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What forests do to energy counter-mobilizations
Ce que les forêts font aux (contre-)mobilisations énergétiques
Modes of action, politicization, alliances
Modes d’action, politisation et alliances
Published on Thursday, October 30, 2025
Abstract
Durant le prochain congrès de l’Association française de science politique (SFSP), la section thématique 30 (ST30) questionnera ce que les forêts font aux conditions d’émergence et d’action de formes protestataires visant à porter la critique à l’égard d’infrastructures et scenarii qui, au nom de la « transition énergétique » ou de la « décarbonation », procèdent à une exploitation intensive des ressources ligneuses ou foncières des zones forestières. La ST sera soucieuse de faire dialoguer des travaux sur les Nords, comme sur les Suds, et entend privilégier les propositions qui inscriraient leur démarche dans une appréhension soit comparative, soit globale - par les jeux d’échelle ou les circulations - sur cette thématique.
Announcement
Section thématique 30 (ST30) du prochain congrès de l’Association française de science politique (SFSP), Lyon du 30 juin au 2 juillet 2026
Coordination
Stéphanie Dechézelles (UMR TREE, UPPA) et Antoine Dolez (EOS, IACCHOS, UCLouvain)
Argumentaire
Les écosystèmes forestiers, particulièrement soumis aux épreuves anthropiques et aléas climatiques de plus en plus extrêmes (canicules, épidémies, incendies et méga-feux, surexploitation…), occupent une place de plus en plus significative dans les agendas protestataires. Les forêts sont même considérées, par certains, comme des « fronts » (Vidalou, 2017), car les premières touchées par de grands projets infrastructurels de type industriel. Une tendance à la « politisation des forêts » par certains mouvements sociaux ou certaines franges militantes s’observe de plus en plus fréquemment à la faveur de luttes contre des projets d’équipements ou d’aménagement divers du territoire. Plus encore, les contre-mobilisations « anti-extractivistes » à l’égard d’équipements visant à produire de l’énergie à partir des ressources que procurent les espaces forestiers se multiplient à l’échelle planétaire (Kaufer, 2023). Des travaux ont analysé les conflits d’usage qui marquent, dès le Moyen Age, la privatisation puis la marchandisation des espaces forestiers, en particulier à la faveur des enclosures (Graber et Locher, 2018 ; Fressoz, 2023) et des conflits entre ruraux et urbains autour de leurs usages (Larrère et Nougarède, 1993 ; Léger et Hervieu, 1979). Plus récemment, l’enrôlement des forêts dans le processus de climatisation de l’action publique et ses conséquences sur les modes de gestion de ces écosystèmes ont été étudiés (Glinel, 2025). En revanche, les effets d’une « forestisation » des mouvements sociaux ou, du moins, d’une présence grandissante du vivant forestier dans l’action collective, en particulier autour des enjeux énergétiques semblent relativement peu traités.
La ST questionnera donc ce que les forêts font aux conditions d’émergence et d’action de formes protestataires visant à porter la critique à l’égard d’infrastructures et scenarii qui, au nom de la « transition énergétique » ou de la « décarbonation », procèdent à une exploitation intensive des ressources ligneuses ou foncières des zones forestières afin de produire biochar, hydrogène par électrolyse, e-kérosène, granulés... Il importe d’appréhender conjointement les conditions de possibilité et de félicité des contre-mobilisations dans ce domaine. La ST sera soucieuse de faire dialoguer des travaux sur les Nords, comme sur les Suds, et entend privilégier les propositions qui inscriraient leur démarche dans une appréhension soit comparative, soit globale - par les jeux d’échelle ou les circulations - sur cette thématique (défense des forêts primaires depuis les Nords, mobilisations locales aux Suds inscrites dans des dynamiques de transnationalisation…).
Les communications proposées pourront, sans s’y restreindre, s’inscrire dans l’un ou les 2 axes suivants :
1/. On interrogera les circulations et innovations protestataires des contre-mobilisations énergétiques en défense des forêts. Des enchaînements aux troncs aux événements internationaux où sont invités des représentants de communautés vivant au cœur de ce qui reste des forêts primaires (ex : World Rainforest Movement) en passant par des collectifs d’achat de parcelles boisées visant à (re)communaliser ces espaces (ex : Réseau pour les alternatives forestières ou Canopée), nombreuses sont les modalités par lesquelles les forêts sont érigées en objets ou sujets d’action collective. Les actions s’actualisent de plus en plus souvent depuis la cime des arbres supposant des appétences et des compétences protestataires spécifiques, ainsi qu’une distribution du travail militant et des logiques de politisation du proche dont il convient de rendre compte. Les liens affectifs aux forêts comme partie intégrante des « dispositifs de sensibilisation » seront questionnés, notamment dans leurs formes d’articulations à la contre-expertise ou à la prospective, compétences indispensables pour crédibiliser les arguments et accréditer les protestataires (Dassié, 2014 ; Traïni, 2015).
2/ Les coalitions d’acteurs se formant autour de la défense des forêts peuvent aboutir à des configurations originales, comme dans le cas de mobilisations contre des sites de production d’« hydrogène vert », où syndicats des propriétaires forestiers locaux et associations environnementalistes peuvent faire front d’opposition commun, alors qu’elles s’opposent usuellement concernant l’exploitation financière des massifs forestiers (Chailleux, Smith, Compagnon, 2022). La ST sera attentive aux effets multiples que le processus de « forestisation » entraîne sur les configurations locales d’acteurs et les modalités de politisation, « par le haut » et « par le bas » qu’il favorise ou empêche. Les asymétries politiques et écarts idéologiques que cette mise en action collective des forêts peut engendrer, selon les outillages idéologiques, religieux, moraux que les acteurs projettent sur les arbres/forêts seront également étudiées
Modalités de contribution
Le congrès se tiendra à Lyon du 30 juin au 2 juillet 2026. Les propositions de communication (5000 signes max), en français ou en anglais, doivent être envoyées au plus tard le 7 décembre 2025 aux adresses suivantes : stephanie.dechezelles@univ-pau.fr et antoine.dolez@uclouvain.be.
Merci d’indiquer les affiliations institutionnelles de tous les auteurs et autrices de la communication. Nous vous demanderons de fournir un texte support à la communication environ un mois avant le congrès, afin de faciliter les échanges et les débats.
Bibliographie
Chailleux Sébastien, Smith Andy et Compagnon Daniel, « Projets d’énergie renouvelables : à quoi servent vraiment les débats publics ? », The Conversation, 11 avril 2022. En ligne : https://theconversation.com/projets-denergies-renouvelables-a-quoi-servent-vraiment-les-debats-publics-179213
Dassié Véronique, Des arbres au cœur d’une émotion. La fabrique d’un consensus patrimonial : le parc du château de Versailles après la tempête. Paris, CNRS & ministère de la Culture et de la Communication, 2014
Dechézelles Stéphanie et Olive Maurice, « Les mondes familiers comme espaces de critique sociale et de revendication politique », dans Politisation du proche. Les lieux familiers comme espaces de mobilisation, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019
Kaufer Ricardo, Forest from below: social movements, indigenous communities, forest occupations and eco-solidarism, Springer, 2023
Fressoz Jean-Baptiste, Sans transition. Une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Seuil, 2024
Graber Frédéric et Locher Fabien (dir.), Posséder la nature. Environnement et propriété dans l’histoire, Paris, Amsterdam Editions, 2018
Glinel Charlotte, Mobiliser les forêts françaises face au réchauffement climatique : une sociologie politique du travail écologique, thèse de Sociologie, IEP Paris, 2025
Larrère Raphael et Nougarède Olivier, Des hommes et des forêts, Paris, Gallimard, 1993
Léger Danièle, Hervieu Bertrand, Le retour à la nature. « Au fond de la forêt… l’Etat », Paris, Seuil 1979
Thompson Edward P., La guerre des forêts. Luttes sociales dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, Paris, La Découverte, 2014
Traïni Christophe (dir.), Émotions et expertises. Les modes de coordination des actions collectives, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015
Vidalou Jean-Baptiste, Être forêts. Habiter des territoires en lutte, Paris, La Découverte, 2017
Argument
Forest ecosystems, particularly subject to anthropogenic stress and increasingly extreme climatic hazards (heat waves, epidemics, fires and mega-fires, overexploitation, etc.), are occupying an increasingly significant place in protest agendas. Forests are even considered, by some, as "fronts" (Vidalou, 2017), because they are the first to be affected by large-scale industrial infrastructure projects. A trend towards the "politicization of forests" by certain social movements or activist fringes is increasingly observed in the context of struggles against various infrastructure or land development projects. Moreover, "anti-extractivist" counter-mobilizations against equipment aimed at producing energy from the resources provided by forest areas are multiplying on a global scale (Kaufer, 2023). Studies have analyzed the conflicts of use which, since the Middle Ages, marked the privatization and then the commodification of forest areas, in particular through enclosures (Graber and Locher, 2018; Fressoz, 2023) and conflicts between rural and urban areas around their uses (Larrère and Nougarède, 1993; Léger and Hervieu, 1979). More recently, the enlistment of forests in the process of air conditioning public action and its consequences on the management methods of these ecosystems have been studied (Glinel, 2025). On the other hand, the effects of a "forestization" of social movements or, at least, of a growing presence of forest life in collective action, in particular around energy issues, seem to have received relatively little attention.
The TS will therefore question what forests do to the conditions of emergence and action of forms of protest aimed at criticizing infrastructures and scenarios which, in the name of the "energy transition" or "decarbonization", carry out intensive exploitation of wood or land resources in forest areas in order to produce biochar, hydrogen by electrolysis, e-kerosene, pellets, etc. It is important to jointly understand the conditions of possibility and felicity of counter-mobilizations in this area. The ST will be keen to bring together work on the North, as well as on the South, and intends to favor proposals that would place their approach in a comparative or global understanding - through the play of scale or circulations - on this theme (defense of primary forests from the North, local mobilizations in the South inscribed in dynamics of transnationalization, etc.).
Proposed papers may, without limitation, fall within one or both of the following themes:
1/ We will examine the protest movements and innovations of energy counter-mobilizations in defense of forests. From chaining to trunks to international events inviting representatives of communities living in the heart of what remains of primary forests (e.g., the World Rainforest Movement), to collectives purchasing wooded plots aimed at (re)communalizing these spaces (e.g., the Network for Forest Alternatives or Canopée), there are numerous ways in which forests are erected as objects or subjects of collective action. Actions are increasingly taking place from the treetops, requiring specific protest appetites and skills, as well as a distribution of activist labor and the logic of politicizing the local community that must be accounted for.
Emotional links to forests as an integral part of "awareness-raising mechanisms" will be questioned, particularly in their forms of articulation with counter-expertise or prospective studies, skills essential for giving credibility to arguments and accrediting protesters (Dassié, 2014; Traïni, 2015).
2/ Coalitions of actors forming around the defense of forests can lead to original configurations, as in the case of mobilizations against “green hydrogen” production sites, where local forest owners’ unions and environmentalist associations can form a common opposition front, while they usually oppose each other regarding the financial exploitation of forest areas (Chailleux, Smith, Compagnon, 2022). The TS will pay attention to the various effects that the “forestization” process has on local configurations of actors and the modalities of politicization, “from above” and “from below. The political asymmetries and ideological gaps that this collective action of forests can generate, depending on the ideological, religious, and moral tools that the actors project onto trees/forests will also be studied.
Bibliographic references
Chailleux Sébastien, Smith Andy, Compagnon Daniel, « Projets d’énergie renouvelables : à quoi servent vraiment les débats publics ? », The Conversation, 04.112022 : https://theconversation.com/projets-denergies-renouvelables-a-quoi-servent-vraiment-les-debats-publics-179213
Dassié Véronique, Des arbres au cœur d’une émotion. La fabrique d’un consensus patrimonial : le parc du château de Versailles après la tempête. Paris, CNRS & ministère de la Culture et de la Communication, 2014
Dechézelles Stéphanie, Olive Maurice, « Les mondes familiers comme espaces de critique sociale et de revendication politique », dans Politisation du proche. Les lieux familiers comme espaces de mobilisation, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019
Kaufer Ricardo, Forest from below: social movements, indigenous communities, forest occupations and eco-solidarism, Springer, 2023
Fressoz Jean-Baptiste, Sans transition. Une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Seuil, 2024
Graber Frédéric, Locher Fabien (dir.), Posséder la nature. Environnement et propriété dans l’histoire, Paris, Amsterdam Editions, 2018
Glinel Charlotte, Mobiliser les forêts françaises face au réchauffement climatique : une sociologie politique du travail écologique, thèse de Sociologie, IEP Paris, 2025
Larrère Raphael, Nougarède Olivier, Des hommes et des forêts, Paris, Gallimard, 1993
Léger Danièle, Hervieu Bertrand, Le retour à la nature. « Au fond de la forêt… l’Etat », Paris, Seuil 1979
Thompson Edward P., La guerre des forêts. Luttes sociales dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, Paris, La Découverte, 2014
Traïni Christophe (dir.), Émotions et expertises. Les modes de coordination des actions collectives, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015
Vidalou Jean-Baptiste, Être forêts. Habiter des territoires en lutte, Paris, La Découverte, 2017
Subjects
Places
- Lyon, France (69)
Event attendance modalities
Full on-site event
Date(s)
- Sunday, December 07, 2025
Keywords
- action collective, mouvement social, forêt, énergie, politisation, transition
Contact(s)
- Stéphanie Dechézelles
courriel : stephanie [dot] dechezelles [at] univ-pau [dot] fr - Antoine Dolez
courriel : antoine [dot] dolez [at] uclouvain [dot] be
Information source
- Antoine Dolez
courriel : antoine [dot] dolez [at] uclouvain [dot] be
License
This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.
To cite this announcement
« What forests do to energy counter-mobilizations », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, October 30, 2025, https://doi.org/10.58079/152az

