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Dé-me(s)-tissages

Postcolonialité, corps et subjectivités situées

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Published on Tuesday, March 10, 2026

Abstract

Le terme «  Dé-me(s)-tissages  » convoque à la fois les figures du tissage — métaphore largement utilisée pour penser les identités, les appartenances, les subjectivités et les récits — et son renversement, sa déconstruction. Le préfixe «  dé- » introduit ici une tension féconde : entre rupture et réinvention, entre perte et reconfiguration, entre ce qui fut imposé et ce qui peut encore être transformé. Les parenthèses dans le mot «  (me)(s)  » insistent sur la dimension intime, corporelle, et collective de ces processus, ancrés dans des histoires de domination, de résistances et de transmissions.

Announcement

Argumentaire

Le colloque international Dé-me(s)-tissages interroge la manière dont les héritages coloniaux se déposent dans les corps, affectent les émotions et configurent les sensibilités, avec des effets sur la santé mentale et les formes d’appartenance. En articulant études postcoloniales, décoloniales, féministes et queer avec psychologie, psychanalyse et sociologie, le projet s’intersectionne dans les dimensions de la race, du genre, de la classe et de la sexualité dans le vécu subjectif et l’expérience incarnée (Garrau & Provost, 2022) — ce que l’on ressent, habite et transmet.

Les recherches postcoloniales mettent en évidence l’impact de la colonialité sur les structures sociales et épistémiques. Notre apport est d’articuler ces analyses au corps vécu, aux affects et aux vulnérabilités, et de penser les effets des héritages coloniaux sur le psychisme. Là où la littérature sépare le politique de la vie psychique, nous proposons un espace de réflexion pour interroger comment désirs, peurs, hontes et fantasmes sont historiquement produits. En effet, ils sont traversés par des normes telles que la blanchité, la cis-hétéronormativité, les rapports de pouvoir et de domination qui impactent l’organisation des sociétés. 

Dans le sillage des études postcoloniales, Fanon (1952 ; 1961), Saïd (1978), puis Spivak (1999), ont proposé une analyse des rapports coloniaux de domination en montrant qu’ils se maintiennent après les décolonisations dans les représentations, les régimes de savoir et les catégories mêmes à partir desquelles se construit la figure de « l’Autre ». Leurs travaux fournissent une critique sur l’invisibilisation de certaines voix et la fabrication des imaginaires coloniaux.

Dans le champ décolonial, Lugones (2003 ; 2008) et Quijano (2008) montrent que la colonialité déborde la séquence historique de la colonisation. Elle désigne un modèle global de pouvoir qui se poursuit après les indépendances. Cette persistance s’exprime notamment par un ordre épistémique qui hiérarchise les savoirs, définit qui peut produire une connaissance légitime et impose des grilles de lecture (modernité, progrès, rationalité) présentées comme universelles alors qu’elles sont situées et structurées par des rapports de pouvoir. La notion de blanchité permet de saisir l’un des effets centraux de cet ordre épistémique, entendue non comme une simple catégorie « raciale », mais comme une évidence non dite qui définit l’humain légitime et le régime de valeurs associé à la modernité.

Les épistémologies africaines complètent ces critiques de l’eurocentrisme (Mudimbe, 1988 ; Hountondji, 1994 ; Mbembe, 2015), autour des représentations sur l’Afrique (Mudimbe, 1988), la valorisation de savoirs « autochtones » (Hountondji, 1994 ; Mbembe, 2015) ou les notions de la postcolonie et la nécropolitique (Mbembe 2001 ; 2003).

Les approches féministes noires et intersectionnelles (Davis, 1981 ; Crenshaw, 1989/2013 ; Bilge, 2009) entrent en dialogue avec les féminismes décoloniaux (Espinosa Miñoso, 2016 ; Curiel, 2013 ; Falquet, 2019). Ensemble, elles permettent de penser l’imbrication de la race, du genre, de la classe et de la sexualité, en partant de la position depuis laquelle on parle, du lugar de fala (Ribeiro, 2017) et des savoirs situés (Haraway, 1988). Elles rendent aussi plus visibles les expériences et les subjectivités des personnes concernées (Kilomba, 2008). 

Sur le plan clinique, les premiers travaux des mouvements anticoloniaux dont ceux de Frantz Fanon (1952 ; 1961) avaient appelé à une prise en compte des éléments socio-historiques sur les souffrances psychiques. Santos Souza (1983) met au centre l’expérience intime de la racialisation : non seulement comme violence sociale, mais comme travail psychique imposé au sujet. À son tour, Ayouch (2017) insiste sur l’articulation du psychique et du politique dans les processus de subjectivation. Le psychisme n’est pas un « dedans » séparé, il se constitue dans des rapports de pouvoir (racisme, décolonialité, normes de genre et de sexualité). 

Dans cette perspective, les rapports sociaux contemporains, façonnés par l’héritage du pouvoir colonial, s’organisent selon une logique de pigmentocratie (Urrea-Giraldo & Posso Quinceno, 2015 ; Viveros Vigoya, 2008), entendue comme un système de hiérarchisation qui distribue de manière différentielle l’accès aux différents capitaux — économique, social, sexuel et culturel — en fonction du phénotype, de l’identité de genre et de la position de classe. Cette dynamique s’inscrit dans les subjectivités et informe les modalités mêmes du désir, des affects et des expériences corporelles, ouvrant ainsi sur une approche située du sensible qui met en lumière le caractère fondamentalement relationnel — et historiquement situé — non seulement de la « race » et du genre, mais de l’ensemble des rapports de domination.

En réunissant ces perspectives théoriques, cliniques et empiriques, ce colloque propose d’explorer la colonialité non seulement comme structure historico-politique, mais comme expérience incarnée et subjective. Il ouvrira un espace de dialogue interdisciplinaire pour penser l’expérience psychique, les formes d’appartenance et les processus de subjectivation dans leur épaisseur relationnelle et située. En croisant tissage et détissage, il s’agira de dégager des pistes critiques et créatives et de poser de nouvelles questions.

En France, les travaux se référant aux épistémologies décoloniales et postcoloniales en Psychologie sont peu nombreuses et en marge, ce colloque constitue une invitation au sein de l’espace universitaire français pour réunir des chercheur·e·s issu·e·s de plusieurs appartenances disciplinaires et géographiques. Le coeur de cette initiative est de réfléchir ensemble à ces questions qui nous préoccupent et de nous nourrir collectivement, afin d’apporter un versant critique et un regard nouveau, là où cela peine à émerger et être entendu.

Comment habiter autrement les vestiges coloniaux et imaginer de nouvelles modalités de production de savoir, de soin et de liens plus justes pour l’individu·e et son histoire ? Quelles théories permettent d’opérer une décolonisation des savoirs pour défaire les constructions idéologiques héritées de l’époque coloniale ? Comment échappent-elles à l’homogénéisation assignée à travers une catégorie discriminée et naturalisée en tant qu’autre ? Quelles paroles non-dites voire non-symbolisées, quels événements passés viennent marquer inconsciemment nos corps et nos subjectivités ?

Ayant un projet de publication par la suite, nous sommes ouvert·e·s à des propositions diverses et interdisciplinaires. Vous pouvez vous inspirer des axes du colloque ci-dessous :

  • Axe 1 : Rapports de domination : espaces intimes / espaces public
  • Axe 2 : Genres et sexualités : enjeux et espaces queer
  • Axe 3 : Corps : enjeux d’héritage

Modalités de contribution

Propositions attendues :

Nous invitons les chercheur·e·s et doctorant·e·s à soumettre leurs propositions de communication au plus tard le 30/03/2026 inclus, via :

de.mes.tissages@gmail.com

Les communications orales sont acceptées en français et en anglais. 

Les posters sont acceptés en toutes les langues.

Les propositions doivent être envoyées en un seul e-mail, sous la forme de deux fichiers distincts :

1. Un fichier anonymisé (format PDF)Ce fichier doit contenir uniquement le résumé de la proposition, sans aucune information permettant d’identifier l’auteur·e. Il doit inclure :

  • Le titre de la communication ;
  • L’axe dans lequel s’inscrit la proposition ;
  • Cinq mots-clés maximum ;
  • Le format souhaité : communication orale ou communication affichée (poster) ;
  • Un résumé (500 mots maximum) présentant : l’objet, l’articulation avec la littérature, la problématique, la méthodologie et les principaux résultats ;
  • Une courte liste des principales références bibliographiques.

Ce fichier doit être enregistré en format PDF, intitulé avec les mots clés du titre de votre proposition.

2. Un fichier d’identification (format PDF)

  • Le titre de la communication ;
  • Le nom de l’auteur·e ;
  • Les affiliations institutionnelles ;
  • Une courte notice bio-bibliographique de quelques lignes ;
  • Une adresse e-mail de contact.

Ce fichier doit être enregistré en format PDF, intitulé : NOM-prénom-numéro de l’axe.

La sélection des propositions sera effectuée en double aveugle par le comité d’organisation et scientifique.

Merci d’indiquer dans votre e-mail si vous besoin d’un Visa.

L'événement se déroulera les 13 et 14 octobre 2026 à la Maison des Sciences Humaines et sociales Paris Nord

Comité en charge de la sélection des contributions

  • Thamy Ayouch — Professeur de psychologie clinique et psychopathologie, Université Paris Cité.
  • Sandeep Bakshi — Maître de conférences en études anglophones, Université Paris Cité.
  • Dorra Ben Alaya — Maîtresse de conférences, Université de Tunis-El Manar.
  • Daniel Delanoë — Médecin et chercheur associé, Fellow à l’Institut Convergences Migrations.
  • Daniel Dérivois — Professeur de psychologie clinique et psychopathologie, Université de Bourgogne ; Professeur associé, Université Laval.
  • Divine Fuh — Professeur d’anthropologie, University of Cape Town.
  • Valérie Ganem — Maîtresse de conférences en psychologie, Université Sorbonne Paris Nord.
  • Mayssa El Husseini — Maîtresse de conférences, Université de Picardie Jules Verne.
  • Vanessa Laguette — Maîtresse de conférences, Université de Picardie Jules Verne.
  • Sébastien Lefèvre — Maître de conférences, Université Gaston Berger (Saint-Louis, Sénégal).
  • Marwa Mahmoud — Chercheuse, Université de Genève.
  • Malika Mansouri — Maîtresse de conférences en psychologie, Université Sorbonne Paris Nord.
  • Hakima Megherbi — Professeure de psychologie, Université Sorbonne Paris Nord.
  • Rima Majed — Professeure associée en sociologie, Université américaine de Beyrouth (AUB).
  • Pascale Molinier — Professeure de psychologie sociale, Université Sorbonne Paris Nord.
  • Charlemagne Simplice Moukouta — Maître de conférences, Université de Picardie Jules Verne.
  • Patient Mouzinga — Maître de conférences, Université Marien Ngouabi (Brazzaville).
  • Alejandra Peña Morales — Maîtresse de conférences, Université de Bretagne Occidentale ; chercheuse associée, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis.
  • Rachid Oulahal — Maître de conférences, Université de La Réunion.

Places

  • Campus Condorcet - Place du Front populaire, 93322
    Aubervilliers, France (93322 CEDEX)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Monday, March 30, 2026

Keywords

  • postcolonialité, études décoloniales, corps et subjectivités situées

Reference Urls

Information source

  • Cecilia Rodrigues
    courriel : cafepsychanalytique [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Dé-me(s)-tissages », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, March 10, 2026, https://doi.org/10.58079/15uf4

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