction.

Announcement

Revue algérienne des lettres RAL

Appel à contributions pour le Volume 9, Numéro 2 | 2025

Coordination

Numéro coordonné par Amina Benslim

Argumentaire 

Dans un monde globalisé où les interactions internationales se multiplient à un rythme soutenu, la traduction spécialisée s’impose comme un vecteur incontournable de communication efficace entre secteurs, disciplines et cultures. Elle ne se limite pas à une simple transposition de mots, mais constitue une opération de haute précision dans des domaines sensibles tels que le droit, la médecine, les finances et les technologies où la moindre erreur traductionnelle peut avoir de lourdes conséquences. Les erreurs notoires en traduction spécialisée, illustrées dans ce contexte par le célèbre cas du patient Willie Ramirez, survenu en 1980 dans un hôpital américain où une mauvaise interprétation a conduit à une erreur médicale tragique lui causant un handicap permanent, rappellent l’importance vitale de la précision terminologique, de la compétence interculturelle et de la sensibilité contextuelle dans la pratique traductive spécialisée.

De ce fait, il va sans dire que la traduction spécialisée juridique, médicale, scientifique, technique ou même littéraire exige bien plus qu’une substitution lexicale : elle engage des savoirs disciplinaires, des normes professionnelles, une capacité d’analyse contextuelle et une adaptation interculturelle. Comme le rappelle Catford (1965), toute opération de traduction implique une transposition systémique entre deux langues, ce qui nécessite une compréhension précise des règles linguistiques et pragmatiques du domaine concerné. Pourtant, cette technicité se heurte souvent aux limites de l’intraduisible (Cassin, 2013), c’est-à-dire aux zones où le langage résiste à la conversion linéaire et où la traduction devient interprétation, voire recréation.

La qualité d’une traduction ne repose donc pas uniquement sur la compétence linguistique : elle implique une véritable maîtrise interculturelle. Comprendre les subtilités d’une culture, ses références implicites, ses codes sociaux et ses attentes communicationnelles est essentiel pour transmettre un message non seulement exact, mais aussi intelligible et acceptable pour le destinataire. Le traducteur devient dès lors un médiateur culturel, capable d'adapter le contenu à un contexte culturel sans en trahir le sens. Ce rôle devient d’autant plus crucial dans des domaines comme la diplomatie, le marketing ou la communication politique, où l’interprétation d’un mot peut changer le ton, voire la portée d’un discours.

Cela nous autorise à dire que tout acte traductif est, au fond, un acte de médiation culturelle. Traduire, c’est aussi adapter des référents, des valeurs implicites, des logiques discursives propres à une culture donnée (Martin, 2004). Dans un domaine spécialisé, cela suppose une double compétence : linguistique et interculturelle. Lederer (2006) insiste sur la dimension cognitive du processus traductif, fondée sur l’interprétation du sens au-delà des mots. La pertinence d’un terme, la formulation d’un contrat ou le ton d’un message marketing ne peuvent être transférés sans tenir compte du contexte culturel du récepteur. Loin d’être accessoire, la compétence interculturelle constitue une garantie de justesse, de recevabilité et parfois même de légitimité du texte traduit (Roura, 2014).

Dans ce paysage en pleine mutation, l’intelligence artificielle (IA) apparaît comme un catalyseur de transformation des pratiques professionnelles. En permettant des traductions instantanées, en facilitant la reconnaissance terminologique ou en automatisant certaines tâches traductives répétitives, l’IA ouvre la voie à de nouvelles modalités de travail pour les traducteurs. Toutefois, ces outils, aussi puissants soient-ils, restent aveugles aux logiques culturelles et aux enjeux contextuels. Ainsi, loin de remplacer les traducteurs, l’IA redéfinit leur rôle traductif : elle les pousse à se positionner davantage comme des experts de la médiation interculturelle, capables d’orchestrer intelligemment la technologie au service d’une communication précise, nuancée et culturellement appropriée.

Par ailleurs, dans un contexte où le développement des outils de traduction automatique soutenus par l’IA et le traitement du langage naturel demeure fulgurant et reconfigure en profondeur les pratiques traductives, les avis divergent. Ainsi, certains voient dans ces derniers un levier de productivité et d’accessibilité (Ibanez, 2023) alors que d’autres soulignent leurs limites sémantiques et culturelles et soutiennent l’idée que l’IA reste aujourd’hui incapable de traiter l’ambiguïté lexicale, la polysémie (Misri, 2007) ainsi que les nuances culturelles. Des études pilotes sur la traduction automatique de textes littéraires (Besacier, 2014 ; Puren, 2020) montrent les carences de ces outils en matière de style, de ton et de profondeur sémantique. Comme le souligne Kübler (2023), le recours à la machine n’est pas sans risque : il transforme la nature même de l’acte traductif, le réduisant parfois à une opération de transcodage, alors que la traduction suppose avant tout une lecture sensible et raisonnée aspirant à la précision linguistique et prenant en compte les différences culturelles.

De ce fait, l’idée que les compétences interculturelles peuvent influencer la qualité des traductions spécialisées est particulièrement importante dans un monde de plus en plus connecté. En intégrant ces dernières dans le cadre de l'IA, les traducteurs pourraient non seulement améliorer la qualité des traductions spécialisées, mais aussi contribuer à un dialogue interculturel plus riche et plus respectueux. C’est dans ce cadre que s’inscrit cette thématique qui pourrait permettre d’enrichir la réflexion sur le rôle du traducteur spécialisé en tant que médiateur interculturel et d’identifier les pratiques pertinentes nécessaires pour l’amélioration de la qualité des traductions en contexte multilingue et multiculturel dans un monde en pleine évolution technologique.

Objectif 

Cette thématique de recherche vise à explorer les tensions, les complémentarités et les synergies entre compétences humaines et technologies émergentes dans le champ de la traduction spécialisée à l’ère de l’intelligence artificielle ; elle propose de réfléchir à la manière dont les compétences interculturelles et les technologies de l’IA modifient en profondeur les modalités de production, d’interprétation et de réception de la traduction spécialisée. Elle s’adresse aux traducteurs, chercheurs, linguistes, enseignants, professionnels du numérique, spécialistes de la médiation interculturelle ainsi qu’aux développeurs d’outils de traduction. Les communications pourront porter sur des études de cas, des analyses théoriques, des retours d’expérience ou des perspectives critiques autour des axes suivants (le numéro restant ouvert à toutes les propositions) :

Axes de recherche proposés 

Axe 1 – La traduction spécialisée : quelles nouvelles compétences à l’ère numérique ?

Comment former les traducteurs de demain à la fois à la rigueur terminologique, à la sensibilité interculturelle et à l’usage critique de l’IA ? La formation en traduction spécialisée ne peut ignorer l’évolution rapide des outils numériques, ni la dimension déontologique liée aux biais algorithmiques et aux décisions automatisées. Cet axe interroge les compétences nouvelles requises et propose de penser la traduction spécialisée comme une hybridation entre technologie et humanité (Cassin, 2016).

Axe 2 – Comment l’intégration des compétences interculturelles pourrait-elle transformer la qualité des traductions spécialisées ?

Dans la lignée des travaux de Lederer (2006) ou Roura (2014), cet axe explore la nécessité d’une compétence interculturelle élargie dans la pratique traductive spécialisée. Celle-ci ne se limite plus à la simple transposition de termes, mais implique une compréhension fine des systèmes de valeurs, des référents culturels et des attentes communicationnelles. Le modèle de communication interculturelle peut ici servir de cadre théorique pour analyser la manière dont les traducteurs naviguent entre deux systèmes de pensée (Martin, 2004).

Axe 3 – L’IA et traduction spécialisée : vers une cohabitation homme-machine ?

Dans quelle mesure l’intelligence artificielle reconfigure-t-elle les rôles et responsabilités des traducteurs spécialisés ? En s’appuyant sur les études de Besacier (2014), Ibanez (2023) ou Puren (2020), cet axe vise à évaluer de manière critique les promesses et les limites des outils de traduction automatique. La polysémie, les jeux de mots, les implicites culturels échappent encore largement aux capacités des algorithmes (Misri, 2007). Il s’agira d’examiner les pratiques de post-édition, les nouveaux formats de travail collaboratif homme-machine, ainsi que les besoins en formation continue en matière de traduction spécialisée.

Axe 4 – Traduction automatique : enjeux professionnels, cognitifs et éthiques

Dans un contexte où les algorithmes traduisent pour des millions d’usagers, des questions éthiques majeures émergent : qui contrôle le choix de la terminologie ? Quels biais culturels sont encodés dans les modèles ? Que devient la responsabilité du traducteur ? S’appuyant sur une lecture critique des travaux de Kübler (2023) ou Ibanez (2023), cet axe ouvre à une réflexion sur la gouvernance éthique de la traduction spécialisée automatisée.

Axe 5- L’intervention de l’IA dans différents domaines de la traduction spécialisée

L’essor rapide de l’intelligence artificielle transforme en profondeur la pratique de la traduction spécialisée dans des secteurs aussi variés que le littéraire, l’audiovisuel, le médical, le juridique, l’ingénierie ou encore le marketing. Cette mutation soulève des enjeux majeurs : comment l’IA influence-t-elle la qualité, l'efficacité, l’éthique et l’accessibilité des traductions spécialisées ? Quelles limites rencontre-t-elle face à la complexité linguistique, culturelle ou contextuelle des domaines spécialisés ? Enfin, quel est le nouveau rôle qu’occupe le traducteur humain face à ces technologies ?

Calendrier

Comité éditorial

  •     Souad Bahri, Université Ain Témouchent - Algérie : souad.bahri@univ-temouchent.edu.dz
  •     Hadjer Merbouh, Université Ain Témouchent - Algérie : hadjer.merbouh@univ-temouchent.edu.dz
  •     Bouari Halima, Université Ouargla – Algérie : bouariasid@yahoo.fr
  •     Lahcène Zohra Chahrazade, Université Laghouat – Algérie : z.lahcene@lagh-univ.dz
  •     Souad Baba Saci, Université Sétif 1 – Algérie : souadbabasaci@icloud.com
  •     Hafida Kasmi, Université Ouargla – Algérie : kasmi_hafida@yahoo.com
  •     Samia Mouffok, Université Batna 2 – Algérie : s.mouffok@univ-batna2.dz
  •     Youcef Bacha, Université Blida 2 – Algérie : y.bacha@univ-blida2.dz
  •     Boukebbab Nadjet, ENS Constantine –Algérie : boukebbab.nadjet@ensc.dz

Références principales 

  • CASSIN B. 2013. Philosopher en langues. Les intraduisibles en traduction. Rue d’Ulm.
  • CASSIN B. 2016. Éloge de la traduction – Compliquer l’universel. Fayard.
  • CATFORD J.C. 1965. A Linguistic Theory of Translation. Oxford University Press.
  • LEDERER M. 2006. La traduction aujourd’hui : le modèle interprétatif. Lettres modernes Minard.
  • MARTIN J. 2004. « La traduction comme adaptation entre les cultures ». Palimpsestes, 16.
  • ROURA M. A.-V. 2014. « Compétence interculturelle en classe de langue ». Synergies Mexique, n°4.
  • BESACIER L. 2014. Traduction automatisée d’une œuvre littéraire : étude pilote. TALN.
  • IBANEZ F. 2023. « L’impact de l’IA sur la traduction ». Alphatrad.
  • KÜBLER N. 2023. La traduction automatique : traduction machine ? CLILLAC.
  • MISRI G. 2007. « Problèmes d’homonymie et polysémie ». Synergies Monde arabe, n°4.
  • PUREN M. 2020. La traduction automatique. HAL archives.

Places

  • Université Ain Temouchent Belhadj Bouchaib Route de Sidi Bel Abbes
    Aïn Temouchent, Algeria (46000)

Date(s)

  • Wednesday, September 10, 2025

Attached files

Keywords

  • traduction spécialisée, médiation interculturelle, intelligence artificielle, interprétation, réception

Contact(s)

  • Abdelkrim Benselim
    courriel : abdelkrim [dot] benslim [at] univ-temouchent [dot] edu [dot] dz

Information source

  • Abdelkrim Benselim
    courriel : abdelkrim [dot] benslim [at] univ-temouchent [dot] edu [dot] dz

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Specialised translation and intercultural mediation: how do they fit together in the age of artificial intelligence? », Call for papers, Calenda, Published on Monday, July 07, 2025, https://doi.org/10.58079/14ak6

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