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Loyautés déchirées

Regards croisés sur la trahison et la fidélité (XIVe-XXIe siècle)

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Publié le jeudi 29 janvier 2026

Résumé

Cette journée d’étude propose d’interroger, dans une perspective diachronique et interdisciplinaire, les multiples formes qu’ont prises fidélité et trahison du XIVᵉ au XXIᵉ siècle. De la loyauté féodale fondée sur le serment aux conflits de fidélités propres aux États modernes et contemporains, il s’agira d’analyser la manière dont les acteurs – princes, sujets, militaires, religieux, conjoints, citoyens – ont négocié, justifié ou subi cette tension constitutive du politique.

Annonce

La journée d’étude se tiendra à l’université de Lille, le 22 octobre 2026.

Présentation

Cette journée d’étude propose d’interroger, dans une perspective diachronique et interdisciplinaire, les multiples formes qu’ont prises fidélité et trahison du XIVᵉ au XXIᵉ siècle. De la loyauté féodale fondée sur le serment aux conflits de fidélités propres aux États modernes et contemporains, il s’agira d’analyser la manière dont les acteurs – princes, sujets, militaires, religieux, conjoints, citoyens – ont négocié, justifié ou subi cette tension constitutive du politique.

La fidélité apparaît historiquement comme une relation conditionnelle, inscrite dans des systèmes d’obligations réciproques entre individus et institutions. Sa rupture, loin de relever exclusivement de la déviance morale, peut être interprétée comme une forme de contestation politique, notamment lorsque le pouvoir excède les limites qui fondent sa légitimité. Inversement, l’accusation de trahison s’impose comme un instrument central de stigmatisation, d’exclusion et de délégitimation, participant à la construction de l’ennemi intérieur et à la définition des frontières du corps politique.

En croisant les approches de l’histoire, de la science politique, du droit, de la sociologie et de la philologie, cette journée entend montrer que fidélité et trahison constituent des catégories dynamiques, révélatrices des transformations des régimes politiques, des formes d’autorité et des modes d’appartenance collective. À travers l’étude des discours, des pratiques et des figures du traître ou du fidèle, il s’agira de mieux comprendre comment ces notions structurent les relations de pouvoir et les imaginaires politiques sur le long terme.

Cette journée d’étude s’inscrit dans un cycle de trois journées organisées sur trois années consécutives, accueillies successivement à Lille, à Liège et à Luxembourg.

Argumentaire

« BRUTUS – Je n'aimais pas moins César, j'aimais Rome davantage » (Jules César, Shakespeare).

Cette tension constitutive entre fidélité et trahison traverse l’histoire des sociétés politiques, militaires, religieuses et affectives depuis le Moyen Âge. De Judas à Danton, des conjurés de Catilina aux résistants de 1940, la frontière entre loyauté et trahison demeure mouvante, redéfinie en permanence selon les contextes, les régimes de légitimité et les rapports de force. Cette journée d’étude propose d’interroger, dans une perspective diachronique, la manière dont les acteurs (princes, sujets, militaires, époux, religieux, citoyens...) ont négocié, justifié ou subi cette tension entre fidélité et trahison du XIVe au XXIe siècle. Ces notions, loin d’être figées, sont des constructions sociales et politiques, qui expriment autant la norme que sa transgression, structurent les rapports humains et façonnent l’imaginaire. À travers les époques, la question de la fidélité se révèle d’autant plus cruciale que sa rupture est vécue comme un drame politique, social et moral.

Fidélité et trahison, en tant que concepts et pratiques politiques, constituent des catégories centrales pour comprendre la construction des ordres politiques et les dynamiques de pouvoir à travers l’histoire. Loin de se réduire à des notions morales abstraites, elles articulent rapports de force, obligations réciproques, enjeux identitaires et modes de légitimation ou de délégitimation du pouvoir. Elles permettent d’analyser comment se nouent et se négocient les engagements entre dirigeants et dirigés, entre individus et institutions, mais aussi comment ces engagements sont interprétés ou instrumentalisés à des fins politiques. Historiquement, la fidélité se déploie d’abord comme une relation politique et sociale conditionnelle, pleinement intégrée à l’ordre féodal et monarchique. Elle s’inscrit dans un pacte mutuel entre un souverain et ses fidèles, impliquant obligations, conseils et limites du pouvoir.

Quand le pouvoir excède ces limites, l’insubordination cesse d’être infidélité au sens strict et devient une forme légitime de contestation. En contrepoint, la loyauté féodale, fondée sur le serment, constitue un pilier de la société médiévale, mais aussi l’un de ses points de fragilité. Le félon n’est pas seulement celui qui trahit, c’est celui qui rompt l’ordre du lien vassalique et moral (fides). La pensée politique médiévale, de Jean de Salisbury à Christine de Pizan, s’interroge déjà sur la légitimité de la résistance à un prince injuste, parfois qualifié, à tort ou à raison, de tyran. À la fin du Moyen Âge, dans des espaces politiques comme la Bourgogne ou la Bretagne, les fidélités multiples entre roi, prince et seigneur génèrent des conflits de loyauté et des accusations de trahison politique. Durant les périodes modernes et contemporaines, les fractures autour de la fidélité et de la trahison ne disparaissent pas. Au contraire, elles se complexifient et se redéfinissent à mesure que se transforment les régimes politiques et les conceptions mêmes du pouvoir. Ainsi, des figures telles que l’officier déserteur, l’espion à la cour, le ministre accusé de félonie ou le diplomate infidèle incarnent des situations où la raison d’État et la conscience individuelle s’affrontent dans des configurations politiques de plus en plus différenciées. Dans ces contextes, la fidélité n’est plus seulement l’expression d’un serment personnel, mais devient un enjeu de loyautés multiples et parfois conflictuelles, entre souveraineté nationale, engagement idéologique, intérêts personnels ou obligations institutionnelles.

Ce projet s’inscrit dans une perspective interdisciplinaire, croisant histoire, science politique, sociologie, droit et philologie. Il vise à montrer que les notions de fidélité et de trahison ne sont pas des archaïsmes moraux, mais des catégories dynamiques et révélatrices du politique, révélant les tensions entre l’ordre institutionnel, les engagements personnels et les transformations des régimes de légitimité à travers les siècles.

Axes de réflexion

Fidélité à une communauté et exclusion politique

Cet axe interroge la façon dont la fidélité a été historiquement construite comme un marqueur d’appartenance à une communauté politique (dynastique, religieuse ou nationale) et comment, en miroir, la trahison a servi d’outil d’exclusion et de stigmatisation. Dans cette perspective, les actes de déloyauté politique sont perçus non seulement comme des ruptures de lien, mais aussi comme des signes d’altérité, tantôt redoutés, tantôt activement combattus.

L’étude du discours politique et juridique montre que l’usage du terme trahison a contribué à délimiter et sécuriser l’espace politique légitime, en marquant comme étrangers déloyaux ceux qui étaient désignés comme dissidents et en les excluant du corps politique. Ainsi, dans l’Angleterre post-réformée, l’accusation de trahison participa à la consolidation de l’État naissant en justifiant la poursuite des opposants politiques et en façonnant des frontières symboliques et institutionnelles de l’appartenance collective. Dans les siècles qui suivirent, ces accusations continuèrent d’être mobilisées comme des instruments permettant de délégitimer des adversaires et de maintenir les normes de loyauté au sein des communautés politiques.

Figures du traître : entre stigmatisation et relecture historique

La figure du traître a souvent été mythifiée, diabolisée et mobilisée à des fins politiques. Cette construction narrative, qui traverse les textes juridiques, littéraires et politiques, a exercé un impact puissant sur la mémoire collective, façonnant non seulement l’image de l’individu accusé de trahison, mais aussi la manière dont les sociétés se perçoivent et se racontent leurs conflits internes. Au Moyen Âge déjà, le traître apparaît dans les sources comme un personnage ambivalent, associé à des catégories juridiques telles que la félonie, le parjure ou la lèse‐majesté et souvent inscrit dans des récits où sa transgression renvoie à des enjeux profonds de souveraineté et d’allégeance, ce qui contribue à forger des représentations sociales durables de l’infamie et du déshonneur. Dans les périodes modernes et contemporaines, cette figure évolue, mais conserve cette charge symbolique forte. Elle est incarnée tant par des collaborations avec l’ennemi que par des politiciens accusés de reniement ou de trahison idéologique, des accusations qui renvoient souvent à des luttes rhétoriques pour le pouvoir ou la légitimité dans l’espace politique. Les récits de trahison ne se contentent pas d’attester une rupture de loyauté : ils participent à la construction sociale de l’ennemi intérieur et à l’exclusion politique de groupes ou d’individus, en même temps qu’ils peuvent être repris, réinterprétés ou contestés selon les régimes de mémoire dominants.

Trahison et transformations des régimes politiques

Cet axe propose d’explorer la manière dont les accusations de trahison sont intimement liées aux moments de rupture, de crise ou de refondation des régimes politiques et comment elles participent simultanément à la délimitation et à la reconstruction des régimes eux‐mêmes, qu’il s’agisse de monarchies médiévales en crise, d’États confrontés à des insurrections ou de démocraties contemporaines en proie à des conflits idéologiques. La trahison ne se limite donc pas à un simple crime moral ou juridique, elle est un révélateur des tensions internes à un régime et des transformations profondes de sa légitimité. Dans les transitions révolutionnaires ou les remises en cause majeures de l’ordre politique, la trahison devient souvent un concept mobilisé pour justifier des transformations radicales du régime. Dans les contextes contemporains, ces accusations continuent de devenir des leviers rhétoriques puissants lors de crises politiques ou idéologiques, soulignant que la dynamique entre fidélité et rupture constitue un élément constitutif des transformations politiques à toutes les époques.

Guerre, trahisons et loyautés politiques

Enfin, cet axe, permet d’examiner la relation profonde et souvent ambivalente entre guerre, fidélités politiques et accusations de trahison, en montrant comment les conflits armés reconfigurent les notions de loyauté, d’appartenance et d’exclusion politique. La guerre devient ainsi non seulement un moment d’affrontement militaire, mais aussi un espace d’intensification des débats sur le sens de la fidélité politique, sur la légitimité des allégeances et sur la construction ou la stigmatisation de l’« ennemi intérieur ». De tels moments révèlent aussi les différences entre loyauté populaire et définition juridique de la trahison, un thème qui se retrouve dans de nombreuses sociétés en guerre où les autorités politiques cherchent à mobiliser le soutien tout en réprimant toute forme de dissidence interne.

Modalités de communication

Les propositions de communication (titre, résumé de 2 000 à 3 000 signes) sont à adresser avant le 8 mars 2026 à l’adresse suivante : https://trahison.sciencesconf.org. Chaque présentation pourra être en français ou en anglais.

Comité d’organisation

  • Mauréna Benteboula, doctorante en histoire médiévale (Université de Lille – HARTIS)
  • Élodie Lecuppre-Desjardin, professeur des universités (Université de Lille – HARTIS)
  • Valentin Fontana, doctorant en histoire moderne (Université de Lille – HARTIS)
  • Louis Fortemps, docteur en histoire contemporaine (Université du Luxembourg – C2DH)
  • Hervé Leuwers, professeur des universités (Université de Lille – HARTIS)
  • Fabio Ventorino, doctorant en histoire médiévale (Université de Liège – Transitions)

Catégories

Lieux

  • Domaine universitaire du Pont-de-Bois
    Villeneuve-d'Ascq, France (59653)

Format de l'événement

Événement uniquement sur site


Dates

  • dimanche 08 mars 2026

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire, trahison, loyauté, politique

Source de l'information

  • Mauréna Benteboula
    courriel : maurena [dot] benteboula [at] univ-lille [dot] fr

Licence

CC0-1.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.

Pour citer cette annonce

« Loyautés déchirées », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 29 janvier 2026, https://doi.org/10.58079/15lah

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