HomeQuoi de neuf vingt ans après le centenaire de la disparition du grand poète Si Mohand Ou Mhand ?
*  *  *

Published on Wednesday, November 12, 2025

Abstract

Si Mohand Ou Mhand (1849-1905) est un créateur qui demeure l’une des figures majeures de la poésie amazighe. Son œuvre orale, transmise et fixée par la mémoire collective, continue de nourrir les imaginaires et les consciences, partout en Algérie. Sa poésie a par ailleurs fait l’objet de recueils, ce qui permet à sa production de circuler également par le biais de l’écrit, assurant ainsi une double vie, orale et scripturaire. À l’occasion du centenaire de sa disparition, célébré en 2006, plusieurs travaux et manifestations scientifiques avaient mis en lumière l’actualité de sa pensée, la richesse linguistique de son expression et la profondeur de son engagement.

Announcement

26-28 décembre 2025 Akbou (wilaya de Béjaïa, Algérie)

Argumentaire

Début janvier 2006, à l’occasion du centenaire de la disparition du poète Si Mohand Ou Mhand, un premier colloque international, organisé à la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, avait marqué une étape décisive dans la redécouverte de son œuvre et de sa trajectoire créatrice. Cette rencontre, à l’initiative de l’équipe éditoriale de la revue Études et Documents Berbères, a rassemblé des chercheurs, des linguistes, des philologues et des spécialistes de la littérature orale, et a permis d’établir un socle de connaissances précises : la consolidation des repères biographiques du poète et la réaffirmation de son rôle d’intellectuel et de poète rebelle, témoin de l’Algérie coloniale. L’attention avait également été portée sur la complexité philologique de son corpus, constitué de variantes, de réécritures et d’attributions parfois incertaines. L’événement avait également permis de replacer sa production dans une perspective comparatiste, en la reliant à d’autres traditions orales du Maghreb et au-delà, soulignant ainsi la portée universelle de son expression poétique.

Vingt ans plus tard, fin décembre 2025, le présent colloque se veut à la fois l’héritier de cette première initiative et l’expression d’un renouvellement des perspectives. Il s’attache à mesurer l’évolution des approches critiques et de la réception du poète depuis 2006, tout en s’inscrivant dans une dynamique institutionnelle plus vaste : celle du quarantenaire de la revue Études et Documents Berbères, dont l’histoire accompagne et nourrit la recherche sur l’histoire littéraire et culturelle du Maghreb contemporain et de l’Algérie en particulier, depuis plusieurs décennies.

Le poète Si Mohand Ou Mhand (1850-1905) est décédé à l’hôpital Sainte-Eugénie, près de Michelet (aujourd’hui Aïn El Hammam), le 28 décembre 1905, correspondant au 1er Dhū al-Qa‘da 1323 AH. Il avait 57 ans selon le calendrier hégirien. Il serait donc né vers 1849-1850 (1266 AH). Sa parole a traversé le temps pour devenir un patrimoine partagé de la mémoire algérienne, amazighe et universelle. Longtemps transmise oralement, sa poésie continue de résonner grâce à la profondeur de ses thèmes – exil, errance, révolte, spiritualité – et à la force de sa langue maternelle, le kabyle, élevée au rang de vecteur d’universalité par des esthètes comme lui.

Ce colloque, tout comme celui qui l’a précédé il y a vingt ans, s’inscrit dans une perspective à la fois commémorative et critique : il ne s’agit pas seulement de célébrer le grand poète de l’oralité algérienne d’expression berbère, mais aussi de revisiter son héritage, d’en examiner la portée à la lumière des acquis récents des sciences sociales et de réinterroger, au-delà du mythe, la nature même de la poésie populaire. Il est affirmé avec clarté à plusieurs reprises que Si Mohand, « entré dans la légende de son vivant même », ne peut plus être étudié comme un simple poète populaire, mais comme un phénomène culturel et social total, à la croisée de la mémoire collective, de la production symbolique et de l’histoire coloniale. Il serait notamment possible de proposer une relecture épistémologique du poète : « revisiter » Si Mohand, c’est confronter les récits existants, confronter les discours de la tradition orale et ceux de la recherche moderne, et replacer son œuvre dans la perspective de l’anthropologie historique et de l’histoire sociale. Une telle approche procédera d’un double mouvement : interroger la validité des matériaux et des méthodes de collecte hérités des XIXe et XXe siècles (Hanoteau, Ben Sedira, Boulifa, Feraoun, Mammeri, etc.) et examiner la manière dont la figure du poète a été construite, transmise et instrumentalisée entre érudition coloniale, romantisme populaire et relectures contemporaines plus ou moins biaisées et affirmées.

Au-delà de ce projet de « revisitation » scientifique, le colloque invite à dépasser la simple accumulation documentaire pour poser une question essentielle : que signifie aujourd’hui « écrire » sur un poète de l’oralité ? Un autre aspect que le colloque ambitionne de mettre en lumière concerne tradition de la collecte et la formation d’un patrimoine érudit. Il s’agit de comprendre comment la poésie de Si Mohand est entrée très tôt dans un dispositif savant – recueillie, traduite et classée – et de réévaluer cette patrimonialisation : comment un poète d’oralité, porteur de la parole vivante du groupe, est-il devenu un auteur, puis un « classique » de la littérature algérienne d’expression berbère ? Quels effets de sélection, de traduction ou d’interprétation cette écriture du populaire a-t-elle produits ?

Si les grandes lignes de la vie du poète sont réaffirmées (sa naissance vers 1849-1850 à Icheraouen, sa formation religieuse, la catastrophe de 1871, l’exécution de son père, la misère et l’errance), on obtient une biographie en apparence simple, qui est aussi un lieu d’incertitude et de recomposition. Les versions peuvent diverger, les détails s’altérer et la figure du poète s’auréoler de légende. C’est précisément ce va-et-vient entre le réel et le mythe que le colloque invite à analyser : le poète devient le miroir d’une société défaite dont il exprime les blessures et les espoirs. Son œuvre versifiée, composée d’isefra courts et denses, exprime une expérience existentielle (douleur, amour, destin, errance), mais aussi une dimension universelle qui transcende son époque. Ainsi, Si Mohand incarne à la fois l’individu et le collectif, le poète et le témoin, le révolté et le sage. Il est l’un de ces êtres rares dont la parole, née dans l’éphémère de l’oralité, devient parole d’autorité, au sens où elle fonde un ethos partagé.

L’un des objectifs du colloque est d’ouvrir le champ de réflexion de Si Mohand à la poésie de langue kabyle d’expression contemporaine, ce qui devrait permettre d’enrichir les débats et d’envisager de nouvelles perspectives de recherche. Il s’agit de mesurer la continuité et les ruptures entre la parole orale et l’écriture moderne, entre le poète d’hier et les créateurs d’aujourd’hui. Au-delà de la commémoration, le colloque se veut un espace de croisement disciplinaire : linguistique, anthropologie, histoire sociale, littérature comparée, musicologie et sociologie de la création. Cette pluridisciplinarité répond à un double enjeu : approfondir la connaissance de la poésie algérienne de tradition orale en tant que fait de civilisation et contribuer à la préservation d’un patrimoine immatériel menacé en définissant des méthodes d’enquête et de critique des sources adaptées aux réalités de l’oralité.

En conclusion, cet appel à communications dépasse le cadre d’une simple célébration commémorative. Il constitue un manifeste intellectuel en faveur de la réévaluation du fait poétique berbère. Revisiter Si Mohand, c’est interroger la place du poète dans la mémoire collective, les formes de transmission du savoir dans les sociétés de l’oralité et les enjeux culturels liés à la sauvegarde d’un patrimoine en mutation. À travers cette entreprise collective, la revue Études et Documents Berbères affirme la nécessité de lier la recherche savante et les pratiques esthétiques traditionnelles, en inscrivant la poésie d’expression kabyle dans le mouvement plus large de la culture universelle.

Les propositions de communications s’inscrivant dans l’un des axes suivants seront appréciées :

  • Vingt ans après le centenaire : bilan et perspectives de recherche.
  • Si Mohand Ou Mhand dans l’histoire et la mémoire collective : biographie critique, contexte politique, social et culturel de l’Algérie du XIXe siècle.
  • Poétique et thématiques : amour, exil, errance, destin, révolte, spiritualité ; analyse des thématiques, des formes, du style et des innovations dans sa poésie.
  • Langue et oralité : étude linguistique et philologique du kabyle usité par Si Mohand, transmission orale et fixation écrite ; rapports à la langue arabe et à l’islam.
  • Réception et postérité : lectures critiques, traductions, réappropriations artistiques (musique, théâtre, arts visuels et numériques s’inspirant de Si Mohand).
  • De manière générale, la poésie de tradition orale d’expression kabyle et les sciences sociales : histoire, anthropologie, sociologie de la littérature.
  • Comparaisons et transversalités : Si Mohand dans le concert des poésies populaires et savantes, berbères et arabes dialectales, du Maghreb et de la Méditerranée.
  • Oralité, écriture et mémoire : enjeux de la collecte, de la transcription, de la traduction et de l’édition.
  • Oralité et valorisation : transmission, édition, traduction, humanités numériques.

Modalités de contribution

Les chercheurs souhaitant participer au colloque sont invités à envoyer une proposition de communication accompagnée d’un résumé d’une page au plus (ou d’une dizaine de lignes), rédigé en Times New Roman, taille 12, interligne 1,5, et contenant les informations suivantes :

  • le titre de la communication,
  • les coordonnées complètes de l’auteur,
  • une présentation de l’objet et des méthodes,
  • l’originalité du sujet,
  • quelques références bibliographiques (minimum 5).

Les propositions devront être envoyées avant le 10 décembre 2025 à Saliha Iggui (igguisaliha@yahoo.fr). En copie : Ouahmi Ould-Braham (ouldbraham@gmail.com) et Brahim Abdelouahab (etoileculturelle@gmail.com).

Les communications retenues feront l’objet d’une réponse du comité d’organisation au plus tard le 15 décembre 2025. Les textes définitifs (60 000 signes maximum) devront être remis, de préférence, avant la date du colloque, en vue d’une publication collective.

Les communications pourront être présentées en français, arabe, berbère ou anglais. Dans la mesure du possible, un résumé en français sera demandé pour les interventions dans d’autres langues.

26-28 décembre 2025 (à l’occasion du 120ᵉ anniversaire de la disparition du poète ; l’événement durera trois jours) à Akbou (wilaya de Béjaïa) : dans un établissement dédié fourni par l’institution organisatrice, la collectivité territoriale.

Comité scientifique

  • Mme Fazia AÏTEL (Claremont McKenna College, California)
  • M. Djamil AÏSSANI (GEHIMAB, Université Abderrahmane Mira de Béjaïa)
  • M. Mohand Akli AÏT SOUKI (Université Mohamed Lamine Debaghine - Sétif 2)
  • Mme Hassina ALIANE (CERIST, Ben Aknoun - Alger)
  • Mme Fatsiha AOUMER (Université Abderrahmane Mira de Béjaïa)
  • Mme Malika ASSAM (Aix-Marseille Université)
  • M. Boudjema AZIRI (CRASC, Oran)
  • M. Sadek BALA (Université Abderrahmane Mira de Béjaïa)
  • Mme Nadia BERDOUS (Université Akli Mohand Oulhadj de Bouira)
  • Mme Aïni BETOUCHE (Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou)
  • M. Ramdane BOUKHERROUF (Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou)
  • M. Mohand Oulhadj LACEB (Alger)
  • M. Djamel Eddine MECHEHED (Bibliothèque Lmuhub Ulahbib, Béjaïa)
  • Mme Amina METTOUCHI (École Pratique des Hautes Études, Paris et CNRS LLACAN, France)
  • M. Karim OUARAS (Université Mohamed Ben-Ahmed – Oran 2 & CEMA)
  • M. Smaïl OULEBSIR (Université Alger 3, École nationale supérieure de Journalisme et des Sciences de l’information)
  • Mme Nadia SAADI (Université Abu Al-Qasim Saadallah - Alger 2)
  • Mme Saliha SENOUCI (CRASC, Oran)

Comité d’organisation

  • M. Brahim ABDELOUAHAB (Étoile culturelle d’Akbou)
  • Mme Saliha IGGUI (Université Abderrahmane Mira de Béjaïa)
  • M. Ouahmi OULD-BRAHAM (LaMSN de l’Université Sorbonne Paris Nord)

Partenaires du colloque

  • La Commune d’Akbou.
  • La Direction Générale de la Recherche et du Développement Technologique (DGRSDT, ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Scientifique)
  • Le CERIST (Centre de Recherche sur l’Information Scientifique et Technique, Ben Aknoun - Alger)
  • Le CRASC (Centre de Recherche en Anthropologie sociale et culturelle, Oran)
  • Le Ministère de la Culture et des Arts
  • La Direction de la Culture de la Wilaya de Béjaïa
  • La Bibliothèque nationale d’Algérie (Al Hamma - Alger)
  • L’Étoile culturelle d’Akbou
  • Le Comité des Fêtes de la commune d’Akbou

Places

  • Akbou, Algeria

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Wednesday, December 10, 2025

Keywords

  • si mohand ou mhand, poésie kabyle, littérature orale, mémoire collective, patrimoine amazigh, patrimoine algérien, oralité et écriture, réception critique, poétique comparée

Information source

  • Ouahmi Ould-Braham
    courriel : ouldbraham [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Quoi de neuf vingt ans après le centenaire de la disparition du grand poète Si Mohand Ou Mhand ? », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, November 12, 2025, https://doi.org/10.58079/154p3

Archive this announcement

  • Google Agenda
  • iCal
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search