Publié le mercredi 14 janvier 2026
Résumé
La journée d’étude L’étrangeté en partage propose d’explorer les langues imaginaires créées dans la fiction (cinéma, littérature, séries, jeux vidéo, etc.). Encore peu étudiées, ces langues constituant des objets linguistiques, esthétiques et culturels à part entière, mobilisées pour construire des mondes, représentent l’altérité, soutenir la narration ou mobiliser l’engagement des publics. L’événement accueillera des contributions variées allant de l’analyse linguistique et sémiotique aux retours sur la création, la réception et l’usage social de ces langues.
Annonce
Besançon, 12 juin 2026
Argumentaire
Nous sollicitons des propositions pour une journée d'étude consacrée aux langues imaginaires, ou artlangs (langages artistiques), qui se tiendra à Besançon le 12 juin 2026.
On entend par langue imaginaire une langue inventée à des fins artistiques et intégrée à une œuvre de fiction (roman, film, série, bande dessinée, œuvre poétique, jeu vidéo etc.). À ce titre, elle se distingue des langues construites à vocation principalement communicationnelle (telles que l'espéranto ou le volapük), conçues prioritairement pour faciliter les échanges entre locuteurs humains (Albani & Buonarroti, 2010).
Les langues imaginaires se manifestent de manière très variable dans les œuvres : elles peuvent apparaître ponctuellement, sous la forme de quelques mots ou expressions, ou faire l'objet d'un développement systématique, donnant lieu à un déploiement linguistique étendu au sein de l'univers fictionnel (Cheyne, 2008). Elles participent alors pleinement à la construction du monde fictionnel, à la caractérisation des personnages et à la dynamique narrative (Landragin, 2018).
Si les travaux sur certains aspects de langues imaginaires existent déjà (Cheyne 2008 ; Landragin 2018 ; Beinhoff 2015), le champ reste encore émergent et largement ouvert. Cette journée d'étude vise à examiner les langues imaginaires dans la diversité de leurs usages, de leurs fonctions et de leurs modalités d'existence, sans se limiter à une seule approche théorique ou méthodologique. Seront bienvenues aussi bien des contributions d'analyse (analyse du discours, sémiotique, sociolinguistique, traductologique, etc.) que des propositions pertinentes de la création (retours d'expérience, méthodologies de conception, contraintes de production), ou de la réception (communautés, apprentissages, circulations, réappropriations). Les propositions centrées sur des aspects purement linguistiques sont les bienvenues, dès lors qu'elles s'inscrivent dans une réflexion plus large sur la place, le rôle ou les effets de la langue imaginaire dans l'œuvre, sur les intentions de ses créateurs ou sur ses conditions de réception par les publics.
Axes de réflexion (indicatifs)
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Langue imaginaire et altérité
Quel rôle la langue imaginaire occupe-t-elle au sein de l'œuvre, qu'elle soit littéraire, filmique ou vidéoludique ? Comment contribue-t-elle à la construction d'un sentiment d'altérité, d'étrangeté ou de distance culturelle ? Quels liens entretient-elle avec les représentations de peuples, de communautés ou de personnages fictionnels, et avec les imaginaires de la différence ?
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Coexistence entre langue naturelle et langue imaginaire
Dans les œuvres mêlant langue imaginaire et langue naturelle, quels usages sont attribués à chacun ? La langue imaginaire est-elle mobilisée pour marquer certains passages, personnages, registres discursifs ou situations d'énonciation ? Comment s'organisent les transitions entre langue imaginaire et langue naturelle, à l'oral comme à l'écrit ? Quelles stratégies de justification diégétique ou narrative accompagnent cette coexistence ?
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Médiations, intelligibilité et discours métalinguistiques
Comment les œuvres maintiennent-elles l'intelligibilité pour le public sans nuire à la vraisemblance de la situation d'énonciation ? Quelles formes de traduction, de reformulation ou d'explicitation sont mises en œuvre (sous-titres, doublages, paraphrases, commentaires intradiégétiques, glossaires, annexes etc.) ? Qui prend en charge ces médiations (personnages, instances narratives, dispositifs éditoriaux ou paratextuels) et quelle expertise linguistique supposent-elles ? Quels équilibres se dessinent entre opacité linguistique, accessibilité narrative et réflexion sur le langage (comme, par exemple, dans les dispositifs métalinguistiques présents chez Jonathan Swift ou Lewis Carroll) ?
On pourra également interroger les frontières : à partir de quel seuil (lexique isolé, jeux sur une langue naturelle, système partiellement stabilisé, langue pleinement développée) peut-on parler de langue imaginaire ? Des objets hybrides comme le Jabberwocky de Lewis Carroll relèvent-ils d'une langue distincte, d'une manipulation radicale d'une langue naturelle (ou d'un entre-deux) et que nous dit cette hésitation sur nos critères d'intelligibilité, de reconnaissance et de vraisemblance ?
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Langues imaginaires et médium artistique
Les contraintes propres aux différents médias (roman, cinéma, série, jeu vidéo, bande dessinée) influencent-elles les formes prises par la langue imaginaire ? On pourra par exemple comparer le traitement linguistique dans le roman La Guerre du feu de J.-H. Rosny aîné, où les échanges sont rendus en français, et dans son adaptation cinématographique par Jean-Jacques Annaud, qui recourt à une langue imaginaire.
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Création : esthétique, narration, symbolique, éthique
Comment une langue imaginaire est-elle pensée comme forme artistique à part entière, et non comme un simple marqueur d'altérité exotisante ? Avec quels objectifs esthétiques, narratifs et symboliques est-elle élaborée (effets de réel, mise à distance, sacralisation, comique, violence, prestige, archaïsme, « technicité », etc.) ? Quelles décisions formelles (phonétique/phonologie, prosodie, morphologie, lexique, graphiques, contraintes de prononciation et d'incarnation par les interprètes, dispositifs de dévoilement progressif) orientent la manière dont la langue fait récit et fabrique du sens ? On pourra également interroger la dimension éthique de ces choix : assignations culturelles, stéréotypes, exotisation, emprunts et appropriations, ainsi que les effets de hiérarchisation entre langues et locuteurs dans l'univers fictionnel.
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Réception, appropriation et circulations des langues imaginaires
Comment les langues imaginaires sont-elles perçues, interprétées et investies par les publics ? Quelles pratiques de réception et d'appropriation se développent autour d'elles (communautés et fandoms, apprentissage amateur, performances, jeux de rôle, usages en ligne, créations dérivées, documentation collaborative) ? Comment ces usages prolongent-ils l'œuvre, en déplacent-ils les enjeux, ou transforment-ils le statut de la langue (de simple matériau fictionnel à ressource partagée, voire à pratique collective) ? On pourra enfin s'intéresser aux conditions sociales et médiatiques de cette « vie » des langues imaginaires : plateformes, normes communautaires, circulation transnationale, légitimations et controverses.
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Langues imaginaires et Traitement Automatique des Langues (TAL)
Dans quelle mesure les méthodes issues du Traitement Automatique des Langues (TAL) peuvent-elles éclairer l'étude, la conception ou la diffusion des langues imaginaires ? Comment les modèles informatiques participent-ils à la création de systèmes linguistiques cohérents, ou questionnent-ils les limites de la plausibilité linguistique ? On pourra également s'intéresser aux enjeux spécifiques liés à l'utilisation d'outils automatisés dans la fabrication de langues, ainsi qu'aux circulations entre pratiques créatives, communautés numériques et technologies du langage.
Modalités de soumission
Les propositions de communication sous la forme de curriculum vitae (1 page) rédigées en français ou en anglais, sont à envoyer avant le 13 mars 2026 à aurelie.nomblot@univ-fcomte.fr .
Langues de la journée : français / anglais
Format : communication de 20 min suivis de 10 min de discussion
Modalité : présentiel
Lieu : UFR sciences du langage, de l'homme et de la société, 30/32 rue Mégevand, 25030 Besançon, France.
Notification des réponses : 10 avril 2026
Date de la journée d'étude : ven. 12 juin 2026
Comité d'organisation
- NOMBLOT Aurélie (Université de Franche-Comté)
- PIRES Matthieu (Université de Franche-Comté)
- THOMAS Izabella (Université de Franche-Comté)
Bibliographie indicative
Albani, P., Buonarroti, B. (2010). Dictionnaire des langues imaginaires. Paris, Les Belles Lettres.
Beinhoff, B. (2015). Pourquoi les langues extraterrestres sont-elles intrinsèquement humaines ? Foundation : The International Review of Science Fiction, 122, 5-19.
Cheyne, R. (2008). Les langues créées dans la science-fiction. Science Fiction Studies, 35(3), 386-403.
Comandini, Gloria et Francesco Dedè (2025). Le quenya est pratiquement un personnage principal du multilinguisme elfique-anglais dans les fan-fictions inspirées de Tolkien. Dans : Enguehard, Planchon & Ray, 2025 : 123-137.
Enguehard, G., P. Planchon, A. Ray (dirs) (2025). « La créativité linguistique au prisme des langues construites ». Numéro spécial de RiCOGNIZIONI. Rivista di lingue e letterature traniere e culture moderne, Vol. 12 n°23.
Landragin, F. (2018). Comment parler à un extraterrestre ? Langage et linguistique dans la science-fiction. Paris, Le Bélial', coll. Parallaxe.
Nomblot, A., & Thomas, I. (2025). Technologie et créativité dans l'invention des langues : Étude sur l'utilisation des outils automatisés par les idéolinguistes. Dans : Enguehard, Planchon & Ray, 2025 : 33-48. https://doi.org/10.13135/2384-8987/11506
Okrand, Marc (19851 ; 19922). Le dictionnaire klingon. Pocket Books.
Pires, M. (2019). Représentations de la simplicité linguistique dans la fiction préhistorique. Pouce. Laplantine, JE Joseph et É. Aussant (dirs), Simplicité et complexité des langues dans l'histoire des théories linguistiques. Paris, SHESL (Collection HEL Livres), 153-169.
Pires, M. (2025) Sur l'intelligibilité d'une « langue créée » : l'alternance de langues dans l'œuvre de paléofiction Sous le vent du monde de Pierre Pelot. Dans : Enguehard, Planchon & Ray, 2025 : 33–48 : 151-164.
Peterson, DJ (2015). L'art de l'invention du langage. New York, Penguin Books.
Catégories
- Langage (Catégorie principale)
- Esprit et Langage > Langage > Linguistique
Lieux
- UFR sciences du langage, de l'homme et de la société, 30/32 rue Mégevand
Besançon, France (25)
Format de l'événement
Événement uniquement sur site
Dates
- vendredi 13 mars 2026
Mots-clés
- langue imaginaire, artlangs, linguistique
Contacts
- Aurélie NOMBLOT
courriel : aurelie [dot] nomblot [at] univ-fcomte [dot] fr
Source de l'information
- Aurélie NOMBLOT
courriel : aurelie [dot] nomblot [at] univ-fcomte [dot] fr
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0.
Pour citer cette annonce
Aurélie Nomblot, Matthew Pires, Izabella Thomas, « L’étrangeté en partage », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 14 janvier 2026, https://doi.org/10.58079/15hsj

