Published on Monday, November 17, 2025
Abstract
Cette journée d’étude se propose d’étudier l’une des manifestations de la résistance dans le roman sadien ; à savoir le cri. Cette expression corporelle témoigne de l’imbrication des disciplines- littéraire, philosophique et médical chez Sade- révélant la manière dont son œuvre brouille les frontières entre pensée et représentation.
Announcement
Argumentaire
« Si nous tenons à un minimum d’équilibre, remettons-nous au cri, ne perdons aucune occasion de nous y jeter et de proclamer l’urgence. » (Cioran, Oeuvres (Paris,1995), p.595.) C’est en ces termes qu’Emil Cioran s’adonne à une apologie du cri qui s’apparente, selon lui, à une raison d’être, voire à un modus vivendi. Cette fascination pour le cri est corroborée par « un nom que tout le monde sait et que personne ne prononce, la main tremble en l’écrivant, et quand on le prononce les oreilles vous teintent d’un son lugubre. » (Françoise Lauga-Traut, Lectures de Sade (Paris, 1973) p. 124.) Il s’agit du « divin marquis », du philosophe des anti-Lumières pour certains, et l’incarnation même du siècle des Lumières pour d’autres : le marquis de Sade.
Si le cri est le premier acte révolutionnaire de l’être humain, l’écrivain en question en fait le dernier. Les vagissements du nouveau-né symbolisent la force vitale mails ils sont, à bien des égards, le premier cri vers la mort. Le cri est brutal, agaçant et perturbant ; d’où son effet purgatoire. De ce fait, les formes du cri sadien varient et se contredisent. Hurlements de fureur ou de joie, d’orgasme ou de d’insatisfaction, de masochisme ou de douleur, de cacochymie ou de sainteté, ledit cri ne laisse pas le lecteur sortir indemne. Nonobstant ce qui précède, le libertin sadien considère le cri comme un stimulus conditionnel et inconditionnel dans sa quête fougueuse vers le bonheur. Au nom d’un idéal pervers transcendant et le temps et l’espace, le libertin sadien et sadique se délecte des affres de ses victimes et est sourd à leurs gémissements.
Dans cette optique, il serait judicieux de s’attarder sur l’instrumentalisation de la douleur dans ce tourbillon de mégalomanie libertine, qu’est le roman sadien. Nous ne prétendons nullement à l’exhaustivité mais tenter de faire le tour des interrogations afférentes à ce sujet est primordial. Comment peut-on écrire le sadisme dans le sens où l’auteur de Justine nous offre une mise en scène du « corps-texte », voire d'« une bouche-texte » ? Qu’en est-il de la conciliation entre l’écriture-laquelle nécessite un pouvoir incommensurable d’imagination- et la pathologie ? La perversité militante prônée par le susnommé littérateur était non seulement considérée comme un danger public, mais a donné naissance à une pathologie dérivée du nom même de Sade. S’écrier de douleur permet aux victimes, majoritairement féminines, de dire non aux coercitions interminables dont elles sont le souffre-douleur, et permet au narrateur de crier sa marginalité et sa non-appartenance au XVIIIe siècle. Le cri et son aspect libérateur méritent examen et approfondissement. Alain Marc soutient que « le cri est une force qui transcende la page » (Alain Marc, Ecrire le cri (Paris,2000, p. 15.). Dans cette perspective, le cri transcende les rouleaux mythiques des manuscrits élaborés durant l’incarcération de l’auteur et circulant en catimini sous les manteaux durant tout le XVIIIe siècle.
Les champs thématiques suivants sont envisagés ( et toute autre proposition est la bienvenue) :
- Le cri-silence est une pierre angulaire dans le système des rapports de forces entre bourreaux et victimes.
- La mise en sourdine des voix des personnages.
- Les cris peuvent être traités d’un point de vue résolument médical et permettre de la sorte de souligner l’entrelacement des domaines scientifique et littéraire chez Sade.
- L’émotion : un élément déclencheur.
- Le cri : un substitut du mot et expression de l’indicible.
Modalités de soumission
Le comité scientifique a le plaisir d’inviter les chercheurs désireux de participer à cette journée d’étude à soumettre des résumés de 250 mots maximum, accompagnés d’une courte bibliographie, en format word, à l’adresse électronique suivante : benkhelifameryem89@gmail.com,
avant le 01 janvier 2026.
Communication de quinze minutes ; langue d’intervention : le français.
Calendrier
Date limite de soumission des propositions : le 01 janvier 2026.
Date de la journée d’étude : le 06 avril 2026.
Comité d’organisation
- Les doctorants du laboratoire de recherche Ecole et littératures.
Comité scientifique
- Michel Delon (Paris 4, Sorbonne)
- Nizar Bensaad (Université de Sousse)
- Ibtissem Bousslema (Université de Sousse)
- Mustapha Trabelsi (Université de Sfax)
- Salwa Beji (Université de Kairouan)
- Mohamed Chagraoui (Université Tunis El-Manar)
- Thouraya Ben Salah (Université de Sousse)
Coordinatrice
- Meriem Ben Khelifa
Références bibliographiques
BATAILLES, G, La littérature et le mal, Ed.Gallimard, Paris, 1957.
CIORAN, Oeuvres, Ed. Gallimard, Paris,1995, p. 595.
CIORAN, Syllogisme de l’amertume, Ed.Gallimard, Paris, 1987.
DEBEAUVOIR, S, Faut-il brûler Sade ?, Gallimard, Paris,2011.
DERRIDA, J, La voix et le phénomène, PUF, Paris,1967.
LAUGA-TRAUT, F, Lecture de Sade, Ed. Colin, Paris, 1973, p. 124.
MARC, A, Ecrire le cri (Sade, Bataille, Maîakovski), L’Ecarlate, 2000, p. 15.
LEBRUN, A, Soudain, un bloc d’abîme, Sade, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1986.
Subjects
- Africa (Main category)
- Mind and language > Thought > Philosophy
- Mind and language > Language > Literature
- Periods > Early modern > Eighteenth century
Places
- Faculté des lettres et des sciences humaines de Sousse, cité Erriadh , Sousse, Tunisie, CP:4023.
Sousse, Tunisia (4023)
Event attendance modalities
Full on-site event
Date(s)
- Thursday, January 01, 2026
Keywords
- philosophie, pensée, littérature, lumières, effervescence intellectuelle, style, émotion, cri
Information source
- Meriem Ben Khelifa
courriel : benkhelifameryem89 [at] gmail [dot] com
License
This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.
To cite this announcement
« Ecrire ou s’écrier de douleur dans l’œuvre romanesque de Sade », Call for papers, Calenda, Published on Monday, November 17, 2025, https://doi.org/10.58079/155pm

