HomeRécits alternatifs : donner voix à l’autre mémoire
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Published on Monday, July 21, 2025

Abstract

La représentation de la mémoire est souvent influencée par le contexte historique et culturel dans lequel les récits se donnent à lire (Ricœur, 2000). Ceux-ci reflètent, ainsi, les attitudes sociétales envers la mémoire et les traumatismes de différentes périodes, permettant aux lecteurs de comprendre l’impact de l’histoire sur les mémoires individuelles et collectives. Cependant, chaque société dépeint la mémoire à travers ses propres prismes culturels, politiques et économiques, influençant de ce fait la construction et la compréhension de ces derniers. Cela met en évidence la diversité des expériences mémorielles et leur signification selon les cultures. Mais cela peut également faire échos à une posture biaisée, essentialiste et exclusive de ce qui est considéré tiers, inférieur, marginal, différent.

Announcement

Le Laboratoire Langues et Humanités organise le Colloque International Récits alternatifs : donner voix à l’autre mémoire:

Argumentaire

La représentation de la mémoire est souvent influencée par le contexte historique et culturel dans lequel les récits se donnent à lire (Ricoeur, 2000). Ceux-ci reflètent, ainsi, les attitudes sociétales envers la mémoire et les traumatismes de différentes périodes, permettant aux lecteurs de comprendre l'impact de l'histoire sur les mémoires individuelles et collectives. Cependant, chaque société dépeint la mémoire à travers ses propres prismes culturels, politiques et économiques, influençant de ce fait la construction et la compréhension de ces derniers. Cela met en évidence la diversité des expériences mémorielles et leur signification selon les cultures. Mais cela peut également faire échos à une posture biaisée, essentialiste et exclusive de ce qui est considéré tiers, inférieur, marginal, différent.

Les récits historiques et culturels sont intrinsèquement liés aux structures de pouvoir (Foucault, 1994). Les groupes dominants façonnent souvent des narrations qui marginalisent ou occultent les voix des minorités, des colonisés, des exilés et des peuples persécutés. Ce phénomène est particulièrement saillant dans les contextes postcoloniaux, où les histoires officielles – coloniales et nationales - tendent à minimiser ou à effacer les expériences des colonisés (Mbembe, 2013 ; Fanon, 2011). Les récits officiels sont souvent construits pour servir les intérêts des groupes hégémoniques, aussi bien au niveau local qu’international. Dans L’invention du quotidien (1975), Michel de Certeau analyse comment les discours dominants s’imposent par des pratiques institutionnelles et culturelles qui marginalisent tout récit alternatif.

L’histoire coloniale a longtemps minimisé les violences de la colonisation et la résistance des peuples colonisés. Aussi, la littérature, les media, l’art et la sociolinguistique offrent-ils des outils essentiels pour déconstruire ces
narrations hégémoniques et mettre en lumière les récits alternatifs (Mignolo, 1957) en donnant voix aux oubliés, aux autochtones, jusque-là occultés tels que Kateb Yacine (Nedjma, 1956), Richard Wright (Invisible Man, 1952), Assia Djebar (L’amour, la fantasia, 1985), Arundhati Roy (The God of Small Things, 1997), Juan Rulfo (Pedro Paramo, 1955), Camara LAYE (L’enfant noir,1953), Chimamanda Ngozi Adichie (Half of a Yellow Sun, 2013) ou encore Adania Shibli (Minor Detail, 2020) qui ont pu proposer des contre-récits mettant en lumière ces réalités autrement obstruées.

Les langues minoritaires, par exemple, sont souvent les premières victimes des récits dominants. Pierre Bourdieu, dans Ce que parler veut dire (1982), explique comment la langue officielle s’impose comme légitime, tandis que les langues dominées sont reléguées à l’invisibilité. L’effacement des langues minoritaires entraîne une perte de la diversité culturelle et une marginalisation des communautés concernées. La langue amazighe, parlée par des millions de locuteurs à travers le Maghreb, a longtemps été minorée en raison des politiques de marginalisation linguistique et culturelle mises en place par les Etats coloniaux. L’arabe en Palestine, confronté à la pression de l’hébreu et à la fragmentation imposée par l’occupation, subit le même sort, bien que les motivations liées à cette réalité soient toutes autres.

La question palestinienne illustre parfaitement la tension entre récit dominant et récit alternatif. L’histoire officielle israélienne présente la création de l’État d’Israël en 1948 comme un retour légitime à une terre ancestrale, tandis que les récits palestiniens évoquent cet évènement historique comme une Nakba (catastrophe), qui a provoqué l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens de leur terre. Les récits alternatifs sont, dès lors, à la fois des témoignages et des moyens de lutte visant à résister à l’oubli, à rétablir une mémoire personnelle et collective menacée d’oblitération. Écrire dans la langue dominée devient, dès lors, un acte politique, une survivance culturelle visant à préserver et valoriser une identité menacée (Wa Thiong’o, 1986).

L'art et la littérature servent parfois de documentation historique. Ils sont une archive de la mémoire, préservant des histoires personnelles et collectives menacées d'effacement. À d'autres moments, Ils deviennent un moyen de documenter le déplacement, les traumatismes et la résistance, garantissant que les luttes passées demeurent ancrées dans la conscience culturelle. Prendre la parole, dire autrement devient un acte de résistance, s'opposant à l'effacement, aux récits coloniaux et aux identités imposées, qui reconstruit des foyers perdus, raconte les vies brisées et campe les héritages ancestraux.

Ceux et celles qui portent ces voix tissent des luttes personnelles et politiques dans une riche trame narrative, souvent à travers une perspective intersectionnelle, qui garantit que les voix marginalisées ne soient pas réduites au seul récit de victimisation, mais plutôt comprises dans toute la complexité des expériences vécues. Leurs récits remettent en question les histoires dominantes, offrant de nouvelles perspectives sur la mémoire, le déplacement, la résilience, l’exil, le patrimoine culturel, et l’identité.

Les récits alternatifs permettent de rétablir des vérités occultées, de restaurer des mémoires et d’ouvrir des espaces de reconnaissance. En littérature, en sociolinguistique et en histoire, ces contre-récits déjouent les monopoles narratifs et réintroduisent la pluralité des expériences humaines. Aujourd’hui, face à la persistance des dominations culturelles et politiques, il est essentiel d’écouter ces voix dissidentes et de reconnaître leur légitimité.

Axes non exhaustifs du colloque :

1. Mémoire, pouvoir et discours hégémoniques

  • Construction et instrumentalisation des récits historiques par les groupes dominants.
  • Rôle des institutions (État, médias, système éducatif) dans la perpétuation des narrations officielles.
  • Effacement, réécriture et récupération des mémoires marginalisées.

2. Littérature et contre-récits : écrire l’histoire depuis les marges

  • Le rôle des écrivains et intellectuels dans la réhabilitation des voix subalternes.
  • Les stratégies narratives et esthétiques des récits alternatifs.
  • Littérature et trauma : l’écriture comme espace de résistance et de résilience.

3. Langue, identité et domination

Politique linguistique et marginalisation des langues minoritaires.

  • Langue et mémoire : transmission, oubli et résurgence des idiomes subalternes.
  • Écrire dans la langue dominée : enjeux et implications politiques.

4. Colonialisme, postcolonialisme et reconstruction mémorielle

  • Déconstruire les récits coloniaux : enjeux historiographiques et méthodologiques.
  • Mémoires de la colonisation et de la décolonisation : continuités et ruptures.
  • Réappropriation du passé et résistances culturelles dans les sociétés postcoloniales.

5. Mémoires des conflits et des déplacements forcés

  • Les récits alternatifs des exilés, des réfugiés et des déplacés.
  • Témoignage et transmission : archives vivantes des violences politiques.
  • Lutter contre l’oubli : justice mémorielle et reconnaissance historique.

6. Art, médias et construction des imaginaires mémoriels

  • Le cinéma, la photographie et les arts plastiques comme espaces de contestation des récits dominants.
  • Représentation des minorités et des mémoires effacées dans les productions médiatiques.
  • Les nouvelles technologies et les plateformes numériques comme outils de visibilité des récits marginalisés.

7. Approches intersectionnelles des mémoires alternatives

  • Croisement des oppressions : race, genre, classe et mémoire.
  • Expériences mémorielles et luttes féministes, antiracistes et décoloniales.
  • Résistances aux normes hégémoniques.

Modalités de soumission

Les chercheur.es intéressé.es sont invité.es à soumettre leurs propositions de communication en respectant le canevas ci-dessous, à ladresses du colloque :recitsalternatifs@gmail.com (Français)

Pour toute information complémentaire :
Pr. Fatima-zohra IFLAHEN– Responsable du colloque f.iflahen@uca.ac.ma
Pr. Noureddine SAMLAK– Coordinateur de la section « Langue française » no.samlak@uca.ac.ma

Dates à retenir

  • Date limite de soumission des propositions de communication : 1er septembre 2025

  • Notification d’acceptation des communications : 20 septembre 2025
  • Envoi du texte intégral de la communication: 20 octobre 2025
  • Tenue du colloque International : Les 26 et 27 novembre 2025
  • Publication des Actes de colloque: janvier 2026

Formulaire de soumission

Veuillez remplir les informations suivantes et envoyer ce document à l’adresse du colloque : recitsalternatifs@gmail.com (Français)
1. Informations personnelles
- Nom et prénom :
- Grade / Titre académique :
- Institution d’affiliation :
- Pays :
- Adresse mail :
- Téléphone (facultatif) :
2. Titre de la communication
3. Résumé (200-250 mots)
4. Mots-clés (4 à 6 max.)
5. Notice biobibiographique

Comité scientifique

Halima AADDI, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
El Khatir ABOULKACEM, Centre des Études Anthropologiques et Sociologiques, Institut Royal de la Culture Amazighe, Rabat, Maroc
Tariq AFELLAH, Université Cadi Ayyad, FLA, Marrakech, Maroc
Oussama Ait TIJAN, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Lahoucine AIT SAGH, Université Ibn Zohr, Agadir, Maroc
Ibrahim AWAD, University of Ottawa, Canada
Touria BADOUI, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Hammou BELGHAZI, Centre des Études Anthropologiques et Sociologiques, Institut Royal de la Culture Amazighe, Rabat, Maroc
Fatima Ez-Zahra BENKHALLOUQ, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Volmos BARDOSI, (ELTE), Université Loránd Eötvös, Budapest, Hongrie
Rachid BOUSSAD, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Stephanie CHITPIN, University of Ottawa, Faculty of Education,Canada
Souad DAHORI, Université Cadi Ayyad, FLA, Marrakech, Maroc
Ouidiane EL AREF, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Saloua EL BAKKIOUI, Université Cadi Ayyad, FSJE, Marrakech, Maroc
Fatima ezzahra ET-TALHAOUY,Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Robert EARLE WHITE, St. Francis Xavier University, Canada
Mohamed EZZAIDI, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Gonzalo FERNÁNDEZ PARRILLA, Universidad Autónoma de Madrid, Espagne
Miloud GHARRAFI, Université Jean Moulin Lyon 3 (IETT), France
María GÓMEZ LÓPEZ, Universidad Autónoma de Madrid, Espagne
Ana GONZÁLEZ NAVARRO, Sapienza Università di Roma, Italie
Antonio HERNÁNDEZ FERNÁNDEZ, Université de Jaén, Espagne
Fatima-zohra IFLAHEN, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Rachid ISEKSIOUI, Université Cadi Ayyad, FSJE, Marrakech, Maroc
Radouane LAAOUINAT, Université Cadi Ayyad, FLA, Marrakech, Maroc
Adil LACHGAR, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Abdelaziz LAKHMOUR, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Hicham MAHTANE, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
Omar MAKAME KIJAKAZI, The State University of Zanzibar (SUZA). Zanzibar, Tanzania
Mohammed MARZAGUI, Université Cadi Ayyad, FSS, Marrakech, Maroc
Yussof MOHAMAD, Universiti Teknologi MARA (UiTM) Shah Alam, Selangor, Malaisie
Mohammed MOUBTASSIME, Université Sidi Mohammed BENABDELLAH, Fès,Maroc
Aziz MOUMMOU, Cadi Ayyad University, Marrakech, Maroc
Souad OUSSIKOUM, Cadi Ayyad University, Marrakech, Maroc
Tivadar PALAGYI, (ELTE), Université Loránd Eötvös, Budapest, Hongrie
Mohamed OUBENAL, Centre des Études Anthropologiques et sociologique, Institut Royal de la Culture Amazighe, Rabat, Maroc
Ahlam RAHAL, Acadia University, Nova Scotia, Canada
Rachid SAKRI, Université Cadi Ayyad, FSS, Marrakech, Maroc
Noureddine SAMLAK, Université Cadi Ayyad, FLA, Marrakech, Maroc
Elisabeth VAUTHIER, Université Jean Moulin Lyon 3 , France
David SZABO, (ELTE), Université Loránd Eötvös, Budapest, Hongrie

Comité d’organisation

Professeurs et doctorants du laboratoire Langues et Humanités

Comité de coordination

Pr. Fatima-zohra IFLAHEN, Université Cadi Ayyad, Marrakech
Pr. Ouidiane EL AREF , Université Cadi Ayyad, Marrakech
Pr. Souad DAHORI , Université Cadi Ayyad, Marrakech

Bibliographie sélective

Bourdieu, P. (1982). Ce que parler veut dire. Paris : Fayard.

Certeau, M. de. (1975). L’Invention du quotidien. Paris : Gallimard.

Fanon, F. (2011). OEuvres de Frantz Fanon : Peau noire, masques blancs / L’An V de la Révolution algérienne / LesDamnés de la terre / Pour la révolution africaine. Paris : La Découverte.·Foucault, M. (1994). Dits et écrits. Paris : Gallimard.

Foucault, M. (2014). Dits et écrits. Paris : Gallimard.

Mbembe, A. (2013). Critique de la raison nègre. Paris : La Découverte.

Memmi, A. (1957). Portrait du colonisé, précédé du Portrait du colonisateur. Paris : Éditions Corréa.

Mignolo, W. (2003). Historias locales/diseños globales: Colonialidad, conocimientos subalternos y pensamientofronterizo. Madrid : Akal Ediciones SA.

Nora, P. (1993). Lieux de mémoire et identités nationales. Amsterdam : Amsterdam University Press.

Ricoeur, P. (2000). La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli. Paris : Seuil.

Saïd, E. (1978). Orientalism. New York : Pantheon Books.

Wa Thiong’o, N. (1986). Decolonizing the Mind: The Politics of Language in African Literature. London : James CurreyLtd / Heinemann.

 

Places

  • Faculté de Langue Arabe, Université Cadi Ayyad
    Marrakech, Kingdom of Morocco (40000)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Monday, September 01, 2025

Keywords

  • récit, alternatif, voix, altérité, mémoire

Information source

  • Noureddine SAMLAK
    courriel : n [dot] samlak [at] uca [dot] ma

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Récits alternatifs : donner voix à l’autre mémoire », Call for papers, Calenda, Published on Monday, July 21, 2025, https://doi.org/10.58079/14ec5

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