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Crises du progrès et de la rationalité

Les Lumières face à l’événement Anthropocène, un nouvel enjeu éducatif ?

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Published on Monday, February 16, 2026

Abstract

Le colloque LUMI – octobre 2026 interroge les crises contemporaines du progrès et de la rationalité à la lumière de l’Anthropocène, entendu comme une nouvelle ère géologique caractérisée par l’impact global des activités humaines sur les dynamiques terrestres. Il met en discussion l’héritage des Lumières et la conception moderne du rapport entre l’homme et la nature, dans un contexte marqué par les dérèglements climatiques, l’érosion de la biodiversité et les tensions civilisationnelles qui en résultent.

Announcement

Colloque LUMI, 15 et 16 octobre 2026 Università di Corsica Pasquale Paoli – Corte

Colloque international organisé par le laboratoire LISA (UMR CNRS 6240), Università di Corsica Pasquale Paoli, en partenariat avec la revue LUMI.

Argumentaire

Proposé aux débuts des années 2000 par le géochimiste Paul Crutzen aux chercheurs en sciences du vivant et en géoscience, l’idée d’Anthropocène rend explicite l’existence de changements d’origines anthropiques affectant l’ensemble des enveloppes planétaires (gazeuses, liquides et solides) et modifiant en profondeur ses dynamiques bio-géo-physiques dont la question climatique et celle de la biodiversité en seraient les manifestations les plus prégnantes. Ces modifications caractériseraient cette nouvelle ère géologique qui se substituerait donc à la précédente, l’Holocène.

Dans ce monde émergent, les questions écologiques, politiques et civilisationnelles tiennent une place centrale et renouvellent les relations coutumières des temporalités environnementales, sociales et politiques.

Le monde des humains, confronté à l’accélération du temps de la nature dont il est responsable, devra-t-il renoncer à une conception des relations entre l’homme et la nature héritée des Lumières, au XVIIIe siècle ?

À l’âge classique, le XVIIe siècle, le jardin à la française, taillé selon le principe de la symétrie géométrique, s’est développé dans la période où la vision cartésienne et mécaniste du monde était encore prégnante. Cette vision a commencé à être contestée à partir des années 1730. Est-ce à dire que la nature est devenue, au siècle des Lumières, un environnement sauvage et inaccessible à la raison humaine et que, dans ces nouveaux jardins dits « à l’anglaise », les fantaisies de la nature ne devaient plus connaître de limites ? Il n’en est rien. Au siècle où la raison s’affirme universelle avec Kant, la nature est devenue une réalité extérieure à l’homme, assez éloignée de l’état social : une idée qui habite l’esprit humain, une idée complexe qui oriente ses observations, ses réflexions et ses émotions. Dès lors, la nature est devenue un espace à l’apparence sauvage, que l’homme entend façonner pour répondre à ses besoins.

Cette idée de nature qui a pris sens au XVIIIe siècle résonne singulièrement aujourd’hui, au moment où la nature est menacée par le naufrage qu’annonce l’Anthropocène, ère géologique dont la communauté scientifique discute encore de la date de son commencement : peut-être au XVIIIe siècle, quand la raison humaine se voulait éclairée par les Lumières, pour éclairer le monde, peut-être bien avant, dès les débuts de l’agriculture, peut-être plus tard, au moment de la Révolution industrielle, peut-être plus récemment encore, au temps de la globalisation des échanges marchands et culturels ?

Mais aujourd’hui, quand l’humanité continue de prétendre plier la nature à ses besoins, c’est au prix des désordres écologiques et climatiques dont le constat se fait chaque jour un peu plus visible. Au temps de l’Anthropocène, l’homme semble imprégné de la perception d’une nature aux ressources inépuisables et vouées à son service, mais il en est aussi la victime, car cette perception erronée détermine ses actions en retour contre la nature, une nature dont on méprise les besoins qui lui sont propres alors qu’on la sait menacée. C’est une norme récursive, qui est à la fois le produit d’une représentation ancienne qui perdure, celle d’une nature harmonieuse en externalité par rapport à l’humain, et l’effet de cette représentation sur l’avenir de la planète entre les mains des femmes et des hommes de notre temps. Pour autant cette représentation largement bousculée au sein des sciences de la nature par l’irruption de l’idée de biodiversité au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, l’est encore plus par l’évènement, au sens philosophique, Anthropocène car il place l’humain au cœur des défis. Ces différentes ruptures épistémologiques issues des sciences de la nature, interpellent les sciences humaines et sociales et nos modèles de développement au travers des approches et raisonnements en système, robustesse du vivant versus performance, points de bascules écosystémiques et climatiques. Il en résulte une incertitude épistémologique et sociétale fondamentale, source d’inquiétudes et de tensions civilisationnelles.

Comme événement et comme cadre conceptuel, l’Anthropocène oblige à repenser toutes ces articulations éducatives en abordant différents aspects : le plan philosophique, le plan sociohistorique, le plan politique et jusqu’aux plans pratiques et méthodologiques. L’Anthropocène renouvelle en effet le questionnement sur la place des acteurs politiques et des contextes territoriaux, comprenant les formes diverses de production et d’acquisition de savoirs. La solidarité entre nos êtres individuels, le monde social, auquel l’éducation doit intégrer les personnes, les territoires et les environnements est désormais perçue comme une solidarité à laquelle on n’échappe pas.

De ces considérations découlent les différents axes du colloque.

Approches philosophiques

Les Lumières (enlightenment, illuminismo), peuvent être définies, non comme support du culte de la modernité, mais comme ayant été cet « idéal d’émancipation par le savoir qui repose sur l’autonomie des individus et sur leur capacité à décider de ce qui est juste » (Antoine Lilti).

Au temps de l’Anthropocène, qu’avons-nous à garder, à faire évoluer ou à rejeter de cet héritage pour une éducation démocratique écocitoyenne ? Doit-on sortir d’une pensée duelle Nature/Culture, dont seraient issus la modernité, le colonialisme, le patriarcat, l’extractivisme forcené, l’idée de progrès, pour une conception relationnelle de notre rapport à « la communauté terrestre » (Achille Mbembé) ?

Comment comprendre le rapport des religions et du religieux avec les leçons de la science, dans la perception de l’Anthropocène chez les jeunes générations ?

Approches sociohistoriques contextualisées

Comment s’ancrent les questions relatives à l’Anthropocène dans l’histoire des sociétés, de leurs identités, de la perception de leurs devenirs, notamment en Méditerranée ? En Corse et ailleurs, les espaces ruraux se trouvent au cœur de la problématique environnementale, parce qu’ils touchent à l’alimentation, à l’exploitation des ressources naturelles, à l’usage de produits toxiques pour la biodiversité, et qu’ils sont porteurs de traditions culturelles dans lesquelles se cherchent des solutions alternatives, au plan local mais aussi au plan mondial.

Sous quelles formes les questions environnementales sont-elles reliées aux identités territoriales ? Les études contextualisées sont bienvenues, prenant en compte la spécificité des territoires, des pratiques traditionnelles et des recompositions identitaires.

Approches didactiques

Si l’on admet que l’éducation au temps de l’Anthropocène établit un nouveau rapport au progrès, à la rationalité et au vivant, encore largement à construire, dans un contexte global de montée des populismes et d’influence parfois qualifiée de « technofasciste » d’infrastructures technologiques sur la vie publique, quelles sont les pratiques susceptibles de repolitiser, reproblématiser, et éduquer au politique ?

Car dans l’ère de l’Anthropocène, l’être social en devenir est un être agissant pour l’évolution de la société, de l’humanité et de l’environnement, qu’il le veuille ou non, qu’il en ait conscience ou non, à différentes échelles, du territoire de vie (le village, le quartier, la ruralité) aux nations, aux ensembles géographiques plus vastes et à la planète.

Les contributions attendues peuvent aborder, notamment, les questions suivantes :

Comment se soucier, c’est-à-dire apprendre à considérer l’ensemble des archives matérielles et immatérielles de l’humanité, les autres humains mais aussi les vivants non-humains ? Y prêter attention ? Prendre soin, c’est-à-dire ménager et non plus aménager ? Maintenir et réparer l’existant, y compris les sociétés et les écosystèmes ? Que doit-on transmettre ?

Comment articuler pédagogiquement la variation des échelles de référence des questions posées par l’Anthropocène : du local au régional, du régional au national, du national au supranational, à la planète, à l’univers ?

Modalités de soumission

Une proposition de communication (une quinzaine de lignes maximum), accompagnée d’une brève présentation de l’auteur, devra être soumise avant le lundi 1er juin 2026 aux adresses suivantes :

  • lumi@universita.corsica
  • ALITTI_P@univ-corse.fr
  • garnier_b@univ-corse.fr
  • talamoni_jg@univ-corse.fr

Le comité de lecture communiquera sa décision aux auteurs avant le 15 juin 2026 :

  • soit la proposition n’est pas retenue ;
  • soit la proposition est retenue en vue d’une participation au colloque, avec possibilité de publication d’un article dans la revue LUMI.

Dans ce second cas, l’auteur devra faire parvenir le texte de sa communication (40 000 signes maximum, espaces compris) aux organisateurs du colloque.

Publication

Une sélection de contributions sera publiée dans la revue LUMI.

Comité scientifique

  • Bruno Garnier, Professeur des Universités, Sciences de l’éducation et de la formation, Université de Corse Pasquale Paoli, UMR CNRS LISA 6240.
  • Jean-Guy Talamoni, Avocat, Docteur HDR, Histoire de la littérature et Histoire des idées, Université de Corse, UMR CNRS LISA 6240.

Places

  • Campus Mariani - Université de Corse
    Corte, France (2B)

Date(s)

  • Monday, June 01, 2026

Keywords

  • anthropocène, Lumières, progrès, rationalité, nature, humanité, éducation, science humaine et sociale, épistémologie, crise écologique, territoire, biodiversité

Contact(s)

  • Bruno Garnier
    courriel : garnier_b [at] univ-corse [dot] fr
  • Jean-Guy Talamoni
    courriel : talamoni_jg [at] univ-corse [dot] fr

Information source

  • Pascal Alitti
    courriel : alitti_p [at] univ-corse [dot] fr

License

CC-BY-4.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0 .

To cite this announcement

Jean-Guy Talamoni, Bruno Garnier, « Crises du progrès et de la rationalité », Call for papers, Calenda, Published on Monday, February 16, 2026, https://doi.org/10.58079/15p0r

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