Repenser l’engagement littéraire : généalogies, formes et reconfigurations
Revue « Synergies », nº 15 / 2027
Published on Thursday, March 05, 2026
Abstract
La notion de littérature engagée, longtemps associée à une conception militante et interventionniste de l’écriture, a donné lieu à de multiples relectures critiques qui en ont progressivement complexifié les contours. Si l’engagement, tel que l’a défini Jean-Paul Sartre dans Qu’est-ce que la littérature ? (1948) a pu être perçu comme une injonction idéologique pesant sur la création littéraire, les approches contemporaines tendent à en proposer une compréhension plus souple et historicisée, attentive aux gestes, aux postures et aux formes discursives par lesquelles les écrivains interviennent dans la cité.
Announcement
Argumentaire
La notion de littérature engagée, longtemps associée à une conception militante et interventionniste de l’écriture, a donné lieu à de multiples relectures critiques qui en ont progressivement complexifié les contours. Si l’engagement, tel que l’a défini Jean-Paul Sartre dans Qu’est-ce que la littérature ? (1948) a pu être perçu comme une injonction idéologique pesant sur la création littéraire, les approches contemporaines tendent à en proposer une compréhension plus souple et historicisée, attentive aux gestes, aux postures et aux formes discursives par lesquelles les écrivains interviennent dans la cité (Denis, 2000 ; Rancière, 2007).
Dans cette perspective, les travaux récents de Sylvie Servoise ont contribué à démythifier la notion d’engagement littéraire en la replaçant dans une généalogie longue, allant de la fin du Moyen Âge à l’époque contemporaine (Servoise, 2023). En mettant en évidence une véritable « grammaire de l’engagement », fondée sur l’exposition de soi, la dénonciation, la défense ou l’appel à l’action, ce cadre d’analyse souligne que l’engagement ne constitue ni une rupture moderne ni un modèle univoque, mais s’inscrit dans une dynamique historique marquée par des déplacements constants des formes et des objets de la littérature. Ainsi, les régimes anciens de l’engagement témoigneraient-ils déjà de la volonté des écrivains d’investir l’espace public, que ce soit à travers la quête de reconnaissance sociale, la satire politique ou la prise de position morale (Servoise, 2023).
À l’ère moderne, le « sacre de l’écrivain » et la constitution d’une autorité symbolique nouvelle ont renforcé la visibilité de la parole littéraire, tout en accentuant les tensions entre autonomie esthétique et responsabilité sociale (Bourdieu, 1992 ; Sapiro, 2011).
De fait, les œuvres littéraires modernes et contemporaines ne cessent d’interroger les rapports entre littérature et politique, en élaborant des formes d’engagement qui ne relèvent pas nécessairement de la littérature à thèse, mais de dispositifs esthétiques complexes où s’articulent éthique, représentation et intervention symbolique (Hamon, 1998 ; Rancière, 2007). L’engagement peut alors se manifester par le témoignage, l’enquête, l’écriture de soi, la mise en récit du réel ou encore par des poétiques de la résistance face aux violences historiques, sociales ou identitaires.
En outre, les reconfigurations contemporaines de l’engagement littéraire s’inscrivent dans un contexte marqué par la mondialisation culturelle, la transformation des espaces publics et l’émergence de nouveaux supports de diffusion (Ruffel, 2016). Ces mutations invitent à repenser les modalités de la prise de parole littéraire, les circulations transnationales des formes engagées et les redéfinitions du rôle de l’écrivain dans des sociétés traversées par des enjeux écologiques, mémoriels, sociaux et politiques.
Nous invitons les chercheurs que les problématiques de l’engagement littéraire intéressent à proposer une contribution dans l’un des axes suivants :
- Grammaires, modèles et théories de l’engagement littéraire.
- Figures historiques de l’écrivain engagé (du XVe siècle à la période contemporaine).
- Littérature, responsabilité et exposition de soi.
- Engagement littéraire, idéologies et conflits politiques.
- Écritures de la résistance : violence, domination, trauma.
- Littérature, mémoire et relectures critiques du passé.
- Formes contemporaines de l’engagement : témoignage, enquête, autofiction.
- Circulations transnationales et perspectives comparatistes de l’engagement littéraire.
- Engagement littéraire et nouveaux espaces publics numériques.
Modalités de contribution
Les propositions et articles sont à envoyer à cette adresse : synergies.portugal.redaction@gmail.com
Avant le 15 septembre 2026
Normes et fonctionnement de la revue Synergies Portugal
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- Sciences du langage
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- L’article finalement rédigé sera accompagné d’une brève notice actualisée résumant le profil professionnel et le parcours de recherche de l’auteur (maximum deux auteurs par article).
- Ana Clara Santos (Université de l’Algarve, Portugal)
- Maria de Jesus Cabral (Université d’Aveiro)
- Ana Maria Alves (Institut Polytechnique de Bragança)
- José Domingues de Almeida (Université de Porto, Portugal)
- Maria Marta Teixeira Anacleto (Université de Coimbra, Portugal)
- Paul Aron (Université Libre de Bruxelles, Belgique)
- Maria João Brilhante (Université de Lisbonne, Portugal)
- Manuel Bruña (Université de Séville, Espagne)
- Maria de Jesus Cabral (Université du Minho, Portugal)
- Carlos Fonseca Clamote Carreto (Université Nouvelle de Lisbonne, Portugal)
- Jean-Louis Chiss (Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3, France)
- Maddalena De Carlo (Université de Cassino, Italie)
- Carmen Guillén Díaz (Université de Valladolid, Espagne)
- Jacques Isolery (Université de la Corse, France)
- Ana Paula Coutinho Mendes (Université de Porto, Portugal)
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- Paola Ranzini (Université d’Avignon, France)
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- Maria Natália Amarante (Université Trás-os-Montes et Alto Douro)
- Christine Deschamps (Université Nouvelle de Lisbonne)
- Catarina Firmo (Centre d’Études de Théâtre, Université de Lisbonne)
- Chantal Louchet (Université Catholique Portugaise)
Rédactrice en chef de la revue
Coordination
Comité scientifique :
Comité de lecture permanent
Choix bibliographique
Bourdieu, P. 1992. Les Règles de l’art. Paris : Seuil.
Demanze, L. 2019. Un nouvel âge de l’enquête. Portraits de l’écrivain contemporain en enquêteur. Paris : Corti.
Hamon, P. 1998. L’Ironie littéraire. Paris : Hachette. Rancière, J. 2007. Politique de la littérature. Paris : Galilée.
Ruffel, L. 2016. Brouhaha. Les mondes du contemporain. Lagrasse : Verdier. Sartre, J.-P. 1948. Situations II. Paris : Gallimard.
Sapiro, G. 2011. La Responsabilité de l’écrivain. Littérature, droit et morale en France (XIXe – XXIe siècle). Paris : Seuil.
Servoise, S. 2023. La Littérature engagée. Paris : PUF, « Que sais-je ? ».
Servoise, S. 2011. Le Roman face à l’histoire : La littérature engagée en France et en Italie dans la seconde moitié du XXe siècle. Rennes : Presses universitaires de Rennes.
Viart, D. 2015. Écrire le réel. Paris : PUF.
Denis, B. 2000. Littérature et engagement. Paris : Seuil.
Subjects
- Language (Main category)
- Zones and regions > Europe > France > Paris and suburbs
- Mind and language > Language > Literature
- Periods > Modern > Twentieth century
- Zones and regions > Europe > France > Western France
- Periods > Modern > Twenty-first century
- Zones and regions > Europe > France > Northern France
- Zones and regions > Europe > France > Central France
Date(s)
- Tuesday, September 15, 2026
Attached files
Keywords
- littérature, engagement littéraire, politique
Reference Urls
Information source
- Ana M. Alves
courriel : amalves [at] ipb [dot] pt
License
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To cite this announcement
« Repenser l’engagement littéraire : généalogies, formes et reconfigurations », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, March 05, 2026, https://doi.org/10.58079/15ta5

