Hollis Frampton : From form to idea to form of idea
Critical thinking and metahistory as actes of research-creation
Publié le mardi 08 juillet 2025
Résumé
Praticien et théoricien du cinéma, Hollis Frampton entretient un dialogue constant avec l’histoire du médium, ses matériaux, ses techniques et ses formes, à travers ses propres films, projets et textes critiques. Il ne dissocie jamais la pratique de la théorie. Ce colloque se déclinera sur et autour de l'œuvre de Hollis Frampton.
Annonce
Institut national d’histoire de l’art (Centre Pompidou hors les murs) & Centre de l'Université de Chicago , February 18th-19th 2026
Service Film, Centre Pompidou / Cerilac, Université Paris Cité / LESA, Aix-Marseille Université / Ircav, Sorbonne Nouvelle / Université de Montréal / York University
Argumentaire
“Cinéma est un mot grec qui signifie “mouvement” (movie). L’illusion du mouvement est certainement le complément ordinaire de l’image filmique, mais cette illusion repose sur la certitude que la vitesse à laquelle se succèdent les photogrammes n’admet que des variations très limitées. Rien dans l’agencement structural du ruban filmique ne peut justifier une telle certitude. C’est pourquoi nous la rejetons. Désormais, nous appellerons notre art simplement : le film1.” (Hollis Frampton)
“Frampton s’inscrit dans une longue tradition du cinéma expérimental des cinéastes qui sont également des théoriciens, et il connaissait bien cette lignée, notamment à travers des figures comme Sergueï Eisenstein, Dziga Vertov, Maya Deren et Stan Brakhage. Il appartenait à une génération de cinéastes et d’artistes pour qui l’écriture constituait un complément essentiel à l’exploration du médium, aux côtés de Tony Conrad, Peter Gidal, Laura Mulvey, Yvonne Rainer, Lis Rhodes, ou encore Paul Sharits, et plus tard d’Abigail Child, Bruce Elder, Marjorie Keller, Keith Sanborn, ou Hito Steyerl2.”(Michael Zryd, Hollis Frampton: Navigating the Infinite Cinema).
Praticien et théoricien du cinéma, Hollis Frampton entretient un dialogue constant avec l’histoire du médium, ses matériaux, ses techniques et ses formes, à travers ses propres films, projets et textes critiques. Il ne dissocie jamais la pratique de la théorie. Son projet inachevé Magellan (1972–1980) en est une illustration exemplaire. Aujourd’hui, comme l’écrit Bruce Jenkins, spécialiste de Frampton, il s’impose comme l’un des penseurs du cinéma les plus importants du XXe siècle : « Il fut, dès le début, un écrivain, et il cherchait constamment dans son art un système aussi sensible, du point de vue cognitif et perceptif, que le langage naturel3. »
Le recueil On the Camera Arts and Consecutive Matters: The Writings of Hollis Frampton (The MIT Press), édité par Jenkins, s’ouvre sur cette remarque : « La dizaine d’essais réunis dans ce livre, écrits au fil des années, retrace ses efforts pour développer un discours critique engagé, intellectuellement dense et résolument moderniste, dans les domaines de la photographie, du cinéma et de la vidéo — un discours qu’il voulait à la hauteur de la pensée critique en littérature, dans les arts visuels, et même, de façon audacieuse, dans les philosophies de l’histoire et des sciences4. »
Des premiers courts métrages réalisés au milieu des années 1960 avec sa Bolex et le soutien de ses proches new-yorkais (Manual of Arms, Process Red…), jusqu’aux œuvres tardives élaborées alors qu’il se consacre depuis plusieurs années à l’informatique (Gloria!), en passant par des essais visuels décisifs comme Zorns Lemma ou par les cycles monumentaux Hapax Legomena et Magellan, ses films interrogent sans relâche les relations entre image et langage, mémoire et perception, structure et sensation. Frampton explore et expose la structure du film comme un système signifiant, tout en interrogeant ses propres conditions d’existence techniques, historiques et phénoménologiques (comme en témoigne notamment sa performance A Lecture).
Ce colloque propose dans un premier axe de réflexion une analyse de la puissance actuelle des textes théoriques de Frampton, de leur ancrage dans l’histoire des théories des avant-gardes ainsi que des circulations d’idées entre Frampton et ses contemporains.
D’autre part, l’activité de cinéaste de Frampton n’est jamais déliée d’une théorie générale de l’art et du cinéma qui culmine avec la tâche du métahistorien du cinéma, concept qu’il participe à forger. Pour lui, « le métahistorien du cinéma (…) se préoccupe d’inventer une tradition, c’est-à-dire un ensemble maniable et cohérent de monuments discrets qui implantent dans le corps grandissant de son art une unité résonante. De telles œuvres peuvent ne pas exister, il est alors de son devoir de les faire5 ». Lorsque la théorie sur le cinéma ne suffit pas, l’artiste œuvre et, en mêlant à un point inextricable la théorie et la pratique, devient métahistorien. Comment Frampton, « rebrousse l’histoire du médium en inquiétant ses nœuds, ses embranchements » pour citer Érik Bullot qui réutilise cette notion dans son ouvrage Sortir du cinéma6 ? Comment ce projet travaille concrètement l’archive, le « déjà-là », cet amoncellement interminable d’images qui « peuvent exister quelque part en dehors de l’enceinte intentionnelle de cet art (par exemple, dans la préhistoire de l’art du cinéma avant 19437) » pour en faire émerger des potentialités insoupçonnées ?
Un deuxième axe concerne l’archive comme outil de réflexion critique et métaphore du cinéma dans l’œuvre de Frampton.
Comme le souligne Ken Eisenstein dans sa thèse ‘Disembering’: The Activity of the Archive in Hollis Frampton (2016), Frampton mobilise la pratique et la théorie de l’archive d’une manière extrêmement originale. Frampton ne considère pas le travail de l’historien et la pratique de l’archive comme des activités de collecte passive de documents, mais comme un processus dynamique de création et de transformation.
Dans ses écrits, notamment « For a Metahistory of Film : Commonplace Notes and Hypotheses » (1971), Frampton propose une « métahistoire » du cinéma, c’est-à-dire non pas une histoire linéaire ou purement factuelle du médium, mais une réflexion sur les structures, les discours et les pratiques qui rendent possible une histoire du cinéma. Le titre même fait référence aux “commonplace books” (des carnets de notes où l’on compile citations, idées, références) pour réfléchir à un modèle d’archive personnelle, fragmentaire qui se détache des archives institutionnelles.
Le médium filmique porte en lui des traces matérielles de l’histoire : le film est à la fois œuvre, document, et vestige. Son film (nostalgia) (Hapax Legomena I), 1971, montre toute la complexité de la relation entre la notion d’archive et le médium filmique. Dans ce film, Frampton présente douze photographies prises dans les années 1960 en train de brûler devant la caméra, tandis qu’une voix off (celle de Michael Snow) raconte des anecdotes, des réflexions personnelles ou des souvenirs liés à ces photos. Entre le récit et l'image, il y a un décalage : le commentaire que l’on entend correspond toujours à la photographie suivante, et non à celle que l’on voit à l’écran. Ce geste questionne la fiabilité des récits qui nourrissent les archives. L’archive ne se configure pas dans ce film comme lieu de préservation, mais il évoque plutôt un lieu éphémère, vulnérable, voué à l’oubli ou à la transformation.
D’un côté, l’archive est une notion qui traverse la pensée et la pratique filmique de Frampton, de l’autre, les archives Frampton sont d’une importance majeure pour l’étude de son œuvre.
Elles sont principalement conservées à deux endroits : Harvard University et l’Anthology Film Archives (AFA) à New York. Harvard Film Archive (HFA), conserve notamment les copies d’œuvres majeures comme Zorns Lemma, Hapax Legomena, Critical Mass, Poetic Justice, et son œuvre inachevée Magellan. Harvard et AFA conservent également de nombreux textes, essais, brouillons de scénarios, enregistrements audio, notes philosophiques et correspondances, ainsi que les photographies, les notes de cours, les lettres et les documents relatifs à ses collaborations (notamment avec Michael Snow et Carl Andre). Ce volet du colloque invite aussi à redécouvrir ces archives en relation à l’histoire de l’art et du cinéma expérimental des années 1960-80.
Un troisième axe d’étude concerne la situation singulière de l’œuvre filmique de Frampton dans l’histoire du cinéma, et plus particulièrement au sein du paysage du cinéma expérimental états-unien. Une œuvre dont Jean-Michel Bouhours, dans la préface de L’écliptique du savoir, recueil de textes du cinéaste publié en français en 1999, soulevait la grandeur, mais aussi la difficulté tout en pointant la grande méconnaissance qui l’entoure. Bouhours appelait alors de ses vœux à mesurer « toute la portée » d’un projet dit « épique » dont le cycle inachevé Magellan incarne la cime la plus visible et commentée. Un quart de siècle plus tard, la recherche et les études sur l’œuvre et l’héritage de Frampton ont émergé à travers le monde, et pourtant, l'invitation de Bouhours tient encore et nous invite à prolonger la réflexion.
Même si l’œuvre de Frampton apparaît hautement singulière, l’artiste ne travaille pas en vase clos. Son travail, comme celui de Michael Snow ou de Paul Sharits, s’inscrit dans la mouvance du cinéma structurel, définie par P. Adams Sitney en 19698, un cinéma qui repose sur une mise en avant du dispositif filmique et une attention rigoureuse aux processus de perception. Nous nous demanderons dans quelle mesure l’œuvre filmique de Frampton répond à cette définition. Son œuvre s’inscrit dans un réseau de références et d’échos, nourri de ses échanges avec d’autres artistes du cinéma d’avant-garde, de ses influences picturales, littéraires et scientifiques, ainsi que de ses propres contributions à la réflexion sur le médium. Cette partie propose ainsi d’explorer ces dialogues filmiques : en quoi le travail de Frampton interagit-il avec celui de figures contemporaines comme celles de Michael Snow, Paul Sharits ou encore Stan Brakhage ? Quelles continuités et ruptures apparaissent entre son approche et celle des avant-gardes européennes ? Comment ses expérimentations structurales ont-elles influencé les générations suivantes ? Si son travail s’inscrit dans la mouvance du cinéma expérimental des années 1960-70, il annonce aussi certaines tendances du cinéma conceptuel et du film numérique. Des artistes comme Harun Farocki ou James Benning ont prolongé ses réflexions sur l’image et le temps, tandis que son approche rigoureuse, voire rigoriste, du montage et de la structure trouve un écho dans plusieurs formes du cinéma contemporain et dans d’autres projets monumentaux (nous pensons par exemples aux Histoire(s) du cinéma de Godard). À travers ces communications, nous interrogerons donc les relations que tisse l’œuvre filmique de Hollis Frampton avec les autres, qu’il s’agisse d’artistes contemporains, de traditions cinématographiques ou encore les influences perceptibles de disciplines connexes comme la photographie, et les apports et autres dialogues avec la linguistique contemporaine ou la sémiotique. De quelle manière Hollis Frampton collabore avec d’autres cinéastes et artistes, comment s’insère-t-il dans l’œuvre d’autres réalisateurs/réalisatrices de son époque, et quelle postérité laisse-t-il après sa disparition prématurée au sein de projets actuels ? Il s’agit de repérer le lignage entre les travaux de Frampton et des artistes qui l’ont fréquenté, et de soulever les formes qui se sont diffusées vers d’autres œuvres.
Enfin, comment aborder la diachronie de l’œuvre ? Le projet gargantuesque de Magellan est-il déjà visible en germe dans les courts métrages des premières années ou bien la tripartition stricte proposée par le coffret A Hollis Frampton Odyssey entre ses œuvres de 1966-1969, quelques essais du début des années 1970, et, pour finir, les œuvres monumentales tardives semble-t-elle adaptée pour parcourir l’œuvre comme un tout cohérent à la progression linéaire et lisible ?
Un quatrième et dernier axe de recherche concerne plus directement l’expérimentation et la réflexion technique de Hollis Frampton. Précurseur de l’art numérique, Frampton s’intéresse à la fois à la pellicule, à l’art vidéo et à la xérographie. Il contribue à la fondation du Digital Arts Laboratory au sein du Center for Media Studies de l’université de New York à Buffalo en 19779, affirmant ainsi son engagement dans l’exploration des potentialités techniques du médium. Ce volet de recherche vise à mettre en perspective l’apport de ses réflexions scientifiques et techniques dans l’évolution du cinéma expérimental, en interrogeant notamment la manière dont Frampton anticipe les mutations de l’image en mouvement à l’ère des nouvelles technologies10.
Modalités de contribution
Veuillez soumettre en français ou en anglais :
- titre de votre proposition de communication
- un résumé de la communication (1300 caractères espaces compris)
- un CV (en .pdf ou .doc)
- vos nom complet, affiliation actuelle et adresse e-mail
Propositions à envoyer à hollisframptonsymposium@gmail.com
avant le 5 septembre 2025.
Organizing Committee
- Enrico Camporesi (collection film, Centre Pompidou),
- André Habib (Université de Montréal),
- Olga Kobryn and Quentin Lepetitdidier (CERILAC, Université Paris Cité),
- Swann Rembert (IRCAV, Sorbonne Nouvelle),
- Marie Rebecchi (LESA, Aix-Marseille Université)
- Michael Zryd (York University)
Scientific Committee
- Philippe-Alain Michaud et Enrico Camporesi, Collection film du Centre Pompidou
- Bruce Jenkins, The School of the Art Institute of Chicago (SAIC)
- Toni D’Angela, La Furia Umana
- Evgenia Giannouri, Ircav, Sorbonne Nouvelle
- André Habib, Université de Montréal
- Olga Kobryn, Cerilac, Université Paris Cité
- Quentin Lepetitdidier, Cerilac, Université Paris Cité
- Marie Rebecchi, LESA, Aix-Marseille Université
- Swann Rembert, Ircav, Sorbonne Nouvelle
- Michael Zryd, York University
Bibliographie sélective
Carl André et Hollis Frampton, Douze Dialogues 1962-1963. Photographies de Hollis Frampton, Paris, Macula, 2023.
Raymond Bellour, L’Entre-images. Photo. Cinéma. Vidéo, Paris, La Différence, 1990.
François Bovier, « Hollis Frampton ou le hors-champ du cinéma : le projet Magellan », Décadrages, 1-2, 2003, p. 88-102.
Christa Blümlinger, “Théories-manifestes des cinéastes et artistes face au numérique”, Cinéma & Technologie, Érudit, Volume 31, numéro 1-2-3, 2011, p. 95–111, https://id.erudit.org/iderudit/1027443ar
Enrico Camporesi, Jonathan Pouthier (dir.), L'Histoire d'Une Histoire du cinéma, Paris expérimental, 2023.
Ken Eisenstein, ‘Disembering’: The Activity of the Archive in Hollis Frampton, dissertation, University of Chicago Press, 2016.
Giles Filke and Ivan Cerecina, “Metahistory on Video: Hollis Frampton in the Histoire(s)”, Senses of Cinema, January 2022.
Peter Gidal, Structural Film Anthology, BFI Publishing, 1976.
Bruce Jenkins, On the camera Arts and Consecutive Matters. The Writings of Hollis Frampton, edited and introduction by Bruce Jenkins, MIT Press, 2009.
Bruce McClure, Hollis Frampton, Know Thy Instrument / A Lecture, Atelier Impopulaire, AI Split Editions #1, 2014.
Annette Michelson, Jean-Michel Bouhours (dir.), Hollis frampton, l'écliptique du savoir. Film, photographie, vidéo, Paris, Centre Pompidou, 1999
Morten Normann, Reworking Soviet predecessors: Hollis Frampton and the Magellan cycle, master thesis, Universitetet i Oslo, 2018.
P. Adams Sitney, “Structural Film”, Film Culture n°47, Summer 1969 / P. Adams Sitney, Le Film structurel, Paris expérimental, Paris, 2006.
Eric Thouvenel, “Développer, cuisiner, résister. Écosystèmes filmiques selon Hollis Frampton”, Hors champ, mars-avril, 2019.
Éric Thouvenel, « Présentation : ‘Les paramètres du traitement’ : une conférence de Hollis Frampton », 1895, 87-2019, p. 8-11.
Michael Zryd, Hollis Frampton: Navigating the Infinite Cinema, Columbia University Press, New York, 2023.
Michael Zryd, Hollis Frampton (October Files 27), MIT Press, 2022.
Notes
-
Hollis Frampton, “For Metahistory of Film : Commonplace Notes and Hypothesis,” in On the Camera Arts and Consecutive Matters: The Writings of Hollis Frampton, ed. Bruce Jenkins, MIT Press, 2009, p. 137.
-
Michael Zryd, Hollis Frampton: Navigating the Infinite Cinema, “Introduction”, Columbia University Press, 2023, p. 3.
- Bruce Jenkins, On the Camera Arts and Consecutive Matters. The Writings of Hollis Frampton, edited and with an introduction by Bruce Jenkins, MIT Press, 2009. p ix.
- Ibid.
- Frampton, “Metahistory,” p. 136.
- Érik Bullot, Sortir du cinéma. Histoire virtuelle des relations de l’art et du cinéma, Mamco, 2013, p. 17.
- Frampton, “Metahistory,” p. 136
- P. Adams Sitney, Le Film structurel, Paris expérimental, Paris, 2006.
- Voir à ce propos Éric Thouvenel, “Développer, cuisiner, résister. Écosystèmes filmiques selon Hollis Frampton”, Hors champ, mars-avril, 2019.
- Voir à ce propos Éric Thouvenel, « Présentation : ‘Les paramètres du traitement’ : une conférence de Hollis Frampton », 1895, 87-2019, p. 8-11.
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Lieux
- Centre de l'Université de Chicago - 41 rue des Grands Moulins
Paris, France (75)
Dates
- vendredi 05 septembre 2025
Fichiers attachés
Mots-clés
- frampton, cinéma expérimental, histoire, esthétique, théories du cinéma, visual studies, metahistory of film
Contacts
- Quentin Lepetitdidier
courriel : qlepetitdidier [at] gmail [dot] com - Swann Rembert
courriel : swann [dot] rembert [at] sorbonne-nouvelle [dot] fr
Source de l'information
- Quentin Lepetitdidier
courriel : qlepetitdidier [at] gmail [dot] com
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.
Pour citer cette annonce
« Hollis Frampton : From form to idea to form of idea », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 08 juillet 2025, https://doi.org/10.58079/14an9

