Publié le mercredi 14 janvier 2026
Résumé
L’objectif de cette journée d'étude est de décrire et d'analyser les principaux enjeux associés aux politiques de prévention et promotion de la santé des jeunes d’un point de vue pluridisciplinaire. Il convient alors de réaliser un état des lieux des définitions et enjeux liés à la population « jeune » et du concept d’« autonomie », et de présenter et analyser les dispositifs et recherches liés à la promotion de la santé de cette population, notamment vers leur autonomisation. Entre l’adolescence et l’âge adulte, les jeunes construisent leur identité, affirment leur autonomie et adoptent des comportements qui façonneront leur santé future.
Annonce
Présentation
Selon les Nations Unies, les jeunes représentent les personnes âgées de 15 à 24 ans. Il n’existe cependant pas de définition universellement acceptée à l’échelle internationale pour ce groupe d’âge. La population mondiale de 15-24 ans s’élève actuellement à 1,2 milliard de personnes, ce qui représente 16 % de la population mondiale, et devrait augmenter à 1,3 milliard d’ici 2030 (1). En France, l’Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire (INJEP) recense en 2024 12 millions de résident.e.s français.e.s de 15 à 29 ans, soit 17,6 % de la population totale (2).
La jeunesse est une période de transition marquée par de profondes transformations tant physiques, psychologiques que sociales. Entre l’adolescence et l’âge adulte, les jeunes construisent leur identité, affirment leur autonomie et adoptent des comportements qui façonneront leur santé future (3, 4). Ces comportements sont influencés par une diversité de facteurs constituant le modèle socio-écologique (5, 6) : individuels (temps d’écran, activités, alimentation etc.), interpersonnels (les relations sociales amicales et familiales), l’environnement socio-économique, l’éducation.
En tant que période de changements profonds, la jeunesse expose les jeunes à diverses vulnérabilités, notamment en matière de santé mentale, gestion du stress et pression sociale. Les jeunes doivent jongler entre aspirations personnelles et exigences scolaires et professionnelles, tout en faisant face à des influences multiples pouvant impacter leur bien-être et leur choix de vie (7).
Cette période peut alors être marquée par les premiers comportements à risque, qui peuvent avoir un impact à long terme sur la santé physique, mentale et sociale. Parmi ces comportements figure la consommation d’alcool. Au niveau national, 85,7 % des jeunes de 17 ans ont déjà consommé de l’alcool (8). D’autres comportements à risque incluent la consommation de drogues ou les rapports sexuels non protégés. Chaque année, environ 20 % des adolescent.e.s dans le monde rencontrent des problèmes de santé mentale, tels que la dépression ou l’anxiété (8). A titre d’exemple, en France, les symptômes anxio-dépressifs chez les jeunes ont doublé entre 2017 et 2022 (9). À cela s’ajoute la vulnérabilité des jeunes en matière d’accès à des services de santé de qualité.
Selon l’UNESCO, la manière dont les pays abordent les changements démographiques à l’échelle mondiale, ainsi que les parcours empruntés par les jeunes pour accéder à l’âge adulte, constituent des facteurs clés pour le bien-être de la société et la durabilité de la planète (10). Cependant, s’il n’existe pas d’instruments spécifiques consacrés à la protection globale des droits des jeunes à l’échelle internationale, des réglementations régionales et nationales peuvent garantir partiellement ou totalement ces droits (11).
Le passage à l’âge adulte est une étape clé dans la vie des individus, et les interventions en santé jouent un rôle important dans ce processus. Les politiques publiques dans les domaines sanitaire et social oscillent entre assistance et responsabilisation des individus. Cependant, les programmes de santé, ainsi que ceux axés sur le changement des comportements, négligent souvent les facteurs structurels, sociaux et économiques qui influencent directement la santé des jeunes (12).
Dans ce contexte, les réflexions sur l’autonomisation des jeunes dans les interventions en santé nous amènent à donner la parole à divers.e.s acteur.ice.s et à aborder l’autonomie des jeunes sous différents angles (1). La question de l’autonomisation des jeunes, en ce qui concerne la gestion de leur propre santé lors du passage à l’âge adulte, prend une place importante dans le développement des agendas internationaux, la création d’espaces de parole dans les politiques publiques et la réalisation des Objectifs de Développement Durable (13). Cependant, la notion d’autonomie ne se limite pas uniquement à la gestion de la santé mais interroge plusieurs disciplines et plusieurs secteurs d’action publique.
La sociologue Elsa Ramos définit par exemple un concept d’autonomie subjectif qui renvoie à un individu ayant une identité propre et définissant ses propres règles (14). Cette « notion aux contours mal définis » (15) doit être pensée sous le prisme de la responsabilisation des individus et de leur accompagnement vers une évolution d’une situation à une autre. Dans ce cadre, l’accès à l’âge adulte implique une transition vers les définitions institutionnelles et financières de l’indépendance, mais aussi et surtout la mise en oeuvre des processus d’autonomisation par l’individu (13). Mais quelles formes prennent l’accompagnement des publics jeunes ? Les interventions en santé promeuvent-elles une « autonomie »éducative« , à visée émancipatrice [...] ou une autonomie »juridique« , à visée responsabilisante » (16) ? Se pose alors la question de ce qui fait problème dans les interventions en santé vers les publics jeunes. La construction des politiques publiques rencontre-t-elle les réalités et aspirations du public concerné ? Cette réflexion peut considérer que les enfants, adolescent.e.s et jeunes ne sont pas des individus « incomplets » mais « des acteurs à part entière » (17).
La question de l’autonomisation des jeunes, dans ses multiples définitions, est alors à l’agenda des politiques publiques et de la recherche depuis une vingtaine d’années. Le Conseil d’Orientation des politiques de jeunesse a par exemple été mis en place en 2016 dans le but « d’avancer concrètement en faveur de l’insertion et de l’autonomie des jeunes ». Cette problématique est également abordée tant dans un contexte clinique que dans les sciences humaines et sociales ou les sciences politiques. Il convient alors d’étudier cet enjeu majeur de santé publique en intégrant l’ensemble des disciplines ayant apporté des connaissances sur le sujet.
Programme
Vendredi 6 février
Acceuil café 9h30
Introduction du séminaire 10h
10h15h-12h - Session 1 : Comment définir la jeunesse et son autonomisation ?
- La santé vue par le public concerné : parole de jeunes (groupe de jeunes ados experts, accompagnés de Michelle Veilleux)
- Penser l’autonomie des mineurs : la construction progressive de la majorité en droit (Gaël Hénaff)
- Quelle place pour l’autonomisation des jeunes dans les politiques de jeunesse aujourd’hui ? (Patricia Loncle et Tom Chevalier)
Déjeuner 12h-13h
13h-14h45 - Session 2 : Contextes, institutions et environnements : comprendre les cadres d’action pour la santé des jeunes
- Mobiliser la jeunesse dans les décisions publiques : avis d’acteur.ice.s institutionnels et de terrain (Marie-Pierre Pernette, ANACEJ (réseau national d’acteur.ice.s))
- Gérer son adolescent suicidaire : entre autonomie et surveillance. Analyse par méthode mixte de questionnaires et d’entretiens de parents ayant participé à un groupe de prévention du suicide (Alexandre Michel, Vincent Trebossen, Nathalie Tenne)
- Les inclassables. Jeunes patients de la psychiatrie entre pauvreté et inactivité (Pauline Blum, Julien Bourdais)
Pause café 14h45-15h15
15h15-16h25 - Session 3 : Agir depuis les pratiques des jeunes : leviers numériques et dynamiques collectives pour la promotion de la santé
- Investir l’espace des jeunes : une intervention de prévention en santé 2.0 (Lorraine Cousin-Cabrolier)
- Prévention par les pairs (Maxime Luiggi)
Conclusion du séminaire 16h25-16h30
Bibliographie
1. OCDE. (2024). Evidence-Based Policy Making for Youth Well-Being. https://doi.org/10.1787/9789264283923-en
2. INJEP. (2024). Les chiffres clés 2024. https://www.injep.fr
3. Jung, J. (2022). Transformations identitaires et subjectives à l’adolescence. L’Évolution Psychiatrique, 87, 755–764. https://doi.org/10.1016/j.evopsy.2022.07.003
4. Speltini, G. (1988). Les représentations du changement de soi en période adolescente. Enfance, 41, 111–120.
5. Han, G., & Son, H. (2022). A systematic review of socio-ecological factors influencing current e-cigarette use among adolescents and young adults. Addictive Behaviors, 135, 107425. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2022.107425
6. DiClemente, R. J., Salazar, L. F., Crosby, R. A., & Rosenthal, S. L. (2005). Prevention and control of sexually transmitted infections among adolescents : The importance of a socio-ecological perspective—A commentary. Public Health, 119, 825–836. https://doi.org/10.1016/j.puhe.2004.10.015
7. Thaon, S. (2009). C. Van de Velde. Devenir adulte : Sociologie comparée de la jeunesse en Europe. L’Orientation Scolaire et Professionnelle, 38(1), 113–115. https://doi.org/10.4000/osp.1876
8. UNESCO. Office of the Secretary-General’s Envoy on Youth. (n.d.). #YouthStats : Health. http://goo.gl/xSCwD3
9. Santé publique France. (2023). Santé mentale des jeunes : Des conseils pour prendre soin de sa santé mentale [Communiqué de presse]. https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2023/sante-mentale-des-jeunes-des-conseils-pour-prendre-soin-de-sa-sante-mentale
10. UNESCO. (2023). Youth and empowerment. https://www.unesco.org/en/youth-and-empowerment
11. Human Rights Council. (n.d.). Youth political participation. https://www.un.org/esa/socdev/documents/youth/fact-sheets/youth-political-participation.pdf
12. Wilkinson, R., & Marmot, M. (2003). Social determinants of health : The solid facts (2nd ed.). World Health Organization, Regional Office for Europe. https://iris.who.int/handle/10665/326568
13. United Nations. (n.d.). Peace, dignity and equality on a healthy planet : Youth. https://www.un.org/en/global-issues/youth
14. Ramos, E. (2011). Le processus d’autonomisation des jeunes. Cahiers de l’action, 31(1), 11–20. https://doi.org/10.3917/cact.031.0011
15. Alberola, É., & Dubéchot, P. (2012). La notion d’autonomie dans le travail social : L’exemple du RMI/RSA. Vie Sociale, 1(1), 145–156. https://doi.org/10.3917/vsoc.121.0145
16. Paul, M. (2012). L’accompagnement comme posture professionnelle spécifique : L’exemple de l’éducation thérapeutique du patient. Recherche en Soins Infirmiers, 110(3), 13–20. https://doi.org/10.3917/rsi.110.0013
17. Bichet, L. (2022). Participation au traitement de la maladie chronique : quelle place pour les enfants atteints de diabète de type 1 ? In T. Denise et al. (Eds.), Pratiques de coopération en santé. Regards sociologiques (pp. 425–436). Éditions de l’Institut de Recherche et Documentation en Économie de la Santé (IRDES). https://hal.science/hal-04211762
Catégories
Lieux
- Université Paris Cité - Site Necker - 160, rue de Vaugirard
Paris, France (75015)
Format de l'événement
Événement uniquement sur site
Dates
- vendredi 06 février 2026
Fichiers attachés
Mots-clés
- jeunes, autonomisation, santé publique
Contacts
- Camilla Oliveri
courriel : camilla [dot] oliveri [at] inserm [dot] fr - Bianca Boi
courriel : bianca [dot] boi [at] inserm [dot] fr - Marie Dinh
courriel : marie [dot] dinh [at] inserm [dot] fr - Nathan Ramos
courriel : nathan [dot] ramos [at] ehesp [dot] fr - Julissa Chavira Garcia
courriel : julissa [dot] chavira-garcia [at] ehesp [dot] fr
URLS de référence
Source de l'information
- Camilla Oliveri
courriel : camilla [dot] oliveri [at] inserm [dot] fr
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0.
Pour citer cette annonce
Camilla Oliveri, Bianca Boi, Nathan Ramos, Marie Dinh, Julissa Chavira Garcia, « Vers l’autonomisation des jeunes : enjeux et perspectives de santé publique en France », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 14 janvier 2026, https://doi.org/10.58079/15hsm

