HomeFirst ladies : une histoire globale du politique au féminin (XVIIe-XXIe siècles)
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Published on Thursday, November 13, 2025

Abstract

Le contraste est frappant entre la présence politique et médiatique des first ladies et leur relative invisibilité dans le champ scientifique. Cette journée voudrait considérer l’objet « premières dames » pour en tester l’intérêt heuristique afin d’enrichir notre compréhension de l’exercice genré du pouvoir mais aussi des représentations sociales du féminin et du masculin. Historiens, sociologues, politistes, juristes, historiens de l’art, spécialistes de communication, etc. sont invités à s’emparer de cet objet pluriel.

Announcement

Argumentaire

Les premières dames font l’objet d’une intense « peopolisation politique » témoignant d’une consommation accrue de leur image (Desterbecq, 2015). Elles suscitent régulièrement la une des magazines, de nombreux documentaires voire séries, des livres d’entretiens, des biographies individuelles ou collectives, d’inégale qualité, souvent produites par des journalistes (Bacharan et Simonnet, 2015 ; Ducret, 2011). De fait, elles occupent un espace politique bien réel mais malaisé à définir, du statut officiel des reines à celui officieux des épouses de présidents. Elles sont bien des « femmes en politique » (Achin et Lévêque, 2006). Elles disposent souvent d’un bureau, d’un cabinet, répondent à une abondante correspondance, jouent un rôle protocolaire de représentation notamment lors des visites et dîners d’État (la first lady est souvent désignée sous le nom de National Hostess aux États-Unis), s’attachent à des causes, tissent un réseau informel ou plus organisé de femmes de chefs d’État (comme ALMA – Alianza de cónyuges de jefes de estado y representantes), entretiennent leur mémoire à travers des fondations ou des musées (ainsi du National First Ladies Library & Museum ; Kitsch, 2020). Si elles existent d’abord en tant qu’« épouses de », elles tentent de trouver un équilibre fragile entre les logiques d’un couple au pouvoir, une affirmation de soi et les attentes de l’opinion publique. Le contraste est toutefois frappant entre cette présence politique et médiatique et la relative invisibilité scientifique des premières dames (Le Bras-Chopard, 2009). Une simple recherche dans les principaux moteurs de recherches bibliographiques est décevante, quand les biographies pourtant nombreuses d’hommes politiques laissent souvent leurs épouses dans l’ombre. On peut signaler toutefois le champ des Queenship studies dans le monde britannique (Woodacre, 2021) et des Presidential studies (Watson, 2003) dans le monde nord-américain.

L’objectif de cette première journée d’études est Nantes Université est de tester l’« objet » scientifique First Ladies, non seulement dans une perspective propre à l’histoire des femmes (visant à les rendre « visibles » et à faire entendre leur « voix »), mais également dans celle d’une histoire et une sociologie plus générales de l’exercice genré du pouvoir politique sur la longue durée.

Les approches possibles sont nombreuses. On peut travailler dans une perspective biographique centrée sur telle première dame et sa (non-)participation au pouvoir (Vial, 2004). La carrière des first ladies, qu’il conviendrait d’analyser, les conduit parfois à accéder elles-mêmes à la tête de l’État (Isabel Martínez de Perón et Cristina Fernández de Kirchner furent présidentes de l’Argentine ; Xiomara Castro, épouse de Manuel Zelaya, est la présidente élue du Honduras). Une approche prosopographique permettrait quant à elle de dessiner des portraits-type de première dame et leurs évolutions (par exemple quant à leur niveau d’éducation : voir The American Presidency Project). On peut aussi privilégier une approche du couple au pouvoir (Couples en politique, 2019) et réfléchir sur le partage des tâches (jusqu’à être coprésidente, et plus seulement vice-présidente, dans le cas de Rosario Murillo, l’épouse de Daniel Ortegua au Nicaragua), sur la manière dont l’espace investi par la première dame contribue à la politique de son époux, voire comment une même carrière est portée par deux personnes (Fellegi et al., 2023). On peut envisager différentes séquences, et notamment le rôle de la future première dame dans l’apprentissage du pouvoir (princesses, épouses de l’héritier du trône) ou la conquête électorale où s’élaborent des mises en récit extrêmement riches (Restier-Melleray, 2005). On peut s’intéresser, dans la perspective d’une histoire du travail politique, au « métier » (Demazière et Le Lidec, 2014) de première dame (agenda, visites, correspondance) en mettant en valeur le rôle de ses entourages (secrétaires, conseillers) comme cela a été fait, surtout au masculin (Les entourages, 2009 ; Eymeri-Douzans et al., 2015). La communication de la première dame est aussi un angle prometteur : l’étude des médias – couverture des magazines, presse, TV… (Chenu, 2005 ; Coulomb-Gully, 2012) – et des réseaux sociaux permettrait, entre autres sources, de contribuer à une sociologie de la réputation étudiée par les Celebrity studies (Berkeley, 2013, sur Jackie Kennedy ; Hood, 2015, sur Peng Liyuan, épouse de Xi Jinping). Les first ladies inspirent aussi de nombreuses représentations littéraires, musicales ou cinématographiques (ainsi d’Eva Perón, en Argentine, ou de The Crown, sur la famille royale britannique).

Elles disposent certes d’une agency mais dans un espace fortement contraint qu’il convient d’observer finement en fonction des contextes historiques, des types de pouvoir, des modes de régulation sociale. Un rôle culturel ou humanitaire est souvent attendu d’elles ; est-ce une manière supplémentaire de confiner les femmes hors d’un espace politique pensé et exercé au masculin (Sineau, 2011) ? Ces rôles seconds semblent s’imposer à elles quel que soit le régime politique, assistantiel, ou le substrat religieux, renvoyant au care fréquemment associé à une vertu qui serait féminine, mais aussi bien à la fonction évergétique du pouvoir. Peut-on parler d’un processus historique de féminisation du don, la première dame se trouvant chargée de répondre à l’attente de secours comme de susciter une émulation philanthropique (Messiant et marchal, 2004) ? Le courrier reçu par les premières dames – étudié pour les présidents Sarkozy et Hollande (Fretel et Offerlé, 2021) – et généralement bien conservé, de même que les visites nombreuses aux associations ou hôpitaux, documentées par leurs propres archives, fournissent des sources assez aisées d’accès (Archives nationales de France, série AG). Quelle géopolitique dessinent leurs voyages à l’étranger et les réceptions de chefs d’État (L’inventaire de la présidence de Valéry Giscard d’Estaing recense ainsi tous les voyages d’Anne-Aymone, ainsi que les dossiers préparatoires, qu’il conviendrait de croiser avec les archives des postes diplomatiques conservées à Nantes) ? Comment investissent-elles des rôles plus directement politiques (Cécilia Sarkozy et l’affaire des infirmières bulgares, le programme alimentaire de Michelle Obama dans les écoles) ou au contraire s’en affranchissent-elles (en semblant refuser la fonction comme Melania Trump, en poursuivant leur propre carrière de journaliste comme Valérie Trierweiler) ? Comment un tel rôle s’incrit-il dans les trajectoires propres de femmes souvent éduquées et actives par ailleurs (Coto-Rivel, 2021) ? Contribuent-elles même à fragiliser le pouvoir, par leurs initiatives personnelles ou leur liberté sexuelle (Princesse Diana) ?

À côté des épouses légitimes, il est nécessaire de considérer aussi les maîtresses dans une approche croisée des femmes qui gravitent à la Cour autour du souverain (Kolk et Wilson-Chevalier, 2018 ; Garrigues, 2019 ; Mensch, 2024). Elles prêtent davantage le flanc aux campagnes hostiles et, à travers elles, c’est le pouvoir masculin qui peut être visé, de la comtesse du Barry, « catin » toute désignée pour atteindre Louis XV qui s’en prend aux parlements, à Julie Gayet qui achève de ridiculiser François Hollande, le « président normal » qui circule en scooter dans Paris (Adams, 2020 ; Waresquiel, 2023 ; Matonti, 2014). Le first ladies bashing mériterait toute l’attention du socio-historien du politique, peut-être en mettant en évidence un « syndrome Marie-Antoinette » redouté de tous/toutes jusqu’à Brigitte Macron lors de la crise des Gilets jaunes.

Deux prolongements pourraient par ailleurs être envisagés. L’on pourrait élargir sociologiquement la notion de première dame pour considérer aussi bien les épouses des membres non-régnants au sein des familles royales (ou dictatoriales) que les épouses de présidentiables ou de ministres pour réfléchir à l’exercice et à la représentation du pouvoir à différentes échelles, tout en maintenant la focale, au moins dans un premier temps, sur les strates supérieures du pouvoir (Ferrier-Viaud, 2022 ; Dasque, 2025 ; de Singly, Chaland, 2002). L’autre prolongement est plutôt un renversement de genre : quand le premier rôle est exercé par une femme, qu’en est-il de son compagnon (voire de sa compagne) ? Les mêmes contraintes pèsent-elles sur lui, l’opinion est-elle aussi avide de son image, leur relation est-elle désexualisée ? Peut-on aussi interroger l’absence, absence de première dame ou de premier homme (Maupeu, 2004) ? Qu’est-ce que ces configurations nous disent de l’ordre des sexes en politique à l’âge contemporain (Matonti, 2017) ? Quels liens celui-ci entretient-il avec le système d’ancien régime (Cosandey, 2000) ?

Cette première journée vise ainsi à brasser large afin de réunir chercheuses et chercheurs de toutes disciplines intéressés par ce nouvel objet de recherches qui pourrait donner lieu à un programme ambitieux. Aucun espace géographique n’est exclu et la dimension comparée/globale aura toute sa place à côté des approches plus nationales/locales. Pour ne pas élargir démesurément le champ, on privilégiera les mondes contemporains (19e-21e s.) sans négliger les mondes modernes (17e-18e s.) qui forment assurément l’archéologie des pratiques, des représentations, des ambitions et des rejets avec laquelle doivent composer les first ladies des sociétés démocratiques, monarchiques et dictatoriales post-révolutionnaires. Cette chronologie souple et cette géographie ample permettront d’interroger les continuités/discontinuités institutionnelles et culturelles de l’exercice genré du pouvoir.

Modalités de contribution

Les propositions de communication sont à transmettre avant le 15 décembre 2025 (il est possible bien sûr de discuter préalablement du sujet). Elles comprendront un titre et un résumé en français ou en anglais. Une réponse sera donnée au plus tard le 15 janvier.

Contacts : Pr. Matthieu Brejon, CRHIA – Centre de recherches en histoire internationale et atlantique matthieu.brejon@univ-nantes.fr et Pr. Aurélie Godet, CRINI – Centre de Recherche sur les Identités, les Nations et l’Interculturalité aurelie.Godet@univ-nantes.fr

La journée d’études se tiendra à Nantes Université le vendredi 29 mai 2026. Les frais pourront être au moins partiellement pris en charge par les organisateurs. 

Comité scientifique

  • Matthieu Bréjon
  • Sergio Coto-Rivel
  • Aurélie Godet
  • Nathalie Grande
  • Céline Pauthier

Bibliographie

Achin, Catherine, Lévêque, Sandrine, Femmes en politique, Paris, La Découverte, 2006.

Adams, Christine, Adams, Tracy, The Creation of the Royal Mistress, from Agnès Sorel to Madame Du Barry, Pennsylvania State University Press, 2020.

American Presidency Project (The) : https://www.presidency.ucsb.edu/statistics/data/education-background-the-first-lady-since-1900

Bacharan, Nicole, Simonnet, Dominique, First Ladies, Paris, Perrin, 2016.

Berkeley, Katie, “The Pink Suit : Jacqueline Kennedy and Celebrity Defilement,” Celebrity Studies, 1-2/2013, p. 175-196.

Chenu, Alain, « Des sentiers de la gloire aux boulevards de la célébrité. Sociologie des couvertures de Paris Match, 1949-2005 », Revue française de sociologie, 1/2008, p. 3-52.

« Couples en politique : des guerres de Religion à nos jours », Parlement[s]. Revue d’histoire politique, 2/2019.

Cosandey, Fanny, La reine de France. Symbole et pouvoir, Paris, Gallimard, 2000.

Coto-Rivel, Sergio, « Zulai y Yontá de María Fernández Le Capellain y el canon literario costarricense », Lectora : revista de dones i textualitat, 27, 2021, p. 71-88.

Coulomb-Gully, Marlène, Présidente : le grand défi. Femmes, politique et médias, Paris, Payot, 2012.

Dasque, Isabelle, Le pouvoir des femmes de diplomates, XIXe-XXIe siècles, Paris, Nouveau Monde éditions, 2025.

Demazière, Didier, Le Lidec Patrick (dir.), Les mondes du travail politique. Les élus et leurs entourages, Rennes, PUR, 2014.

Desterbecq, Joëlle, La peopolisation politique. Analyse en Belgique, France et Grande-Bretagne, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, 2015.

Ducret, Diane, Femmes de dictateur, Paris, Perrin, 2011-2012, 2 vols ; album illustré, 2013.

Eymeri-Douzans, Jean-Michel, Bioy, Xavier, Mouton, Stéphane (dir.), Le règne des entourages. Cabinets et conseillers de l’exécutif, Paris, Presses de Sciences Po, 2015.

Fellegi, Zuzana, Kočí, Kateřina, Benešová, Klára, “Work and Family Balance in Top Diplomacy : The Case of the Czech Republic,” Politics & Gender, 1/2023, p. 220-246.

Ferrier-Viaud, Pauline, Épouses de ministres. Une histoire sociale du pouvoir féminin au temps de Louis XIV, Seyssel, Champ Vallon, 2022.

Fretel, Jean, Offerlé, Michel, Écrire au président. Enquête sur le guichet de l’Élysée, Paris, La Découverte, 2021.

Garrigues, Jean, Une histoire érotique de l’Élysée, Paris, Payot, 2019.

Hood, Johanna, “Peng Liyuan’s Humanitarianism : Morality, Politics and Eyeing the Present and Past,” Celebrity Studies, 4/2015, p. 414-429.

Kitsch, Sara Rae, “The Contained Citizen : First Ladies, Public Memory, and the Rhetoric of Visual Containment,” Communication Quarterly, 68, 2/2020, p. 139-160.

Kolk, Caroline zum, Wilson-Chevalier, Kathleen (dir.), Femmes à la cour de France. Charges et fonctions (XVe-XIXe siècle), Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 2018.

Le Bras-Chopard, Armelle, Première dame, second rôle, Seuil/Presses de Sciences Po, 2009.

« Les entourages des chefs de l’État de Mac-Mahon à Valéry Giscard d’Estaing », Histoire@Politique, 2/2009.

Matonti, Frédérique, « Adultère présidentiel et politisation. Vers une politique de la vérité à la française ? », Politix, 3/2014, p. 117-142.

Matonti, Frédérique, Le genre présidentiel. Enquête sur l’ordre des sexes en politique, Paris, La Découverte, 2017.

Maupeu, Hervé, « Lucy Kibaki, débat domestique et autorité politique », Politique africaine 95, 2004/3, p. 107-124.

Mensch, Matthieu, Les femmes de Louis XVIII, Paris, Perrin, 2024.

National First Ladies Library & Museum (The) : https://firstladies.org

Messiant, Christine et Roland Marchal (dir.), « Premières dames en Afrique », numéro spécial de la revue Politique africaine 95, 2004/3.

Restier-Melleray, Christiane, « “Femme(s) de…”. Jouer en couple en politique : des mises en récit sans importance ? », Questions de communication, 7, 2005, p. 87-104.

Sineau, Mariette, Femmes et pouvoir sous la Ve République. De l’exclusion à l’entrée dans la course présidentielle, Paris, Presses de Sciences Po, 2011.

Singly, François de, Chaland, Karine, « Avoir le “second rôle” dans une équipe conjugale. Le cas de femmes de préfet et de sous-préfet », Revue française de sociologie, 1/2002, p. 127-158.

Vial, Charles-Éloi, Marie-Antoinette, Paris, Perrin, 2024.

Waresquiel, Emmanuel de, Jeanne du Barry. Une ambition au féminin, Paris, Taillandier, 2023.

Watson, Robert P., “Toward a Study of the First Lady : The State of Scholarship,” Presidential Studies Quarterly, 2/2003, p. 423-441.

Woodacre, Elena, Queens and Queenship, Arc Humanities Press, 2021. Voir aussi Royal Studies Network : https://www.royalstudiesnetwork.org ; Royal Studies Journal : www.rsj.winchester.ac.uk

Subjects

Places

  • Salle de conférences - Bâtiment Censive - Campus Tertre - Nantes Université - Chemin de la Censive du Tertre
    Nantes, France (44)

Date(s)

  • Monday, December 15, 2025

Keywords

  • histoire politique, premières dames, représentations sociales du féminin et du masculin, historiens, sociologues, politistes, juristes, historiens de l’art, spécialistes de communication

Contact(s)

  • Aurélie Godet
    courriel : aurelie [dot] Godet [at] univ-nantes [dot] fr
  • Matthieu Brejon
    courriel : matthieu [dot] brejon [at] univ-nantes [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Amanda Rio de Pedro
    courriel : amanda [dot] riodepedro [at] univ-nantes [dot] fr

License

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To cite this announcement

« First ladies : une histoire globale du politique au féminin (XVIIe-XXIe siècles) », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, November 13, 2025, https://doi.org/10.58079/1554a

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