Le « trou des halles », Atelier parisien d’urbanisme, 1973 (Archives de Paris, 1514W 99).
« Tout ce qui existe n’est possible que sur la base de toute une série d’absences, qui le précèdent et l’entourent »[1]
« De fait, les fantômes sont attachés, de manière caractéristique, aux événements, aux choses et aux lieux qui les ont produits en premier lieu ; par nature, ils sont les rappels lancinants de troubles non résolus »[2]
Argumentaire
L’architecture et l’infrastructure sont habitées par des spectres qui sont autant de traces de ce qu’elles ont été, de ce qu’elles auraient pu être, ou de ce qu’elles seront peut-être un jour. Nous proposons de considérer l’architecture et l’infrastructure sous l’angle de leurs spectres, en portant l’attention sur les absences autant que sur les présences. Selon cette approche symptomale[3] de l’architecture, il s’agira de nous intéresser aux manifestations spectrales qui débordent de la place qu’on a donnée aux projets, imaginaires, bâtiments, infrastructures qui ont été mal oubliés[4].
Notre époque nous demande de penser à réparer avant de construire. Notre attention se porte sur ce qui est vulnérable pour prendre soin des blessures, celles des vivants, comme celles des édifices eux-mêmes. Nous acceptons la négativité des destructions et des abandons avant d’envisager l’acte positif du projet. Le principe d’obsolescence est désormais intégré ; notre sensibilité vis-à-vis des traces est plus que jamais aiguisée. Le risque de ce regard réparateur est de soigner les blessures sans les interroger, de recouvrir les traces sans les comprendre. Car au-delà des traces et des blessures visibles, il existe des infrastructures et des architectures négatives, invisibles et spectrales : un édifice disparu sans laisser de traces, mais dont persiste l’image fantôme ; un bâtiment qui contient les spectres d’autres édifices et vies disparus ; une architecture dont l’édification n’a jamais eu lieu, sinon dans l’imaginaire des architectes et de leur discipline.
Comment faire pour désigner ces architectures et infrastructures négatives quand elles ne sont pas visibles ou exprimées de manière aussi manifeste qu’un ouvrage détruit ? Comment soigner, réparer là où les symptômes n’ont pas été diagnostiqués, là où ils ont été étouffés ou oubliés ? Comment faire quand l’attention que nous portons à la vulnérabilité des édifices et à leurs habitants ne nous fournit pas de signes clairs, mais s’exprime avec des contenus ambigus, parfois contradictoires ?
On peut dire d’une architecture qu’elle est spectrale dans certaines conditions. Ces conditions impliquent différentes définitions de la notion de spectre en lien avec l’architecture. Nous choisissons d’en distinguer quatre, que nous proposons comme pistes de recherche pour ces journées d’étude : (1) là où l’architecture est le support d’un imaginaire collectif hanté par des spectres, fantômes et autres revenants, qu’elle constitue à cet égard un registre esthétique à l’égal d’autres arts comme la littérature, le cinéma ou la musique, et qu’elle sert de dispositif technique et culturel spectral, au même titre que la photographie spirite ou les liminal spaces sur internet, pour faire apparaître ou enregistrer les formes de revenances ; (2) là où, en tant qu’édifices matériels, l’architecture et
Delaplace nous invite à une expérience de pensée dans laquelle les rites funéraires « placent » les morts dans l’anonymat de l’oubli ou le souvenir. Or, les morts débordent parfois de la place qui leur a été attribuée ; ils hantent alors les humains qui doivent comprendre ce qui ne s’est pas déroulé convenablement pour que leurs ancêtres cessent de les tourmenter.
l’infrastructure contiennent les spectres d’événements (souvent traumatiques) dont elles ont été le cadre, parfois l’instrument, et qu’elles pourront à ce titre redevenir les supports de témoignages ; (3) là où l’architecture et l’infrastructure héritées ne sont plus uniquement patrimonialisées, mais appellent à un processus de deuil et d’acceptation des spectres, ouvrant ainsi la voie à un nouveau rapport à l’héritage entendu notamment comme commun négatif (4) là où, en tant que métier et discipline à l’histoire chargée, l’architecture est hantée par sa propre histoire, dont celle persistante de la modernité et ses multiples retours nostalgiques, et qu’elle persiste pourtant à vouloir faire projet à partir de ses spectres.
1. Hantologie : le registre esthétique et les médiums de la hantise
La première piste consiste à suivre la notion d’hantologie, imaginée par Jacques Derrida et reprise par Marc Fisher, qui désigne un registre esthétique particulier, englobant la littérature, le cinéma, les productions audiovisuelles et la musique.[5] L’architecture, en tant que champ culturel, est omniprésente dans ces champs de création. Mais comment la désigner ? Répond-elle à un style, comme la musique post-punk ou gothique dont on chercherait les expressions architecturales[6] ? Tient-elle d’une atmosphère spécifique des lieux, d’un suspense proprement architectural dont il s’agirait de révéler les règles esthétiques ? Ou s’apparente-t-elle à des démarches visant à revisiter des créations passées pour en extraire des images spectrales, comme le courant musical de l’hantologie[7] ?
La capacité à hanter a toujours été dépendante de médiums et techniques spécifiques. Les rituels magiques pouvaient servir à incarner des ancêtres disparus, à manifester des forces surnaturelles comme les démons ou les anges. La peinture et l’écriture ont été utilisées pour faire apparaître l’invisible, rendre réel ce qui a disparu ou ce qui ne s’est pas encore manifesté. Mais ce sont les technologies comme la photographie et le cinéma qui ont radicalisé cette capacité de l’art en rendant l’effet spectral plus immédiat, avant que la radio et la télévision puis le numérique[8] ne l’inscrivent dans notre quotidien ordinaire. Les spectres se sont ainsi manifestés à nous dans les séjours familiaux, sans qu’aucun rituel ou démarche artistique ne les ait appelés, sans que personne n’ait pu développer la distance critique pour appréhender la hantise. Avec Internet et l’intensification de l’utilisation des réseaux sociaux, se mettent en place de nouveaux modes de hantise, s’immisçant à tous les instants du quotidien, aussi bien en intérieur qu’en extérieur, depuis l’intimité d’une chambre ou à travers les grandes infrastructures de la ville.
Il s’agira ici de constituer un corpus de projets, d’architectures, d’infrastructures ou plus largement de lieux répondant à la dimension esthétique de l’hantologie, en lien avec d’autres champs de la production artistique. Ce corpus pourrait aussi être abordé du point de vue des médiums et des techniques hantologiques en questionnant la manière dont l’architecture ou l’infrastructure peuvent elles-mêmes constituer un appareil de la hantise, que celle-ci opère dans l’atmosphère fantomatique de l’architecture néogothique ou les lieux privilégiés par les « goths » contemporains, dans les photographies « spirites » du XIXe siècle ou dans les jeux vidéos et les nouveaux espaces hantés des « liminal spaces » et des « backrooms » sur Internet[9].
2. Lieux hantés : l’architecture et l’infrastructure comme symptôme
La deuxième piste consiste à explorer des lieux avec des présences fantomatiques occasionnant des expériences troubles[10]. Il peut s’agir de fantômes individuels de l’enfance ou de l’adolescence que l’on révèle grâce à la mise en scène de l’architecture[11] ; ou de procédés d’exorcismes liés à des événements traumatiques de dimension collective, voire géopolitique[12]. L’infrastructure et l’architecture, par leurs objets et lieux matériels, autant que par leurs archives visuelles et leurs récits théoriques, contiennent des spectres dont nous pouvons chercher les symptômes, reconnaître leur hantise, là où elles débordent la place qui leur est attribuée[13].
Une des leçons de la spectralité est de s’intéresser à ce qui n’est pas visible dans sa totalité, de se rendre sensible à ce qui est fuyant, presque imperceptible, aux présences paradoxales que l’on devine à leur manière de se dérober à nos sens. Ce qui nous hante ne se donne pas facilement à voir et sa signification n’est jamais acquise de façon limpide et durable. Le spectre fuit toujours. D’un point de vue méthodologique, cela revient à lire les symptômes faibles plutôt que de chercher les symboles forts.
Le corpus sera ici constitué par des lieux où se sont déroulés des événements qui ont marqué nos mémoires individuelles et collectives. Non pas des lieux dits « de mémoire »[14], mais des espaces où les traces de l’événement sont peu visibles, là où des monuments ne sont pas intervenus pour identifier l’histoire que l’on doit retenir et faire perdurer, là où les symptômes inquiétants n’ont pas été entièrement effacés, ni recouverts par des symboles rassurants.
3. Deuil : hériter sans le patrimoine
La troisième piste cherchera à ouvrir des démarches qui traitent les architectures et les infrastructures héritées en dehors ou à côté des approches traditionnelles de la conservation du patrimoine. Déjà en Europe au XIXe siècle alors que la notion de patrimoine se forge, différentes manières d’hériter de ces vestiges se font jour[15]. Elles ont cependant en commun, dans leur dimension institutionnelle, de mettre en place une valuation des objets[16] : certains mériteraient notre attention (pour des raisons historiques, esthétiques, idéologiques, etc.), d’autres non. L’élargissement du champ du patrimoine a permis d’intégrer des objets du quotidien, toutefois la notion ne s’est pas pour autant déplacée et ce sont les attentions portées au château ou à la cathédrale qui ont été transférées vers le moulin ou l’usine. Ainsi, le patrimoine, en tant que régime d’exceptionnalité et de sacralité limite les relations aux choses désormais protégées, en contrôle l’accès afin d’en assurer la conservation, en en chassant les fantômes[17].
Or, se relier aux choses, comme aux êtres, c’est se rendre sensible à d’autres formes d’existence, y compris spectrales[18]. Mais comment se relier à ces choses (ou êtres) qui sont en train de disparaître ou qui ont déjà disparu[19] ? La patrimonialisation fut une réponse, tant pour les espèces que pour les espaces, réponse que nous cherchons ici à dépasser en ouvrant un chemin pour le chagrin[20] qui pourrait laisser la place aux morts, à ce qu’ils ont à dire et peut-être ainsi, ouvrir la possibilité d’un soin par-delà les postures héroïques de sauvetage face au déclin des bâtiments, des infrastructures voire des territoires[21]. Cette hypothèse implique plusieurs relations aux vestiges et à la ruine qui s’impose comme un projet (et non uniquement comme spectacle romantique) : la ruination peut être le résultat de notre passivité, ou alors, elle peut-être une mise en œuvre active. Dans ce deuxième cas, il s’agit de considérer le renoncement[22] comme une manière d’hériter. Car, si le patrimoine sélectionne ce qu’il souhaite conserver, nous héritons de tout, y compris des communs négatifs dont les spectres hantent notre quotidien.
Le corpus que l’on souhaite constituer ici sera fait de vestiges qui engagent des récits et des relations aux choses ordinaires (architectures, infrastructures, territoires) qui disparaissent ou qui persistent malgré notre refus d’en hériter. Les récits convoqués permettront de partager des pratiques (rituelles, funéraires) qui cherchent à accompagner le devenir-spectre des choses. Les spectres sont ici de plusieurs ordres : ceux qu’on souhaite faire exister autrement malgré leur disparition (en cours ou achevée), et ceux dont la présence n’est pas désirée, mais qui sont là malgré tout et dont on cherche à se débarrasser.
4. Nostalgies réflexives : le spectre comme projet
Le quatrième volet concerne les spectres de l’architecture, dans l’effort de sa propre création. L’architecture s’est largement réinventée au fil de son histoire en faisant appel à un passé enfoui ou caché, présentant la possibilité d’être réanimé ou mise à jour. Il a pu s’agir de la psyché de ses propres auteur·ices, d’un événement social et politique marquant, d’une condition morphologique urbaine, ou d’une singularité matérielle discrète. On pourrait même dire qu’il n’y a jamais eu d’invention détachée d’un passé, présent d’une manière spectrale et lui-même réinventé. L’architecture, en ce sens, a toujours été habitée par des spectres issus de sa propre histoire, comme des histoires de celles et ceux qui l’ont désirée, construite, habitée ou détruite. Nombre d’auteur·ices font ainsi appel à la présence dans la discipline de projets oubliés et s’emploient à les faire resurgir. Cette démarche consiste à assumer une nostalgie à l’égard d’un passé fantasmé. Il s’agira donc ici d’analyser les ressorts créatifs de différentes formes de nostalgies qui reposent sur l’imagination d’une architecture manquante ou oubliée, qu’il s’agit de retrouver, en s’engageant dans une quête simultanément rétrospective et créative.
On tentera d’analyser plusieurs types de nostalgies, dans le prolongement des réflexions de Svetlana Boym[23]. On pense d’abord à la nostalgie de la modernité, aux spectres d’un idéal où l’architecture réunissait de façon contradictoire les utopies du progrès social et la réalité de la destruction du monde matériel[24]. On pense ensuite à la patrimonialisation, envers du projet moderne, comme conservation d’un passé idéalisé qui peut conduire à la reproduction d’un style ou d’une mode spécifique avec sa mise à jour contemporaine. Ainsi, si l’architecte Eugène Viollet-le-Duc convoque le spectre de son ancêtre du XIIIe siècle Villard de Honnecourt[25], c’est bien pour se légitimer dans une filiation qui, avant le XIXe siècle et la réhabilitation de l’architecture gothique, était oubliée. On pense enfin à une nostalgie d’ordre psychologique, à la reproduction mélancolique d’un langage singulier où l’auteur·ice définit ou crée son propre manque qu’il ou elle tente de remplir à travers une quête de création particulière, comme par exemple dans le processus créateur d’Aldo Rossi[26].
Entre analyse historique, lecture esthétique et décryptage psychologique du processus créateur, le corpus de ce volet doit permettre de questionner la possibilité pour l’architecte de faire projet avec ses spectres, que ceux-ci proviennent de l’histoire de l’architecture, de l’histoire culturelle au sens large, ou de la biographie de l’auteur·ice.
Modalités de soumission
Les réponses à l’appel à communication pourront émaner de diverses disciplines et se positionner dans l’une des quatre pistes de manière privilégiée.
Elles mentionneront les cas d’étude envisagés ainsi que les enjeux de l’intervention proposée.
Elles pourront être en français ou en anglais.
Sont attendus un titre de 100 caractères (max) ; un sous-titre de 150 caractères (max) ; les informations sur l’auteur·ice (Prénom Nom, Structure d’affiliation, adresse email) ; une courte biographie de(s) l’auteur·ice(s) de 150 mots (max) ; un abstract de 1 000 mots (max) ; 3 mots clefs et 3 références bibliographiques.
Les propositions sont à envoyer à : spectres.architecture@gmail.com.
avant le 15 décembre 2025.
Elles seront sélectionnées par les comités scientifique et d’organisation pour être présentées lors des deux journées d’étude organisées par l’EVCAU et le LIAT qui se dérouleront à l’ENSA Paris-Malaquais - PSL et à l’ENSA Paris-Val de Seine, Université Paris Cité.
Les présentations des travaux pourront se faire en français ou en anglais.
Calendrier
- Octobre 2025 : diffusion de l’appel à communication
- 15 décembre 2025 : date limite de réception des propositions
- mi-février 2026 : retour des propositions retenues
- 20 et 21 mai 2026 : journées d’études à l’ENSA Paris-Val de Seine et à l’ENSA Paris-Malaquais
Comité d’organisation
- Gilles Delalex, professeur (ENSAPM - LIAT),
- Bérénice Gaussuin, maîtresse de Conférences (ENSAPM - LIAT)
- Can Onaner, professeur (ENSAPVS - EVCAU)
Comité scientifique
- Marie Artuphel, maîtresse de Conférences associée (ENSAPM – LIAT)
- Marion Howa, maîtresse de Conférences (ENSAPVS – CRH LAVUE)
- Muriel Girard, professeure (ENSAM – INAMA)
- Fanny Lopez, professeure (ENSAPM – LIAT)
- Mathieu Mercuriali, professeur (ENSAPVS – EVCAU)
- Léa Mosconi, maîtresse de Conférences (ENSAPB – IPRAUS)
- Carmen Popescu, professeure (ENSAPVS – CRH LAVUE)
- Mathilde Sari, enseignante contractuelle (ENSA de Bretagne)
- David Serero, maître de Conférences (ENSAPVS – EVCAU)
- Jean-Louis Tornatore, professeur émérite (université de Bourgogne, LIR3S)
- Dimitri Toubanos, maître de conférences (ENSAPVS – EVCAU)
Notes
[1]Mark Fisher, Spectres de ma vie, Écrits sur la dépression et les futurs perdus (2014), Paris, Genève, Entremonde, 2021, p. 31.
[2] Avery F. Gordon, Matières spectrales. Sociologie des fantômes (1997), Montreuil, B42, 2024, p. 16.
[3] Nous faisons référence à la « lecture symptomale » chez Louis Althusser, Pour Marx (1965), éd. La découverte, 2005 ; Écrits sur la psychanalyse, Freud et Lacan, éd. Stock, 1993.
[4] Dans son ouvrage La voix des fantômes. Quand débordent les morts (Paris, Seuil, 2024), Grégory
[5] En se référant au texte de Derrida, Fisher propose deux lectures temporelles de l’hantologie : « La première renvoie à ce qui n’est (concrètement) plus, mais qui demeure effective comme virtualité (la « compulsion de répétition » traumatique, une disposition fatale). Le second sens de l’hantologie tient à ce qui (dans les faits) n’est pas encore arrivé, mais qui est déjà effectif dans le virtuel (un attracteur, une anticipation qui conditionne le comportement actuel) ». Mark Fisher, Spectres de ma vie, Écrits sur la dépression et les futurs perdus (2014), Paris, Genève, Entremonde, 2021, p. 32 et Jacques Derrida, Spectres de Marx (1993), Paris, Seuil, 2024. On peut également penser au film Ghost Dance, de Ken MacMullen, 1983, qui donne la parole à Jacques Derrida dix ans avant la publication de Spectres de Marx. On y suit la déambulation de deux femmes incarnées par Pascale Ogier et Léonie Mellinger, à Paris et à Londres qui deviennent les supports urbains de la projection de spectres subjectifs.
[6] On peut penser au mouvement musical et à l’esthétique gothique, qui depuis le romantisme du néo-gothique anglais du XVIIIe siècle, jusqu’au dernier album du groupe The Cure (« Songs of a Lost World »), cultivent un lien très proche à l’architecture comme symptôme de la désintégration du monde. On peut aussi penser à la musique expérimentale du groupe allemand Einstürzende Neubauten (Les nouveaux bâtiments qui s’effondrent), dont les premiers concerts cherchaient à exorciser les lieux de leurs contenus traumatiques avec une posture clairement adressée à l’architecture par le nom donné à leur série d’albums de compilation : Strategien gegen Architekturen (Stratégies contre l’architecture). Voire également le livre de Richard Davenport-Hines, Gothic: Four Hundred Years of Excess, Horror, Evil and Ruin, London, Fourth Estate, 1998, qui traite la qualification de “gothique” à travers un large éventail culturel.
[7] L’hantologie, notion reprise à Derrida par les critiques Simon Reynolds et Mark Fisher pour désigner un courant musical, est également associé au label anglais Ghost Box, ainsi qu’à des musiciens comme John Foxx, Philipe Jack, The Caretaker et Burial.
[8] Nicolas Nova, Persistance du merveilleux. Le petit peuple de nos machines, Paris, Premier Parallèle, 2024, ch. II « Rumeurs de revenants », pp. 47-69.
[9] Valentina Tanni, Vibes Lore Core, Esthétique de l’évasion numérique, Toulouse, Audimat éditions, 2025.
[10 ]Dans son ouvrage, Avery F. Gordon s’attache notamment à la hantise de l’esclavage aux États-Unis, grâce au roman de Toni Morrison, Beloved (1987). Parmi d’autres fantômes qu’elle convoque, se trouvent ceux de la dictature en Argentine à travers l’œuvre de Luisa Valenzuela Como en la guerra (1977). Ces histoires apparaissent comme des « troubles non résolus » grâce à l’expérience de la hantise que provoque les fantômes. Avery F. Gordon, Matières spectrales. Sociologie des fantômes, op. cit.
[11]On pense ici, notamment à l’œuvre plastique de l’artiste américain Mike Kelley, d’abord proche des milieux punks des années 1980, avant de développer un travail sur la culture populaire autour de la question des esprits et fantômes, notamment ceux des lieux de l’enfance qu’il met en scène dans Education Complex.
[12]Parmi d’autres, et à titre d’exemple, le travail sur les fantômes de la guerre états-unienne au Viêt-Nam de Heonik Kwon : en effet, les morts qui n’avaient pas trouvé de sépulture durant le conflit, hantent les vivants afin de recevoir des funérailles. Heonik Kwon, Ghosts of War in Vietnam, Cambridge, Cambridge University Press, 2008.
[13] On peut penser aux démarches explicitement politiques de Forensic Architecture, et de manière plus générale aux espaces hantés par des projets coloniaux toujours en cours ou qui peuvent continuer de s’exprimer malgré les indépendances acquises par les revendications décoloniales. Voire notamment le numéro thématique « Faire avec ou défaire les espaces de l’héritage colonial ? » par Céline Barrère, Muriel Girard et Barbara Morovich, Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, no 23, 2025 ; ou encore : Zerrin Özlem Biner, States of Dispossession : Violence and Precarious Coexistence in Southeast Turkey, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2020.
[14] En référence au travail de Pierre Nora qui forge le concept de « lieux de mémoire » dans les années 1980 qu’on pourrait résumer par des supports (matériels ou non) qui portent et où agit une mémoire collective du passé dans le but de diffuser et de faire perdurer une histoire.
[15] On pense notamment ici à la différence entre la France et le Royaume-Uni : sur le continent, la restauration (parfois plutôt de l’ordre de la reconstruction des ruines) est de mise, alors qu’Outre-Manche, John Ruskin a imprimé un tout autre imaginaire quant à la conservation des restes du passé. Assimilés à des corps, les bâtiments ont le droit de mourir, de se dissoudre, alors que la restauration, tel qu’elle est pratiquée en France, est pour lui un mensonge. Ruskin préfère en effet laisser venir le « jour fatal » du bâtiment qui ne laissera « aucun substitut déshonorant et faux le priver de l’office funèbre de la mémoire ». J. RUSKIN, Les Sept lampes de l’architecture (1849), B. Coste (trad.), Paris, Michel Houdiard Éditeur, 2011, p. 211-212.
[16] Alois Riegl, Le culte moderne des monuments : son essence et sa genèse (1903), Daniel Wieczorek et Françoise Choay (trad.), Paris, Éd. du Seuil, 2013.
[17] Michel de Certeau et Luce Giard disait en 1994 que les revenants (les immeubles parisiens qui ont survécu « dans le quadrillage des panificateurs et fonctionnalistes ») « [sont] exorcisé[s] sous le nom de ’patrimoine’ ». Toutefois d’après les auteur·ices, l’exorcisme semble échouer à contenir ces revenants qui « débordent […] ; ils possèdent les lieux, alors qu’on croit les avoir enfermés ». Michel de Certeau, Luce Giard et Pierre Mayol, L’invention du quotidien II. Habiter, cuisiner, Paris, Gallimard, 1994, pp. 189-201.
[18] Magali Molinié, « Faire les morts féconds », Terrain, 62, 2014, pp. 70-81 ; Vinciane Despret, Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent, Paris, La Découverte, 2015 et Les morts à l’œuvre, Paris, La Découverte, 2023.
[19] Dans le dernier chapitre de son ouvrage Vivre avec le trouble, Donna Haraway livre les « histoires de Camille. Les enfants du compost » dans lesquelles elle imagine un personnage, Camille, qui rend hommage aux papillons monarques en train de disparaître d’abord, puis disparu ensuite, par une hybridation génétique avec cette espèce. Il s’agit de fusionner avec l’espèce dont la disparition est inéluctable afin qu’elle perdure dans le génome humain ainsi modifié. Les Camilles qui se succèdent au fil de génération et possédant cet ADN spécifique, se transmettent la Voix des Morts. L’une des missions qui leur est confiée est de reproduire la migration annuelle des monarques depuis les États-Unis jusqu’au Mexique, pays dans lequel ils arrivent au moment de la fête de mort. Le monarque se trouve ainsi conservé, de manière spectrale, au sein de l’ADN humain dont l’apparence physique et les comportements sont conséquemment modifiés. Donna Haraway, Vivre avec le trouble (2016), Vivien García (trad.), Vaulx-en-Velin, Éditions des mondes à faire, 2020, pp. 287-246.
[20] Jean-Louis Tornatore, Ouvrir le chemin du chagrin. Après le patrimoine, op. cit.. Dans cet ouvrage, Tornatore emprunte l’expression à Donna Haraway afin d’interroger l’élargissement du patrimoine au monde terrestre réfutant que la notion même puisse être une « réponse capable de se mesurer aux forces humaines et autres qu’humaines qui concourent à la dévastation de la Terre » (p. 12). L’auteur nous invite ainsi à « ouvrir » ce chemin pour « prendre soin des espèces disparues, leur faire une place, surtout ne pas les oublier, ne pas leur dresser des monuments qui nous les feraient oublier » (p. 51). Voir également à ce sujet le récent ouvrage de Paul Landauer : Post-démolition. L’architecture face aux nouvelles ruines (Paris, Building Books, 2025) qui, dans les derniers chapitres, cherche à réactiver différents rituels de démantèlement là où nous n’avons aujourd’hui plus que des rituels d’inauguration.
[21] Caitlin DeSilvey, Curated Decay. Heritage beyond Saving, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2017. Dans cette ouvrage, l’autrice met en avant l’importance des vivants autres qu’humain qui s’installent dans les ruines grâce à la passivité humaine. Une qualité qu’elle souligne dans un autre moment de déclin : celui de l’extinction de la biodiversité. Voir également à ce sujet : Thom Van Dooren, En plein vol : vivre et mourir au seuil de l’extinction (2016), M. Schaffner (trad.), Marseille, France, Wildproject, 2021.
[22] Emmanuel Bonnet, Diego Landivar, Alexandre Monnin, Héritage et fermeture, Paris, éditions divergences, 2021 et Alexandre Monnin, Politiser le renoncement, Paris, éditions divergences, 2023.
[23] Svetlana Boym, The future of nostalgia, New York, Éditions Basic Books, 2002. Dans ce livre, la nostalgie cesse d’être une notion uniquement négative pour donner lieu, sous certaines conditions, à une réflexivité susceptible de renouveler le présent. De façon similaire, on retrouve dans Spectres de ma vie de Mark Fisher (op. cit.) une compréhension plus complexe et moins négative de la nostalgie.
[24] Les infrastructures, plus que tout édifice architectural, sont emplies par ce spectre de la modernité. Elles contiennent tout son idéal d’unité et de totalité, le spectre d’un passé qui ne s’est pas réalisé comme il avait été imaginé. Et si les infrastructures sont critiquées aujourd’hui, c’est précisément pour leur propension à incarner ces idéaux passés tout en suggérant le risque de leur renaissance. A l’inverse de l’infrastructure qui est unitaire, l’édifice architectural est fragmentaire. De l’utopie de la modernité, il ne propose qu’un souffle plus faible. Ses spectres seront également plus diffus. En réponse, la lecture spectrale nous suggère de faire attention aux choses dont la présence n’est pas totale, aux expressions contradictoires ou paradoxales, afin de révéler les effets négatifs voire désastreux de l’architecture, autant que les potentielles forces d’émancipation tenues en suspens.
[25] Eugène Viollet-le-Duc, « Première apparition de Villard de Honnecourt, architecte du XIIIe siècle », Gazette des beaux-arts, vol. 1, 1859, p. 286-295 ; « Deuxième apparition de Villard de Honnecourt, à propos de la renaissance des arts », Gazette des beaux-arts, vol. 5, 1860, p. 24-31. Ce dialogue entre les deux architectes renforce la démarche de Viollet-le-Duc qui, alors qu’il publie son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, cherche non seulement à compiler les connaissances accumulées sur le bâti médiéval, mais aussi à fournir une méthode de projet qui s’appuie sur les manières de concevoir et les formes passées. Aussi, en France, le geste de patrimonialisation du XIXe siècle se trouve mis au service d’un récit historique et nationaliste (l’architecture gothique est revendiquée comme française) duquel doit émerger une architecture propre au siècle de l’industrie. Bérénice Gaussuin, Recueillir les fruits du passé. Le Dictionnaire raisonné d’Eugène Viollet-le-Duc, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, à paraître. Notons néanmoins que Viollet-le-Duc réfute le fait que l’apparition soit celle d’un fantôme car, l’être qui se trouve à discuter avec lui un soir dans son bureau parle « avec un accent picard prononcé (or, jamais un revenant ne prend l’accent picard) » (p. 287). Le récit est d’autant plus troublant que Villard de Honnecourt visite Viollet-le-Duc après le décès de Jean-Baptiste Lassus, son acolyte lors de la restauration de Notre-Dame de Paris, qui travaillait à la publication du carnet de dessin de l’architecte du Moyen-Âge. Voire à ce sujet : Martin BRESSANI, Architecture and the Historical Imagination: Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, 1814-1879, Burlington, Hashgate, 2014, pp. 344-345.
[26] Dans Aldo Rossi, architecte du suspens, en quête du temps propre de l’architecture, Genève, éd. Métispresses, 2016, Can Onaner insiste sur le rôle de la typologie chez Rossi comme système de formes répétées, arrachées à leur contexte historique pour être recomposées dans des projets nouveaux. Les typologies rossiennes sont des formes mortes, détachées de leur fonction, et qui cependant “reviennent”. Elles font apparaître les absents, réaniment des formes anciennes, et suspendent le présent entre plusieurs régimes de temporalité. Elles sont à la fois mortes et vivantes : ce sont des spectres au sens fort.
"Everything that exists is possible only on the basis of a whole series of absences that precede and surround it"[1].
"In fact, ghosts are characteristically attached to the events, things, and places that first produced them; by nature, they are persistent reminders of unresolved disturbances"[2].
Argument
Architecture and infrastructure are inhabited by specters, which are traces of what has been, what could have been, or what may one day come to be. We propose to read them through the lens of these specters by paying as much attention to absences as to presences. This symptomatic[3] approach encourages a focus on manifestations of projects, narratives, buildings, and infrastructures that have been imperfectly forgotten[4].
Our time asks us to think about repair before construction. Our attention is directed toward what is vulnerable, to care for wounds—those of the living as well as those of buildings. Today, we accept the negativity of destruction and abandonment before envisioning the positive act of the project. The principle of obsolescence is now integrated; our sensitivity to traces is sharper than ever. The risk of this reparative gaze lies in healing wounds without questioning them, covering traces without understanding them. Beyond visible traces and wounds, there exist negative, invisible, and spectral architectures and infrastructures: a disappeared building that leaves no trace but whose ghostly image persists; a building that contains the specters of other vanished buildings and lives; architecture whose construction never took place except in the imagination of architects and their discipline.
How can we designate these negative architectures and infrastructures when they are not visible or expressed as clearly as a destroyed work? How can we heal or repair where symptoms have not been diagnosed, where they have been suppressed or forgotten? How can we act when our attention to the vulnerability of buildings and their inhabitants provides no clear signs, but manifests in ambiguous, sometimes contradictory, ways?
One can say that an architecture is spectral under certain conditions. These conditions imply different definitions of the notion of a specter in relation to architecture. We have chosen to distinguish four, which we propose as research avenues for these study days: (1) where architecture is the support of a collective imagination haunted by specters, ghosts, and other revenants, constituting an aesthetic register comparable to other arts, such as literature, cinema, or music, and serving as a spectral technical and cultural device, akin to spirit photography or liminal spaces on the internet, to reveal or record forms of revenance; (2) where, as material edifices, architecture and infrastructure contain the specters of events (often traumatic) of which they were the framework, sometimes the instrument, and thus may become the support of testimonies; (3) where inherited architecture and infrastructure are no longer solely patrimonialized but call for a process of mourning and acceptance of specters, opening the way to a new relationship to heritage understood, notably, as negative commons; (4) where, as a profession and discipline with a charged history, architecture is haunted by its own past—including the persistent history of modernity and its multiple nostalgic returns—and yet continues to seek to make projects from its specters.
1. Hauntology: the Aesthetic Register and Mediums of Haunting
The first avenue is to follow the notion of hauntology, conceived by Jacques Derrida and taken up by Mark Fisher, which designates a particular aesthetic register encompassing literature, cinema, audiovisual productions, and music.[5] Architecture, as a cultural field, is omnipresent within these creative domains. But how should it be designated? Does it correspond to a style, like post-punk or gothic music whose architectural expressions might be traced?[6] Does it derive from a specific atmospheric quality of places, an architectural suspense whose aesthetic rules must be revealed? Or is it akin to approaches aiming to revisit past creations to extract spectral images, similar to the musical current of hauntology?[7]
The capacity to haunt has always depended on specific mediums and techniques. Magical rituals could serve to embody deceased ancestors or manifest supernatural forces such as demons or angels. Painting and writing were used to reveal the invisible, to make real what had disappeared or had yet to appear. Technologies such as photography and cinema, however, radicalized this capacity by making spectral effects more immediate, before radio, television, and later digital media incorporated them into everyday life[8]. Specters thus appeared to us in family settings, without any ritual or artistic act calling them, and without anyone having the critical distance to apprehend the haunting. With the advent of the internet and the intensification of social media use, new modes of haunting arise, infiltrating daily life, both indoors and outdoors, from the intimacy of a bedroom to the city’s large infrastructures.
Here, the goal is to constitute a corpus of projects, architectures, infrastructures, or more broadly, places responding to the aesthetic dimension of hauntology, in connection with other fields of artistic production. This corpus can also be approached from the perspective of hauntological mediums and techniques, questioning how architecture or infrastructure can themselves constitute a device of haunting—whether it operates in the ghostly atmosphere of neo-Gothic architecture, in spaces favored by contemporary “goths,” in nineteenth-century “spirit” photography, or in video games and new haunted spaces such as liminal spaces and backrooms on the internet.[9]
2. Haunted Places: Architecture and Infrastructure as Symptom
The second avenue explores places with ghostly presences that provoke unsettling experiences.[10] These may involve individual childhood or adolescent ghosts revealed through architectural staging[11], or exorcism processes related to collective or geopolitical traumatic events[12]. Infrastructure and architecture, through their material objects and spaces, as well as their visual archives and theoretical narratives, contain specters whose symptoms we can seek, recognizing their haunting where it exceeds the space allocated to it.[13]
A key lesson of spectrality is to focus on what is not fully visible, to attune to what is fleeting, nearly imperceptible, to paradoxical presences discernible in the way they evade our senses. That which haunts us does not reveal itself easily, and its meaning is never transparently or durably acquired. The specter always eludes. Methodologically, this entails reading weak symptoms rather than seeking strong symbols. The corpus here would comprise places where events have left marks on individual and collective memories—not so-called “lieux de mémoire”
(memorial sites[14]), but spaces where traces of the event are barely visible, where monuments have not intervened to identify the history to be remembered, and where troubling symptoms have not been entirely erased nor covered by reassuring symbols.
3. Mourning: Inheriting Without Heritage
The third avenue seeks approaches that deal with inherited architectures and infrastructures outside or alongside traditional heritage conservation. In nineteenth-century Europe, as the notion of heritage emerged, different ways of inheriting these remnants appeared[15]. They shared, however, in their institutional dimension, the establishment of a valuation of objects[16]: some were deemed worthy of attention (for historical, aesthetic, ideological reasons, etc.), others not. The expansion of the heritage field integrated everyday objects, yet the focus remained largely on castles or cathedrals, later transferred to mills or factories. Thus, heritage, as a regime of exceptionality and sacrality, limits relations to now-protected things, controls access to ensure their conservation, and drives away ghosts[17].
Connecting with things, like with beings, means attuning to other forms of existence, including spectral ones[18]. But how can one connect with things (or beings) that are disappearing or have already disappeared[19]? Patrimonialization was one answer, both for species and spaces—a response we aim to surpass here by opening a path for grief[20] that could make room for the dead, for what they have to communicate, potentially allowing care beyond heroic rescue stances toward declining buildings, infrastructures, or territories[21]. This hypothesis involves multiple relations to ruins and remnants, which assert themselves as a project (not merely a romantic spectacle): ruination may result from our passivity or, alternatively, be actively enacted. In the latter case, renunciation[22] is considered a form of inheritance. Since heritage selects what it wishes to preserve, we inherit everything, including negative commons, whose specters haunt our daily lives.
The corpus we wish to assemble would consist of remnants engaging narratives and relations to ordinary things (architectures, infrastructures, territories) that disappear or persist despite our refusal to inherit them. The invoked narratives will allow the sharing of practices (ritual, funerary) that accompany the becoming specter of things. Specters are of several orders: those we wish to make exist otherwise despite disappearance (ongoing or completed), and those whose presence is undesired yet persists, from which we seek release.
4. Reflexive Nostalgias: The Specter as Project
The fourth focus concerns the specters of architecture in the act of its own creation. Architecture has largely reinvented itself throughout history by invoking a hidden or buried past, presenting the possibility of being reanimated or updated. This could involve the psyche of its creators, a significant social or political event, an urban morphological condition, or a subtle material singularity. One might even argue that no invention has ever been detached from a past, present in spectral form and itself reinvented. Architecture, in this sense, has always been inhabited by specters from its own history, as well as the histories of those who desired, built, inhabited, or destroyed it. Many authors call upon forgotten projects within the discipline, striving to make them resurface. This practice entails embracing nostalgia for a fantasized past. Here, the aim is to analyze the creative mechanisms of different forms of nostalgia based on imagining missing or forgotten architecture, pursued through a simultaneously retrospective and creative quest.
We will attempt to analyze several types of nostalgia, following reflections by Svetlana Boym[23]. First, nostalgia for modernity, the specters of an ideal where architecture paradoxically combines social progress utopias and the destruction of the material world[24]. Second, patrimonialization as the reverse of the modern project, conserving an idealized past that may lead to reproducing a style or specific fashion updated contemporarily. For example, when the architect Eugène Viollet-le-Duc invokes the specter of his thirteenth-century predecessor Villard de Honnecourt[25], it is to legitimize himself within a lineage forgotten before the nineteenth century and the Gothic architectural revival. Finally, psychological nostalgia: the melancholic reproduction of a singular language in which the author defines or creates their own lack, attempting to fill it through a particular creative quest, as exemplified in Aldo Rossi[26]. Between historical analysis, aesthetic reading, and psychological decryption of the creative process, this section’s corpus allows questioning the possibility for the architect to make projects with their specters, whether drawn from architectural history, broader cultural history, or the biography of the authors.
Submission guidelines
Responses to the call for papers may emerge from various disciplines and should position themselves primarily in one of the four research avenues while referencing the other three. Submissions should outline potential case studies and the stakes of the proposal. Proposals may be written in French or English. Expectations are a title (100 characters max) ; a subtitle (150 characters max) ; author’s information (Name, Surname, University affiliation, email address) ; short biography (150 words max) ; an abstract of 1,000 words max ; 3 keywords and 3 bibliographic references.
Submissions should be sent to: spectres.architecture@gmail.com.
before 15 December 2025.
They will be selected by the scientific and organizing committees to be presented at two study days organized by EVCAU and LIAT, held at ENSA Paris Malaquais-PSL and ENSA Paris-Val de Seine. Presentations may be in French or English.
Schedule
- October 2025: Distribution of the call for contribution
- 15 December 2025: Deadline for submission of abstracts
- Mid-February 2026: Notification of accepted proposals
- 20–21 May 2026: Study days at ENSA Paris-Val de Seine and ENSA Paris-Malaquais
Organizing Committee
- Gilles Delalex, Professor (ENSAPM – LIAT)
- Bérénice Gaussuin, Associate Professor (ENSAPM – LIAT) Can Onaner, Professor (ENSAPVS – EVCAU)
Scientific Committee
- Marie Artuphel, Associate Professor (ENSAPM – LIAT)
- Marion Howa, Associate Professor (ENSAPVS – CRH LAVUE)
- Muriel Girard, Professor (ENSAM – INAMA)
- Fanny Lopez, Professor (ENSAPM – LIAT)
- Mathieu Mercuriali, Professor (ENSA Paris-Val de Seine, EVCAU)
- Léa Mosconi, Associate Professor (ENSAPB – IPRAUS)
- Carmen Popescu, Professor (ENSAPVS – CRH LAVUE)
- Mathilde Sari, Contract Lecturer (ENSA de Bretagne)
- David Serero, Associate Professor (ENSAPVS – EVCAU)
- Jean-Louis Tornatore, Professor Emeritus (University of Burgundy, LIR3S)
- Dimitri Toubanos, Associate Professor (ENSAPVS – EVCAU)
Notes
[1]Mark Fisher, Spectres de ma vie, Écrits sur la dépression et les futurs perdus (2014), Paris, Genève, Entremonde, 2021, p. 31.
[2]Avery F. Gordon, Matières spectrales. Sociologie des fantômes (1997), Montreuil, B42, 2024, p. 16.
[3]Reference is made to the “symptomatic reading” in Louis Althusser, Pour Marx (1965), éd. La découverte, 2005 ; Écrits sur la psychanalyse, Freud et Lacan, éd. Stock, 1993.
[4]In his book La voix des fantômes. Quand débordent les morts (Paris, Seuil, 2024), Grégory Delaplace invites a thought experiment in which funerary rites “place” the dead in the anonymity of oblivion or remembrance. Yet, the dead sometimes exceed the space allotted to them, haunting the living who must understand what has not been properly enacted to stop their ancestors from tormenting them.
[5]Referring to Derrida, Fisher proposes two temporal readings of hauntology: “The first refers to what no longer exists (concretely), yet remains effective as virtuality (the traumatic ‘compulsion to repeat,’ a fatal disposition). The second meaning of hauntology pertains to what has not yet occurred (in fact), but is already effective in the virtual (an attractor, an anticipation conditioning current behavior).” Mark Fisher, Spectres de ma vie, op. cit., p. 32; Jacques Derrida, Spectres de Marx (1993), Paris, Seuil, 2024. One may also consider the film Ghost Dance by Ken MacMullen (1983), which gives voice to Jacques Derrida ten years before the publication of Spectres de Marx. The film follows two women, played by Pascale Ogier and Léonie Mellinger, in Paris and London, who become urban supports for the projection of subjective specters.
[6]The musical movement and Gothic aesthetics—from the English neo-Gothic romanticism of the 18th century to the latest album of The Cure (Songs of a Lost World)—cultivate a close link to architecture as a symptom of world disintegration. One may also consider the experimental music of the German band Einstürzende Neubauten (“The Collapsing New Buildings”), whose early concerts sought to exorcise spaces from their traumatic contents, explicitly addressing architecture through their compilation albums titled Strategien gegen Architekturen (“Strategies Against Architecture”). See also Richard Davenport-Hines, Gothic: Four Hundred Years of Excess, Horror, Evil and Ruin, London, Fourth Estate, 1998, exploring the “Gothic” qualification across a broad cultural spectrum.
[7]Hauntology, a notion taken up from Derrida by critics Simon Reynolds and Mark Fisher to designate a musical current, is also associated with the English label Ghost Box and musicians such as John Foxx, Philipe Jack, The Caretaker, and Burial.
[8]Nicolas Nova, Persistance du merveilleux. Le petit peuple de nos machines, Paris, Premier Parallèle, 2024, ch. II « Rumeurs de revenants », pp. 47-69.
[9]Valentina Tanni, Vibes Lore Core, Esthétique de l'évasion numérique, Toulouse, Audimat éditions, 2025.
[10]In her work, Avery F. Gordon focuses in particular on the haunting of slavery in the United States through Toni Morrison’s novel Beloved (1987). Among other ghosts she evokes are those of the dictatorship in Argentina via Luisa Valenzuela’s Como en la guerra (1977). These stories appear as “unresolved disturbances” through the haunting experience provoked by ghosts. Avery F. Gordon, Spectral Matters, op. cit.
[11]Notably, the work of American artist Mike Kelley, initially connected to punk circles in the 1980s, later develops around popular culture and questions of spirits and ghosts, particularly those of childhood spaces staged in Education Complex.
[12]Among other examples, Heonik Kwon’s work on ghosts of the U.S. war in Vietnam shows how the dead, lacking proper burial during the conflict, haunt the living to receive funerals. Heonik Kwon, Ghosts of War in Vietnam, Cambridge, Cambridge University Press, 2008.
[13]Explicitly political approaches such as Forensic Architecture, and more generally spaces haunted by ongoing colonial projects or post-independence legacies, are also relevant. See notably the thematic issue « Faire avec ou défaire les espaces de l’héritage colonial ? » by Céline Barrère, Muriel Girard, and Barbara Morovich, Cahiers de la Recherche Architecturale, Urbaine et Paysagère, no. 23, 2025 ; or Zerrin Özlem Biner, States of Dispossession : Violence and Precarious Coexistence in Southeast Turkey, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2020.
[14]Referencing Pierre Nora’s work that coined the concept of “lieux de mémoire” in the 1980s: these are supports (material or immaterial) carrying and where a collective memory of the past acts to disseminate and preserve history.
[15]A contrast can be drawn between France and the United Kingdom: on the continent, restoration (often reconstruction of ruins) prevails, while in Britain, John Ruskin envisioned a different approach to conserving remnants of the past. Buildings, akin to bodies, have the right to die and dissolve, whereas restoration, as practiced in France, constitutes a deception. Ruskin preferred to let the “fatal day” come for a building, leaving “no dishonorable or false substitute to deprive it of the funeral office of memory.” J. Ruskin, The Seven Lamps of Architecture (1849), B. Coste (trans.), Paris, Michel Houdiard Éditeur, 2011, pp. 211–212.
[16]Alois Riegl, Le culte moderne des monuments : son essence et sa genèse (1903), Daniel Wieczorek et Françoise Choay (trad.), Paris, Éd. du Seuil, 2013.
[17]Michel de Certeau and Luce Giard (1994) noted that Parisian revenants (buildings surviving “within the grid of planners and functionalists”) “[are] exorcised under the name of ‘heritage’.” Yet, the authors argue, this exorcism fails to contain these revenants, who “overflow […]; they possess spaces even when believed confined.” Michel de Certeau, Luce Giard, and Pierre Mayol, L’invention du quotidien II. Habiter, cuisiner, Paris, Gallimard, 1994, pp. 189-201.
[18]Magali Molinié, “Faire les morts féconds,” Terrain, 62, 2014, pp. 70–81; Vinciane Despret, Au bonheur des morts: Récits de ceux qui restent, Paris, La Découverte, 2015; Les morts à l’œuvre, Paris, La Découverte, 2023.
[19]In the final chapter of Staying with Trouble, Donna Haraway presents “Stories of Camille: The Children of Compost,” imagining a character, Camille, who honors disappearing (and then gone) monarch butterflies by hybridizing genetically with the species. Successive Camilles carry this DNA, transmitting the Voice of the Dead. One mission is to reproduce the monarchs’ annual migration from the U.S. to Mexico, arriving there during the Day of the Dead. The monarch is thus preserved spectrally within human DNA, whose physical appearance and behavior are consequently altered. Donna Haraway, Vivre avec le trouble (2016), Vivien García (trad.), Vaulx-en-Velin, Éditions des mondes à faire, 2020, pp. 287-246.
[20]Jean-Louis Tornatore, Ouvrir le chemin du chagrin. Après le patrimoine, op. cit. Tornatore borrows Haraway’s expression to question extending heritage to the terrestrial world, arguing the notion cannot fully respond to “human and other-than-human forces contributing to the Earth’s devastation” (p. 12). He calls to “open” this path to “care for extinct species, make them a place, never forget them, never erect monuments that would make us forget them” (p. 51). See also Paul Landauer's recent book on this subject: Post-démolition. L’architecture face aux nouvelles ruines (Paris, Building Books, 2025), which, in its final chapters, seeks to revive various rituals of dismantling where today we have only rituals of inauguration.
[21]Caitlin DeSilvey, Curated Decay: Heritage Beyond Saving, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2017, highlights the role of non-human living beings inhabiting ruins due to human passivity, a quality also relevant to biodiversity decline. See also Thom Van Dooren, En plein vol : vivre et mourir au seuil de l’extinction (2016), M. Schaffner (trans.), Marseille, France, Wildproject, 2021.
[22]Emmanuel Bonnet, Diego Landivar, Alexandre Monnin, Héritage et fermeture, Paris, éditions divergences, 2021 et Alexandre Monnin, Politiser le renoncement, Paris, éditions divergences, 2023.
[23]Svetlana Boym, The Future of Nostalgia, 2002, New York, Basic Books. Here, nostalgia ceases to be purely negative, allowing reflexivity to potentially renew the present. Similarly, Mark Fisher, Spectres de ma vie, op. cit., offers a more complex, less negative understanding of nostalgia.
[24]Infrastructures, more than architectural buildings, are imbued with the specter of modernity, containing its ideals of unity and totality—the specter of a past unrealized as imagined. Criticism today often targets infrastructures precisely for embodying past ideals while suggesting the risk of their revival. Unlike infrastructure, which is unitary, architectural buildings are fragmentary; the utopia of modernity offers only a weaker breath, with specters more diffuse. Spectral reading suggests attention to partially present things, contradictory or paradoxical. Spectral reading suggests attention to partially present things, contradictory or paradoxical expressions, in order to reveal both the potentially negative or disastrous effects of architecture, as well as the latent forces of emancipation it may contain.
[25]Eugène Viollet-le-Duc « Première apparition de Villard de Honnecourt, architecte du XIIIe siècle », Gazette des beaux-arts, vol. 1, 1859, p. 286-295 and « Deuxième apparition de Villard de Honnecourt, à propos de la renaissance des arts », Gazette des beaux-arts, vol. 5, 1860, p. 24-31. This dialogue between the two architects reinforces Viollet-le-Duc’s approach, who, while publishing his Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, seeks not only to compile accumulated knowledge of medieval construction, but also to provide a method of design based on past conceptions and forms. In France, 19th-century heritage gestures were thus instrumentalized to support a historical and nationalist narrative (Gothic architecture claimed as French), from which an industrial-age architecture was expected to emerge. Bérénice Gaussuin, Recueillir les fruits du passé. Le Dictionnaire raisonné d’Eugène Viollet-le-Duc, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, forthcoming. It is noteworthy, however, that Viollet-le-Duc rejects the notion that the apparition was a ghost, as the being conversing with him one evening in his office spoke “with a pronounced Picard accent (whereas no ghost would ever speak with a Picard accent)” (p. 287). The account is all the more striking as Villard de Honnecourt visits Viollet-le-Duc after the death of Jean-Baptiste Lassus, his collaborator on the restoration of Notre-Dame de Paris, who had been working on the publication of the architect’s drawing notebook. See also Martin Bressani, Architecture and the Historical Imagination: Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, 1814–1879, Burlington, Hashgate, 2014, pp. 344–345.
[26]In Aldo Rossi, architecte du suspens, en quête du temps propre de l’architecture, Geneva, Métispresses, 2016, Can Onaner emphasizes the role of typology in Rossi’s work as a system of repeated forms, removed from their historical context and recomposed in new projects. Rossi’s typologies are dead forms, detached from their function, yet they “return.” They make the absent appear, revive ancient forms, and suspend the present between multiple temporal regimes. They are simultaneously dead and alive: true specters.