HomeLa perception du climat dans les lettres et les arts d’Amérique latine (XVIe-XXIe siècle)
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Published on Wednesday, July 23, 2025

Abstract

Lors de cette journée, on se proposera d’étudier une série de productions textuelles (littéraires ou non), iconographiques et filmiques afin d’explorer comment, depuis l’Amérique latine, leurs auteurs ont perçu le climat et le changement climatique à l’échelle locale, régionale ou globale au cours des cinq derniers siècles. En d’autres termes, il s’agira d’explorer sur la longue durée une série d’expériences subjectives face au climat et à son évolution pour saisir les enjeux, nécessairement (géo)politiques, associés à la question climatique en Amérique latine.

Announcement

Argumentaire

Quand on parle de climat au sein de la littérature, l’image traditionnelle est celle de la création de l’atmosphère d’une histoire ou, encore plus largement, de son cadre. L’émergence de nouveaux genres littéraires reflet de nos préoccupations écologiques contemporaines (dystopies cli-fi ou apocalyptiques, écofiction ou littératures écologiques, littératures intermédiales, etc.) a rebattu les cartes : c’est désormais le sens atmosphérique[1] qui prévaut et les spécialistes réfléchissent sur ces corpus afin de proposer de nouveaux cadres épistémologiques pour les aborder[2]. Les historiens, quant à eux, ont d’abord écrit l’histoire du climat à la suite des travaux d’Emmanuel Le Roy Ladurie et de quelques autres pionniers[3]. Pour ce faire, ils ont mobilisé différentes sources, y compris les œuvres d’art qui elles aussi, comme le rappelle une initiative du Musée d’Orsay, « racontent le climat »[4]. Mais ce n’est que plus récemment qu’ils se sont intéressés aux réactions individuelles et collectives face aux questions climatiques et météorologiques, empruntant une piste déjà ouverte par l’anthropologie[5]. Depuis deux décennies, avec des spécialistes d’autres disciplines, ils se sont ainsi efforcés d’étudier sur le temps long les discours sur les « météores » (pluie, neige, grêle, tonnerre, etc.), les évènements climatiques extrêmes, les catastrophes naturelles, ainsi que leurs représentations littéraires et artistiques[6]. D’autres travaux ont proposé une « histoire de la sensibilité au temps qu’il fait », en réalité des émotions ressenties face aux phénomènes atmosphériques[7]. Citons encore des études consacrées aux adaptations littéraires des discours météorologiques ou des travaux sur le changement climatique dans la littérature[8]. On constate néanmoins que l’Amérique latine et, plus largement, les mondes hispaniques sont largement sous-représentés dans ces travaux.

Pourtant, les lettres et les arts du sous-continent sont traversés par la question climatique. Celle-ci jalonne la littérature latino-américaine, souvent associée à la notion d’altérité, depuis les premiers récits des conquistadores. Après, climat et autodénigrement sont allés souvent de pair, comme stigmate d’une condition subalterne, périphérique, inférieure. Que ce soit la posture du déterminisme climatique qui a façonné des identités, par exemple celle de l’Argentine (Sarmiento, Facundo. Civilisation et barbarie) ou le modèle romantique qui a trouvé un terrain particulièrement fertile, par exemple, en Colombie (avec le texte phare María de Jorge Isaacs) ; les saisons peintes par un Rubén Darío dans Azul, alors qu’il ne les avait pas encore connues, ou bien la « plus limpide région » des Mexicains, décrite par Humboldt et reprise par Alfonso Reyes et Carlos Fuentes, au point de devenir un topique… les représentations du climat sont tout aussi stéréotypées qu’authentiques, mais toutes font état, peu ou prou, d’une réalité latino-américaine aussi vaste que plurielle.

La question du changement ou du dérèglement climatique[9] s’est posée également et cela, au moins depuis la conquête espagnole. Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher ont ainsi démontré qu’il existe depuis le xve siècle à la fois la conscience d’un agir humain sur le climat et des débats sur cet agir climatique[10]. Les expériences impériales européennes, à commencer par celles des Ibériques en Amérique, occupent un rôle de premier plan dans cette histoire de la réflexivité environnementale et leur étude mérite d’être poursuivie.

Enfin, le ressenti du climat et de son évolution est lié à la question des subjectivités et, de la sorte, à la construction du personnage romanesque ou à celle de l’émergence du « je » poétique en poésie. Il est aussi indissociable de la notion d’affect et pose la question de la polysensorialité, sa représentation et sa référentialité. Si la dimension spatiale est étroitement liée au référent et le sens de la vue sert de véhicule par excellence de la représentation, quand il s’agit de représenter le climat, les autres sens jouent également un rôle essentiel dans sa perception. L’histoire des sensibilités apporte ici des outils pour aborder cette question à différentes époques[11].

Lors de cette journée, on se proposera d’étudier une série de productions textuelles (littéraires ou non), iconographiques et filmiques afin d’explorer comment, depuis l’Amérique latine, leurs auteurs ont perçu le climat et le changement climatique à l’échelle locale, régionale ou globale au cours des cinq derniers siècles. En d’autres termes, il s’agira d’explorer sur la longue durée une série d’expériences subjectives face au climat et à son évolution pour saisir les enjeux, nécessairement (géo)politiques, associés à la question climatique en Amérique latine.

Modalités de contribution

Les propositions de communication sont à envoyer à Loann BERENS (loann.berens@unicaen.fr), Margarita REMON-RAILLARD (margarita.raillard@unicaen.fr) et Nadia TAHIR (nadia.tahir@unicaen.fr)

pour le 30 septembre 2025

Comité d’organisation 

  • Loann BERENS, Université de Caen Normandie, ERLIS
  • Margarita REMON-RAILLARD, Université de Caen Normandie, LASLAR
  • Nadia TAHIR, Université de Caen Normandie, ERLIS

Notes

[1] Le Dictionnaire critique de l’anthropocène rappelle que le climat est un concept dont l’élaboration varie en fonction des époques et des lieux et reprend la définition de Martine Tabeaud : c’est « un concept [qui] formule la synthèse des conditions atmosphériques à long terme d’un lieu » (Collectif, 2020 : 169b). La météorologie, c’est la « science des phénomènes atmosphériques, pris dans la courte période. La météorologie étudie le temps, non le climat ; elle dit ce qu’il advient » (Brunet et al., 1992 : 328).

[2] Citons, par exemple : Schoentjes, 2025 ; White, 2023 ; Westphal, 2007.

[3] Le Roy Ladurie, 1967 ; Id., 2004-2009. Pour l’Amérique latine, citons les travaux pionniers de María del Rosario Prieto (par exemple Prieto, Rojas, 2018) ou encore le dossier « Historia climática y climatología histórica en las Américas, siglos xvi a xx » (Mora Pacheco, Pereira de Oliveira, Skopyk, 2024).

[4] Collectif, 2025. Parmi d’autres autres exemples, citons aussi : Metzger, 2019.

[5] On se limitera a citer trois exemples, qui concernent aussi l’Amérique latine : Goloubinoff, Lammel, Katz, 1997 ; Katz, Lammel, Goloubinoff, 2002 ; Lammel, Goloubinoff, Katz, 2008.

[6] Le Roy Ladurie, Berchtold, Sermain, 2007 ; Le Roy Ladurie, Berchtold, Sermain, Vasak, 2012 ou encore Patel, Chiari, 2023. Voir, plus largement, les travaux publiés dans la collection « Météos » de Hermann et, sur la manière dont les différentes disciplines des SHS abordent le climat, Metzger, 2021. Concernant les catastrophes en Amérique latine : García Acosta, 1996-2008.

[7] Corbin, 2013.

[8] Becker, 2012 et Rémy, 2022, respectivement.

[9] Les auteurs du Dictionnaire critique de l’anthropocène remarquent : « Des années 1990 au début du xxie siècle, un tuilage s’est progressivement opéré, d’abord par l’éclipse du mot de “réchauffement” au profit de celui de “changement”, qui connote l’imprévu, la complexité. Celui-ci est à son tour peu à peu relayé par “dérèglement”, qui renvoie au fâcheux, à l’incontrôlable et qui, en suggérant la prééminence de l’anthropique sur le naturel, cherche à mettre la société face à sa responsabilité » (Collectif, 2020 : 156a).

[10] Fressoz, Locher, 2020.

[11] Salazar Baena, Palos, 2024.

Places

  • Salle LI160 - Esplanade de la Paix, Caen
    Caen, France (14)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Tuesday, September 30, 2025

Keywords

  • climat, perception, Amérique latine, histoire, littérature

Contact(s)

  • Nadia Tahir
    courriel : nadia [dot] tahir [at] unicaen [dot] fr
  • Margarita REMON-RAILLARD
    courriel : margarita [dot] raillard [at] unicaen [dot] fr
  • Loann Berens
    courriel : loann [dot] berens [at] unicaen [dot] fr

Information source

  • Nadia Tahir
    courriel : nadia [dot] tahir [at] unicaen [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« La perception du climat dans les lettres et les arts d’Amérique latine (XVIe-XXIe siècle) », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, July 23, 2025, https://doi.org/10.58079/14ep2

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