La nature est toujours présente. Formes, fonctions et projets de la nature corbuséenne
XXIIIe rencontres de la Fondation Le Corbusier
Publié le lundi 29 décembre 2025
Résumé
Les XXIIIe rencontres de la Fondation se proposent de réexaminer en profondeur les relations complexes, évolutives et structurantes que Le Corbusier entretient avec la nature. L’objectif est de restituer à la fois les fondements historiques de cette pensée et ses traductions analytiques, en interrogeant la nature comme cadre écosystémique, comme projet spatial et comme vecteur de refondation sociale et culturelle à l’heure des bouleversements climatiques contemporains.
Annonce
Argumentaire
La nature tient une place prépondérante dans l’œuvre de Le Corbusier. Elle est présente à la fois comme une référence incontournable du projet de l’architecte moderne depuis l’Esprit Nouveau et les premières réalisations emblématiques des cités-jardins modernes, résidences et villas de la région parisienne jusqu’à la reconstruction de l’après seconde guerre mondiale et les projets de Firminy-Vert et de Chandigarh et la construction de maisons et villas, église et couvent.
L’historiographie corbuséenne a le plus souvent retenu la nature comme un prétexte, ce que laissait déjà malencontreusement supposer le film de Jean Epstein, Les Bâtisseurs (1938), qui présentait un Le Corbusier dessinant un quartier d’immeubles de la Ville Radieuse et le compléter par un verdissement interstitiel de fortune. Le quiproquo qui en a résulté fut lourd de conséquences. Il dénie à l’architecte toute capacité à penser la modernité, à la fois comme une ode respectueuse de la nature et la penser comme source d’inspiration et de conception du projet architectural. Il permet de rabattre la Charte d’Athènes du seul côté de la mécanisation systémique d’une ville purement taylorisée, fonctionnelle et de restituer et assimiler l’épopée des Unités d’habitation Grandeur Conforme du côté de la réalisation hors sol des grands ensembles bâtis en plein champ contre la nature environnante.
Est ainsi éliminé tout ancrage et attachement profond à la nature, tantôt virgilienne, tantôt cicéronienne dans son attachement et son écosystème. Sont souvent délaissées toutes considérations sur la construction et la réflexion de Le Corbusier en matière de paysage et de son rôle dans le projet urbain et architectural.
Pour restituer à la fois les liens profonds et la source d’inspiration que la nature opère chez Le Corbusier, nous ambitionnons de structurer les rencontres dans une double perspective :
Une perspective historique qui offre les moyens de saisir les considérants de Le Corbusier sur la nature mais aussi leurs évolutions dans le temps long de la conception.
Une perspective analytique qui rende compte des représentations et constructions de la réalité de la nature chez Le Corbusier et de la manière dont elles peuvent agir au demeurant en retour sur la production du réel. A bien des égards il faut ici s’interroger dans quelle mesure les réalisations nature/architecture de Le Corbusier n’interrogentt-elles pas aujourd’hui notre manière de penser et refondre le projet architectural et urbain à l’heure des bouleversements climatiques.
Entre nature cicéronienne et nature virgilienne, expression de la dualité corbuséenne
Pistes exploratives
La nature comme base écosystémique de l’œuvre moderne
Il s’agira ici d’interroger les prémices et la jeunesse jurassienne de Le Corbusier dans ses relations spécifiques avec la nature et le concept de l’état de nature héritée de la philosophie moderne afin de déceler l’originalité de sa pensée. Bien loin de vouloir ériger la modernité contre l’idée de nature, le jeune Jeanneret conçoit la nature comme un cadre porteur et bienfaiteur de ressource et de développement humain, social, économique et culturel.
Retour sur les années du Pouillerel et des voyages initiatiques
L’objet est ici de restituer les fondamentaux de Le Corbusier sur l’idée de nature acquis auprès de Charles L’Eplattenier, lors des longues marches avec son père et à l’occasion de ses premiers voyages mais aussi, lors des longs échanges botaniques, floraux ou phytologiques avec sa mère. Il s’agira d’interroger le statut de la nature sauvage comme élément constitutif de son esthétique sociale et architecturale afin d’en soupeser à partir de ses dessins et récits la place qu’elle détient dans ses premières réflexions conceptuelles d’architecte tant au niveau de sa restitution que comme programmation.
De l’herbier à la pensée naturaliste
Parce que la nature est transcendance et renouvellement créatif permanent, elle est le lieu d’observation de la vie sous toutes ses formes et constitue donc une source permanente d’inspiration créatrice. Bien que nous ne sachions pas dans quelle mesure, il ait pu durant sa prime jeunesse produire son propre herbier, il semble intéressant d’interroger les éléments naturels constitutifs de cet herbier mental qui le conduit à tout instant à se référer à la nature. Mais parler d’herbier ne saurait suffire, il sera complété par l’analyse naturaliste voire écosystémique. En effet penser la nature a pour implication de penser l’homme, dans son environnement. Mais de quels animaux se compose le bestiaire de Le Corbusier ? Quel est son apport à la pensée de l’environnement de ses projets de transformation du monde alentours ?
Les cités-jardins verticales et la nature en programme et projets
Bien qu’il ait rapidement pris de la distance avec les cités-jardins d’Howard et de ses épigones, qu’il perçoit comme œuvre néfaste de la Révolution industrielle, Le Corbusier n’a cessé d’interroger le rapport homme-nature dans le contexte de son nouvel urbanisme et l’appropriation de ses modes d’habiter. Ce faisant, loin de détruire le concept de citéjardin, qu’il expérimente avec Pessac, il se le réapproprie en opposant au concept de citéjardin horizontale celui de cité-jardin verticale. L’objet de cette communication est celui de comprendre la logique et les procédés qu’il déploie pour mettre en place des typologies innovantes (pilotis, toit-jardin, etc.) qui assurent un accroissement de la nature dans ses projets et ainsi dépasser le concept howardien de la cité-jardin.
Les nouveaux paysages urbains ou la nature au service de l’homme
Les attendus de Le Corbusier sur l’hygiène, la santé physique et mentale de l’homme moderne sont opposables en tous points à l’homme assujetti et avili dans son corps et son esprit par le labeur productif industrieux du XIXème siècle. Bien loin de repousser la nature aux marges de la ville, il la magnifie comme seul cadre et environnement acceptable pour un épanouissement individuel et collectif. Le nouvel habitant sera donc bien un citoyen faisant « corps » avec la nature qui sera à même de se confronter aux défis et impératifs de l’existence moderne. Le corps en osmose avec la nature outrepasse le corps hygiéniste afin de s’adapter aux contingences et rythmes de l’urbanité contemporaine.
Références. La métropole verte : influences et confluences De Moscou à Berlin
Penser la ville moderne de la nature et de la verdure relève d’un processus d’expertise et d’analyse des réalités métropolitaines contemporaines. Deux d’entre elles semblent avoir joué un rôle essentiel en termes d’analyses et références. Par la souplesse de leurs tissus urbains composites, d’urbanisation à la campagne, Berlin et Moscou parlent directement à Le Corbusier pour concevoir son propre projet théorique. L’enjeu serait de mesurer en quoi ces deux métropoles internationales du premier vingtième siècle ont offert à Le Corbusier les moyens de penser son propre projet de cité contemporaine pour Trois millions d’habitants en termes de nature et d’espaces verts.
Anthropologie spatiale d’un archétype urbain naturel. Le cas de l’immeuble-villa Introduire la nature dans le logement se pense comme impératif catégorique. Mais peuton seulement parler d’introduction ? Ne faudrait-il pas plutôt parler d’intrusion au sens premier du terme. Soit la volonté de dépasser des logiques conventionnelles dont l’enjeu est de produire moins un logement qu’une petite maison avec jardin suspendu qui ouvre la potentialité de vivre la nature chez soit pour le bienfait de l’ensemble de la famille. L’immeuble-villa existe aussi par le déploiement d’arbres et jardins luxuriants visible depuis sa propre terrasse. Cet archétype urbain d’une vie à la campagne sera analysé au regard des bienfaits attendus pour chacun de ses habitants. Il serait ainsi possible d’interroger la nature comme un paysage offert à l’homme par l’architecte, que ce soit à travers les ouvertures opérées sur le mur du toit jardin de la villa Savoye, le toit-terrasse de Marseille donnant à voir les montagnes, etc.
La nature domptée ? Réflexions sur la loggia, le brise-soleil...
La loggia brise-soleil est au programme des Unités d’Habitation de Grandeur conforme. Elle est présentée comme un dispositif solaire passif à même de bloquer l’été les rayons ardents du soleil méditerranéen tout en facilitant l’hiver l’entrée de la lumière. Ce dispositif technique présenté comme un équipement de l’art de vivre entre intérieur et extérieur — la loggia — est considéré par Le Corbusier même comme une invention majeure du retour à la vie des 24 heures solaires. Entre proclamations de principes et usages réels, il s’agirait d’interroger le brise-soleil dans ses doubles dimensions d’objet imaginaire et de réalité productive et scientifique. De manière analogue, les dispositifs consacrés à la respiration exacte des bâtiments seront à interroger.
Réenchanter le monde par la nature
La Seconde Guerre mondiale et ses violences physiques et destructions urbaines ont fortement marqué Le Corbusier. L’absurdité d’un monde déchu et de la Shoah pour signifier la mort de Dieu, lui impose de repenser la condition humaine et l’urbanisme comme projet de reconstruction humaine et sociale. C’est avec énergie qu’il s’emploie dès lors à agir dans des logiques de grande échelle offerte par les conditions mêmes de destruction aérienne des villes.
Comment Le Corbusier entend-il réenchanter le monde détruit après la seconde guerre mondiale? Au sortir de la guerre, il conçoit la nécessité d’implémenter sa doctrine en procédant à d’importantes révisions conceptuelles préparées notamment dans le cadre de l’avant-guerre et réactualisés dans les années de guerre et d’absence de commande. La reprise des travaux des CIAM d’Athènes en Charte d’Athènes, les travaux sur la norme universelle du Modulor, ou encore la publication de nouveaux opuscules et ouvrages rendent compte de cette volonté de procéder à la mise en forme d’un nouveau monde à même de se débarrasser des ignominies de la guerre. Dans le foisonnement des idées et des échanges d’après-guerre, une attention particulière sera portée à la place que Le Corbusier entend consacrer à la nature et à son rôle de pacification et d’ordonnancement sociétal pour produire la nouvelle Arcadie du bonheur collectif.
L’objet à réaction poétique
Se rappropriant le concept des objets à réaction poétique chers aux surréalistes, Le Corbusier n’a de cesse de développer la vision d’un monde composé d’objets naturels – cailloux, galets, coquillages, bouts de bois – ou en passe d’être réappropriés par la nature par le polissage de la mer et des cours d’eaux – cordages, filins, structures de bois flottants, carapaces… L’enjeu est ici de comprendre en quoi cet univers naturel des objets non manufacturés participe pleinement d’une réinstauration symbolique de la nature par empreintes et superpositions à l’épicentre du projet d’architecture, du mural photographique du Pavillon Suisse aux branchages et bas-reliefs de sa production architecturale des années cinquante.
Le rêve virgilien. Le cas du Cabanon de Roquebrune Cap-Martin
L’échappée de la métropole relève chez le Corbusier d’une nécessité vitale. La construction en 1951 du cabanon à Roquebrune-sur Martin sur une parcelle concédée par son ami Rebutato lui permet de mettre en pratique ses réflexions non pas seulement sur la standardisation mais aussi sur la relation nécessaire de l’habitant à la nature. A partir de l’analyse de la vie quotidienne dans ce lieu construit à l’écart de la fureur de la ville, il sera possible de situer depuis l’expérience corbuséenne, les enjeux et perspectives qu’il entend déployer pour réconcilier l’homme et la nature dans ses grands projets.
De Firminy-Vert à Chandigarh. La nature dans tous ses états
L’édification de la ville nouvelle de Chandigarh à partir de 1950 comme la construction de Firminy-Vert cinq ans plus tard représentent au plan conceptuel et spatial les œuvres majeures en matière d’intégration de la nature en ville et de déploiement d’une réflexion pré-écologique en matière d’espaces urbains, de circulations et d’aménagement vert. Dans les deux cas, un travail rigoureux fut effectué en matière de qualification des arbres selon l’évaluation de leurs propriétés spécifiques. La hauteur des arbres fut largement prise en considération pour contrôler les flux et protéger les hauts paysages naturels environnants. L’exposé aura pour ambition de situer les logiques de continuité d’un projet à l’autre et de rendre compte de l’expertise désormais acquise dans la réalisation de villes au service de la magnificence naturelle et paysagère comme cadre de vie et de déplacement de qualité.
Modalités d’envoi des propositions de communication
- Lancement de l’appel à communication : 22 décembre 2025
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Retour des propositions : 31 mars 2026
- Acceptation des propositions : 30 juin 2026
- Rencontres : 26 - 27 novembre 2026
- Remise des textes pour publication : 15 janvier 2027
Langue : français ou anglais`
Longueur : 3 000 à 5 000 signes espaces inclus, avec une courte biographie de l’intervenant Type de fichier : PDF, nommé de la manière suivante : NOM Prénom Rencontres Nature 2026
Par mail à communication@fondationlecorbusier.fr arnaud.dercelles@fondationlecorbusier.fr remi.baudoui@univ-grenoble-alpes.fr remi.baudoui@unige.ch
Comité d’organisation
Rémi Baudouï, Arnaud Dercelles
Comité scientifique
- Rémi Baudouï,
- Yves Chicoteau,
- Stéphanie de Courtois,
- Arnaud Dercelles,
- Richard Klein,
- Camille Lesouef,
- Eléonore Marantz
Bibliographie indicative
Collectif, Le Corbusier et la nature, acte des IIIèmes Rencontre de la Fondation, 14-15 juin 1991, Paris, Fondation Le Corbusier, 1991
Barbara Boifava, La quarta natura della città. Le Corbusier, Burle Max, Halprin, Quodlibet Studio, Rome, 2025
Caroline Constant, “From the Virgilian Dream to Chandigarh”, in Stuart Wrede and William
Howard Adams, eds., Denatured Visions: Landscape and Culture in the Twentieth Century, Museum of Modern Art, New York, 1991
William J R Curtis, “Le Corbusier: Nature and Tradition”, in Michael Raeburn and Victoria Wilson, eds., Le Corbusier Architect of the Century, Arts Council, London, 1987, ex. cat.
Francesco Passanti, “The Vernacular, Modernism and Le Corbusier”, in Maiken Umbert and Bernd Hüppant, eds., Vernacular Modernism: Heimat, Globalisation and the Built Environment, Stanford University Press, Stanford, 2005
Florence Robert, Le Corbusier et les jardins, essai sur une notion de jardin et le paysage dans l’œuvre de Le Corbusier, thèse CEAA « Architectures, Territoires et Paysages », sous la direction de Janine Christiany, École d’Architecture de Versailles, 24 juin 1988
Flora Samuel and Sarah Menin, Aalto and Le Corbusier: Nature and Space, Routledge, London and New York, 2003
Mary Patricia May Sekler, “Ruskin, the Tree, and the Open Hand”, in Russell Walden, ed., The Open Hand, MIT Press, Cambridge, Mass. and London, 1977
Alexander Tzonis, Le Corbusier: The Poetics of Machine and Metaphor, Thames and Hudson, London, 2001
Adolf Max Vogt, Le Corbusier, le bon sauvage Vers une archéologie de la modernité, Infolio, Paris, 2003
Stanislaus Von Moos, Le Corbusier, l’architecte et son mythe, Horizons de France, Paris, 1971
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Lieux
- Paris, France (75)
Format de l'événement
Événement uniquement sur site
Dates
- mardi 31 mars 2026
Fichiers attachés
Mots-clés
- Le Corbusier, nature, écologie, aménagement, architecture, paysage, ville
Contacts
- Arnaud Dercelles
courriel : arnaud [dot] dercelles [at] fondationlecorbusier [dot] fr - Ilona Bernard
courriel : ilona [dot] bernard [at] fondationlecorbusier [dot] fr
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Source de l'information
- Arnaud Dercelles
courriel : arnaud [dot] dercelles [at] fondationlecorbusier [dot] fr
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Pour citer cette annonce
« La nature est toujours présente. Formes, fonctions et projets de la nature corbuséenne », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 29 décembre 2025, https://doi.org/10.58079/15f6n

