Savoirs endogènes, éducation et développement au Cameroun
Endogenous Knowledge, Education and Development in Cameroon
Publicado el viernes 16 de mayo de 2025
Resumen
Cet appel part du principe que les savoirs endogènes sont dynamiques et offrent des contributions précieuses à la santé, à l’éducation, à l’économie et aux structures sociales aboutissant au développement. Il plaide également en faveur d’une réforme globale des programmes, de la formation des enseignants et de l’institutionnalisation des savoirs traditionnels pour créer un système éducatif plus approprié aux réalités du Cameroun. Cet appel à communications encourage donc les chercheurs et les parties prenantes à explorer la manière dont les savoirs endogènes peuvent créer un cadre éducatif plus équitable, plus pertinent et plus efficace pour le développement du Cameroun.
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Argumentaire
Les savoirs endogènes, souvent appelés savoirs locaux, sont des connaissances propres à une communauté culturelle, transmises de génération en génération. Pour Hountondji (1994), un « savoir endogène » désigne une connaissance considérée par une société comme partie intégrante de son héritage culturel. Depuis la fin des mouvements coloniaux, les pays africains, notamment ceux de l’Afrique francophone, sont confrontés à une dynamique profonde d’occidentalisation des savoirs. Ce processus historique, amorcé avec la colonisation, a été amplifié par les modèles éducatifs importés, le développement des technologies de l’information et de la communication, et plus récemment par l’irruption de l’intelligence artificielle. Ces transformations systémiques ont contribué à la marginalisation, voire à l’étouffement progressif des savoirs endogènes, qui sont pourtant au cœur des dynamiques culturelles, éducatives, sociales et économiques des communautés africaines (Zahan, 1970 ; Hampaté Bâ, 1972 ; Tounsoucka Wantouang, 2022).
À cet effet, dans un contexte mondial marqué par une uniformisation culturelle et cognitive, la question de la préservation, de la transmission et de l’intégration des savoirs endogènes dans les politiques de développement devient une urgence stratégique. Ces savoirs, issus de traditions locales, de l’observation de l’environnement, de la pratique communautaire, sont le fruit d’une intelligence collective transmise de génération en génération. Or, l’histoire coloniale et les dynamiques postcoloniales ont installé une hiérarchisation des connaissances qui place les savoirs occidentaux — dits scientifiques — au sommet de la légitimité académique, au détriment des savoirs autochtones souvent considérés comme « archaïques », « irrationnels » ou « non scientifiques » (Zahan, 1970; Hampaté Bâ, 1972). Dans ce contexte de déséquilibre épistémique, plusieurs conventions internationales ont émergé pour plaider en faveur de la reconnaissance et de la valorisation des savoirs locaux et des spécificités territoriales. La Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO (1972), la Convention sur la diversité biologique (1992), la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (2003), ou encore la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (2005) ont toutes réaffirmé l’importance d’inscrire les savoirs traditionnels dans les dynamiques de développement durable, notamment par leur intégration dans les systèmes éducatifs formels et non formels (UNESCO, 2003; 2005).
Cependant, malgré ces efforts normatifs internationaux, la réalité observée dans de nombreux pays d’Afrique francophone, au Cameroun notamment, reste marquée par une prééminence des modèles éducatifs exogènes et une faible reconnaissance institutionnelle des savoirs endogènes. L’école camerounaise, dans sa forme actuelle, perpétue un système de transmission peu ancré dans le réel socioculturel local. Les contenus curriculaires, les langues d’enseignement, les méthodes pédagogiques et les référentiels de compétences sont souvent inadaptés aux réalités vécues par les élèves et les communautés locales (Guillorel, 2012 ; Wayikpo, 2021). Le développement technologique globalisé, l’intelligence artificielle, les plateformes numériques, ainsi que les modèles éducatifs standardisés continuent de renforcer cette hégémonie. Le Cameroun, comme d’autres pays d’Afrique subsaharienne, est pris dans cette tension entre des impératifs de modernisation et la nécessité de préserver une identité culturelle enracinée dans les pratiques endogènes (Foué Yogo, 2015).
Le Cameroun est souvent présenté comme une « Afrique en miniature » en raison de la diversité de ses peuples, de ses langues et de ses systèmes symboliques. Cette richesse anthropologique est accompagnée d’une grande variété de savoirs endogènes relatifs à la santé, à l’agriculture, à la pédagogie traditionnelle, à la résolution des conflits, ou encore à l’organisation sociale. Cependant, dans le système éducatif camerounais, ces savoirs sont à peine mentionnés ou intégrés, et lorsqu’ils le sont, c’est souvent de façon folklorisante ou périphérique (Wayikpo, 2021). Le curriculum officiel, calqué sur les modèles français puis anglo-saxons, privilégie des approches abstraites, technicistes et décontextualisées qui, dans bien des cas, ne correspondent ni aux réalités locales ni aux besoins des communautés. Cette situation crée un fossé entre l’école et la société, entre les savoirs institutionnels et les savoirs populaires. L’école camerounaise, plutôt que d’être un vecteur de développement intégré, devient parfois un lieu de rupture culturelle, de dévalorisation des savoirs autochtones, et de reproduction d’un modèle occidental de développement qui ignore les ressources locales (Guillorel, 2012 ; Tounsoucka Wantouang, 2022).
Or, les savoirs endogènes sont loin d’être des reliques figées du passé. Ils constituent des systèmes dynamiques et évolutifs, capables de dialoguer avec la science contemporaine. En matière de santé, par exemple, ils offrent des pratiques complémentaires à la biomédecine, comme en témoignent les travaux sur les pharmacopées traditionnelles (Mairama, 2021). Sur le plan éducatif, ils permettent une meilleure contextualisation des apprentissages et un enracinement identitaire des élèves. En économie, ces savoirs favorisent l’innovation locale, l’entrepreneuriat endogène et l’adaptation aux réalités du territoire. En anthropologie sociale, ils traduisent la sagesse collective et les formes de régulation sociale invisibilisées par les paradigmes dominants (Modjom Tchuenchié, 2021).
Les travaux de ces chercheurs permettent de constater que l’intégration des savoirs endogènes dans le système éducatif camerounais constitue un levier stratégique pour un développement véritablement inclusif et durable. Cela permettrait de:
- renforcer l’ancrage identitaire des apprenants,
- valoriser les ressources culturelles locales,
- développer des compétences adaptées au contexte,
- stimuler l’innovation à partir de pratiques communautaires éprouvées,
- favoriser une éducation plus participative, contextualisée et utile au développement local (Hampaté Bâ, 1972 ; Modjom Tchuenchié, 2021).
La revalorisation des savoirs endogènes ne doit pas se réduire à une juxtaposition symbolique dans les discours éducatifs. Elle suppose une réforme curriculaire profonde, une formation des enseignants à la diversité épistémologique, la documentation et la transmission intergénérationnelle des savoirs locaux, ainsi qu’une institutionnalisation des savoirs traditionnels comme ressources éducatives. Dans cette perspective, cet appel à contribution vise à encourager les chercheurs, praticiens, enseignants, éducateurs, détenteurs de savoirs traditionnels et acteurs du développement à réfléchir sur la manière dont les savoirs endogènes peuvent être mobilisés pour construire une éducation plus équitable, plus contextuelle, et plus efficace au service du développement du Cameroun.
Axes de réflexion
Les propositions d’articles pourront s’inscrire dans l’un ou plusieurs des axes suivants, en lien avec la problématique centrale :
- Axe 1 : Savoirs endogènes et innovation technologique
- Axe 2 : Savoirs endogènes et apprentissage
- Axe 3 : Savoirs endogènes et médecine conventionnelle
- Axe 4 : Savoirs endogènes et développement des communautés
- Axe 5 : Savoirs endogènes et insertion socioprofessionnelle
- Axe 6 : Savoirs endogènes et développement des habiletés
- Axe 7 : Savoirs endogènes et croyances religieuses
- Axe 8 : Savoirs endogènes et migrations
- Axe 9 : Savoirs endogènes et dynamiques sociales
- Axe 10: savoirs endogènes et épistémologie
Consignes de rédaction d’articles
Les propositions d’article à envoyer pour évaluation doivent remplir les conditions suivantes :
- Les travaux doivent être inédits et n’avoir pas été soumis pour publication ailleurs.
- Le titre de l’article, cours et précis, taille 14, interligne 1,5, centré, en gras.
- Inscrire le (s) prénom (s) et le (s) nom (s) de (s) l’auteur (s) (en gras, taille 12), suivi de son/leurs institution (s) d’affiliation et de l’adresse électronique de l’auteur principal (taille 10) avec des majuscules en début de phrase uniquement.
- Tout article devra être précédé d’un résumé en français et en anglais, de 250 mots, suivi de 3 à 5 mots-clés en petits caractères.
- Le corps du texte doit être saisi sur fichier Word. La police de caractère est Times New Roman, taille 12, interligne 1 pt marges de 2,5 pts.
- La longueur des articles est de 10 à 17 pages, bibliographie et notes de bas de pages comprises, de préférence pas plus de deux auteurs, excepté pour des articles résultant des projets de recherche en équipe.
- Tous les paragraphes (titres en gras, petits caractères) seront distincts avec un seul espace. La segmentation en 2 voire 3 niveaux de titre est suffisante. L’usage des chiffres arabes est de rigueur.
- Dans le corps du texte, les références respecteront les normes APA 7. Les citations devraient être conformes au respect des droits d’auteurs. Les citations longues seront mises en évidence avec une indentation. Les références bibliographiques en fin d’article, s’en tiendront uniquement aux publications citées dans l’article et s’établiront par classement alphabético-chronologique.
- Les auteurs doivent faire relire leurs articles avant la soumission
- Lorsque l’article aura reçu un avis favorable ou favorable sous réserve de modifications, son auteur est prié de procéder, dans les plus brefs délais, aux corrections sollicitées par les 2 évaluateurs et le comité de rédaction. Les articles renvoyés seront soumis à une dernière évaluation de conformité.
- Tout article ne respectant pas ces principes sera simplement rejeté.
Modalités d’envoi
Langues : Anglais ou Français
Les propositions de communications seront envoyées simultanément aux adresses électroniques suivantes : ntjamcinq@yahoo.com/adelinedjiala@yahoo.fr,
avant le 15 juin 2025.
Calendrier
- Date de publication de l’appel: 12 mai 2025
- Date limite d’envoi des propositions de résumé: 15 juin 2025
- Retour du résumé aux auteurs: 17 juillet 2025
- Date limite de rendu de la version écrite de l’article: 12 septembre 2025
- Retour de l’article aux auteurs: 11 octobre 2025
- Date limite du rendu de la version écrite finale de l’article: 12 novembre 2025
- Date de publication: 30 décembre 2025
Comité scientifique
- Pr. Kpwang Kpwang Robert, University of Yaounde 1
- Pr. Njikam Savage Olayinka M, University of Douala
- Pr. Tchombe Therese, University of Buea
- Pr. Dikoumè Albert François, University of Douala
- Pr. Mpoche Kizitus Nformi, University of Yaounde 1
- Pr. Neba Ayu’nwi, University of Buea
- Pr. Assoumou Jules, University of Douala
- Pr. Fombele Eunice, University of Buea
- Pr. Atenga Thomas, University of Douala
- Pr. Mondoue Roger, University of Dschang
- Pr. Tchumtchoua Emmanuel, University of Douala
- Pr. Nzogue Jean Baptiste, University of Douala
- Pr. Ntjam Marie-Chantale, University of Douala
- Pr. Brenda Nachuah Lawyer, University of Douala
- Pr. Nadeige Laure Ngo Nlend, University of Douala
- Pr. Same Ekolle, University of Douala
- Pr. Anafak L. A. Japhet, University of Yaounde 1/ULB
- Pr. Messina Mvogo Ernest, University of Douala
- Pr. Ekorong A Mougnol Alain F., University of Douala
- Pr. Mélingui Ayissi Norbert, University of Douala
- Pr. Bot Martin Luther, University of Douala
- Pr. Asonganyi Esther, University of Bamenda
- Pr. Tegna Edith Mireille, University of Ngoundere
- Pr. Wainkem Praxidis, University of Yaounde 1
- Pr. Fasse Mbouya Innocent, University of Douala
- Pr. Linda Ankiambom Lawyer, University of Yaounde 1
- Pr. Wogaing Fotso Jeanette, University of Douala
- Pr. Ngo Balepa A., University of Douala
- Pr. Medjo Elimbi Solange, University of Douala
- Pr. Mbu Martha, University of Douala
- Pr. Amabiamina Flora, University of Douala
- Pr. Bikoko Isidore P., University of Douala
- Pr. Mballa Elanga Edmond VII, University of Douala
- Pr. Nguiepi George Victor, University of Douala
- Pr. Mary Louisa Lum, University of Douala
Les membres de l’association « Femmes/amies Chercheures » sont :
- Pr Brenda Nachuah Lawyer (MC) (Founding President)
- Pr Marie-Chantale Ntjam (MC)
- Pr. Njikam Savage Olayinka M (MC)
- Pr Ngo Nlend Nadeige Laure (MC)
- Pr Mary Louisa Lum (MC)
- Pr Chantal Kamole C. Moukoko (CC)
- Dr Douanla Djiala Adeline Merlyne (CC)
- Dr Vivian Ntemgwa Nkongmenec (CC)
- Dr Kemegne Simo Léa Lili (CC)
- Dr Gertrude Palai Baipamé. (CC)
- Dr Abang Elisabeth Bi Maondo. (CC)
- Dr Prisca Fanie Begheni Talla (CC)
- Dr Marie Ange Akoa (CC)
- Dr Wokwenmendam Nkouo Ninon (CC)
- Dr Rose Angeline Abissi (CC)
- Dr Djombi-Siké Moukouri Madeleine (Ass)
Références bibliographiques
Foué Yogo, A. M. (2015). Rituels d’identité et noms africains. Yaoundé : Université de Yaoundé I.
Guillorel, H. (2012). Onomastique, marqueurs identitaires et plurilinguisme. Droit et politique, (64), 11–50.
Hampaté Bâ, A. (1972). Les aspects de la civilisation africaine. Présence Africaine.
Hountondji, P.J. & Codesria. (1994). Les savoirs endogènes : pistes pour une recherche. Codesria
Mairama, R. (2021). Immersion onomastique chez quelques peuples du Nord-Cameroun. L’Harmattan.
Modjom Tchuenchié, J. (2021). Patrimoine culturel de la chefferie Bayangam à l’Ouest-Cameroun : Matériau pour l’histoire, référent identitaire et outil de développement (XIXe–XXe siècles) [Thèse de doctorat, Université de Dschang].
Tounsoucka Wantouang, S. (2022). Le système anthroponymique massa sous le prisme du modernisme. In A. C. Pangop Kameni & H. Fotso (Dirs.), Culture et modernité au Cameroun (pp. 43–74). Douala: éditions du Gracas.
UNESCO. (1972). Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel. https://whc.unesco.org/fr/convention/
UNESCO. (2003). Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. https://ich.unesco.org/fr/convention
UNESCO. (2005). Convention sur la diversité des expressions culturelles. https://en.unesco.org/creativity/convention
Wayikpo, K. M. (2021). Les savoirs endogènes et leur place dans les systèmes éducatifs africains. Multilinguales, (15), 12–27. https://journals.openedition.org/multilinguales/5303
Zahan, D. (1970). Religion, spiritualité et pensée africaines. Payot.
Categorías
- Estudios de las ciencias (Categoría principal)
- Espacios > África > África subsahariana
- Épocas > Época contemporánea > siglo XXI
- Espacios > África > África subsahariana > África Central
Lugares
- Femme chercheures Université de Douala
Duala, Camerún (+237)
Formato del evento
Evento en presencial
Fecha(s)
- domingo 15 de junio de 2025
- viernes 12 de septiembre de 2025
Archivos adjuntos
Palabras claves
- savoirs endogènes, éducation, développement, Cameroun
Contactos
- Marie-Chantale NTJAM
courriel : ntjamcinq [at] yahoo [dot] com - Adeline Merlyne DOUANLA DJIALA
courriel : adelinedjiala [at] yahoo [dot] fr
Fuente de la información
- LAWYER Brenda Nachuah
courriel : bdiangha [at] gmail [dot] com
Licencia
Este anuncio está sujeto a la licencia Creative Commons CC0 1.0 Universal.
Para citar este anuncio
« Savoirs endogènes, éducation et développement au Cameroun », Convocatoria de ponencias, Calenda, Publicado el viernes 16 de mayo de 2025, https://doi.org/10.58079/13xt4

