Announcement
Argumentaire
Les technologies numériques constituent un facteur central de mutation des sociétés contemporaines, l’intelligence artificielle représentant l’un de leurs vecteurs les plus significatifs. Elles sont à la fois porteuses de promesses d’innovation et de participation, et vectrices de dépendances, d’exclusions et de formes renouvelées de domination. Nonobstant l’avis de Richard G. Zind (1978), aucune technologie n’est neutre (Goupy, 2014 ; Almazán Gómez & Luzi, 2020,). Les modèles en circulation, malgré leur prétention à l’universel sont porteurs de références culturelles et de cadres cognitifs particuliers. Ils privilégient des sources et des cadres normatifs propres à leur univers symbolique et social. Tant et si bien que lorsqu’on adopte une technologie, on adopte par le fait même, qu’on le sache ou non, la culture, les références, les pratiques induites… de son fabricant. Bien entendu, tout dépend ensuite du comportement de l’agent. Soit, il l’intègre et l’érige en modèle absolu ou type-idéal, sans le discuter. Soit, il se l’approprie en en détournant les usages et les fonctions ou plus fondamentalement en le recréant à partir de ses propres références culturelles, ses cadres cognitifs, et/ou à partir de ses besoins et ses attentes spécifiques. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas perdre de vue que tout modèle, qu’il soit descriptif, normatif-analytique, type-idéal ou purement normatif à imiter, selon les catégories de Jean-François Ménard (2006), aspire à s’imposer comme modèle de référence, même, et à plus forte raison, en situation de concurrence. Mais l’on sait aussi que, qu’on le veuille ou non, l’adoption d’un modèle implique toujours aussi des déviances et des appropriations. On assiste souvent à une reconstruction initiale puis à un éloignement (Darbon, 2009) au point où le modèle importé devient ni plus ni moins « the way we do things here », comme le souligne Richard Rose (1991, 29).
Les approches critiques issues des pensées postcoloniale et décoloniale permettent d’éclairer ces ambivalences. Se plaçant du point de vue des logiques globales liées à la régulation politique et sociale favorisée par le transfert de modèles, elles révèlent la persistance de mécanismes de domination hérités de l’histoire coloniale participant de la mise en forme des représentations sociales par la fabrique sociale locale et, à ce titre, contribue à la cannibalisation des modèles locaux. Appliquée au domaine du numérique et de l’IA, la pensée décoloniale invite à voir reproduites dans les infrastructures numériques, ces logiques à l’œuvre dans l’extractivisme des données, la concentration algorithmique, la gouvernance des plateformes (Quijano, 2000 ; Mignolo & Walsh, 2018). La fracture numérique, loin de se réduire à une question d’accès technique, renvoie à des inégalités culturelles, linguistiques et épistémiques qui maintiennent des populations entières à la marge des dispositifs numériques (Oyedemi & Choung, 2020).
La pensée décoloniale montre en même temps que ces technologies ne sont pas uniquement des instruments de reproduction des hiérarchies globales. Elles constituent également des espaces de réinvention et de résistance. Dans de nombreux contextes, des initiatives citoyennes et communautaires mobilisent le numérique pour défendre des savoirs locaux, réaffirmer des identités culturelles et expérimenter des formes alternatives de gouvernance. L’activisme numérique, les radios communautaires, les réseaux citoyens ou encore les usages créatifs des plateformes témoignent de la capacité des acteurs à détourner et se réapproprier le numérique (Castells, 2012 ; Escobar, 2018).
L’innovation frugale (Radjou, Prabhu & Ahuja, 2012), qui s’appuie sur la créativité contextuelle et les ressources locales, illustre cette réinvention. Qu’il s’agisse des Fab Labs africains (Nkoudou, 2022), des systèmes de paiement mobile ou des cartographies participatives autochtones (Damome, Akam et Kiyindou, 2019), ces pratiques montrent que d’autres formes de technologies, adaptées aux contextes et pensées pour les besoins des communautés, sont possibles (Kiyindou, Damome et Akam, 2022).
Enfin, la question de l’éducation et de la transmission critique des savoirs demeure centrale. Inspirées par les pédagogies critiques (Freire, 2013), des pratiques éducatives et participatives visent à dépasser une vision techniciste pour développer une appropriation réflexive et émancipatrice du numérique. Loin d’un simple apprentissage technique, il s’agit de construire une capacité collective à interroger les logiques de surveillance, de dépendance et d’exclusion, et à imaginer des alternatives (Santos, 2011).
Ce colloque se propose d’explorer ces tensions, en croisant approches critiques, études de terrain et perspectives théoriques sur l’intelligence artificielle, les technologies numériques et leurs usages dans la communication, la gouvernance et le développement.
Les propositions pourront s’inscrire dans les axes suivants :
1. Gouvernance, circulation des savoirs, souveraineté des données
Cet axe interroge dans un premier temps la manière dont les technologies numériques façonnent les régimes de gouvernance et participent à la hiérarchisation ou à la circulation des savoirs. Les plateformes globales, dominées par quelques multinationales, exercent consciemment ou inconsciemment un pouvoir de sélection et de visibilité qui contribue à l’invisibilisation de savoirs locaux, de langues minoritaires ou de récits alternatifs. Dans le même temps, des expériences communautaires de gouvernance numérique montrent que des modèles de circulation des savoirs plus horizontaux sont possibles. Les communications pourront explorer la tension entre hégémonie et alternatives dans les politiques, dispositifs et infrastructures du numérique.
La fracture numérique dont il est question ne se réduit pas à l’infrastructure (accès à Internet, aux équipements), elle recoupe aussi des inégalités culturelles, linguistiques et épistémiques. Les technologies globales sont souvent conçues sans prise en compte des réalités locales, contribuant à marginaliser des communautés entières. Cet axe explore donc également comment ces fractures renforcent des exclusions déjà héritées du colonialisme. Les communications pourront également montrer comment des initiatives éducatives, culturelles ou citoyennes cherchent à réduire les inégalités. Les communications pourront, par exemple, analyser la faible connectivité dans les écoles rurales, l’absence de contenus numériques dans certaines langues, ou encore l’impact de l’exclusion numérique sur la participation civique et culturelle.
Cet axe invite par ailleurs à interroger les enjeux de souveraineté numérique : comment redonner aux communautés et aux États la maîtrise de la collecte, du stockage et de l’exploitation des données ? L’on peut regretter ce qui est appelé « colonialité des données » c’est-à-dire la captation massive des traces numériques par des acteurs globaux, souvent au détriment des pays du Sud. Cette situation pose un double problème : d’une part, elle limite la capacité des pays concernés à développer leurs propres stratégies de valorisation des données ; d’autre part, elle alimente une dépendance structurelle vis-à-vis d’acteurs privés transnationaux qui imposent leurs normes, leurs infrastructures et leurs logiques commerciales. Il s’agit donc de réfléchir à la mise en place de cadres de gouvernance qui garantissent la protection des données personnelles, la transparence des usages et l’accès équitable aux ressources numériques. Cela suppose aussi d’investir dans des infrastructures locales – centres de données, solutions de cloud souverain, réseaux sécurisés – qui soient adaptées aux contextes culturels, linguistiques et socio-économiques des pays du Sud. Quelles alternatives locales émergent pour construire des infrastructures respectueuses des droits, de l’éthique et des besoins locaux ?
2. Épistémologies et pédagogies critiques du numérique
Cet axe s’intéresse au dépassement de la vision techniciste de l’apprentissage numérique pour développer des capacités critiques, permettant d’interroger les logiques d’exclusion, de surveillance et de domination. Il invite à la réflexion à des pratiques éducatives et de recherche qui rendent les communautés actrices dans l’appropriation technologique. Les communications pourront analyser des expériences d’éducation populaire, d’universités communautaires ou de dispositifs participatifs de formation, où le numérique devient outil de conscientisation et de libération.
Mais cet axe vise également à susciter une réflexion autour des savoirs situés. Partant du constat des risques liés à la reproduction des biais culturels, linguistiques et sociaux, de surveillance accrue et d’extractivisme des données, il s’agit d’interroger les logiques d’inégalités et de marginalisation et en même temps que les formes de résistances et d’appropriations critiques du numérique et de l’IA. Il invite à explorer les alternatives possibles vers une IA éthique qui intègre des épistémologies et des valeurs issues des Suds. Les communications pourront porter aussi bien sur des approches théoriques que sur des études de cas, notamment dans les domaines de la gouvernance, de la santé, de l’éducation, de la culture ou des mobilisations citoyennes.
3. Innovation frugale et technodiversité
L’innovation frugale désigne la capacité à inventer des solutions efficaces dans des contextes de ressources limitées, souvent à travers le recyclage, le bricolage ou les pratiques collectives d’ingéniosité. Cet axe met en valeur des expériences comme les Fab Labs, les systèmes de paiement mobile ou encore les cartographies participatives autochtones. Ces pratiques permettent de repenser le numérique à partir des besoins situés et d’inscrire la technologie dans une logique d’autonomie, de justice sociale et de créativité populaire. Les communications pourront aborder ces initiatives comme des alternatives crédibles au modèle dominant d’innovation capitalistique et énergivore.
4. Activismes et résistances numériques
Les technologies numériques sont aussi utilisées comme instruments de résistance et de mobilisation politique. Cet axe s’intéresse aux pratiques d’activisme numérique qui mobilisent les réseaux sociaux pour contester les pouvoirs établis, revendiquer des droits ou construire de nouvelles formes de subjectivité collective. Il met également en lumière les stratégies de détournement ou d’infra-politique qui permettent à des groupes marginalisés d’utiliser le numérique comme espace de communication autonome, hors des logiques dominantes. Les contributions pourront analyser ces expériences comme des formes d’appropriation du numérique, productrices de contre-discours et de nouvelles pratiques de gouvernance citoyenne.
5. Cultures, savoirs endogènes et anthropologie de l’IA : pouvoirs, résistances et imaginaires
Cet axe propose d’interroger les usages de l’intelligence artificielle et des technologies numériques dans les domaines de la culture, des pratiques anthropologiques et des savoirs endogènes. Il s’agit de comprendre comment l’IA reconfigure la production culturelle, les dynamiques sociales et les formes de connaissance locales, tout en suscitant des résistances et de nouveaux imaginaires. Sur le plan culturel, l’IA transforme les modes de création et de diffusion des œuvres, tout en soulevant le risque d’une homogénéisation des imaginaires, comme l’ont montré Lev Manovich (2001) dans ses travaux sur la culture numérique et Shoshana Zuboff (2019) sur l’économie de la surveillance.
Dans une perspective anthropologique, il convient d’examiner comment les communautés locales s’approprient, détournent ou résistent aux usages imposés des technologies, rejoignant ainsi les approches de Clifford Geertz (1973) sur l’interprétation des cultures et de Tim Ingold (2011) sur l’anthropologie du vivant. Les innovations liées à l’IA rencontrent également les savoirs endogènes. Achille Mbembe (2020) et Souleymane Bachir Diagne (2011) insistent sur l’importance de penser des hybridations entre techniques contemporaines et pratiques traditionnelles (santé, agriculture, artisanat, rituels), ouvrant la voie à une réflexion sur des épistémologies africaines et situées.
Cet axe se veut aussi critique. Dominique Cardon (2015), Cathy O’Neil (2016) et Ruha Benjamin (2019) ont montré combien les algorithmes peuvent reproduire des biais, renforcer les inégalités et alimenter la surveillance. Pourtant, ces mêmes outils peuvent aussi servir à imaginer des alternatives éthiques, inclusives et locales.
Enfin, l’IA engage des prospectives et des imaginaires. Donna Haraway (1991) et Yuk Hui (2016) nous invitent à penser des futurs technologiques pluriels, non réductibles à une vision occidentalo-centrée, mais ouverts aux récits endogènes et aux mythologies locales. Ainsi, cet axe propose de croiser les regards sur l’IA à partir des cultures, savoirs endogènes et pratiques anthropologiques, afin d’en révéler les pouvoirs, les résistances et les horizons d’innovation.
Modalités de contribution
Les propositions de communication (entre 500 et 700 mots, hors bibliographie) devront être soumises au plus tard le 15 décembre 2025 à l’adresse suivante : chaireunescobx@gmail.com
Elles doivent préciser l’axe thématique choisi, le cadre disciplinaire et théorique mobilisé, les questions de recherche, la méthodologie et, le cas échéant, les terrains étudiés. Chaque soumission devra également comporter les éléments suivants : nom et prénom de l’auteur, adresse électronique, statut académique ou professionnel, affiliation institutionnelle, une notice biographique d’environ cinq lignes, le titre de la communication ainsi qu’une liste de mots-clés.
20 janvier 2026 : avis aux auteurs quant à l’acception ou au refus des propositions
Une publication collective des communications est prévue dans les actes du colloque.
Contact : Etienne Damome, etienne.damome@u-bordeaux-montaigne.fr
Informations pratiques
Le colloque est prévu le 20, 21 et 22 mai 2026 à Bordeaux
Une publication collective de textes issus des discussions lors du colloque est prévue.
L’inscription au colloque se fera à partir du 1er février 2026 sur https://iatnpri.sciencesconf.org
Des frais de participation sont prévus en fonction de votre statut, de votre provenance et de la modalité de votre participation
Comité scientifique
- Agbobli Christian, Université du Québec à Montréal, Canada
- Akam Noble, Université Bordeaux Montaigne, France
- Amador Bautista Rocío, Universidad Nacional Autónoma de México, Mexico
- Anaté Kouméalo, Université de Lomé, Togo
- Bogui Jean-Jacques, Université Houphouët Boigny de Cocody, Côte d’Ivoire
- Cabedoche Bertrand, Université de Grenoble, France
- Cyrulnik Natacha, Université Aix-Marseille, France
- Darmawan Deni, University Pankasira, Indonesia
- Deneuville Allan, Université Bordeaux Montaigne, France
- Ekambo Jean Chrétien, Université de Kinshasa, RDC
- Faisal Bakti Andi, Universitas Pancasila Jakarta, Indonesia
- Gardère Elizabeth, Université de Bordeaux, France
- Halimi Suzy, Université Paris Sorbone Nouvelle, France
- Herra Agilar Miriam, Universidad Autónoma de Querétaro, Mexique
- Kane Aminata, EBAD-Université Cheik Anta Diop de Dakar, Sénégal
- Kazadi Dikanga Jean Marie, Université de Lubumbashi, République Démocratique du Congo
- Kemly Camacho, Université de San José, Costa Rica
- Kiriya Ilia, Université de Grenoble, France
- Kiyindou Alain, Université Bordeaux Montaigne, France
- Laborde Aurélie, Université Bordeaux Montaigne, France
- Lakel Amar, Université Bordeaux Montaigne, France
- Lehmans Anne, Université de Bordeaux, France
- Lenoble-Bart Annie, Université Bordeaux Montaigne, France
- Liquète Vincent, Université de Bordeaux, France
- Manuel Alexandro Gerrerro, Universidad Iberoamericana, Mexique
- Mustapha El Hadi Widad, Université de Lille, France
- Naji Jamal Eddine, Université de Rabat, Maroc
- Ndiaye Marième Pollèle, Université Gaston Berger, Sénégal
- Nsude Ifeyinwa, Ebonyi State University, Nigeria
- Pascal Catherine, Université Bordeaux Montaigne, France
- Pate Umaru, Université de Maiduguri, Nigéria
- Perez Da Silva Babo Isabel Maria, Université Lusophone de Porto, Portugal
- Pinède Nathalie, Université Bordeaux Montaigne, France
- Regad Halima, Université Abdelhamid Ibn Badis Mostaganem, Algérie
- Rico de Sotelo Carmen, Université du Québec à Montréal, Canada
- Rodriguez Wanguemert Carmen, Université de la Laguna, Espagne
- Rouissi Soufiane, Université Bordeaux Montaigne, France
- Salles Chloë, Université de Grenoble, France
- Sonhaye Sabin, Université de Lomé, Togo
- Tchehouali Destiny, Université du Québec à Montréal, Canada
- Turki Ramzi, Université de Sfax, Tunisie
- Viallon Philippe, Université de Strasbourg, France
- Yao Baglo Namoin, Université de Lomé, Togo
Comité d’organisation
- Abdoul Diop Saidou
- Aidoudi Lamia
- Baldé Mountaga Mamadou
- Capo Chichi Gilbert
- Damome Etienne
- Diallo Fatoumata
- Dok-Kwadda Eric
- Fagade Carole
- Guinez BadillaNatalia
- Kaninda Tshitwala Lynda
- Koffi Atta Mensah
- Lowento Ken
- Mourroux Mélissa
- Moukala Nguimbi Franck Gordan
- Nganga Ida
- Noukafou Augustin
- Nzi Jérémie
- Sossou Etienne
- Tégami Amyn
- Témadji Rémi
- Todo Alipui Joël
- UISTAM (Diaby Moustapha Ben Ismaila)
- Association Monarch Intelligence (Jean-Yves Mougeolle)
Bibliographie indicative
Achille, M. (2020). Critique de la raison nègre. (3ᵉ éd.). La Découverte.
Almazán Gómez, A. ; Luzi, J. (2020). La non-neutralité de la technologie. Écologie & politique, Vol.61 (2), p. 27-43.
Appadurai, A. (1996). Modernity at large : Cultural dimensions of globalization. Minneapolis : University of Minnesota Press.
Cardon, D. (2015). La démocratie internet : promesses et limites. Paris, Seuil.
Castells, M. (2012). Networks of outrage and hope: Social movements in the Internet age. Cambridge : Polity Press.
Damome, E., Akam, N., Kiyindou, A. (dir.). Systèmes connectés, données et économie numérique dans l’espace francophone. L’Harmattan, 2019.
Darbon, D. (2009). La politique des modèles en Afrique. Simulation, dépolitisation et appropriation. Paris, Karthala-MSHA.
De Certeau, M. (1980). L’invention du quotidien. Tome 1 : Arts de faire. Paris : Gallimard.
Diagne, B. (2011). Africanity: Between universalism and particularism. Fordham University Press.
Escobar, A. (2018a). Designs for the pluriverse: Radical interdependence, autonomy, and the making of worlds. Durham : Duke University Press.
Freire, P. (2013). Pédagogie des opprimés. Paris : La Découverte.
Geertz, C. (1973). The interpretation of cultures. Basic Books.
Goupy, M. (2014). La bienveillante neutralité des technologies d'espionnage des communications : le cas tunisien. Cultures & conflits, n° 04 (93), p. 109-124.
Haraway, D. (1991). Simians, cyborgs, and women: The reinvention of nature. Routledge.
Hui, Y. (2016). The question concerning technology in China: An essay in cosmotechnics. . Open Humanities Press.
Ingold, T. (2011). Being alive: Essays on movement, knowledge and description. Camborge: Routledge.
Kiyindou, A., Damome, E., Akam. N. Intelligence Artificielle. Questions éthiques et enjeux socioéconomiques. Paris, L’Harmattan, 2022.
Manovich, L. (2001). The Language of New Media. Massachusetts-London, England: The MIT Press Cambridge .
Ménard, J.-F. (2006). Le modèle unique « d’État en question ». Revue Internationale de Politique Comparée. Vol. 13, n° 4, p. 681-696.
Mignolo, W. D. (2015). La désobéissance épistémique : Rhétorique de la modernité, logique de la colonialité et grammaire de la décolonialité (1ʳᵉ éd. Argentine 2011, p. 39). Bruxelles : Peter Lang.
Mignolo, W. D., & Walsh, C. (2018). On decoloniality: Concepts, analytics, praxis. Durham: Duke University Press.
Nkoudou, T. H. M. (2022). High-stake conditions to catalyse local sustainable development through Fablabs in Africa. In Handbook of Innovation & Appropriate Technologies for International Development (pp. 222-239). Edward Elgar Publishing.
O’Neil, C. (2016). Weapons of math destruction: How big data increases inequality and threatens democracy. Crown.
Oyedemi, T. D., & Choung, M. (2020). Digital inequality and youth unemployment. Communicatio : South African Journal for Communication Theory and Research, 46(2), 199–215. https://doi.org/10.1080/02500167.2020.1821738
Perriault, J. (2002). La logique de l’usage : Essai sur les machines à communiquer. Paris : L’Harmattan.
Quijano, A. (2000). Coloniality of power, Eurocentrism, and Latin America. Nepantla: Views from South, 1(3), 533–580.
Radjou, N., Prabhu, J., & Ahuja, S. (2012). Jugaad innovation: Think frugal, be flexible, generate breakthrough growth. San Francisco : Jossey-Bass.
Roberts, J. S., & Montoya, L. N. (2023). In consideration of Indigenous data sovereignty: Data mining as a colonial practice. ArXiv.
Rose, R. (1991). What is Lesson-Drawing? Journal of Public Policy, vol. 11, Issue 1, p. 3-30.
Ruba, B. (2019). Race after technology: Abolitionist tools for the new Jim code. Polity Press.
Santos, B. de S. (2011). Epistemologies of the South: Justice against epistemicide. Boulder : Paradigm Publishers.
Scott, J. C. (1990). Domination and the arts of resistance: Hidden transcripts. New Haven : Yale University Press.
Smith, L. T. (2012). Decolonizing methodologies: Research and Indigenous Peoples (2ᵉ éd.). London : Zed Books.
Spivak, G. C. (1988). Can the subaltern speak? In C. Nelson & L. Grossberg (Eds.), Marxism and the interpretation of culture (pp. 271–313). Chicago: University of Illinois Press. (Traduction française : Spivak, G. C. (2006). Les subalternes peuvent-elles parler ? (J. Vidal, Trad.). Paris : Éditions Amsterdam.)
Stepanova, E. (2011). The role of information communication technologies in the ‘Arab Spring’: Implications beyond the region (Policy Memo No. 159). PONARS Eurasia.
Zind, R. G. (1978). L’hypothèse hicksienne de neutralité technologique : analyse et estimation. Actualité économique n° 10, Vol.54 (4), p. 531-538.
Zuboff, S. (2019). The age of surveillance capitalism: The fight for a human future at the new frontier of power. Public Affairs.
Argument
Digital technologies constitute a central factor in the transformation of contemporary societies, with artificial intelligence representing one of their most significant vectors. They simultaneously carry promises of innovation and participation, and act as vectors of dependency, exclusion, and renewed forms of domination. Notwithstanding the opinion of Richard G. Zind (1978), no technology is neutral (Goupy, 2014; Almazán Gómez & Luzi, 2020). Circulating models, despite their claim to universality, carry cultural references and specific cognitive frameworks. They privilege sources and normative frameworks specific to their symbolic and social universe. As such, when one adopts a technology, one simultaneously adopts, knowingly or not, the culture, references, and induced practices of its producer. Of course, everything then depends on the behavior of the agent. Either one integrates it and erects it as an absolute model or ideal type without discussion, or one appropriates it by diverting its uses and functions, or more fundamentally by recreating it from one’s own cultural references, cognitive frameworks, and from specific needs and expectations. In any case, one must not lose sight of the fact that any model, whether descriptive, normative-analytical, ideal type, or purely normative to be imitated, according to the categories of Jean-François Ménard (2006), aspires to impose itself as a reference model, even more so in situations of competition. It is also known that, whether one wants it or not, the adoption of a model always involves deviations and appropriations. One often witnesses an initial reconstruction followed by a distancing (Darbon, 2009), to the point where the imported model becomes, no more and no less, “the way we do things here,” as Richard Rose (1991, 29) emphasizes.
Critical approaches derived from postcolonial and decolonial thought make it possible to shed light on these ambivalences. From the perspective of global logics linked to political and social regulation fostered by the transfer of models, they reveal the persistence of mechanisms of domination inherited from colonial history, participating in the shaping of social representations by local social structures and, in this respect, contributing to the cannibalization of local models. Applied to the field of digital technologies and AI, decolonial thought invites us to recognize in digital infrastructures the reproduction of those logics at work in data extractivism, algorithmic concentration, and platform governance (Quijano, 2000; Mignolo & Walsh, 2018). The digital divide, far from being reducible to a question of technical access, refers to cultural, linguistic, and epistemic inequalities that keep entire populations on the margins of digital systems (Oyedemi & Choung, 2020).
At the same time, decolonial thought shows that these technologies are not only instruments for reproducing global hierarchies, they also constitute spaces for reinvention and resistance. In numerous contexts, citizen and community initiatives mobilize digital technologies to defend local knowledge, reaffirm cultural identities, and experiment with alternative forms of governance. Digital activism, community radios, citizen networks, and creative uses of platforms all attest to the capacity of actors to divert and reappropriate digital technologies (Castells, 2012; Escobar, 2018).
Frugal innovation (Radjou, Prabhu & Ahuja, 2012), which relies on contextual creativity and local resources, illustrates this reinvention. Whether it concerns African Fab Labs (Nkoudou, 2022), mobile payment systems, or indigenous participatory mapping (Damome, Akam and Kiyindou, 2019), these practices demonstrate that other forms of technologies, adapted to contexts and designed for the needs of communities, are possible (Kiyindou, Damome and Akam, 2022).
Finally, the issue of education and the critical transmission of knowledge remains central. Inspired by critical pedagogies (Freire, 2013), educational and participatory practices aim to move beyond a technicist vision in order to develop a reflective and emancipatory appropriation of digital technologies. Far from simple technical learning, the goal is to build a collective capacity to question the logics of surveillance, dependency, and exclusion, and to imagine alternatives (Santos, 2011).
This colloquium aims to explore these tensions by bringing together critical approaches, field studies, and theoretical perspectives on artificial intelligence, digital technologies, and their uses in communication, governance, and development.
Proposals may fall within the following axes:
1. Governance, circulation of knowledge, data sovereignty
This axis first examines the ways in which digital technologies shape governance regimes and contribute to the hierarchization or circulation of knowledge. Global platforms, dominated by a few multinationals, consciously or unconsciously exercise a power of selection and visibility that contributes to the invisibilization of local knowledge, minority languages, or alternative narratives. At the same time, community experiences of digital governance show that more horizontal models of knowledge circulation are possible. Papers may explore the tension between hegemony and alternatives in digital policies, systems, and infrastructures.
The digital divide under consideration is not limited to infrastructure, such as Internet access or equipment, it also encompasses cultural, linguistic, and epistemic inequalities. Global technologies are often designed without taking local realities into account, thereby contributing to the marginalization of entire communities. This axis thus also explores how these divides reinforce exclusions already inherited from colonialism. Papers may also show how educational, cultural, or civic initiatives attempt to reduce inequalities. For example, papers may analyze weak connectivity in rural schools, the absence of digital content in certain languages, or the impact of digital exclusion on civic and cultural participation.
This axis also invites reflection on issues of digital sovereignty, namely how communities and States can regain control over the collection, storage, and use of data. One may regret what is called “data coloniality,” that is, the massive capture of digital traces by global actors, often to the detriment of countries in the Global South. This situation poses a twofold problem: on the one hand, it limits the ability of the countries concerned to develop their own data valorization strategies, and on the other hand, it fuels structural dependency on transnational private actors who impose their norms, infrastructures, and commercial logics. It is therefore necessary to reflect on the establishment of governance frameworks that guarantee the protection of personal data, transparency of uses, and equitable access to digital resources. This also requires investment in local infrastructures, including data centers, sovereign cloud solutions, and secure networks, that are adapted to the cultural, linguistic, and socio-economic contexts of the Global South. What local alternatives are emerging to build infrastructures that respect rights, ethics, and local needs?
2. Critical epistemologies and pedagogies of the digital
This axis focuses on moving beyond the technicist vision of digital learning in order to develop critical capacities that allow questioning the logics of exclusion, surveillance, and domination. It calls for reflection on educational and research practices that make communities active agents in technological appropriation. Papers may analyze experiences of popular education, community universities, or participatory training systems, where digital technologies become tools of awareness-raising and liberation.
This axis also seeks to stimulate reflection on situated knowledge. Starting from the observation of the risks linked to the reproduction of cultural, linguistic, and social biases, increased surveillance, and data extractivism, it aims to question the logics of inequality and marginalization while also considering forms of resistance and critical appropriation of digital technologies and AI. It invites exploration of possible alternatives toward an ethical AI that integrates epistemologies and values originating from the Global South. Papers may focus on theoretical approaches as well as case studies, particularly in the fields of governance, health, education, culture, or civic mobilizations.
3. Frugal innovation and technodiversity
Frugal innovation refers to the ability to invent effective solutions in contexts of limited resources, often through recycling, improvisation, or collective practices of ingenuity. This axis highlights experiences such as Fab Labs, mobile payment systems, or indigenous participatory mapping. These practices make it possible to rethink digital technologies from situated needs and to inscribe technology within a logic of autonomy, social justice, and popular creativity. Papers may address these initiatives as credible alternatives to the dominant model of capitalistic and energy-intensive innovation.
4. Digital activisms and resistances
Digital technologies are also used as instruments of resistance and political mobilization. This axis focuses on practices of digital activism that mobilize social networks to challenge established powers, claim rights, or construct new forms of collective subjectivity. It also highlights strategies of subversion or infra-politics that enable marginalized groups to use digital technologies as autonomous communication spaces outside dominant logics. Contributions may analyze these experiences as forms of digital appropriation, producing counter-discourses and new practices of citizen governance.
5. Cultures, endogenous knowledge, and the anthropology of AI: powers, resistances, and imaginaries
This axis proposes to examine the uses of artificial intelligence and digital technologies in the fields of culture, anthropological practices, and endogenous knowledge. The aim is to understand how AI reshapes cultural production, social dynamics, and local forms of knowledge, while also generating resistance and new imaginaries. On the cultural level, AI transforms the modes of creation and dissemination of works, while raising the risk of a homogenization of imaginaries, as shown by Lev Manovich (2001) in his work on digital culture and Shoshana Zuboff (2019) on surveillance capitalism.
From an anthropological perspective, it is necessary to examine how local communities appropriate, divert, or resist imposed uses of technologies, thereby joining the approaches of Clifford Geertz (1973) on the interpretation of cultures and Tim Ingold (2011) on the anthropology of life. Innovations related to AI also intersect with endogenous knowledge. Achille Mbembe (2020) and Souleymane Bachir Diagne (2011) emphasize the importance of thinking about hybridizations between contemporary techniques and traditional practices (health, agriculture, crafts, rituals), opening the way to reflection on African and situated epistemologies.
This axis also positions itself as critical. Dominique Cardon (2015), Cathy O’Neil (2016), and Ruha Benjamin (2019) have shown how algorithms can reproduce biases, reinforce inequalities, and fuel surveillance. Yet these same tools can also serve to imagine ethical, inclusive, and local alternatives.
Finally, AI engages prospective visions and imaginaries. Donna Haraway (1991) and Yuk Hui (2016) invite us to think about plural technological futures, not reducible to a Western-centered vision, but open to endogenous narratives and local mythologies. Thus, this axis proposes to cross perspectives on AI from cultures, endogenous knowledge, and anthropological practices, in order to reveal its powers, resistances, and horizons of innovation.
Submission guidelines
Proposals (between 500 and 700 words, excluding bibliography) must be submitted no later than December 15, 2025 to the following address: chaireunescobx@gmail.com
They should specify the chosen thematic axis, the disciplinary and theoretical framework mobilized, the research questions, the methodology, and, where applicable, the studied fields. Each submission must also include the following elements: author’s name and surname, email address, academic or professional status, institutional affiliation, a biographical note of about five lines, the title of the paper, as well as a list of keywords.
January 20, 2026: notification to authors regarding the acceptance or rejection of proposals
Contact : Etienne Damome, etienne.damome@u-bordeaux-montaigne.fr
Scientific Committee
- Agbobli Christian, Université du Québec à Montréal, Canada
- Akam Noble, Université Bordeaux Montaigne, France
- Amador Bautista Rocío, Universidad Nacional Autónoma de México, Mexico
- Anaté Kouméalo, Université de Lomé, Togo
- Bogui Jean-Jacques, Université Houphouët Boigny de Cocody, Côte d’Ivoire
- Cabedoche Bertrand, Université de Grenoble, France
- Cyrulnik Natacha, Université Aix-Marseille, France
- Darmawan Deni, University Pankasira, Indonesia
- Deneuville Allan, Université Bordeaux Montaigne, France
- Ekambo Jean Chrétien, Université de Kinshasa, RDC
- Faisal Bakti Andi, Universitas Pancasila Jakarta, Indonesia
- Gardère Elizabeth, Université de Bordeaux, France
- Halimi Suzy, Université Paris Sorbone Nouvelle, France
- Herra Agilar Miriam, Universidad Autónoma de Querétaro, Mexique
- Kane Aminata, EBAD-Université Cheik Anta Diop de Dakar, Sénégal
- Kazadi Dikanga Jean Marie, Université de Lubumbashi, République Démocratique du Congo
- Kemly Camacho, Université de San José, Costa Rica
- Kiriya Ilia, Université de Grenoble, France
- Kiyindou Alain, Université Bordeaux Montaigne, France
- Laborde Aurélie, Université Bordeaux Montaigne, France
- Lakel Amar, Université Bordeaux Montaigne, France
- Lehmans Anne, Université de Bordeaux, France
- Lenoble-Bart Annie, Université Bordeaux Montaigne, France
- Liquète Vincent, Université de Bordeaux, France
- Manuel Alexandro Gerrerro, Universidad Iberoamericana, Mexique
- Mustapha El Hadi Widad, Université de Lille, France
- Naji Jamal Eddine, Université de Rabat, Maroc
- Ndiaye Marième Pollèle, Université Gaston Berger, Sénégal
- Nsude Ifeyinwa, Ebonyi State University, Nigeria
- Pascal Catherine, Université Bordeaux Montaigne, France
- Pate Umaru, Université de Maiduguri, Nigéria
- Perez Da Silva Babo Isabel Maria, Université Lusophone de Porto, Portugal
- Pinède Nathalie, Université Bordeaux Montaigne, France
- Regad Halima, Université Abdelhamid Ibn Badis Mostaganem, Algérie
- Rico de Sotelo Carmen, Université du Québec à Montréal, Canada
- Rodriguez Wanguemert Carmen, Université de la Laguna, Espagne
- Rouissi Soufiane, Université Bordeaux Montaigne, France
- Salles Chloë, Université de Grenoble, France
- Sonhaye Sabin, Université de Lomé, Togo
- Tchehouali Destiny, Université du Québec à Montréal, Canada
- Turki Ramzi, Université de Sfax, Tunisie
- Viallon Philippe, Université de Strasbourg, France
- Yao Baglo Namoin, Université de Lomé, Togo
Organizing Committee
- Abdoul Diop Saidou
- Aidoudi Lamia
- Baldé Mountaga Mamadou
- Capo Chichi Gilbert
- Damome Etienne
- Diallo Fatoumata
- Dok-Kwadda Eric
- Fagade Carole
- Guinez BadillaNatalia
- Kaninda Tshitwala Lynda
- Koffi Atta Mensah
- Lowento Ken
- Mourroux Mélissa
- Moukala Nguimbi Franck Gordan
- Nganga Ida
- Noukafou Augustin
- Nzi Jérémie
- Sossou Etienne
- Tégami Amyn
- Témadji Rémi
- Todo Alipui Joël
- UISTAM (Diaby Moustapha Ben Ismaila)
- Association Monarch Intelligence (Jean-Yves Mougeolle)
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Argumentario
Las tecnologías digitales constituyen un factor central en la transformación de las sociedades contemporáneas, siendo la inteligencia artificial uno de sus vectores más significativos. Al mismo tiempo, portan promesas de innovación y de participación, y funcionan como vectores de dependencias, exclusiones y formas renovadas de dominación. No obstante, según la opinión de Richard G. Zind (1978) ninguna tecnología es neutral (Goupy, 2014; Almazán Gómez & Luzi, 2020). Los modelos en circulación, a pesar de su pretensión de universalidad, están cargados de referencias culturales y de marcos cognitivos específicos. Privilegian fuentes y marcos normativos propios de su universo simbólico y social. Tanto es así que, al adoptar una tecnología, se adopta, al mismo tiempo, y se sepa o no, la cultura, las referencias y las prácticas inducidas de su fabricante.
Por supuesto, todo depende del comportamiento del agente. O bien la integra y la erige en modelo absoluto o tipo ideal sin discusión. O bien se la apropia desviando sus usos y funciones, o más fundamentalmente recreándola a partir de sus propias referencias culturales, de sus marcos cognitivos y de sus necesidades y expectativas específicas. En cualquier caso, no hay que perder de vista que todo modelo, sea descriptivo, normativo-analítico, tipo ideal o puramente normativo para imitar, según las categorías de Jean-François Ménard (2006), aspira a imponerse como modelo de referencia, con mayor razón aún en situación de competencia.
También se sabe que, se quiera o no, la adopción de un modelo implica siempre desviaciones y apropiaciones. Con frecuencia se observa una reconstrucción inicial seguida de un distanciamiento (Darbon, 2009), hasta el punto en que el modelo importado se convierte, ni más ni menos, en “the way we do things here”, como lo subraya Richard Rose (1991, 29).
Los enfoques críticos provenientes del pensamiento poscolonial y decolonial permiten iluminar estas ambivalencias. Colocándose en la perspectiva de las lógicas globales ligadas a la regulación política y social favorecida por la transferencia de modelos, revelan la persistencia de mecanismos de dominación heredados de la historia colonial, que participan en la configuración de las representaciones sociales por la estructura social local y, en este sentido, contribuyen a la canibalización de los modelos locales. Aplicado al campo de lo digital y de la IA, el pensamiento decolonial invita a reconocer reproducidas en las infraestructuras digitales esas lógicas presentes en el extractivismo de datos, la concentración algorítmica y la gobernanza de las plataformas (Quijano, 2000; Mignolo & Walsh, 2018). La fractura digital, lejos de reducirse a una cuestión de acceso técnico, remite a desigualdades culturales, lingüísticas y epistémicas que mantienen a poblaciones enteras en los márgenes de los dispositivos digitales (Oyedemi & Choung, 2020).
Al mismo tiempo, el pensamiento decolonial muestra que estas tecnologías no son únicamente instrumentos de reproducción de las jerarquías globales. Constituyen también espacios de reinvención y resistencia. En numerosos contextos, iniciativas ciudadanas y comunitarias movilizan lo digital para defender saberes locales, reafirmar identidades culturales y experimentar formas alternativas de gobernanza. El activismo digital, las radios comunitarias, las redes ciudadanas o los usos creativos de las plataformas dan testimonio de la capacidad de los actores para desviar y reapropiarse de lo digital (Castells, 2012; Escobar, 2018).
La innovación frugal (Radjou, Prabhu & Ahuja, 2012), que se apoya en la creatividad contextual y en los recursos locales, ilustra esta reinvención. Ya se trate de los Fab Labs africanos (Nkoudou, 2022), de los sistemas de pago móvil o de las cartografías participativas indígenas (Damome, Akam y Kiyindou, 2019), estas prácticas muestran que otras formas de tecnologías, adaptadas a los contextos y pensadas para las necesidades de las comunidades, son posibles (Kiyindou, Damome y Akam, 2022).
Finalmente, la cuestión de la educación y de la transmisión crítica de los saberes sigue siendo central. Inspiradas en las pedagogías críticas (Freire, 2013), las prácticas educativas y participativas buscan superar una visión tecnicista para desarrollar una apropiación reflexiva y emancipadora de lo digital. Lejos de un simple aprendizaje técnico, se trata de construir una capacidad colectiva para interrogar las lógicas de vigilancia, dependencia y exclusión, e imaginar alternativas (Santos, 2011).
Este coloquio se propone explorar estas tensiones, cruzando enfoques críticos, estudios de campo y perspectivas teóricas sobre la inteligencia artificial, las tecnologías digitales y sus usos en la comunicación, la gobernanza y el desarrollo.
Las propuestas podrán inscribirse en los siguientes ejes:
1. Gobernanza, circulación de saberes, soberanía de los datos
Este eje interroga, en primer lugar, la manera en que las tecnologías digitales configuran los regímenes de gobernanza y participan en la jerarquización o en la circulación de los saberes. Las plataformas globales, dominadas por algunas multinacionales, ejercen consciente o inconscientemente un poder de selección y de visibilidad que contribuye a la invisibilización de saberes locales, de lenguas minoritarias o de relatos alternativos. Al mismo tiempo, experiencias comunitarias de gobernanza digital muestran que son posibles modelos de circulación del saber más horizontales. Las comunicaciones podrán explorar la tensión entre hegemonía y alternativas en las políticas, dispositivos e infraestructuras de lo digital.
La fractura digital a la que aquí se alude no se reduce a la infraestructura, entendida como el acceso a Internet o a los equipos, también atraviesa desigualdades culturales, lingüísticas y epistémicas. Las tecnologías globales suelen ser concebidas sin tomar en cuenta las realidades locales, lo que contribuye a marginar comunidades enteras. Este eje explora asimismo cómo estas fracturas refuerzan exclusiones ya heredadas del colonialismo. Las comunicaciones podrán también mostrar cómo iniciativas educativas, culturales o ciudadanas buscan reducir las desigualdades. Podrán, por ejemplo, analizar la baja conectividad en las escuelas rurales, la ausencia de contenidos digitales en ciertas lenguas o el impacto de la exclusión digital en la participación cívica y cultural.
Este eje invita además a interrogar los desafíos de la soberanía digital, es decir, cómo devolver a las comunidades y a los Estados el control sobre la recolección, el almacenamiento y la explotación de los datos. Puede lamentarse lo que se denomina “colonialidad de los datos”, la captación masiva de huellas digitales por parte de actores globales, a menudo en detrimento de los países del Sur. Esta situación plantea un doble problema: por un lado, limita la capacidad de los países concernidos para desarrollar sus propias estrategias de valorización de los datos, por otro, alimenta una dependencia estructural respecto de actores privados transnacionales que imponen sus normas, sus infraestructuras y sus lógicas comerciales. Se trata, por tanto, de reflexionar sobre la instauración de marcos de gobernanza que garanticen la protección de los datos personales, la transparencia de los usos y el acceso equitativo a los recursos digitales. Esto supone también invertir en infraestructuras locales, como centros de datos, soluciones de nube soberana y redes seguras, que estén adaptadas a los contextos culturales, lingüísticos y socioeconómicos de los países del Sur. Queda entonces la pregunta sobre qué alternativas locales están emergiendo para construir infraestructuras respetuosas de los derechos, de la ética y de las necesidades locales.
2. Epistemologías y pedagogías críticas de lo digital
Este eje se interesa por superar la visión tecnicista del aprendizaje digital para desarrollar capacidades críticas que permitan interrogar las lógicas de exclusión, vigilancia y dominación. Invita a reflexionar sobre prácticas educativas y de investigación que conviertan a las comunidades en protagonistas de la apropiación tecnológica. Las comunicaciones podrán analizar experiencias de educación popular, de universidades comunitarias o de dispositivos participativos de formación, donde lo digital se convierte en herramienta de concientización y de liberación.
Este eje busca también suscitar una reflexión en torno a los saberes situados. Partiendo de la constatación de los riesgos ligados a la reproducción de sesgos culturales, lingüísticos y sociales, a la vigilancia acrecentada y al extractivismo de datos, se trata de interrogar las lógicas de desigualdad y de marginación y, al mismo tiempo, las formas de resistencia y de apropiación crítica de lo digital y de la IA. Invita a explorar las posibles alternativas hacia una IA ética que integre epistemologías y valores provenientes de los Sures. Las comunicaciones podrán abordar tanto enfoques teóricos como estudios de caso, en particular en los ámbitos de la gobernanza, la salud, la educación, la cultura o las movilizaciones ciudadanas.
3. Innovación frugal y tecnodiversidad
La innovación frugal designa la capacidad de inventar soluciones eficaces en contextos de recursos limitados, a menudo a través del reciclaje, el bricolaje o las prácticas colectivas de ingenio. Este eje pone en valor experiencias como los Fab Labs, los sistemas de pago móvil o las cartografías participativas indígenas. Estas prácticas permiten repensar lo digital a partir de necesidades situadas e inscribir la tecnología en una lógica de autonomía, justicia social y creatividad popular. Las comunicaciones podrán abordar estas iniciativas como alternativas creíbles al modelo dominante de innovación capitalista y altamente consumidora de energía.
4. Activismos y resistencias digitales
Las tecnologías digitales son también utilizadas como instrumentos de resistencia y de movilización política. Este eje se interesa por las prácticas de activismo digital que movilizan las redes sociales para impugnar los poderes establecidos, reivindicar derechos o construir nuevas formas de subjetividad colectiva. Pone igualmente en relieve las estrategias de desvío o de infrapolítica que permiten a grupos marginados utilizar lo digital como espacio de comunicación autónomo, al margen de las lógicas dominantes. Las contribuciones podrán analizar estas experiencias como formas de apropiación de lo digital, productoras de contranarrativas y de nuevas prácticas de gobernanza ciudadana.
5. Culturas, saberes endógenos y antropología de la IA: poderes, resistencias e imaginarios
Este eje propone interrogar los usos de la inteligencia artificial y de las tecnologías digitales en los ámbitos de la cultura, de las prácticas antropológicas y de los saberes endógenos. Se trata de comprender cómo la IA reconfigura la producción cultural, las dinámicas sociales y las formas de conocimiento local, al mismo tiempo que suscita resistencias y nuevos imaginarios. En el plano cultural, la IA transforma los modos de creación y de difusión de las obras, al tiempo que plantea el riesgo de una homogeneización de los imaginarios, como lo han mostrado Lev Manovich (2001) en sus trabajos sobre la cultura digital y Shoshana Zuboff (2019) sobre la economía de la vigilancia.
Desde una perspectiva antropológica, conviene examinar cómo las comunidades locales se apropian, desvían o resisten a los usos impuestos de las tecnologías, uniéndose así a los enfoques de Clifford Geertz (1973) sobre la interpretación de las culturas y de Tim Ingold (2011) sobre la antropología de lo viviente. Las innovaciones vinculadas a la IA también se encuentran con los saberes endógenos. Achille Mbembe (2020) y Souleymane Bachir Diagne (2011) insisten en la importancia de pensar en hibridaciones entre técnicas contemporáneas y prácticas tradicionales (salud, agricultura, artesanía, rituales), abriendo la vía a una reflexión sobre epistemologías africanas y situadas.
Este eje se aborda también desde una perspectiva crítica. Dominique Cardon (2015), Cathy O’Neil (2016) y Ruha Benjamin (2019) han mostrado hasta qué punto los algoritmos pueden reproducir sesgos, reforzar las desigualdades y alimentar la vigilancia. Sin embargo, esas mismas herramientas pueden también servir para imaginar alternativas éticas, inclusivas y locales.
Finalmente, la IA plantea prospectivas e imaginarios. Donna Haraway (1991) y Yuk Hui (2016) nos invitan a pensar futuros tecnológicos plurales, no reductibles a una visión occidentalocentrada, sino abiertos a relatos endógenos y a mitologías locales. Así, este eje propone cruzar las miradas sobre la IA a partir de las culturas, los saberes endógenos y las prácticas antropológicas, a fin de revelar sus poderes, sus resistencias y sus horizontes de innovación.
Modalidades de envío
Las propuestas de comunicación (entre 500 y 700 palabras, sin contar la bibliografía) deberán ser enviadas a más tardar el 15 de diciembre de 2025 a la siguiente dirección: chaireunescobx@gmail.com
Deben precisar el eje temático elegido, el marco disciplinario y teórico movilizado, las preguntas de investigación, la metodología y, en su caso, los terrenos estudiados. Cada envío deberá incluir los siguientes elementos: nombre y apellidos de la autora o autor, dirección electrónica, estatus académico o profesional, afiliación institucional, una nota biográfica de unas cinco líneas, el título de la comunicación así como una lista de palabras clave.
20 de enero de 2026: aviso a las autoras y los autores sobre la aceptación o el rechazo de las propuestas
Contacto : Etienne Damome, etienne.damome@u-bordeaux-montaigne.fr
Comité científico
- Agbobli Christian, Université du Québec à Montréal, Canada
- Akam Noble, Université Bordeaux Montaigne, France
- Amador Bautista Rocío, Universidad Nacional Autónoma de México, Mexico
- Anaté Kouméalo, Université de Lomé, Togo
- Bogui Jean-Jacques, Université Houphouët Boigny de Cocody, Côte d’Ivoire
- Cabedoche Bertrand, Université de Grenoble, France
- Cyrulnik Natacha, Université Aix-Marseille, France
- Darmawan Deni, University Pankasira, Indonesia
- Deneuville Allan, Université Bordeaux Montaigne, France
- Ekambo Jean Chrétien, Université de Kinshasa, RDC
- Faisal Bakti Andi, Universitas Pancasila Jakarta, Indonesia
- Gardère Elizabeth, Université de Bordeaux, France
- Halimi Suzy, Université Paris Sorbone Nouvelle, France
- Herra Agilar Miriam, Universidad Autónoma de Querétaro, Mexique
- Kane Aminata, EBAD-Université Cheik Anta Diop de Dakar, Sénégal
- Kazadi Dikanga Jean Marie, Université de Lubumbashi, République Démocratique du Congo
- Kemly Camacho, Université de San José, Costa Rica
- Kiriya Ilia, Université de Grenoble, France
- Kiyindou Alain, Université Bordeaux Montaigne, France
- Laborde Aurélie, Université Bordeaux Montaigne, France
- Lakel Amar, Université Bordeaux Montaigne, France
- Lehmans Anne, Université de Bordeaux, France
- Lenoble-Bart Annie, Université Bordeaux Montaigne, France
- Liquète Vincent, Université de Bordeaux, France
- Manuel Alexandro Gerrerro, Universidad Iberoamericana, Mexique
- Mustapha El Hadi Widad, Université de Lille, France
- Naji Jamal Eddine, Université de Rabat, Maroc
- Ndiaye Marième Pollèle, Université Gaston Berger, Sénégal
- Nsude Ifeyinwa, Ebonyi State University, Nigeria
- Pascal Catherine, Université Bordeaux Montaigne, France
- Pate Umaru, Université de Maiduguri, Nigéria
- Perez Da Silva Babo Isabel Maria, Université Lusophone de Porto, Portugal
- Pinède Nathalie, Université Bordeaux Montaigne, France
- Regad Halima, Université Abdelhamid Ibn Badis Mostaganem, Algérie
- Rico de Sotelo Carmen, Université du Québec à Montréal, Canada
- Rodriguez Wanguemert Carmen, Université de la Laguna, Espagne
- Rouissi Soufiane, Université Bordeaux Montaigne, France
- Salles Chloë, Université de Grenoble, France
- Sonhaye Sabin, Université de Lomé, Togo
- Tchehouali Destiny, Université du Québec à Montréal, Canada
- Turki Ramzi, Université de Sfax, Tunisie
- Viallon Philippe, Université de Strasbourg, France
- Yao Baglo Namoin, Université de Lomé, Togo
Comité de organización
- Abdoul Diop Saidou
- Aidoudi Lamia
- Baldé Mountaga Mamadou
- Capo Chichi Gilbert
- Damome Etienne
- Diallo Fatoumata
- Dok-Kwadda Eric
- Fagade Carole
- Guinez BadillaNatalia
- Kaninda Tshitwala Lynda
- Koffi Atta Mensah
- Lowento Ken
- Mourroux Mélissa
- Moukala Nguimbi Franck Gordan
- Nganga Ida
- Noukafou Augustin
- Nzi Jérémie
- Sossou Etienne
- Tégami Amyn
- Témadji Rémi
- Todo Alipui Joël
- UISTAM (Diaby Moustapha Ben Ismaila)
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