HomeErich Przywara (1889-1972). L’échange
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Published on Thursday, February 26, 2026

Abstract

Le prochain cycle de conférences de la chaire de métaphysique Étienne Gilson de l’Institut catholique de Paris sera assuré par Emmanuel Cattin, professeur de métaphysique à Sorbonne Université. Il sera consacré à la pensée d’Erich Przywara, philosophe et théologien allemand.

Announcement

La Chaire de métaphysique Etienne Gilson de l'Institut Catholique de Paris accueille, cette année, le Professeur Emmanuel Cattin (Sorbonné Université), qui donnera six conférences sur le thème "Erich Przywara (1889-1972). L’échange".

Argumentaire

La pensée d’Erich Przywara, d’un accès rendu difficile par sa langue absolument personnelle, pourra-t-elle encore nous atteindre ? L’ampleur extraordinaire de son regard a accompli, et indiqué aux plus grands, d’Edith Stein à Hans Urs von Balthasar, l’immense tâche de décrire le Rapport de l’être, considérant tout autant, en elle, la nécessité de penser la tradition en laquelle celui-ci fut avant nous recueilli et à nous transmis. Contemporain presque exact de Martin Heidegger, Erich Przywara selon son chemin propre doit être placé, conformément à la mesure qui est la sienne, en regard du penseur de l’Ereignis, lorsqu’il chercha à penser, sur la voie d’une autre « réduction » — la reductio in mysterium, où le concept entre dans le mystère et se trouve saisi, entouré par lui —, le sens d’être de tout étant et de l’humanitas selon la « tension », le « flottement », le « rythme » de l’être lui-même sous la Majesté de Dieu. Se tenir sous une telle Majesté ouvre à la créature l’immensité de son service, qui est l’immensité de sa provenance, l’immensité de l’amour. C’est lui, un tel Amour, qui se révèle comme le sens le plus haut pour « être » et, selon le rapport absolument constituant de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance, pour la créature « homme » et le déploiement apocalyptique de son histoire, de notre histoire.

Erich Przywara, quoique toujours à nouveau ignoré par lui, conformément à la solitude finale qui fut la sienne, fut pourtant, en beaucoup de sens, le penseur de notre temps.

Intervenant

Emmanuel Cattin, né en 1966, ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, est professeur de métaphysique à Sorbonne Université. Il a travaillé sur l’idéalisme allemand, Martin Heidegger et Edith Stein, et est l’auteur, récemment, de La venue de la vérité. Phénoménologie de l’esprit selon Jean (Paris, Vrin, 2021), et Amour immense. Phénoménologie selon sainte Thérèse d’Avila (Paris, Vrin, 2025).

Programme

18 et 19 mars 2026

(18h-20h) 

Analogia entis. Métaphysique créaturelle

Il faudra partir du grand livre de 1932, Analogia entis, avec ses deux sous-titres dans la réédition de 1962, Metaphysik, puis, au-dessous : Ur-Struktur und All-Rhythmus[1]. Ils indiquent ceci que, sous le nom traditionnel d’analogia entis, il s’agira de penser non seulement la structure de l’Étant lui-même, c’est-à-dire le Rapport de tous les rapports selon Przywara, le rapport créaturel, entre l’Étant éternel et l’étant fini, et un tel rapport précisément en tant que « rythme originaire » : autrement dit, de penser la structure de l’être comme mouvement, et même comme musique dans l’être lui-même ; mais aussi de penser, avec celle-ci, la tradition métaphysique elle-même, et ainsi, avec l’être, la pensée de l’être, dans une « métaphysique créaturelle » qui reçoit la charge de recueillir en elle toute la tradition métaphysique et de la considérer à partir de l’être lui-même, comme le fit dans les mêmes années Heidegger, à partir de l’Ereignis et dans une « histoire de l’être ». Ainsi l’analogia entis devra-t-elle ressaisir à présent, elle aussi, avec la structure et le rythme ternaire de l’être, toute l’histoire humaine et toute l’histoire de la pensée, philosophique et théologique.

[1] Analogia entis, Erich Przywara Schriften, Bd. III, Einsiedeln, Freiburg, Johannes Verlag, 1996 (trad. fr. Philibert Secrétan, Paris, Puf, collection « Théologiques », 1990).

20 et 25 mars 2026

(18h-20h)

Deus semper maior. Théologoumène espagnol

Le rythme analogique s’accomplissait, en son troisième moment, celui de l’analogie descendante (après la tentative ascensionnelle d’une remontée au fondement, où prévaut la ressemblance, puis la découverte de l’incommensurabilité, de la plus grande dissemblance), dans une théologie de l’envoi de la créature dans l’infinité du service. C’est par celui-ci au fond que la grande « Théologie des Exercices » de 1938, sous le titre de Deus semper maior, constitue encore une sorte de réponse ou de « réplique » (Gegenstück[1]) à l’Analogia entis de 1932, et se donne comme le même livre, en un sens, écrit le regard fixé non plus sur la loi, le rythme de l’être, mais plutôt sur le chemin, le rythme de l’âme, et ainsi sur le chemin créaturel de l’homme se tenant sous le « Dieu toujours plus grand », la figure de l’homme priant le Dieu toujours plus grand. Or la description de ce chemin en sa profondeur, pour le jésuite Przywara, est ignacienne, et c’est la figure d’un saint fondateur, Ignace de Loyola, l’ « icône » d’Ignace, que nous devrons alors, à sa suite, tenter de voir. Le commentaire augustinien des Psaumes devait donner à Przywara un comparatif, maior, qui devait lui-même se trouver au cœur de sa pensée de la Majesté de Dieu, comme il se trouvait déjà, autrement, au cœur de la pensée d’Anselme (dans l’ens quo maius cogitari nequit du Proslogion). C’est lui encore qui constitue, sous le nom de Majesté, non sans un écho troublant avec la dimension historique impériale, Charles Quint et Philippe II d’Espagne, le cœur du « théologoumène » espagnol, celui, à la fois, du Carmel et de la Compagnie de Jésus.

[1] Deus semper maior. Theologie der Exerzitien, I, Wien-München, Herold Verlag, 1964. La 1re édition, chez Herder, en 1938-1941, fut écrasée sous les bombes.

26 et 27 mars 2026

(18h-20h) 

Admirabile commercium. Mystère nuptial

À la fin du chemin d’Erich Przywara, l’ampleur s’ouvrira du concept d’ « échange » qui prétendra embrasser rien de moins, à nouveau, que toute l’histoire, pour la penser à partir du rapport entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance[1]. L’ « échange » désignera, ainsi dans le texte « Commercium » qui referme le livre Logos, l’échange de Dieu avec nous, l’admirabile commercium de l’ancienne liturgie, que Przywara pensera à partir de l’hymne de l’Épître aux Philippiens 2, 5-9, et de la figure double de l’esclavage, selon laquelle « Lui » reçoit la « forme d’esclave » et donne à l’esclave la forme de « la gloire de la liberté des enfants de Dieu » (Rom 5, 8), et des noces, du connubium entre Dieu et l’homme, où Lui s’échange contre nous dans un lien nuptial. Un tel « échange » entre le Créateur et la créature, qui est le mouvement de l’amour lui-même, constituera la figure la plus haute, alors, du Rapport de tous les rapports, c’est-à-dire de l’analogia entis, et à ce titre sera encore, à la fin, le rythme de l’être lui-même, comme le rythme de toute l’histoire.

[1] Trois livres majeurs de la dernière pensée seront étudiés : Erich Przywara, Christentum gemäß Johannes, Nürnberg, Glock und Lutz, 1954 (trad. fr., Jacques Rouwez, sj,  Le christianisme selon Jean, Bruxelles-Paris, Lessius, Éditions jésuites, 2023) ; Alter und Neuer Bund. Theologie der Stunde, Vienne, Harold-Verlag, 1956 ; Logos. Logos. Abendland. Reich. Commercium, Düsseldorf, Patmos-Verlag, 1964.

Inscription indispensable

https://www.billetweb.fr/erich-przywara-1889-1972

Places

  • 74 rue de Vaugirard
    Paris, France (75006)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Wednesday, March 18, 2026
  • Thursday, March 19, 2026
  • Friday, March 20, 2026
  • Wednesday, March 25, 2026
  • Thursday, March 26, 2026
  • Friday, March 27, 2026

Information source

  • Vice-Rectorat à la Recherche de l'Institut Catholique de Paris
    courriel : recherche [at] icp [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Erich Przywara (1889-1972). L’échange », Lecture series, Calenda, Published on Thursday, February 26, 2026, https://doi.org/10.58079/15rq8

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