Published on Wednesday, July 23, 2025
Abstract
Cette journée d’étude est organisée en partenariat avec la Villa Créative, Aix-Marseille Université et l’Université d’Avignon. Elle vise un dialogue interdisciplinaire entre des artistes et des scientifiques qui s’appuient sur des dispositifs de vision infrarouge dans leur pratique. À la croisée de l’art et de la science, les machines infrarouge permettent de saisir une partie du spectre électromagnétique imperceptible à l’œil humain et nous invitent ainsi à un décentrement sensible concernant la part visible de la réalité. Elles suggèrent une approche subversive d’observation du monde en période de cataclysmes pluriels. Que l’on parle de machines à tuer ou de machines à penser, il s’agira de dégager les pistes de réflexion communes aux dispositifs infrarouge révélant des aspects inédits des crises actuelles ainsi que d’esquisser une possible épistémologie de l’usage de la vision infrarouge dans les champs de l’art et de la science.
Announcement
Argumentaire
On peut remonter aux écrits de Walter Benjamin pour dégager ce que pourrait être une poétique de la vision infrarouge en tant que langage de l’invisible aux « bords extrêmes du champ de la vision[1] ». Parce qu’elle permet de saisir la fréquence d’ondes spectrales imperceptibles à l’œil humain, la vision infrarouge appartient au domaine du hors-champ, de l’invu, c’est-à-dire à ce que l’on sent mais que l’on ne voit pas. Si le philosophe berlinois l’utilisait comme métaphore de mondes connexes, le développement des technologies de vision infrarouge offre aujourd’hui de réelles possibilités critiques aux artistes qui œuvrent avec les troubles du Capitalocène et les menaces qui l’habitent. Elle leur ouvre un vaste champ d’approches et de représentations critiques, façonnées par l’émission auratique des êtres et des choses et au service d’une perception subversive (dans le sens littéral de « renversée ») du monde visible.
On observe depuis le début du XXIe siècle l’usage de la vision infrarouge, et plus précisément de la caméra photo-thermique, dans l’art contemporain à l’ère de la post-photographie. Sa fonction militaire a été détournée par le photoreporter Richard Mosse qui l’utilise dans des œuvres engagées telles que Incoming (2014-2017) pour dénoncer les conditions de vie des individus en situation migratoire. Des caméras infrarouge sont également intégrées aux dispositifs artistiques de Samuel Bianchini, dans Discontrol Party (2009-2018) qui vise la déstabilisation des technologies de contrôle étatiques et numériques ainsi que dans son dernier projet pluridisciplinaire, Reespiration (2025), qui traite de l’« interpathie respiratoire[2] ». Si son appartenance à la catégorie des « machines de vision[3] » contemporaines ne fait aucun doute, la vision infrarouge dessine également une aire d’exploration artistique et sensible au-delà de l’humain. L’artiste Smith s’en sert comme extension palliative pour explorer le concept de hantise. Il s’est également appuyé sur le langage thermographique pour observer l’influence de l’apesanteur sur son métabolisme dans le cadre de sa résidence à l’Observatoire de l’espace en 2023. Enfin, le photographe Antoine d’Agata l’a employée pour récolter des images de la pandémie du siècle, orientant son viseur sur des patients souffrant de la Covid-19[4] . C’est l’acuité de l’œil photo-thermique qui permet aux artistes-thermographes de réévaluer la part évanescente et spectrale de la réalité, dans une rhétorique fluide et poreuse évoquant sans effort la « logique médiale de la mersion[5] » décrite par le philosophe Bruce Bégout pour qualifier le problème phénoménal des ambiances. En ce sens, la vision infrarouge et la thermographie se présentent comme de formidables outils pour pénétrer les chairs informes du monde et revoir les paradigmes dualistes qui ont formaté son ordre relationnel. Elles pourraient peut-être même incarner la promesse d’un décentrement sensible en faveur d’un regard au-delà de l’humain et d’une révision hiérarchique des représentations des milieux.
Mais de quoi relève exactement l’esthétique de la vision infrarouge ? Les techniques infrarouge et thermographiques exigent de penser au-delà du processus de capture et du régime de regard de la photographie. À la logique captative de la lumière, la vision infrarouge substitue et codifie le langage graphique d’un rayonnement électromagnétique invisible à l’œil humain. Au détriment de la précision et de la finesse du détail, l’esthétique infrarouge se nourrit de formes indéterminées, de saturation et de contraste violents et pourrait facilement être qualifiée de « pauvre ». C’est pourtant ce manque de définition, que le recours à l’intelligence artificielle peut parfois pallier, qui constitue la nature fondamentale des images thermographiques et qui soulève des questions concrètes quant à leur production, leur présentation et la matérialité (ou l’immatérialité) de leurs supports. Paradoxalement, la thermographie, qui signe une nouvelle ère de la vision infrarouge, est une technologie de pointe très peu affûtée : captées à distance, les données de l’image thermographique restent relatives, élusives, et c’est sans aucun doute dans cet espace de vide propice à la création, au-delà des datas, que l’expression artistique autant que le caractère politique de l’infrarouge s’affirment. Cette revendication de l’informe et de la vaguité, autrement dit, le volte-face de l’œil panoptique à l’œil sentant, fait de l’image infrarouge un outil de contre-visualité pour réévaluer le monde visible, un langage possible pour inverser les notions de prédateur et de prédaté. Elle devient alors un dispositif, une « image interactive[6] » favorable au récit. Dans le domaine de l’art, le dispositif infrarouge passe ainsi de machine à voir à machine à sentir : les artistes réintroduisent de l’humain, de la chaleur et du vivant dans une technologie qui, trop souvent, sert à viser pour tuer.
Cette journée d’étude se donne pour objectif de saisir la dimension à la fois évasive et invasive, pénétrante et suggestive de la vision infrarouge, et de discuter de la vigilance sensorielle à laquelle elle nous invite. La responsabilité éthique, les conditions techniques et le potentiel esthétique de son langage n’ayant pas encore fait l’objet d’une solide approche, cette journée d’étude posera la question de l’usage de la vision infrarouge comme pratique subversive et engagée à la croisée des arts et de la science. Dans une approche interdisciplinaire, il s’agira de réunir des artistes, des scientifiques, des chercheurs et des chercheuses qui œuvrent à la construction d’une épistémologie de la vision infrarouge, interrogeant son potentiel scientifique, artistique et politique, ses usages, son accessibilité et ses modalités de lecture, de diffusion et de réception. Les axes de réflexion ci-dessous posent les jalons d’une langue et d’une pensée infrarouge à co-écrire.
Axes de réflexion
Axe 1 : Post-photographie, vision infrarouge et thermographie
Axe 2 : La caméra photo-thermique en tant que machine de vision
Axe 3 : La caméra photo-thermique en tant que dispositif hypersensoriel
Acte 4 : L’infrarouge entre arts et sciences
Modalités de soumission
Cette journée d’étude s’adresse essentiellement aux chercheurs et aux chercheuses en arts plastiques, sciences de l’art, esthétique, histoire de l’art et photographie. Nous souhaiterions également accueillir des personnalités issues des sciences physiques appliquées qui utilisent l’infrarouge dans leur pratique de recherche.
Les propositions de communication (3000 signes environ) devront être envoyées à : magalie.martin@etu.univ-amu.fr
avant le 20 septembre 2025.
La journée d’étude aura lieu à la Villa Créative d’Avignon, le 12 décembre 2025.
Programme
(en construction)
- Communications
- Table ronde entre les artistes et les scientifiques invité·es
- Visite guidée de l’exposition « Canicula » (8 décembre – 19 décembre 2025) de Magalie Martin à la Villa Créative d’Avignon.Cette journée d’étude s’inscrit dans le cadre de l’exposition « Canicula » (Magalie Martin) organisée par la Villa Créative d’Avignon suite à un appel à programmation pour l’année 2025.
Partenaires
LESA, Villa Créative, Aix-Marseille Université, Université d’Avignon, Plateforme H2C2
Comité d'organisation
- Magalie Martin, doctorante (arts plastiques) au LESA (laboratoire d'études en sciences des arts), Aix-Marseille Université : magalie.martin@etu.univ-amu.fr
- Anna Guilló, professeure des universités (arts plastiques) et directrice du LESA (laboratoire d'études en sciences des arts), Aix-Marseille Université : anna.GUILLO@univ-amu.fr
Notes
[1] Walter Benjamin, « Paris, la ville dans le miroir », dans Images de pensée, trad. Jean-François Poirier et Jean Lacoste, Paris, Christian Bourgois, 1998, p. 99. Maurice Nadeau, 1998
[3] Paul Virilio, La machine de vision, Paris, Galilée, 1988
[4] Antoine d’Agata, Virus, Paris, Vortex, 2020
[5] Bruce Bégout, Sur le concept d’ambiance, Paris, Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 2020, p.57
[6] Jean-Paul Fourmentraux (dir.), Images interactives : art contemporain, recherche et création numérique, Bruxelles, La Lettre volée, 2016, p.7-8
Subjects
- Representation (Main category)
- Mind and language > Representation > History of art
- Mind and language > Representation > Visual studies
Places
- Cette journée d'étude est organisée dans le cadre de l'exposition - 33 bis rue Louis Pasteur
Avignon, France (84)
Event attendance modalities
Full on-site event
Date(s)
- Saturday, September 20, 2025
Attached files
Keywords
- vision infrarouge, art contemporain, machine de vision, art, science
Contact(s)
- Magalie Martin
courriel : mmartspla [at] gmail [dot] com
Information source
- Magalie Martin
courriel : mmartspla [at] gmail [dot] com
License
This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.
To cite this announcement
« Vision infrarouge : pratiques et esthétiques subversives », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, July 23, 2025, https://doi.org/10.58079/14ep0

