HomeLes discours politiques en contexte de crise et leurs effets sur les dynamiques sociales au Maroc
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Published on Wednesday, February 18, 2026

Abstract

Au Maroc, entre 2011 et 2025, les crises successives du Printemps arabe à la pandémie de COVID-19, en passant par les mouvements sociaux, les campagnes de boycott et les débats sur le Front Polisario ont transformé la fonction du discours politique, qui doit à la fois légitimer, mobiliser et proposer de nouveaux récits collectifs. L’analyse contemporaine du discours politique marocain exige une approche interdisciplinaire centrée sur ses dimensions linguistiques, symboliques et performatives, en considérant les acteurs clés, les stratégies argumentatives et les effets sur l’adhésion, le rejet ou l’indifférence des citoyens, afin de comprendre les évolutions des rapports de légitimité entre gouvernants et gouvernés.

Announcement

Argumentaire

Le discours est un ensemble organisé de phrases donnant lieu à un tout cohérent qui peut se prêter au texte. Outre ce sens restreint du concept, une acception plus large, qui remonte à la rhétorique aristotélicienne, fait du discours « un ensemble de phrases prononcé, et il a donc à voir avec l’oral. Un discours a pour but de persuader, et se range dans les genres : judiciaire, délibératif et épidictique. » (Gardes-Tamine & Hubert, 1998, p. 87). Justement, c’est le délibératif « qui correspond à peu près à notre discours politique, adressé habituellement à une assemblée, et par lequel on conseille ou dissuade » (Ducrot & Todorov, 1972, p.100). De plus, le discours politique ne se réduit plus à un simple outil de communication : il s’impose comme un espace de confrontation symbolique, révélateur des tensions entre institutions, élites et citoyens. En période de crise, ce discours prend une dimension particulière : il doit à la fois répondre à l’érosion du contrat social et proposer de nouveaux récits collectifs, orientés vers la stabilité ou vers le changement.

Au cours des dix à quinze dernières années (2011–2025), le Maroc a connu une série de transformations politiques, économiques et sociales majeures : du Printemps arabe à la crise sanitaire de la COVID-19, en passant par les campagnes de boycott, les tensions migratoires, les grèves dans les secteurs de la santé, de l’enseignement ou de la justice, ou encore les débats persistants autour du prétendu Front Polisario. Ces contextes de crise ont profondément reconfiguré la place et la fonction du discours politique dans ses rôles de médiation, de légitimation et de mobilisation.

Malgré cette intensité discursive, la notion même de discours politique reste à interroger. Au-delà de sa définition rhétorique ; ce discours peut être envisagé comme un énoncé socialement situé, produit par des acteurs légitimes dans un espace public donné, avec une visée de persuasion ou de performativité politique. Il s’inscrit dans un champ conflictuel, et mobilise des stratégies argumentatives, émotionnelles et narratives pour agir sur les représentations et les comportements.

Depuis 2011, l’émergence d’acteurs politiques porteurs d’une nouvelle rhétorique a modifié les équilibres traditionnels. Le discours populiste, qui se caractérise par une opposition entre "le peuple pur" et "les élites dites corrompues", une simplification des enjeux et une dramatisation des conflits, a trouvé un écho important. Le moralisme, souvent mobilisé dans des discours empreints de références religieuses ou éthiques, s’articule parfois à une communication politique normative, insistant sur la vertu ou la probité des dirigeants. À l’opposé, une technocratie langagière, marquée par un jargon administratif, des éléments de langage dépolitisés et une communication chiffrée, s’impose dans certains discours officiels. Ces trois registres – populiste, moraliste, technocratique – coexistent, s’opposent ou se superposent, générant des tensions discursives internes qui méritent d’être étudiées.

Cependant, il serait réducteur de considérer le discours politique marocain uniquement sous l’angle de ses limites. Il existe également des efforts de réforme du langage politique, des tentatives de réhabilitation du débat public, ou encore des discours porteurs de nouvelles formes d’engagement, notamment chez certains jeunes élus, membres de la société civile ou figures émergentes du numérique. L’analyse des formes contemporaines du discours politique ne peut être dissociée de la montée en puissance du numérique.

Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter/X, TikTok ou YouTube ont modifié les circuits de production, de diffusion et de réception des messages politiques. Les campagnes électorales, les mobilisations citoyennes ou les prises de parole officielles s’inscrivent, désormais, dans une logique de viralité, où les formats courts, les slogans percutants et les contenus visuels prédominent. Le discours politique devient performatif, voire spectaculaire, et se heurte à la concurrence d’influenceurs politiques, de campagnes de désinformation ou de discours alternatifs diffusés en ligne.

Ces mutations posent un ensemble de questions incontournables: comment analyser ces discours dans leur matérialité linguistique et symbolique et quelles sont les méthodes qui permettent de rendre compte de leurs effets (adhésion, rejet, indifférence) ? Quels sont les acteurs clés de cette transformation (partis, médias, institutions, citoyens) ? Et comment ces évolutions redessinent-elles la carte des rapports de légitimité entre gouvernants et gouvernés ? Pour répondre à ces interrogations, nous proposons de structurer la Journée d’Étude autour des axes suivants, en privilégiant une approche interdisciplinaire, mais centrée sur les outils de l’analyse du discours (stratégies argumentatives, choix lexicaux, éthos, scénographie énonciative, procédés rhétoriques, etc.) :

Axe 1 : Le discours politique comme terrain de lutte symbolique

Cet axe propose d’analyser comment, notamment en contexte de crise, le discours politique devient un instrument de légitimation ou de délégitimation. Il s’agira d’examiner comment les acteurs construisent des identités collectives, des figures d’adversaires ou des récits mobilisateurs. Des études de cas précises (discours de responsables politiques, déclarations ministérielles, interventions parlementaires, meeting électoral, sorties médiatiques…) seront valorisées.

Axe 2 : Rhétorique et discours politique

Cet axe s’intéresse à la dimension formelle, esthétique et persuasive du discours politique. Quelles sont les figures rhétoriques privilégiées ? Quels sont les procédés d’insistance, de dramatisation ou de connivence mobilisés ? On pourra également aborder la question de l’éthos politique, de la mise en scène du locuteur et des effets pragmatiques de la parole politique.

Axe 3 : Les registres discursifs en tension : populisme, moralisme et technocratie

Ce troisième axe invite à clarifier et comparer les différents styles discursifs observables dans le champ politique marocain et international. Comment ces registres s’articulent-ils ou s’opposent-ils ? Quelles stratégies argumentatives sous-tendent ces styles ? Quelle réception suscitent-ils auprès des publics ? L’analyse pourra inclure des corpus de discours électoraux, de débats publics ou de controverses médiatisées.

Axe 4 : L’influence des médias numériques sur les formats et les contenus du discours politique

Ce dernier axe explore l’impact des plateformes numériques sur la transformation du discours politique. On s’intéressera ici à la logique de viralité, à la réduction des formats discursifs, à l’émergence d’influenceurs ou de micro-débats viraux, mais aussi aux stratégies de communication numérique des partis et institutions. L’étude de la désinformation, des hashtags politiques, ou encore des campagnes électorales digitales pourra trouver sa place dans cet axe.

Modalités de soumission

Les propositions doivent préciser :

Les propositions (en français uniquement) doivent comporter :

  • Le nom et prénom de l’auteur(e)
  • Le grade et statut
  • L’adresse e-mail
  • L’institution d’affiliation
  • Le titre de la communication
  • Un résumé d’environ 300 mots
  • Une brève notice biobibliographique

L’ensemble doit tenir sur une seule page (Times New Roman, 12 pt, interligne 1,15).

Les propositions sont à adresser à l’adresse suivante : b.el-kacimi@uiz.ac.ma

Dates à retenir :

  • Date limite de la réception des contributions : 30 mars 2026
  • Réponses aux contributeur·rice·s : à partir du 30 avril 2026
  • Diffusion du programme définitif : 15 juin 2026

La Journée d’Étude aura lieu à la FLSH- Agadir- Maroc, le 29 juin 2026

Coordinateurs du colloque

  • El KACIMI Badreddine, (Université Ibn Zohr, FFG- Guelmim- Maroc)
  • MAAROUFI Rabia, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • TOUDA Azzelarab, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)

Comité d’organisation

  • ABOUELKACEM Hafid, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • ABRIGHACH Mohamed, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • AFAKIR Mohamed, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • ALAHYANE Ayad, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • ANDAM Lhassane, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • BELAAYACHI Abderrahmane, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • CHIBLI Fatima, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • EL BOUWAB Soumaya, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • El KACIMI Badreddine, (Université Ibn Zohr, FFG- Guelmim- Maroc)
  • FAIZ Fatima, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • MAAROUFI Rabia, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • MAKACH Zohra, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • OUMERZOUG Abdelaziz, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • TALMENSSOUR Abdelâali, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • TOUDA Azzelarab, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • ZIZAOUI Abdelmottaleb, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)

Comité scientifique

  • ABOUELKACEM Hafid, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • AFAKIR Mohamed, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • ALAHYANE Ayad, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • DIANE Elhoucine, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • El KACIMI Badreddine, (Université Ibn Zohr, FFG- Guelmim- Maroc)
  • ERRADI Amina, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • HINDA Abdeladim, (Université Abdelmalek Essaadi, Tétouan- Faculté Polydisciplinaire de Larache- Maroc)
  • MAAROUFI Rabia, (Université Ibn Zohr FLSH- Agadir- Maroc)
  • MAKACH Zohra, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • NACER ELIDRISSI Abdelfettah, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • TALMENSSOUR Abdelâali, (Université Ibn Zohr FLSH- Agadir- Maroc)
  • TOUDA Azzelarab, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)
  • ZIZAOUI Abdelmottaleb, (Université Ibn Zohr, FLSH- Agadir- Maroc)

Responsable

Laboratoire d’Études et Recherches en Langue, Littérature, Culture et Identité FLSHUniversité Ibn Zohr – Agadir–Maroc

Url de référence : http://www.flsh-agadir.ac.ma Adresse : Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Agadir, Maroc BP 29/S, Rue Hassan Bounaâmani, Agadir 80000 Tél. : 0528220878 / 0528220558

Bibliographie sélective

ARISTOTE, (1991). Rhétorique ( Livre I et II, Texte établi et traduit par Médéric Dufour, Livre III, Texte établi et traduit par Médéric Dufour et André Wartelle, Paris, Gallimard.

BUTLER, J. (1997). Le pouvoir des mots : Politique du performatif (trad. française), Paris : Amsterdam.

CAMAU, M. (1978). Pouvoirs et institutions au Maghreb, Tunis : Cérès Productions.

CARDON, D. (2019). Culture numérique, Paris : Presses de Sciences Po.

COTTERET, J.-M. (1991). Gouverner c’est paraître : Réflexions sur la communication politique, Paris : Presses Universitaires de France. 

DORNA, A., & GEORGET, P. (2007). « Quand le contexte surdétermine le discours politique », in Le Journal des psychologues, 247(4), Éditions Martin Média, pp. 23-28. 

El AOUFI, N. (Dir.). (1992). La société civile au Maroc, Rabat : SMER.

El-KACIMI, B. (2024). « Les artifices du discours populiste : décryptage des tactiques de mobilisation politique », Hermès, 93, 205–211.

FAIRCLOUGH, N. (1995). Critical discourse analysis: The critical study of language, London : Longman.

MAAREK, P. J. (1992). Communication et marketing de l’homme politique, Paris : Litec. 

MOUHTADI, N. (1999). « Essai sur la communication politique au Maroc », Communication, 19(1), 11–40.

CHARAUDEAU, P. (2019) «De l’état victimaire au discours de victimisation : Cartographie d’un territoire discursive» , revue en ligne Argumentation et Analyse du Discours (AAD),N°23.

DUCROT, O. & TODOROV, T. (1972), Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Paris, Éditions du Deuil.

GARDES-TAMINE, J. & HUBERT, M.C. (1998), Dictionnaire de critique littéraire, Tunis, Cérès. 

GINGRAS, A.M. (dir. 2003), La communication politique, Québec, Presses de l’Université du Québec

SALAVASTRU, C. (2004). Rhétorique et politique: Le pouvoir du discours et le discours du pouvoir, Paris, L’Harmattan.4

WOLTON, D. (1989). « La communication politique : construction d’un modèle », in Le nouvel espace public, Hermès, N°4, pp. 27-42.

Places

  • FLSH d'Agadir - Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Rue Hassan Bounaâmani
    Agadir, Kingdom of Morocco (80000)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Monday, March 30, 2026

Keywords

  • crise, discours politique, Maroc, post-2011, dynamique sociale

Contact(s)

  • BADREDDINE EL KACIMI
    courriel : b [dot] el-kacimi [at] uiz [dot] ac [dot] ma

Information source

  • BADREDDINE EL KACIMI
    courriel : b [dot] el-kacimi [at] uiz [dot] ac [dot] ma

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Les discours politiques en contexte de crise et leurs effets sur les dynamiques sociales au Maroc », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, February 18, 2026, https://doi.org/10.58079/15pu8

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