Y a-t-il (toujours) une place pour le rap dans le travail social ? Y a-t-il (toujours) une place pour le social dans le rap ?
Revue « Sociographe », n°97
Publié le mercredi 21 janvier 2026
Résumé
Le rap, originellement RAP (rythm and poetry), est une réappropriation de l’écrit par des classes populaires qui sont souvent racisées et marginalisées tant socialement que culturellement et artistiquement. Un des fondateurs de la Zulu Nation avait pour habitude de définir le hip-hop comme cette faculté de « transformer l’énergie négative (l’origine sociale, le lieu de vie…) en énergie positive (la créativité…) ». Quel est l’écho que cette définition peut trouver dans le champ du travail social ?
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Parution mars 2027
Argumentaire
Depuis plus de quarante ans maintenant, le rap en provenance des cinq boroughs (arrondissements) de New York a conquis les espaces culturels d’abord des États-Unis, puis du monde entier. Ce courant musical, intrinsèquement lié à une culture plus large — le hip-hop — qui mêle le b-boying, le graffiti et l’art du deejaying, a séduit les cœurs de plusieurs générations. Le rap, originellement RAP (rythm and poetry), est une réappropriation de l’écrit par des classes populaires qui sont souvent racisées et marginalisées tant socialement que culturellement et artistiquement. Un des fondateurs de la Zulu Nation avait pour habitude de définir le hip-hop comme cette faculté de : « transformer l’énergie négative (l’origine sociale, le lieu de vie…) en énergie positive (la créativité…) ». Quel est l’écho que cette définition peut trouver dans le champ du travail social ?
EJM, l’un des piliers du rap parisien, est toujours aujourd’hui éducateur dans une Maison de jeunes (MJ). Au début des années 2000, les ateliers de rap se sont multipliés dans les MJ en Belgique. À Marseille, le studio d’enregistrement B. Vice, qui a accueilli aussi bien les Psy 4 de la rime que Jul à leurs débuts, est né dans un centre social (avant de « trouver » ses propres locaux). Cette initiative n’est pas un cas isolé. De nombreux groupes de rap ont été accueillis et accompagnés par des centres sociaux, des Maisons de jeunes et de la culture (MJC) ou des services jeunesses (souvent faute de l’être par des structures culturelles). Certains ont même créé des associations qui ont construit des studios d’enregistrement et une réelle infrastructure d’accompagnement de carrières artistiques. Le travail social a dès lors changé de nature se muant dans l’accompagnement artistique. Y a-t-il des liens historiques qui se sont construits entre le rap et le travail social ? Et si c’est le cas, qu’en est-il aujourd’hui ? Quels rapports le rap entretient-il avec le travail social et réciproquement ?
Car, si rap et travail social ont une histoire commune, difficile de dire qu’elle soit un long fleuve tranquille. Le « Hey connard » adressé à un directeur de Maison d’enfants à caractère social de la rappeuse Keny Arkana (toujours écouté, semblerait-il, par les gamins en MECS) ou encore le « Mais j’ai jamais dit que j’avais besoin d’une assistante sociale, espèce de connasse » d’AKH nous rappellent que le rap est parfois la voix de ceux qui échappent ou souhaitent échapper à une aide sociale tant celle-ci est vécue comme peu aidante. Ces morceaux témoignent toutefois d’un lien avec le travail social, lien qui peut sembler parfois de plus en plus lointain. Si travail social et rap ont pu sembler proches dans les années 1980 et 1990, notamment dans leur proximité avec la question sociale, la victoire du rap (Maïzi, 2025) peut poser légitimement la question du prix (notamment politique et social) de cette victoire.
La place du discours rap dans la société est ambiguë. Il produit et diffuse depuis des décennies des milliers de narrations qui font politiques en racontant le quotidien inégalitaire et violenté des lyricistes. Pourtant, qui écoute cette parole foisonnante comme une donnée politique à propos de la vie dans les quartiers que revendiquent les chanteurs, alors que l’on continue à se demander comment faire participer les habitants de ces lieux ? Narrations précieuses qui, souvent sans attache politique, cherchent pourtant à prendre part (Rancière, 2000) pour devenir audible, être prises en compte. Qu’est-ce que le social, agité par la même volonté de faire participer, pourrait apprendre du rap, tant sur la dynamique de mépris qu’il vit, que sur la méthode qui en fait l’énergie depuis ses débuts ?
Au sein des établissements sociaux et médico-sociaux, le rap est aussi une pratique des publics. Parfois pratique personnelle, il n’est pas rare cependant que le rap soit le moteur de projets éducatifs. Nombre d’éducateurs s’appuient sur le rap pour permettre aux publics accompagnés de trouver un moyen de mettre des mots sur ce qu’ils vivent et souhaitent exprimer, tant d’un point de vue personnel que politique. Ils sont souvent un moyen de « transformer l’existant par une créativité à la fois singulière et collective qui produit une certaine représentation de soi, de l’autre et du monde » (Regol et Bonnet, 2013). Nos pages souhaitent s’ouvrir à des récits sensibles et réflexifs relatant ces initiatives. Les textes de rap écrits par les publics bénéficiaires sont également bienvenus : s’il existe des écrits qui ont la capacité de témoigner de ce qu’est et permet le rap dans le travail social, ce sont probablement ceux-là.
Modalités de contribution
Dépôt des manuscrits jusqu’au 1er septembre 2026 (par mail : Clara Lemonnier, clemonnier@adesformations.fr et Léo Lebrun, leo-lebrun@irts-pacacorse.com) en mentionnant vos coordonnées (téléphonique et postale)
Manuscrit sous fichier Word entre 5000 et 30 000 signes maximum. Les autres recommandations sont sur le site du Sociographe.
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Ainsi, les experts évaluent si l’article proposé a déjà été publié dans une autre revue. Ils qualifient la nature de l’article proposé : essai, résultats de recherche, ordonnance administrative, programme politique, analyse de pratiques professionnelles, témoignage, etc.
Les experts évaluent si l’article proposé est, selon le cas,
- méthodologiquement construit,
- contient des résultats clairement présentés et étaye les conclusions,
- contient une bibliographie appropriée,
- apporte une contribution significative au travail social,
- est écrit dans un langage rigoureux et une progression cohérente et claire.
Dans le souci du lectorat de l’article, les experts vérifient si l’article proposé possède :
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Comité éditorial
Dossier coordonné par Pierre Etienne (enseignant-chercheur HELMO) et Léo Lebrun (formateur IRTS PACA et Corse, rédacteur en chef) avec le soutien de Sébastien Joffres (formateur IRTS Montpellier) et de Wajdi Limam (directeur général CÉMÉA Île-de-France).
Comité de rédaction
(cadres pédagogiques ou de documentations des écoles)
- Irène Albert (Dr en sociologie)
- Sylvain Beck (Cémea, Île-de-France)
- Jean-Christophe Bonvel (Ce.F de Bergerac)
- Patrice Braconnier (Dr en économie, aD-architecture du développement)
- Didier Cattin (Maître d’enseignement)
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- Romain Descloux (Hets Lausanne, Suisse)
- Christelle Dupisre (La Sauvegarde du Nord)
- Christine Dutrieux (Irts Nouvelle-Aquitaine)
- Pierre Étienne (Helmo, Liège, Belgique)
- Aline Félix (Hets Lausanne, Suisse)
- Sébastien Fournier (Cadre pédagogique à l’Enseis, 01)
- Hassan Hajjaj (Dr en sciences de l’éducation, Irts, Provence, Alpes, Côte d’Azur et Corse)
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- Léo Lebrun (Master sciences humaines, Irts, Provence, Alpes, Côte d’Azur et Corse)
- Patricia Legouge (Praxis, Grand Est)
- Clara Lemonnier (Dr en anthropologie, Ades, Nouvelle Aquitaine)
- Catherine Lenzi (Hets Genève, Suisse)
- Sandrine Marquise (Ingénieure sociale, Institut Social de Lille, Hauts-de-France)
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- Alexis Mombelet (Dr en sociologie, Irts, Île-de-France, Montrouge, Neuilly-sur-Marne)
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- Anne Petiau (Habilitée à diriger des recherche, Dr en sociologie, Buc-Ressources, Paris, Île-de-France)
- Michael Pouteyo (Dr en philosophie, Enseis, Rhône-Alpes)
- David Puaud (Habilité à diriger des recherches, Dr en sociologie, Irts, Nouvelle-Aquitaine)
- Philippe Renoncay (Psychologueclinicien, Irts, Paris, Île-de-France)
- Pierre Rosset (Dr en sciences de l’éducation, Apradis, Hauts-de-France)
- David Saint-Marc (Dr en sociologie, Irts, Nouvelle Aquitaine)
- Laetitia Sibaud El Ouardy (Dr en sociologie, Irts, Grand Est)
- Ludivine Spanneut (Cémea, Île-de-France)
- Slimane Touhami (Habilité à diriger des recherches, Dr en anthropologie, Érasme, Occitanie)
- Ahmed Nordine Touil (Dr en sciences de l’éducation)
- Nadia Veyrié (Dr en sociologie, Irts, Normandie)
- Comité de lecture
- Pierre Bechler (consultant, 24)
- Ludovic Blin (Professeur Eps en Ime, 72)
- Michel Boudjemaï (Docteur en droit, cadre pédagogique, Irts, Grand Est, 51)
- Sébastien Chardin (Formateur, Irts, Grand Est, 57)
- Lionel Clariana (sociologue, 34)
- Jacques Fraisse (Psychologue, 34)
- Hélène Gonano (Assistante de service social, 14)
- Nabil Hajji (Adssea, 29)
- Juliette Halifax (démographe, chargée de recherche, Apradis, Hauts-de-France, 80)
- Jeanne Hillion (Assistante de service social, 29)
- Maurice Jeannet (Consultant retraité, 34)
- Muriel Lebarbier (Indépendante, 14)
- Jean-Loup Lenoir (cadre pédagogique, IFRASS Occitanie, 31)
- Anne Leproux (Psychologue, Ase, 84)
- François Loser (enseignant, Genève, Suisse)
- Jonathan Louli (socio-anthropologue, 35)
- Marie-Gabrielle Mathély (cadre pédagogique retraitée, 84)
- Muriel Molinier (Dr information et communication, 31),
- Didier Morel (formateur, 59)
- Muriel Prost (Documentaliste, Enseis, Rhône-Alpes, 42)
- Valentine Prouvez (Formatrice Irts, Occitanie, 34)
- Filip Soto Galindo (cadre pédagogique, 31)
- Sarah Toulotte (Cadre pédagogique, Isl, Hauts-de-France, 59)
- Vincent Tournier (Psychanalyste, 34)
Bibliographie
Maïzi, Mehdi (2025). Le rap a gagné : À quel prix ? La Fabrique.
Rancière, Jacques (2000). Le partage du sensible. Esthétique et politique. La Fabrique.
Regol, Anna et Bonnet, Agnès (2013). « Rap et oralité ». Cliniques, 6(2), 161-175.
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Dates
- mardi 01 septembre 2026
Fichiers attachés
Mots-clés
- RAP, travail social, contestation, rue
Contacts
- Léo Lebrun
courriel : lebrun [at] irts-pacacorse [dot] com
URLS de référence
Source de l'information
- Guy-Noel Pasquet
courriel : gnoel [dot] pasquet [at] faire-ess [dot] fr
Licence
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Pour citer cette annonce
« Y a-t-il (toujours) une place pour le rap dans le travail social ? Y a-t-il (toujours) une place pour le social dans le rap ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 21 janvier 2026, https://doi.org/10.58079/15j80

