Published on Thursday, November 27, 2025
Abstract
La première édition des rencontres de La Musée, organisées par les musées de Poitiers, l’université de Poitiers et l’association Femmes Artistes en Réseaux, se tiendra les 23 et 24 avril 2026 au musée Sainte-Croix. Ces rencontres annuelles visent à rassembler professionnel·les de musées et chercheur·euses autour des enjeux liés à l'étude et à la valorisation des artistes femmes. En écho à la pluridisciplinarité de cette artiste, cette première édition aura pour thème « Le décloisonnement dans les arts au prisme du genre ».
Announcement
23 et 24 avril 2026
Argumentaire
Dédiées à la valorisation des artistes femmes, les « Rencontres de La Musée » sont organisées par le musée Sainte-Croix, l’université de Poitiers et l’association Femmes Artistes en Réseaux. Cet événement est financé grâce à la dotation de 150 000 € accordée à la Ville de Poitiers en 2024 par le fonds de dotation « Les Beaux Yeux » présidé par Eugénie Dubreuil, artiste, historienne de l'art, enseignante, collectionneuse engagée et généreuse donatrice de la collection La Musée. Organisées annuellement à partir de 2026 et ouvertes à toutes et tous, ces rencontres visent à rassembler professionnel.les de musées et chercheur.euses autour des enjeux liés à la valorisation des artistes femmes. Chaque année, un thème sera proposé par le comité scientifique de l’événement, en lien avec l’actualité du musée Sainte-Croix. Le 2 avril 2026, celui-ci inaugure une exposition temporaire intitulée Sarah Lipska (1882-1973). L’art dans tous ses éclats, consacrée à l’artiste d’origine polonaise installée à Paris dès 1912, dont Poitiers conserve le plus important fonds public au monde.
La pratique protéiforme de Sarah Lipska se situe à la croisée de plusieurs disciplines artistiques. Au cours de sa carrière, elle s’illustre simultanément en peinture, en sculpture, dans la décoration, la mode et les arts de la scène. Si ces multiples champs d’activité correspondent à des espaces de création et de diffusion distincts, le dialogue entre les savoir-faire et les esthétiques révèle toutefois une porosité féconde entre eux.
Cette approche plurielle des arts s’inscrit dans le contexte foisonnant des avant-gardes européennes de la première moitié du 20e siècle, nourries par le concept d’art total ou Gesamtkunstwerk théorisé au siècle précédent. Les Arts and Crafts britanniques, la Sécession viennoise, les Ballets russes ou encore le Bauhaus incitent les artistes à dépasser les hiérarchies latentes entre beaux-arts et arts appliqués. Dès lors, les pratiques de décloisonnement deviennent motrices d’une « modernité » qui exalte la circulation des formes, des motifs et des techniques mais aussi l’hybridation des pratiques.
Le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales définit l’acte de décloisonner comme celui de « supprimer les cloisons d'ordre administratif ou psychologique qui empêchent les relations entre deux ou plusieurs disciplines intellectuelles, deux ou plusieurs groupes humains, organismes ou pays ». Cette définition s’inscrit dans une généalogie plus large des pensées du décloisonnement, fondée sur le décentrement, la pluralité et la remise en cause des hiérarchies. La sociologie apporte un cadre conceptuel utile : à travers les écrits d’Edgar Morin sur l’interconnexion des disciplines, de Pierre Bourdieu sur les hiérarchies culturelles et de Jean Piaget sur la notion de transdisciplinarité. Ensemble, ces approches permettent d’ancrer la notion de décloisonnement dans une histoire intellectuelle où l’effacement des frontières s’accompagne toujours d’une reconfiguration des rapports de pouvoir et des systèmes de légitimation. Appliquée au champ artistique, cette notion invite à interroger les manières dont les artistes ont dépassé et aboli les frontières entre les disciplines, entre les catégorisations rigides « art mineur », « beaux-arts », « arts appliqués » et « artisanat », pour repenser la création artistique comme un espace d’échanges et de porosité comme le souligne Christine Macel dans l’introduction du catalogue Elles font l’abstraction (Musée national d’art moderne, 2021). Les historiennes de l’art féministes Linda Nochlin et Griselda Pollock ont justement montré comment le croisement avec les études de genre permettait de renouveler la pratique et la pensée de l'histoire de l'art.
L’historiographie s’intéressant aux pratiques “décloisonnantes” a trop longtemps privilégié des artistes masculins, érigés en parangons de cette démarche, tels André Derain (1880-1954), Henri Matisse (1869-1954) ou encore Pablo Picasso (1881-1973). Pourtant, les études de genre et les approches féministes de l'histoire de l'art nous ont montré que les artistes femmes, par la maîtrise de différents médiums et techniques, contribuent à ce décloisonnement des pratiques artistiques. Plusieurs d'entre elles bénéficient à ce titre d'une visibilité croissante : c'est le cas de Sonia Delaunay (1885-1979), de Sophie Taeuber-Arp (1889-1943) et, aujourd'hui, de Sarah Lipska.
En marge de la première rétrospective française consacrée à cette artiste, il est donc pertinent d’approcher ce mouvement de décloisonnement artistique par l’angle du genre. L’accès à la formation, la hiérarchie des genres et des médiums, les obstacles financiers et institutionnels sont autant de facteurs, aujourd’hui bien connus, ayant pu cantonner les artistes femmes à des pratiques longtemps considérées comme « mineures » (arts décoratifs, textile, illustration…).
Cette première édition des Rencontres de La Musée a pour objectif d’étudier les manières dont les facteurs genrés ont pu favoriser une approche « décloisonnante » chez les artistes femmes, ou au contraire, les y cantonner. Le genre a-t-il un effet sur les modalités du dialogue entre les arts opérés par les créatrices, ou encore sur la réception critique du caractère hybride de leur production ? Les artistes femmes ont-elles contribué à la théorisation, à la critique, à la diffusion ou à la transmission de pratiques « décloisonnantes » ?
Pensées comme résolument interdisciplinaires, ces rencontres amèneront également à réfléchir sur l’utilité et la pertinence du terme « décloisonnement » pour approcher ces enjeux. L’historiographie s’est-elle emparée ou non de ce concept ? Ce dernier trouve-t-il un écho dans l’appareil méthodologique des études de genre ? Quelles autres notions pourraient en renouveler l’approche ?
Les propositions de communication devront s’inscrire entre les bornes chronologiques définies, d’une part, par la popularisation du concept d’art total dans le sillage de l’œuvre de Richard Wagner (1813-1883), et d’autre part par l’extension de la notion de plasticien.ne à la suite de la Seconde Guerre mondiale. La période concernée par cet appel à communication va donc de 1830 à 1950 environ. Si l’Europe du début du 20e siècle constitue le cadre de départ de la réflexion, aucune borne géographique n’est imposée. Au contraire, des propositions sur des sphères culturelles et géographiques extra-occidentales sont les bienvenues, tout comme des approches croisant d’autres champs disciplinaires (arts du théâtre, littérature, musique, ethnographie) et méthodologiques, comme les études décoloniales, postcoloniales et queer.
Les propositions de communication pourront s’inscrire dans l’un ou plusieurs des axes suivants (liste non exhaustive) :
Axe 1 – Pratiques croisées et stratégies d’émancipation
On s’intéressera aux formes d’hybridation et d’interdisciplinarité qui traversent les pratiques des artistes femmes, quels que soient les médiums mis en dialogue : peinture, sculpture, textile, arts graphiques, arts décoratifs, photographie, arts de la scène, cinéma... Ces circulations attestent une volonté de dépassement des frontières artistiques, mais aussi des hiérarchies sociales et esthétiques qui leur sont associées. Il s’agira d’interroger dans quelle mesure le décloisonnement des disciplines a pu constituer pour les créatrices une stratégie d’émancipation – ou de conformisme – face aux normes institutionnelles ou idéologiques liées à leur genre.
Axe 2 – Économie de l’art, institutions et formation
Cet axe a pour but d’examiner les conditions matérielles, économiques et institutionnelles qui ont influencé les parcours et les pratiques des artistes femmes. L’accès à la formation artistique, la participation aux salons, galeries, ateliers ou écoles, ainsi que la reconnaissance institutionnelle ou marchande, constituent autant de facteurs déterminants dans la construction d’une carrière. Il s’agira d’interroger comment ces contraintes structurelles genrées ont pu limiter, ou stimuler, des démarches de contournement et de décloisonnement.
Axe 3 – Réseaux et dynamiques collectives
Cet axe propose d’étudier le rôle des sociabilités artistiques – associations, groupes, collectifs, couples, ateliers... – mixtes ou non, dans la construction de démarches décloisonnantes. On s’interrogera sur la manière dont ces dynamiques collectives ont favorisé la circulation entre les arts, l’émergence de discours alternatifs ou encore la reconfiguration des hiérarchies esthétiques et sociales. Les modes de sociabilité genrés pourront être envisagés comme des espaces d’inclusion ou d’exclusion, où les modèles de fonctionnement collectifs agissent comme des obstacles ou des leviers. L’analyse portera aussi sur la façon dont l’histoire de l’art a construit ces groupes, ou les a parfois figés a posteriori, en contribuant à marginaliser certaines figures féminines ou à effacer la diversité de leurs rôles. Enfin, la notion de collectif sera examinée comme outil d’émancipation, de transmission ou de légitimation, en lien avec les mouvements féministes, les avant-gardes ou les réseaux transnationaux d’artistes.
Axe 4 – Discours et théories de la pratique
Cet axe invite à explorer les textes produits par les artistes elles-mêmes (écrits, manifestes, correspondances, entretiens, revues...) afin d’analyser la manière dont elles ont pensé, nommé et théorisé leurs propres pratiques ou celles de leurs consœurs. Comment les artistes femmes ont-elles formulé leur rapport, positif ou négatif, au décloisonnement des arts ? Quels mots, notions ou concepts ont-elles mobilisé pour décrire les circulations entre les médiums, la transversalité ou l’hybridation de leurs démarches ? Il s’agira de mettre ces discours en regard de ceux de leurs contemporains masculins, souvent plus largement relayés et institutionnalisés, afin de dégager les écarts de vocabulaire, de réception critique ou de positionnement théorique.
Modalités de participation
Les propositions de communication sont à envoyer à camille.belveze@poitiers.fr et manon.lecaplain@poitiers.fr pour le 18 janvier 2026.
Toute proposition devra comporter : un titre ; un résumé de 1000 signes (espaces inclus) ; une biographie de 500 signes (espaces inclus) ainsi que le titre ou la fonction de l’intervenant.e et l’affiliation institutionnelle le cas échéant.
Les communications seront données en français.
Les Rencontres de La Musée sont ouvertes aux professionnel.les des musées, du monde de l’art, du patrimoine et du matrimoine, aux chercheur.euses universitaires comme indépendant.es, jeune recherche comprise.
Les intervenant.es retenu.es seront recontacté.es durant la première semaine de février 2026. Les interventions seront rémunérées à hauteur de 250 euros et le transport/hébergement (1 nuit) sera défrayé.
- Date limite de rendu des propositions : 18 janvier 2026
- Date de l'événement : 23 et 24 avril 2026
Comité scientifique
- Sophie Aymes-Stokes (Université de Poitiers / FoReLLIS)
- Camille Belvèze (Musées de Poitiers)
- Marie Bouchard (F.A.R. / Université Paris-Nanterre / Université des Antilles)
- Manon Lecaplain (Musées de Poitiers)
- Oriane Poret (F.A.R. / Université Lyon 2 / LARHRA)
- Nathan Réra (Université de Poitiers / CRIHAM)
Références bibliographiques
(sélection)
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Subjects
- History (Main category)
- Mind and language > Epistemology and methodology > Research and researchers
- Periods > Modern > Nineteenth century
- Society > Sociology > Gender studies
- Mind and language > Representation > History of art
- Periods > Modern > Twentieth century
- Mind and language > Representation > Heritage
- Society > History > Women's history
Places
- Auditorium du musée Sainte-Croix, 11 rue Paschal le Coq - Musée Sainte-Croix, 3 bis rue Jean Jaurès / 61 rue Saint-Simplicien
Poitiers, France (86)
Event attendance modalities
Full on-site event
Date(s)
- Sunday, January 18, 2026
Attached files
Keywords
- matrimoine, artiste femme, genre, histoire de l'art, musée, études de genre, catégorie artistique
Contact(s)
- Manon Lecaplain
courriel : manon [dot] lecaplain [at] poitiers [dot] fr - Camille Belvèze
courriel : camille [dot] belveze [at] poitiers [dot] fr
Reference Urls
Information source
- Manon Lecaplain
courriel : manon [dot] lecaplain [at] poitiers [dot] fr
License
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To cite this announcement
« Le décloisonnement dans les arts au prisme du genre », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, November 27, 2025, https://doi.org/10.58079/158cd

