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« Lost in Translation ». Langues et mobilités étudiantes : perspectives historiques (XIXe-XXIe siècle)

Lost in Translation: Historical Perspectives on Language and Student Mobility from the Nineteenth to the Twenty-First Century 

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Publié le jeudi 04 décembre 2025

Résumé

Cette journée d'étude, organisée à l’université de Genève le 16 juin 2026, propose de nourrir une réflexion sur les langues de la mobilité étudiante, depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours, à travers une perspective historique jusqu’ici peu explorée. Afin d’amorcer une réflexion historique mais ouverte à l’interdisciplinarité, il s’agira d'examiner les outils et des méthodes de l’apprentissage linguistique mais aussi les acteurs et actrices engagés dans celui-ci tout comme les lieux d’apprentissage et les enjeux diplomatiques attachés à la langue de l’étude. 

Annonce

Journée d’études – Université de Genève – 16 juin 2026

Argumentaire

À partir du XIXe siècle, les mobilités étudiantes internationales ont connu un essor sans précédent. Celui-ci s’est accéléré après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de compétition entre les blocs mais aussi de marchandisation des circulations académiques. Les flux ont progressivement intégré des territoires de plus en plus éloignés les uns des autres et les pôles d’accueil se sont diversifiés : en 2022, ce sont ainsi 6,9 millions d’individus qui étudient à l’étranger, selon l’UNESCO, et aucun continent n’est épargné par ce phénomène. Dans ce contexte, la question de l'apprentissage des langues demeure fondamentale puisqu’elle conditionne à la fois l'expérience de la mobilité et l'accès aux savoirs et aux formations : dans quelle(s) langue(s) étudiet-on ? Et comment apprend-on ces langues ? Par quels intermédiaires ? Au-delà des considérations purement pratiques, cet apprentissage linguistique se retrouve également au cœur d’enjeux plus vastes, non seulement éducatifs mais aussi politiques, sociaux ou diplomatiques, et intègre une large gamme d’acteurs et d’actrices (enseignant·es, administration universitaire, pouvoirs publics, associations…).

Forte de ce constat, cette journée d'étude propose de nourrir une réflexion sur les langues de la mobilité étudiante, depuis le XIXe siècle jusqu'à nos jours, à travers une perspective historique jusqu'ici peu explorée.

Depuis plusieurs décennies, les historien·nes se sont en effet saisis des mobilités étudiantes en proposant avant tout une histoire sociale de ces migrations spécifiques. Ils et elles ont étudié les groupes sociaux concernés et les modalités de leurs circulations (MANITAKIS 2000 ; KARADY 2002 ; MOULINIER 2011), en intégrant des perspectives genrées (CATTAN 2004 ; TIKHONOV-SIGRIST ; DURAND 2020) mais aussi le vécus des étudiant·es en termes d’accueil, d’intégration et/ou de discrimination (KÉVONIAN, TRONCHET 2013 et 2022), voire les perspectives sociales et professionnelles offertes par ces circulations. En parallèle, une attention particulière a parfois été portée aux enjeux politiques et diplomatiques associés à la mobilité étudiante, à travers le prisme des coopérations et concurrences transnationales ou transimpériales (KATSAKIORIS 2022 ; MATASCI, RUPPEN-COUTAZ 2024), révélant certains tenants de la diplomatie universitaire et culturelle (LERG, ADAM, 2015 ; TRONCHET 2016, SUZARTE 2023), sans négliger les mobilisations et trajectoires d’engagement des étudiant·es eux et elles-mêmes (LAQUA 2017 ; LÖHR, 2024 GILLABERT, LESNYKH, PESTA 2025[UdMO1]). En termes géographiques, outre une approche renouvelée de l’européanisation des universités (RUPPEN-COUTAZ, PAOLI 2024 ; HAIKOLA, ÖSTLING 2025), les recherches sur les circulations académiques intègrent désormais des territoires de départ et d’arrivée plus variés, incluant les espaces (post)coloniaux et plus largement non-occidentaux (HARRELL, 1992 ; MUKERJEE 2010 ; FEI, 2017 ;  LEGRANDJACQUES 2021). Or, ces travaux historiques ne font jamais de la question de l’apprentissage des langues par les étudiant·es en mobilité un objet d’étude à part entière, contrairement aux études en linguistique (MESSANA 2024) ou en sciences de l’éducation et didactique (RUET 2018 ; MOLINIER, MOORE 2020[UdMO2]).

Afin d’amorcer une réflexion historique mais ouverte à l’interdisciplinarité (sciences de l’éducation, sociologie, sciences politiques, linguistique…) sur les langues de la mobilité étudiante, plusieurs axes de réflexion seront privilégiés, présentés ci-dessous.

Accéder à la langue de l'étude : outils et méthodes.

Ce premier axe propose de réfléchir à la manière dont les étudiant·es en mobilité parviennent à poursuivre leur formation d'un point de vue linguistique, et à ainsi accéder à de nouveaux savoirs. Il s'agit, d'abord, d'examiner les outils, supports et dispositifs mis à leur disposition, avant ou durant leur séjour, et la manière dont ils s'en saisissent – ou non. En parallèle de cette agentivité étudiante, la journée d'études a pour dessein de mettre en lumière les pratiques et les innovations pédagogiques mises en œuvre afin d'assurer l'acquisition de la langue de l'étude : quelles sont les différentes langues de l’étude (langue du pays d’accueil, anglais…) et comment leur articulation évolue-t-elle au fil du temps ?  Quels ont été les supports et matériels utilisés (manuels, laboratoires de langues, ordinateurs) ? Des innovations disciplinaires, en linguistique notamment, sont-elles notables ? Quel impact le développement des mobilités étudiantes a-t-il eu sur l’enseignement des langues et les curricula dans les pays d’accueil ? En particulier, quels liens peut-on observer entre les mobilités étudiantes et le développement des départements de langues étrangères et d’études aréales ?

Acteur·rices et lieux de l'apprentissage

Les enjeux linguistiques des études à l'étranger mobilisent des acteurs et actrices varié·es, au-delà de l'étudiant·e lui/elle-même. Si le personnel universitaire, dans son sens le plus large (enseignant·es, administration…), s'y investit, des acteurs·rices extérieur·es peuvent également y prendre part, qu'il s'agisse des pouvoirs publics, d'associations, étudiantes ou non, ou encore de personnes privées. La question des réseaux – familiaux, migratoires, d'alumni, etc. – est également posée. Révéler la diversité de ces individus et groupes permet, notamment, de prendre en compte les enjeux liés au genre : quelle était notamment la place occupée par les femmes au sein du corps enseignant ? En parallèle, la question des lieux de l'apprentissage se pose : dépassent-ils le cadre des salles de cours de l'université ? Quelles pratiques sociales spécifiques révèlent-ils ? Quelle place tiennent certains lieux-tiers, tels les résidences universitaires, les cafés ou encore les espaces privés ? Ces éléments permettent, de cette manière, de préciser les contours de l'espace vécu de l'étudiant·e en mobilité et d'écrire une histoire sociale de ceux et celles-ci au-delà du simple cadre de l'université.

Langues et diplomatie

L'enseignement et la pratique des langues sont également une affaire politique. Ils s’insèrent à la fois dans les pratiques et stratégies liées aux diplomaties linguistique, universitaire et culturelle. Depuis la fin du xixe siècle, ces enjeux ont pu s'exprimer à différentes échelles et dans différents cadres : empires coloniaux, bipolarisation du monde… Que peut-on dire de l'accès à la langue du colonisateur ou, au contraire, d'un État étranger, dans le cadre des circulations des étudiant·es colonisé·es ? De plus, les langues apparaissent aussi comme une question et un enjeu de relations internationales. Par exemple, après la Seconde Guerre mondiale, les tensions liées à la guerre froide exercent une influence sur les circulations académiques : comment la compétition entre blocs dans la captation de la mobilité étudiante s’est-elle déclinée sur le plan linguistique ? Comment la langue anglaise s’est-elle imposée comme incontournable dans les curricula et les mobilités académiques ? Plus récemment, la fin de la bipolarisation du monde et le phénomène de l’européanisation a pu introduire de nouveaux enjeux et de nouvelles pratiques dans l’apprentissage des langues, qui demandent encore à être étudiées.

Modalités de contribution

Les propositions de communication, en français ou en anglais, s’inscrivant dans un ou plusieurs de ces axes et/ou proposant des élargissements de ceux-ci sont à soumettre avant le 20 janvier 2026 à l’adresse suivante : langstudmob.2026@gmail.com.

Elles doivent comprendre un titre provisoire, un résumé de la communication mentionnant la méthodologie et/ou le type de sources mobilisées (2 000 signes maximum) et une brève présentation biographique.

Comité organisateur 

  • Sara Legrandjacques (Sorbonne Université / membre associée IHMC)
  • Damiano Matasci (Université de Genève)
  • Jules Siran (Université de Genève)
  • Annalise Walkama (University of Idaho)

Comité scientifique 

Antonin Durand (Sorbonne-Université), Justine Faure (Université de Lille), Matthieu Gillabert (Université de Fribourg), Irène Herrmann (Université de Genève), Rita Hofstetter (Université de Genève), Janet R. Horne (University of Virginia), Sandrine Kott (Université de Genève), Daniel Laqua (Northumbria University), Johan Östling (Lund University), Mikuláš Pešta (Charles University, Prague), Pierre Singaravélou (Université Paris-1), Ludovic Tournès (Université de Genève).

Bibliographie 

Adam, Thomas, et Lerg, Charlotte, « Diplomacy on Campus: the Political Dimensions of Academic Exchange in the North Atlantic », Journal of Transatlantic Studies, 13:4, 2015, 299-310.

Cattan, Anna, « Genre et mobilité étudiante en Europe », Espace, populations et sociétés, 1, 2004, p. 15-27.

Durand, Antonin (dir.), Les voyages forment la jeunesse. Les boursières scientifiques David-Weill à la découverte du monde (1910-1939), Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2020.

Faure, Justine, et Mario Del Pero, « La guerre froide globale », Monde(s), 18, no. 2, 2020, p. 9-30.

Fei, Chen, « Disassembling Empire: Revolutionary Chinese Students in Japan and Discourses on Provincial Independence and Local Self-Government », Journal of Asian History, 51:2, 2017, p. 283-315.

Gillabert, Matthieu, Lesnykh, Lidia, et Pešta, Mikuláš, « A Cold War International Organization Sliding Eastwards: Tom Madden and the Prague-Based International Union of Students » in Sandrine Kott, EvaMaria Muschik, et Elisabeth Roehrlich (dir)., International Organizations and the Cold War, Londres, Bloomsbury, 2025, p. 131-144.

Haikola, Karl, et Östling, Johan, « Review Essay: The Europeanisation of the Universities: An Emerging Topic of Historical Research », History of Intellectual Culture 4, 2025, p. 237-258. 

Harrell, Paula S., Sowing the Seeds of Change: Chinese Students, Japanese Teachers, 1895–1905, Stanford, Stanford University Press, 1992.

Karady, Victor, « La migration internationale d’étudiants en Europe, 1890-1940 », Actes de la recherche en sciences sociales, 145, 2002, p. 47-60. `

Katsakioris, Constantin (dir.), L’Est socialiste et le Sud : Coopération éducative et formation des élites (dossier spécial), Cahiers du monde russe, 63:3-4, 2022.

Kévonian, Dzovinar, et Tronchet, Guillaume (dir.), La Babel étudiante : la Cité internationale universitaire de Paris (1920-1950), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.

Kévonian, Dzovinar, Tronchet Guillaume (dir.), Le Campus monde : la Cité internationale universitaire de Paris de 1945 aux années 2000, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022.

Kott, Sandrine. Organiser le monde : Une autre histoire de la guerre froide, Paris, Le Seuil, 2021.

Laqua, Daniel, « Activism in the ‘Students’ League of Nations’ : International Student Politics and the Confédération internationale des Étudiants, 1919-1939 », The English Historical Review, 132:556, 2017, p. 605-637.

Lebovic, Sam, « From War Junk to Educational Exchange : The World War II Origins of the Fulbright Program and the Foundations of American Cultural Globalism », Diplomatic History, 37:2, 2013, p. 280312.

Legrandjacques, Sara, « Voies étudiantes. Pour une histoire globale des mobilités étudiantes en Asie (Inde britannique-Indochine française, années 1850-1940) », thèse de doctorat, Université Paris 1 PanthéonSorbonne, 2021.

Löhr, Isabella, Globale Bildungsmobilität 1850-1930: Von der Bekehrung der Welt zur globalen studentischen Gemeinschaft, Göttingen, Wallstein Verlag, 2021.

Matasci, Damiano, et Ruppen Coutaz, Raphaëlle (dir.), Educational Internationalism in the Cold War:

Plural Visions, Global Experiences, Londres, Routledge, 2024.

Manitakis, Nicolas, « Les migrations estudiantines en Europe, 1890-1930 », in Migrations et migrants dans une perspective historique. Permanences et innovations, Bruxelles, PIE Peter Lang, 2000, p. 243-272.

Messana, Marie Christine, « Pluraliser la mobilité étudiante : enjeux, conception et interprétation d’un dispositif hybride de formation linguistique et interculturelle dans une université française », Recherches en didactique des langues et des cultures, 22-1, 2024, https://doi.org/10.4000/11q9w.

Mitchel, Rosamond, et Tyne, Henry, Language Mobilty and Study Abroad in the Contemporary European Contexte, Londres, Routledge, 2023.

Molinié, Muriel, et Moore, Danièle (dir.), Mobilités contemporaines et médiations didactiques, CLE international, 2020.

Moulinier, Pierre, Les étudiants étrangers à Paris au XIXe siècle. Migration et formation des élites, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011.

Mukerjee, Sumita, Nationalism, Education, and Migrant Identities : the England-Returned, Londres, Routledge, 2010.

Nguyễn Vũ, Thục Linh, « A World of Their Own : Vietnamese Students in Late Socialist Poland » in Marcus Colla, Paul Betts (dir.), Rethinking Socialist Space in the Twentieth Century, New York, Palgrave Macmillan, 2024, p. 185-215.

Plews, John L., et Misfeldt, Kim (dir.), Second Language Study Abroad : Programming, Pedagogy, and Participant Engagement, New York, Springer, 2019.

Pugach, Sara, African Students in East Germany, 1949-1975, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2022.

Ruet, Magali, « Mobilités étudiantes intra-européennes : des enjeux particuliers à prendre en compte dans l’enseignement des langues », communication présentée au colloque des jeunes chercheurs Mobilités, exils et migrations : des femmes/hommes et des langues, 2018.

Ruppen Coutaz, Raphaëlle, et Paoli, Simone (dir.), Building Europe Through Education, Building Education Through Europe: Actors, Spaces and Pedagogies in a Historical Perspective, Londres, Routledge, 2024.

Rupprecht, Tobias, Soviet Internationalism after Stalin : Interaction and Exchange between the USSR and Latin American during the Cold War, Cambridge, Cambridge University Press, 2015.

Suzarte, Manuel, « From Burning a Flag to Carrying One: United States Cultural Diplomacy and Chilean University Students during the Cold War (1956-1973) », thèse de doctorat, Université de Paris, 2023.

Tikhonov-Sigrist, Natalia, « Enseignement supérieur et mixité : la Suisse, une avant-garde ambiguë » in Rebecca Rogers (dir.), La mixité dans l’éducation. Enjeux passés et présents, Lyon, ENS éditions, 2014, p. 35-52.

Tournès, Ludovic, et Giles Scott-Smith (dir.), Global Exchanges: Scholarships and Transnational Circulations in the Modern World, New York, Berghahn Books, 2018.

Tronchet, Guillaume, « L’ouverture internationale des universités en France (1860-1914) » in Christophe Charle, Laurent Jeanpierre (dir.), La vie intellectuelle en France, Paris, Seuil, 2016, p. 614-617.

Walton, Whitney, Internationalism, National Identities, and Study Abroad : France and the United States, 1890-1970, Stanford, Stanford University Press, 2010.

Lieux

  • Université de Genève
    Genève, Confédération Suisse

Format de l'événement

Événement hybride sur site et en ligne


Dates

  • mardi 20 janvier 2026

Mots-clés

  • histoire, mobilité étudiante, langue, langage , université , 19e siècle , 20e siècle , 21e siècle

Contacts

  • Sara Legrandjacques
    courriel : sara [dot] legrandjacques [at] gmail [dot] com
  • Comité d'organisation Lost in Translation
    courriel : langstudmob [dot] 2026 [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Sara Legrandjacques
    courriel : sara [dot] legrandjacques [at] gmail [dot] com

Licence

CC0-1.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.

Pour citer cette annonce

« « Lost in Translation ». Langues et mobilités étudiantes : perspectives historiques (XIXe-XXIe siècle) », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 04 décembre 2025, https://doi.org/10.58079/15a2o

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