Abstract
Cette journée d’étude se veut une réflexion sur les possibilités que l’optimisme pourrait offrir à l’être humain qui exprime dans toutes les nuances ses états de fragilité, d’impuissance face aux aléas de la vie, de doute, de pessimisme, ou encore de « dégoût de soi-même » (Flaubert, L’Éducation sentimentale, t. 2, 1869, p. 18). Il s’agit donc d’une approche pluridisciplinaire visant à mettre l’accent sur les jeux et les enjeux de tous ces duels existentiels qui ont marqué l’histoire de l’humanité et la manière dont elle a évoluée.
Announcement
Journée d’étude, Le 12 février 2026
Argumentaire
Selon la littérature, la philosophie, la psychanalyse et la psychologie, l’homme vit dans un monde en constante évolution, qui a inévitablement un impact sur ses émotions, ses sentiments et sa vision du monde. Dans une existence caractérisée par l’instabilité, les rebondissements et l’imprévu, il oscille entre avancement et stagnation face à un paysage de vie qui peut être à la fois lumineux, prometteur et rassurant, mais aussi incertain, problématique, insaisissable, voire menaçant.
Il est évident que cette menace est enracinée au cœur même de la vie, nourrie par le cercle vicieux de l’insaisissable, du mystère, de l’incertitude, du flou, de l’inconstance et, réciproquement, du pessimisme. À travers les prismes de la philosophie, de la littérature, de la psychanalyse et de la socio-psychologie, le lien entre l’homme et l’existence est construit par l’exploration des différentes alternatives et subtilités créées par la confrontation entre l’espoir et le désespoir, le bonheur et le malheur, le bien et le mal, c’est-à-dire entre optimisme et pessimisme.
Ainsi, depuis sa création, l’homme est constamment confronté à un duel existentiel, qui peut être cruel, apaisant, maléfique, bénéfique, stimulant ou frustrant. Ce dilemme est principalement déterminé par deux sentiments majeurs : l’optimisme et le pessimisme, qui sont issus des expériences de bonheur et de malheur.
Selon le philosophe et théologien danois Kierkegaard, l’homme qui aspire à une vie stable devrait « mourir la mort », c’est-à-dire vaincre en lui-même le désespoir lié à une existence tumultueuse, afin de pouvoir avancer sans se laisser entraver par la souffrance. Pour le philosophe allemand Arthur Schopenhauer, il est indéniable que « vouloir vivre, c'est vouloir mourir ». Autrement dit, pour accéder à une forme de tranquillité dans une vie marquée par un perpétuel conflit entre le désir et l’ennui, l’homme est condamné à un cercle vicieux : le désir engendre une quête de satisfaction, laquelle, une fois comblée, laisse place à l’ennui. Pour vivre, il est essentiel de se libérer de l’ennui, du désespoir et, en fin de compte, du pessimisme d’une vie sans désir, de plaisir et de bonheur.
Chez les écrivains et poètes français marqués par le mal du siècle au XIXe siècle, au XX° siècle – tels que Flaubert, Baudelaire, Hugo, Lamartine, Camus, Sartre etc. –souvent qualifiés de pessimistes en raison de leur regard critique sur la société de leur temps et sur la nature humaine, complexe et façonnée par l’instabilité de l’univers, les notions d’optimisme et de pessimisme apparaissent à la fois nuancées et indissociables. Malgré toutes les attentes, elles se révèlent être complémentaires, voire constructives. Leur critique est motivée par une véritable fascination pour la beauté et l’art, portée par une forme de désespoir créatif.
La nouvelle Un cœur simple de Flaubert ou le poème « Une charogne », extrait du recueil Les Fleurs du mal de Baudelaire, en sont une preuve éclatante. Félicité, figure emblématique d’une vie morne et sans espoir, découvre dans le perroquet Loulou un remède inattendu à son mal-être : une sorte de bonheur fugace, presque salvateur. De son côté, Baudelaire parvient à dévoiler la beauté cachée d’un spectacle macabre en regardant un cadavre d’animal en décomposition jeté par terre. Il sublime l’horrible, créant ainsi une esthétique de la laideur, où la mort et la lente altération du vivant se transforment en poésie. « La peste » d’Albert Camus est l’exemple de la révolte et la résilience de l’homme face à l’absurdité d’un monde insaisissable par ses malheurs et son non-sens Ainsi, ces écrivains réussissent à créer une atmosphère d’espoir à partir de scènes marquées de tristesse, de désespoir et de finitude, offrant une vision romantique et paradoxalement lumineuse de la condition humaine.
Par ailleurs, dans la littérature arabe et persane, en particulier chez les poètes Al-Mâarri et Al-Khayam, on observe avec force le paradoxe et la proximité entre pessimisme et optimisme. À travers leurs poèmes, ils se lamentent sur les conditions déplorables et les épreuves douloureuses de l’existence, tout en gardant une vision pessimiste. Néanmoins, ils expriment implicitement, par le non-dit poétique, le désir de réinventer l’optimisme à travers un pessimisme réparateur, qui permet à l’homme de surmonter les épreuves et de se relever, afin d’apprendre à vivre en affrontant le malheur, pour en tirer le meilleur et avancer contre vents et marées.
Dans la littérature anglaise, l’optimisme et le pessimisme offrent des perspectives nuancées sur la nature humaine et le monde, en mettant l’accent sur le bien plutôt que le mal, et l’espoir plutôt que le désespoir. Le rapport au christianisme, ainsi que son influence sur l’esprit collectif des écrivains et des poètes anglais notamment Thomas More, Charles Dickens ou William Wordsworth leur confère la conviction que, bien que le monde soit fondamentalement imparfait et que la souffrance ainsi que le mal soient inévitables (comme en témoignent Mary Shelley, Thomas Hardy ou encore la littérature gothique), le bien et le bonheur existent néanmoins. L’optimisme est basé sur la capacité de l’homme, créé à l’image de Dieu, à reconquérir le bonheur grâce à sa raison, aux sciences et au progrès social. Noam Chomsky partage cette idée : il croit en la capacité de l’homme à instaurer un optimisme mesuré, basé sur les opportunités réelles de changer le monde, à travers une action pragmatique et un dévouement sincère.
Dans le domaine de la psychanalyse, les processus de catharsis et de sublimation illustrent parfaitement la possibilité de transformer, ou du moins de faire évoluer, un sentiment de désespoir – lequel peut aboutir à la déprime, à la dépression, à la névrose, voire, dans les cas extrêmes, à la mélancolie –vers une lueur d’espoir, par un mécanisme de purification. Ce cheminement mène ensuite vers le changement, le bien, l’optimisme et la reconstruction, en opposition au pessimisme, qui fige et détruit. Les chefs d’œuvres artistiques et littéraires sont souvent le résultat d’une action cathartique, à la fois libératrice et douloureuse. Le Cri de Munch ou La Colonne brisée de Frida Kahlo représentent des exemples emblématiques, toujours vivants, du pouvoir de créer de l’optimisme en dépit d’une douleur insupportable, mais surmontable grâce à la force de l’engagement et au désir de retrouver l’espoir.
C’est de cette manière que l’optimisme renaît du pessimisme, s’incarne et prend forme dans la littérature, la philosophie et les arts pour affronter les désastres de toutes sortes : guerres, crises sociales, politiques, mal être et mal d’être, etc. Néanmoins, depuis environ quinze ans, l’optimisme à l’ère ultramoderne est en train de se manifester sous de nouvelles formes d’expression littéraire, artistique et médiatique, en grande partie grâce aux technologies digitales issues de la révolution numérique du début du XXIe siècle. L’hégémonie de l’image numérisée, la virtualisation du réel, l’usage massif des technologies numériques, ainsi que l’avènement de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, ont permis à une nouvelle génération de poètes, écrivains, artistes et penseurs de s’exprimer autrement. Ils repensent la manière de « dire » et d’« écrire » le pessimisme et l’optimisme, en adoptant des formes contemporaines, basées sur des techniques digitales innovantes, sonores, visuelles, concises et percutantes.
Axes de recherche :
- Cadre conceptuel de l’optimisme et de ses composants : espoir, résilience, courage, engagement, avancement.
- Approches historiques et philosophiques des désastres et de leurs formes : sociale, politique, personnelle, écologique, sanitaire.
- Optimisme virsus/et pessimisme : jeux et enjeux.
- Optimisme et psychologie : espoir et désespoir, fragilité et dépassement de la crise.
- Littérature et arts post-apocalyptiques : le rôle de l’espoir dans la reconstruction.
- Aspectes éthiques de l’optimisme leurre et du pessimisme méthodique : manipulation politique.
- Nouvelles expressions linguistiques, stylistiques, picturales, médiatiques de l’optimisme et du pessimisme à l’ère numérique et des réseaux sociaux.
Modalité de soumission
Un fichier contenant : le titre de la communication, une courte notice bio-bibliographique (300 signes maximum avec indication du nom, prénom et appartenance institutionnelle).
Langues des interventions : Français, arabe, anglais.
Et de les adresser à :
- Laboratoire de recherche : labo.flshk@gmail.com
- Coordinatrice : Pr. Dorra Barhoumi : dorra.barhoumi@yahoo.fr
Calendrier :
- Lancement de l’appel à communication 15 juillet 2025.
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Date limite d’envoie des propositions : 15 décembre 2025.
- Responsable de la journée : Dorra Barhoumi.
Comité scientifique
- Pr. Abdallah Bahloul (Université de Kairouan)
- Pr. Abderrazak Sayadi (Université de Kairouan)
- Pr. Emérite Mansour M’hénni (Université Al-Manar).
- Pr. Salwa Béji (Université de Kairouan)
- Pr. Moncef Wisleti (Université de Kairouan)
- Pr. Ali Abassi (Université la Manouba)
- Pr. Mustapha Trabelsi (Université de Safx)
- Pr. Mohamed Chagraoui (Université Al-Manar)
- Pr. Mimoun Melliti (Université de Kairouan)
- Pr. Dorra Barhoumi (Université de Kairouan)
Places
- Faculté des lettres et des sciences humaines de Kairouan, Rakada-Kairouan
Kairouan, Tunisia (3100)
Event attendance modalities
Full on-site event
Attached files
Keywords
- optimisme, pessimisme, désastre, littérature, art, multimédia
Contact(s)
- Dorra Barhoumi
courriel : dorra [dot] barhoumi [at] yahoo [dot] fr
License
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To cite this announcement
« L’optimisme au temps des désastres », Call for papers, Calenda, Published on Monday, August 25, 2025, https://doi.org/10.58079/14hw0
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