HomeLa personne aux alentours de la mort
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Published on Tuesday, September 09, 2025

Abstract

Ce numéro de la revue Socio-anthropologie souhaite interroger la/les conception(s) de la personne développée(s) par différents collectifs, dans différentes situations. Un des moments les plus pertinent pour questionner cette conception nous semble être la période perimortem, soit la séquence allant de l’ante au post mortem, car elle met en jeu la définition de la vie et de la mort. En tant que période liminaire, elle brouille des frontières que les sociétés occidentales ont tendance à envisager en termes de tout ou de rien, soit on est vivant, soit on est décédé, il n’y a pas d’entre deux. Pourtant sommes-nous tous et toujours autant vivant les uns et les autres ?

Announcement

Argumentaire

Les sociétés occidentales contemporaines produisent une autodescription de la personne (Bloch, 1993) comme individu autonome et responsable, comme ego plein (Supiot, 2005), extérieur aux liens sociaux, car pouvant exister sans eux. Cette définition, isolationniste et libérale, est mise en défaut à de nombreux moments de la vie. Les travaux autour des personnes vulnérables en attestent : les enfants, les malades, les personnes isolées ou désocialisées, les personnes âgées, les personnes en situation de handicaps… nécessitent l’aide des proches (parents, conjoint, collatéraux, ami.es…) ou de professionnel.les, soulignant alors l’inscription de l’individu dans le social. De même, les anthropologues ont montré que, dans la plupart des sociétés humaines, c’est bien dans ce rapport à l’autre que se joue l’identité individuelle comme point d’intersection entre les multiples interactions qui composent la personne. Ainsi, pour les Mélanésiens, l’être humain est un lieu vide, circonscrit par ses relations sociales (Supiot, op. cit.) ; les Kanaks ne sont pas singularisés par leur corps (Leenhardt, 1971). Pour Gérard Lenclud (2009), l’anthropologie décrit, pour la majorité des sociétés, l’être humain comme « une sorte de matière indistincte à laquelle la société donnerait l’intégralité de sa forme. […] L’identité sociale satur[e] l’identité individuelle ». Ce qui, pour autant, n’empêche pas les êtres humains de se considérer comme des individus.

Alors, qu’en est-il dans les sociétés occidentales contemporaines ? Oui, l’individualité y est essentielle, mais si elle y est idéalement définie comme séparée d’autrui et du fait social (Lenclud, op. cit.) qu’en dit le réel ?

Ce numéro de la revue Socio-anthropologie souhaite interroger la/les conception(s) de la personne développée(s) par différents collectifs, dans différentes situations. Un des moments les plus pertinent pour questionner cette conception nous semble être la période perimortem, soit la séquence allant de l’ante au post mortem, car elle met en jeu la définition de la vie et de la mort. En tant que période liminaire (Van Gennep, 1981), elle brouille des frontières que les sociétés occidentales ont tendance à envisager en termes de tout ou de rien, soit on est vivant, soit on est décédé, il n’y a pas d’entre deux. Pourtant sommes-nous tous et toujours autant vivant les uns et les autres ? Les personnes en fin de vie qui voient le champ des possibles se réduire, tout comme les personnes âgées, les personnes porteuses de handicaps ou d’une malade chronique, qui, subissant une ségrégation entre eux et les vivants/jeunes/valides/bien-portants, se demandent parfois si elles sont des personnes à part entière. Les paroles et pratiques soignantes troublent elles-aussi la séparation franche entre vie et mort : L’hôpital est un lieu où, symboliquement, la personne malade peut mourir à son identité d’individu malsain pour renaître avec une nouvelle identité ; Les chirurgiens peuvent avoir des gestes d’excuses envers le cadavre qu’ils vont ouvrir ; Lors des transplantations, on prélève des organes « en vie » sur un corps mort pour Réparer les vivants selon le titre du roman de Maylis de Kerangal.

À chaque fois se posent des questions sur les statuts des personnes concernées : qu’est-ce qui est vivant ? Qu’est-ce qui est mort ? Comment établit-on la frontière entre ces deux états, l’imagine-t-on comme un passage, avec des états intermédiaires, des degrés présupposant une forme de perméabilité, ou au contraire comme une séparation irréversible et radicale entre des états incommensurables ? Qui est la personne et de quelle personne parle-t-on ? Qu’est-ce que la personne ?

L’idée transversale que nous souhaitons interroger est celle de nos représentations sociales autour de la continuité ou de la discontinuité de ce qu’est la personne humaine lors de sa trajectoire et des évènements qui l’émaillent. Tomber malade de manière irrémédiable, être en situation de handicap, vieillir, mourir, tout comme entrer en institution, être étiqueté dépendant, perdre en vigilance, perdre la mémoire, perdre la capacité de s’occuper de son propre corps, sont des changements d’état, parfois des ruptures, qui peuvent nécessiter de faire le deuil de certaines capacités, de certains possibles. Cependant, qu’est-ce qui, à chaque fois, meurt de la personne pour l’individu, ses proches, les professionnels, l’État… ? Qu’est-ce qui lui survit ?  Qu’est-ce qui résiste au décès ?

Sont attendues des contributions s’inscrivant dans la période perimortem et permettant de préciser, d’affiner, de documenter, la pluralité des conceptions de la personne dans les sociétés contemporaines. Les articles peuvent s’inscrire dans les différentes disciplines des sciences humaines et sociales.

Modalités de contribution

Le comité de rédaction de la revue attire l’attention des autrices et auteurs sur les délais très contraints qui sont imposés pour ce numéro.

  • 30 Septembre 2025 : soumission de la proposition des auteur·rices : 2 pages (1000 mots références comprises/5000 signes). Proposition à adresser à Florent Schepens (florent.schepens@univ-fcomte.fr)
  • mi-octobre 2025 : communication des propositions retenues aux contributeurs·rices
  • 15 novembre 2025 : soumission de la première version (V1) entre 25 000 et 35 000 signes espaces comprises
  • début décembre 2025 : envoi des demandes de révisions aux auteur·rices sur la basedes commentaires faits par les pairs
  • 15 janvier 2026 : soumission de la V2 et finalisation des manuscrits
  • 15 février 2026 : remise du dossier complet à l’éditeur

La parution du numéro 53 « La personne aux alentours de la mort » est prévue pour juin 2026.

Modalités de sélection

Procédure d'évaluation : évaluation en double aveugle

Délai moyen entre soumission et publication : 32 semaines

Coordinateur du numéro

Florent Schepens, université Marie et Louis Pasteur, Laboratoire de sociologie et d’anthropologie (LaSA, UR 3189)
florent.schepens@univ-fcomte.fr

Références bibliographiques

Agamben G, 1997, Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue, Paris, Seuil.

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Baudry Patrick, 2006, La place des morts, Paris, L’Harmattan.

Baudry Patrick, Souffron Valérie, 2015, « Louis-Vincent Thomas : une manière de travailler », Socio-anthropologie, 31

Bloch Maurice, 1993, « La mort et la définition de la personne », Terrain, 20 : 7-20.

Bourdelois Hélène, 2018, « Vivre avec les morts au temps du numérique. Recompositions, troubles et tensions », Semen, 45.

Callard Caroline, 2016, « Le fantôme et l’anthropologue : retour sur une scène primitive » Socio-anthropologie, 34 : 49-65.

Caradec Vincent, 2001, « Le veuvage, une séparation inachevée », Terrain, 36 : 69-84.

Cretin Elodie, 2013, « « Ni morte, ni vivante ». Les soignants face à la personne en état végétatif chronique et sa famille » in Florent Schepens (Ed.) Les soignants et la mort, Toulouse, érès : 31-44.

Delaplace Grégory, 2018, « Les fantômes sont des choses qui arrivent. Surgissement des morts et apparitions spectrales », Terrain, 69.

Despret Viciane, 2014, « Les morts utiles », Terrain, 62 : 4-23.

Elias Norbert, 1987, La société des individus, Paris, Pocket.

Erny Pierre, 1997, « Le thème du corps en ethnologie » in Isabelle Bianquis, David Le Breton et Colette Méchin, Usages culturels du corps, Paris, L’Harmattan.

Godelier Maurice, Panoff Michel, 1998, La production du corps, Amsterdam, eac

Guillemard Anne-Marie, 1972, La retraite, une mort sociale, Paris, Mouton.

Lafontaine Céline, 2008, La société post-mortelle, Paris, Seuil.

Laqueur Thomas W., 2018, Le travail des morts. Une histoire culturelle des dépouilles mortelles, Paris, Gallimard.

Lenclud Gérard, 2009, « Être une personne », Terrain, 52 : 4-17.

Lévi-Strauss Claude, 2013, Nous sommes tous des cannibales. Précédé de Le père Noël supplicié, Paris, Seuil.

Leenhardt Maurice, 1971, Do kamo. La personne et le mythe dans le monde mélanésien, Paris, Gallimard.

Mauss Marcel, 1950, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF.

Parry Jonathan, 1989, « The End of the Body » in Feher Michel (Ed.), Fragments for a History of the Human Body, New York, Zone Books : 490-517.

Piette albert, 2005, Le Temps du deuil. Essai d’anthropologie existentielle, Paris, Les Éditions de l’Atelier /Les Éditions ouvrières.

Pouchelle Marie-Christine, 2003, L’hôpital corps et âme, Paris, Seli arslan.

Rigaux Nathalie, 2012, « Pour une autonomie relationnelle », Documents Cleirppa, 45.

Souffron Valérie, 2015, « L’imaginaire qui panse », Socio-anthropologie, 31 : 9-22.

Supiot A, 2005, Homo juridicus. Essai sur la fonction anthropologique du droit, Paris, Seuil.

Van Gennep Arnold, 1981, Les rites de passages, Paris, Stock

Winance Myriam, 2007, « Dépendance versus autonomie… De la signification et de l’imprégnation de ces notions dans les pratiques médicosociales », Sciences Sociales et Santé, 25, 4 : 83-91.


Date(s)

  • Tuesday, September 30, 2025

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Keywords

  • conscience, corps, mort, personne, vie

Contact(s)

  • Florent Schepens
    courriel : florent [dot] schepens [at] univ-fcomte [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Florent Schepens
    courriel : florent [dot] schepens [at] univ-fcomte [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« La personne aux alentours de la mort », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, September 09, 2025, https://doi.org/10.58079/14m3m

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