Published on Thursday, February 26, 2026
Abstract
La journée d’étude sur le thème : « Genre et sexualités en Afrique : Innovations, résistances et reconfigurations sociales » a pour objectif principal d’ouvrir des discussions sur des problématiques actuelles au sein de la société camerounaise en particulier et africaine en général. Le genre et les sexualités sont à considérer comme des enjeux contemporains où l’Afrique apparaît comme un champ dynamique de recomposition des rapports de genre, articulant innovations sociales et résistances normatives.
Announcement
Argumentaire
La sexualité constitue l’un des pivots conceptuels des études sur le genre depuis leur apparition (Jaunait, 2019). Les travaux pionniers et ceux plus récents en sciences sociales ont déconstruit le déterminisme biologique de la sexualité au profit d’une approche constructionniste faisant d’elle une réalité culturellement et historiquement située. Ces travaux illustrent bien la difficulté de séparer ces deux notions en relevant le caractère structurant et régulateur du genre sur la sexualité (Bozon et Leridon, 1993 ; Brickell, 2006 ; Guy, 2012 ; Brasseur, 2022). Profondément ancrée dans le schéma du genre, la sexualité est considérée comme un enjeu des rapports sociaux de sexes à travers lequel s’expriment et se négocient les normes de genre, les représentations identitaires et les rapports de pouvoir (Broqua et Doquet, 2013). Cette imbrication joue un rôle décisif dans la construction sociale de la sexualité et travaille à établir des catégories sexuelles pouvant être déconstruites, voire contestées et même bouleversées (Bozon, 2002 ; Dorlin, 2008).
En Afrique, la question de la sexualité a été abordée comme une expression du genre à travers l’analyse des rôles masculins et féminins et des fonctions de production et de reproduction qu’ils impliquaient. Les recherches coordonnées par Thérèse Locoh sur la problématique genre et société en Afrique (2007) ont montré que dans certaines sociétés traditionnelles du continent, notamment au Sud du Sahara, les comportements sexuels et reproductifs attendus étaient attribués selon le sexe. Les femmes étaient assignées à la réserve sexuelle et à la fécondité dans le mariage, tandis que les hommes étaient appelés à la virilité sexuelle par l’abondance de la progéniture (Ombolo, 1991 ; Sami Tchak, 1999 ; Tshikaya Kayembe, 2001 ; Vidrovitch, 2013). En faveur de ces injonctions sociales, les conceptions de la sexualité dans certaines traditions africaines puisaient dans des registres superposables au genre légitimant l’hétérosexualité des relations comme modèle dominant. L’entrée dans la vie sexuelle était encadrée par le mariage et magnifiée par la procréation. Par ce mécanisme, la sexualité féminine et masculine devenaient des constructions culturelles reposant sur des restrictions et des tabous, de telle sorte qu’un mode d’encodage et des prescriptions langagières étaient recommandés pour les évoquer ouvertement (Warayanssa, 2018 ; Mbedlaï, 2024). La sexualité en Afrique a donc été profondément enracinée dans des traditions à travers lesquelles les mœurs et les pratiques y afférentes étaient contrôlées et gérées par des normes qui tenaient compte des positionnements de genre de l’homme et de la femme dans la société.
Avec les transformations contemporaines rapides qui ont cours dans les sociétés, l’évolution de la sexualité est notoire au fil du temps et ses métamorphoses s’opèrent au rythme des variations sociales du genre qui vont au-delà de la binarité masculin/féminin pour revêtir des formes informelles ou moins institutionnalisées (Beaubatie, 2029 ; Trachman, 2023 ; Broqua et Geoffrion, 2023). En Afrique, ces changements contemporains révèlent des dynamiques complexes qui ont entrainé un pluralisme de normes et des bouleversements dans les structures sociales (Cheveau et al, 2001). Cette perspective invite à un retournement épistémologique de l’analyse de la sexualité pour l’envisager sous un prisme révolutionnaire marqué par une reconfiguration des rapports de genre, une libération de la parole et une démystification du sexe. En effet, la sexualité est devenue un terrain d’innovations sociales traversé par des revendications identitaires, des contestations politiques, des mouvements féministes, des transformations économiques et des technologies numériques. Dans ce contexte de mutations sociales profondes, les africains construisent désormais un nouveau rapport au sexe où la recherche du plaisir, la variété des pratiques, et la diversification des orientations sexuelles forment le creuset de nouvelles expériences de la sexualité (Cohen et al, 2018 ; Awondo, 2019). Les comportements de pudeur, la vision taboue du sexe, et la norme hétérosexuelle s’effacent progressivement pour laisser place à des modèles de sexualités de plus en plus libérés, créatifs et inspirés des influences occidentales.
Cependant, si les catégories de genre se transforment et la sexualité se restructure sous le choc des cultures (Zajaczkowski, 1973), il convient de souligner que les répercussions qui en découlent se heurtent parfois à la persistance des normes traditionnelles qui continuent de structurer les cadres sociaux de déploiement de la masculinité et de la féminité en Afrique (Pilon et al, 1997 ; Calvès et Adjamagbo, 2014 ; Marcoux et Antoine, 2014 ; Mimche et al, 2020 ; Ndjah Etolo et Batibonak, 2020). Ainsi, on observe des attitudes réactionnaires face à l’importation des catégories extérieures. Les modèles de diversité sexuelle sont alors confrontées au regard réprobateur de la société. Par exemple, les sanctions institutionnelles face aux « déviances sexuelles » perpétrées dans certains milieux scolaires africains, les discours critiques sur la nudité des corps féminins dans les plates-formes numériques, ou le développement des campagnes contre le genre, celui-ci accusé de véhiculer des sexualités dissidentes concourant à la destruction des valeurs africaines (Awondo et al, 2022), démontrent fort combien la sexualité est devenue un enjeu crucial de résistance des sociétés africaines face aux avatars de la modernité.
Dans cette optique, l’objectif principal de cet appel à contribution est d’inviter à considérer le genre et les sexualités comme des enjeux contemporains où l’Afrique apparaît comme un champ dynamique de recomposition des rapports de genre articulant innovations sociales et résistances normatives. Plus précisément, il s’agit d’examiner dans un premier temps la performativité du lien entre genre et sexualités dans les contextes africains actuels, en explorant comment les normes hétéronormatives structurent les relations intimes et créent des vulnérabilités sexuelles. Deuxièmement, il s’agit d’analyser les nouvelles sexualités comme des processus sociaux de riposte aux modèles traditionnels et les tensions qu’elles impliquent sur les structures sociales et les identités de genre. Enfin, il s’agit de questionner les formes de résistances qui accompagnent les transformations des normes sexuelles à travers leurs répertoires d’actions. Les contributions doivent donc globalement interroger la manière dont le genre structure les sexualités en Afrique tout en analysant les effets différenciés de la modernité sur les pratiques, les normes et les subjectivités sexuelles.
Sur le plan méthodologique, les contributions pourront mobiliser des approches quantitatives, qualitatives ou mixtes. Elles s’appuieront sur de riches matériaux empiriques récoltés aussi bien par le biais des entretiens, des récits de vie, des observations ethnographiques que par l’analyse des données secondaires issues de documents d’enquêtes démographiques nationales et de recensements. Les approches interdisciplinaires sont encouragées.
Les axes thématiques ci-dessous pourront guider les contributions et un point d’honneur sera mis sur leur originalité :
Axe 1 : Genre, sexualité et rapports de pouvoir
Les contributions attendues dans cet axe devront analyser comment le genre et les sexualités fonctionnent aujourd’hui comme des dispositifs centraux de production, de reproduction et de contestation des rapports de pouvoir en Afrique contemporaine. On attend des communications qu’elles montrent concrètement comment l’hétéronormativité et le patriarcat structurent les inégalités dans les sphères conjugale, politique, religieuse, professionnelle, numérique, économique, etc ; comment les normes de genre légitiment ou naturalisent la domination masculine, le contrôle des corps féminins, et la marginalisation des identités et pratiques non hétérosexuelles ; et comment ces mécanismes de pouvoir à l’œuvre s’articulent avec d’autres axes de domination dans une perspective intersectionnelle. Les contributions pourront également mettre en évidence les formes actuelles de résistance et d’activisme comme les mouvements féministes, les mobilisations queer, ainsi que les stratégies de légitimations et les alliances qui visent à déconstruire ou à renverser l’ordre hiérarchique du genre.
Axe 2 : Pratiques sexuelles contemporaines et reconfigurations sociales
Dans cet axe, les contributions se pencheront sur les transformations actuelles des pratiques sexuelles en Afrique et leur rôle actif dans la reconfiguration des structures sociales, des normes collectives et des rapports de pouvoir. Il s’agira de documenter concrètement les évolutions contemporaines des comportements sexuels tels que les rapports prémaritaux et extraconjugaux, l’usage des applications de rencontres et des réseaux sociaux pour des relations intimes, la diversification des orientations et des identités sexuelles, les sexualités transactionnelles, en montrant comment ces pratiques redéfinissent les frontières de l’intime, les attentes conjugales, les modèles familiaux et les hiérarchies de genre. Les contributions devront mettre en évidence les tensions et les recompositions entre, d’une part, la persistance des normes hétérosexuelles et, d’autre part, l’émergence de nouvelles subjectivités sexuelles portées la mondialisation et les discours sur les droits sexuels.
Axe 3 : Nouvelles identités sexuelles, normes et tabous
On attend des contributions dans cet axe une analyse de la construction, la négociation et la contestation des nouvelles identités sexuelles en Afrique, ainsi que les normes et tabous qui les encadrent, les invisibilisent ou les répriment. Celles-ci doivent précisément examiner le processus de formation et d’affirmation des identités sexuelles non hétéronormatives (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queer, non-binaire, asexuelles, etc), les stratégies de visibilité et d’invisibilité adoptées dans différents contextes (urbain, rural, familial, religieux, professionnels, numérique, etc), et les manières dont ces identités se heurtent aux normes dominantes de moralité et d’africanité. Les tabous persistants pourront ainsi être mis en lumière à travers leur fonctionnement comme mécanismes de contrôle social, de préservation de l’ordre hétéronormatif, et de légitimation des violences symboliques, verbales ou physiques. Une attention particulière sera portée sur les tensions entre, d’une part, les discours conservateurs qui renforcent les tabous et, d’autre part, les émergences contemporaines véhiculées par les jeunes, les diasporas, les espaces numériques et les mouvements activistes qui produisent de nouveaux narratifs et de nouvelles communautés d’appartenance.
Axe 4 : Numérisation, TIC et sexualités
Les travaux se situant dans cet axe mettront en exergue le rôle des TIC, des platesformes numériques et des applications en ligne dans les transformations contemporaines des sexualités en Afrique. Il conviendra d’analyser précisément comment les réseaux de rencontre, les forums, les messageries privées, les communautés virtuelles, les contenus pornographiques en ligne, les espaces de sexting ou de cybersexualité reconfigurent les pratiques sexuelles, les modalités de rencontre, les narrations intimes, les processus de coming-out, les formes de drague et de séduction, ainsi que les frontières entre sphère publique et sphère privée. Les contributions pourront s’atteler à montrer comment les outils numériques amplifient la visibilité des identités LGBTQIA+, la création des solidarités transfrontalières et exacerbent les formes contemporaines de domination et de violence à l’instar du cyberharcèlement, des discours haineux, de l’homophobie, de l’exploitation sexuelle et de bien d’autres.
Modalités de contribution
Les propositions de résumé (300-500 mots, en français ou en anglais avec bibliographie indicative) doivent indiquer les noms et prénoms de l’auteur ou des auteurs, l’attachement institutionnel, le titre de la communication et les mots clés. Elles mentionneront les données sur lesquelles se fondent l’analyse, les approches méthodologiques et théoriques mobilisées, ainsi que l’axe dans lequel elles s’inscrivent. Elles doivent être envoyées par mail simultanément aux adresses suivantes : departementsociologie@univ-yaounde1.cm ; edithndjahetolo@gmail.com ; cedric.kengmo@falsh-uy1.cm au plus tard le 05 mars 2026. L’annonce des propositions retenues sera communiquée fin mars 2026 et la journée d’étude se déroulera début juin 2026.
Comité d’organisation
- Pr ESSOMBA EBELA Solange, Université de Yaoundé 1
- Pr PINGHANNE YONTA Achille, Université de Yaoundé 1
- Pr NGUEULIEU Elias Perrier, Université de Yaoundé 1
- Pr NSANGOU MBOUEMBOUE Moustapha, Université de Yaoundé 1
- Dr NDJAH ETOLO Edith, Université de Yaoundé 1
- Dr TAMEKEM NGOUTSOP Moïse, Université de Yaoundé 1
- Dr NTOUTOU Guyleine, Université de Yaoundé 1
- Dr KENGMO FOMETIO Cédric, Université de Yaoundé 1
- Dr TCHIATAGNE FOSSI Luther, Université de Yaoundé 1
- Dr MOUNGOUM MAMA Nourdine, Université de Yaoundé 1
- Mme NGAMCHARA Caroline, Université de Yaoundé 1
Références bibliographiques
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Subjects
- Modern (Main category)
- Society > Sociology > Gender studies
- Society > Sociology > Sociology of culture
Places
- Université de Yaoundé 1 - departementsociologie@univ-yaounde1.cm
Yaoundé, Cameroon
Event attendance modalities
Hybrid event (on site and online)
Date(s)
- Thursday, March 05, 2026
Attached files
Keywords
- Genre, sexualité, identités sexuelles
Contact(s)
- Édith NDJAH ETOLO
courriel : edithndjahetolo [at] gmail [dot] com
Information source
- Cédric KENGMO FOMETIO
courriel : cedric [dot] kengmo [at] falsh-uy1 [dot] cm
License
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To cite this announcement
« Genre et sexualités en Afrique : innovations, résistances et reconfigurations sociales », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, February 26, 2026, https://doi.org/10.58079/15rmg

