Published on Wednesday, February 18, 2026
Abstract
Dans cette relecture des conflits religieux, la figure féminine se redessine : les femmes ne peuvent plus seulement être envisagées comme des victimes passives ou des figures symboliques (veuves, martyres ou allégories). Alors que les conflits civils désorganisent les normes sociales et recomposent les rôles genrés, les femmes peuvent y apparaître comme des actrices de la mobilisation religieuse ou politique, des médiatrices, des résistantes ou des collaboratrices, et dans tous les cas des figures centrales de la vie sociale.
Announcement
Présentation
Deux journées d’étude seront organisées, de manière complémentaire, en septembre 2026 et en octobre 2026 : la première à Aigues-Mortes (Gard), sous le titre : « Femmes enfermées dans les conflits civils et religieux » ; la seconde à Villeneuve-lès-Avignon (Gard), sous le titre : « Vivre en période de conflits civils et religieux : expériences féminines de la survie ».
Argumentaire
La lecture des conflits civils et religieux de l’époque moderne n’est aujourd’hui plus seulement réalisée sous l’angle politique ou doctrinal des guerres de religion et des édits de pacification successifs. L’histoire sociale et la micro-histoire, depuis les années 1970, puis l’archival-turn ont déplacé la focale de l’historien.ne pour éclairer des parcours particuliers, qui sont devenus autant de faisceaux d’une donnée sociale plus large. À l’intérieur des grandes narrations, les trajectoires individuelles, les expressions locales ou encore les actions du quotidien permettent de tracer les contours d’une histoire au ras du sol, interrogeant du même coup le rapport aux archives de l’historien.ne.
Lire les conflits civils et religieux de l’époque moderne sous cet angle ouvre un champ d’investigation nouveau : comment vivre (et survivre) sous interdits ? L’affrontement de deux communautés et la volonté de soumission de l’une sur l’autre produisent en effet des interdits qui se manifestent à l’extérieur comme à l’intérieur du foyer : interdits de culte, interdits de lieux, interdits de circulations, interdits d’interactions… La parole est contrôlée, un chant de psaume peut trahir, un panier de course sur le marché peut condamner. Les civils doivent alors développer des stratégies d’adaptation des gestes du quotidien pour évoluer dans un espace soumis et contraint, tant la neutralité paraît impossible, dans la sphère publique comme dans la sphère privée. La survie est l’ennemie du repos. Les conflits de l’époque moderne entrent ainsi en résonance avec des conflits contemporains, où la question de la survie en temps de guerre civile est évidemment centrale.
Ces deux journées d’étude seront l’occasion d’interroger les crises civiles, d’hier à aujourd’hui, sous l’angle de cette micro-histoire où la vie normale est confrontée à l’extraordinaire du conflit, et s’intéressant plus particulièrement aux trajectoires féminines.
Dans cette relecture des conflits religieux, la figure féminine se redessine : les femmes ne peuvent plus seulement être envisagées comme des victimes passives ou des figures symboliques (veuves, martyres ou allégories). Alors que les conflits civils désorganisent les normes sociales et recomposent les rôles genrés, les femmes peuvent y apparaître comme des actrices de la mobilisation religieuse ou politique, des médiatrices, des résistantes ou des collaboratrices, et dans tous les cas des figures centrales de la vie sociale.
Les deux journées d’étude seront organisées en partenariat avec le Centre des Monuments Nationaux, qui accueillera ces manifestations à la Tour de Constance à Aigues-Mortes et au Fort Saint-André à Villeneuve-lès-Avignon. Ces sites, utilisés comme prisons pour cause de religion à l’époque moderne, ont en effet été des laboratoires du contrôle des femmes en période de guerre civile. Les deux journées d’étude accompagneront la programmation de ces lieux d’exposition pour l’automne 2026.
*1e Journée d’étude : « Femmes enfermées dans les conflits civils et religieux ».
Lieu : Tour de Constance, Aigues-Mortes.
Date : Mercredi 30 septembre (après-midi) – jeudi 1er octobre (matinée) 2026.
À la révocation de l’Édit de Nantes en 1685, alors que le protestantisme est interdit dans le Royaume, les femmes subissent les persécutions au même titre que les hommes et sont confrontées à différentes formes d’enfermements : couvents, maisons de la foi, hôpitaux, mais aussi prisons à travers la peine de prison perpétuelle. À cet enfermement dans des lieux spécifiques, il faut ajouter un enfermement social, qui passe par le contrôle du corps, les violences qui s’exercent contre celui-ci, et une exclusion de la sphère publique jusqu’à celle de la sphère privée pour les prisonnières.
Cette journée d’étude se propose de réfléchir aux différents types d’enfermements auxquels les femmes sont soumises en période de conflits. Comment la guerre ou le conflit renforcent-ils les dispositifs d’enfermement pour les femmes, dans une logique de contrôle et d’invisibilisation des femmes ? Parallèlement, les études qui explorent le quotidien des femmes dans ces conditions d’enfermement seront l’occasion d’interroger les stratégies féminines face à ces contextes contraints, entre soumission à l’ordre et résistances.
- Un premier panel s’attachera à la période des conflits religieux entre catholiques et protestants dans la France moderne.
- Un second panel ouvrira ces perspectives aux conflits civils ou religieux contemporains.
*2e Journée d’étude : « Vivre en période de conflits civils et religieux : expériences féminines de la survie ».
Lieu : Fort Saint-André, Villeneuve-lès-Avignon.
Date : Mercredi 14 octobre (après-midi) – jeudi 15 octobre (matinée) 2026.
« Suzanne, Jeanne, Guillaume, nous protestants au fort. Vivre en temps de guerre 1568-1787 » : c’est sous l’angle d’une histoire au ras du sol, que le Fort Saint-André présentera à l’été 2026 les conflits de religion de l’époque moderne dans le Languedoc. En écho à cette exposition, la journée d’études sera consacrée à la vie des femmes en temps de guerres civiles ou de tensions religieuses.
Dans ce type de conflit où il n’y a pas de ligne entre le front et l’arrière, où la violence s’insinue au cœur des quartiers ou des familles, le quotidien redéfinit les codes de l’identité. Un monde où chaque action doit répondre à cette exigence première : comment survivre en tant que femmes, dans un contexte d’interdictions et de contraintes ? Cette journée propose d’analyser les conditions matérielles d’existence et les pratiques sociales ordinaires des femmes, en période extraordinaire de conflit : du silence au secret, du déguisement à l’adaptation, de la violence subie à la résilience, entre mensonges, dénonciations, micro-persécutions, peurs et engagements.
- Un premier panel s’attachera à la période des conflits religieux entre catholiques et protestants dans la France Moderne.
- Un second panel ouvrira ces perspectives aux conflits civils ou religieux contemporains.
Modalités de contribution
Les propositions de communication peuvent concerner l’une des journées d’études, ou bien les deux. Elles devront indiquer :
- Un titre,
- Un résumé,
- Une notice bio-bibliographique.
La participation de jeunes chercheurs et chercheuses est encouragée.
Les propositions sont à envoyer avant le 15 avril 2026 aux adresses suivantes :
fanny.lalande@univ-lyon2.fr
pierre-yves.kirschleger@univ-montp3.fr
Comité d’organisation
- Fanny LALANDE, doctorante, LARHRA, Université Lyon 2.
- Pierre-Yves KIRSCHLEGER, Maître de Conférences HDR, Laboratoire CRISES, Université de Montpellier Paul-Valéry.
En partenariat avec le Centre des Monuments Nationaux (Tour de Constance et Fort Saint-André).
Subjects
Date(s)
- Wednesday, April 15, 2026
Keywords
- femmes, conflits civils et religieux, XVIIe, XXIe siècles
Information source
- Pierre-Yves KIRSCHLEGER
courriel : pierre-yves [dot] kirschleger [at] univ-montp3 [dot] fr
License
This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.
To cite this announcement
« Vivre sous interdits : les femmes dans les conflits civils et religieux (XVIIe-XXIe siècles) », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, February 18, 2026, https://doi.org/10.58079/15py5

