HomeLa traduction : contact, friction et négociation entre les langues
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Published on Thursday, March 05, 2026

Abstract

Le colloque envisage d’analyser la traduction comme une pratique à la fois hospitalière et conflictuelle : espace d’échange et d’ouverture à l’altérité (Eco, Ngũgĩ, Diagne, Ricœur, Berman), mais aussi terrain de tensions, d’inégalités et de violence symbolique, où le traducteur ne transpose pas mécaniquement mais négocie en permanence par des arbitrages, des renoncements et des compensations, faisant de la traduction un enjeu éthique, politique et idéologique.

Announcement

Argumentaire

Ce colloque a pour objectif principal de s’interroger sur la nature de la traduction, non plus comme un espace idéal de rencontre et de partage, mais aussi comme un lieu sociolinguistique traversé de tensions et de rapports conflictuels entre les langues. Si « traduire » est un art de savoir vivre avec les différences, elle peut tout autant devenir un lieu de rejet, de domination et de négociation. Ces dimensions, parmi d’autres, découlent non seulement de la difficulté de l’acte traductif, mais de la complexité même langage.

En effet, l’opération traduisante relève d’abord d’une mise en commun des langues. Si, pour Umberto Eco, « la langue de l’Europe, c’est la traduction », pour Ngũgĩ wa Thiong’o elle constitue une « langue des langues » (2009, p. 93), un moyen par lequel celles-ci peuvent se parler. Dans cette optique, Souleymane Bachir Diagne (2022) invite à redéfinir les opérations traductives sous le prisme de l’hospitalité que les langues peuvent s’offrir mutuellement. Cette vision rejoint celle de Paul Ricœur sur l’hospitalité langagière, « où le plaisir d’habiter la langue de l’autre est compensé par le plaisir de recevoir chez soi, dans sa propre demeure d’accueil, la parole de l’étranger » (Ricœur, 2004, p. 20). Cette réflexion coïncide également avec celle d’Antoine Berman (1984) qui voit en cette tâche un accueil de l’étranger, qui s’oppose aux pratiques ethnocentriques ayant pour objectif de domestiquer, annexer ou gommer l’altérité.

Toutefois, cette opération ne saurait être envisagée exclusivement comme un espace universaliste de rencontre et de partage, ainsi que le suggère la réflexion de Barbara Cassin dans son Éloge de la traduction (Cassin, 2004, 2016). L’échange entre les langues peut également se constituer en activité à risque, traversée par des logiques de domination, comme l’illustrent les flux de traduction structurellement non proportionnels entre les espaces linguistiques (Abdelsalam et Jacquemond, 2021). Il peut aussi engendrer des tensions durables, voire des conflits, notamment lorsque certains « erreurs » ou choix traductifs produisent des effets critiques ou irréversibles (Apter, 2015). Il peut enfin participer à des dynamiques d’effacement et de violence symbolique (Samoyault, 2020), allant jusqu’à annexer ou gommer l’altérité (Kilito, 2013). Pensée en termes de friction, la traduction apparaît ainsi comme un révélateur des forces d’attraction et de répulsion entre les langues, forces inhérentes à tout processus de mise en contact.

Dans Dire presque la même chose, Umberto Eco propose de repenser l’acte traductif sous le prisme de la négociation du sens. Selon lui, l’opération traductive repose sur la signification, mais celle-ci n’est jamais une donnée objective : elle se construit par arbitrages successifs, comme elle se construit déjà, au quotidien, dans l’usage ordinaire des mots et dans l’interprétation que nous attribuons aux expressions que nous employons (Eco, 2006, p. 103). Dans cette perspective, le traducteur n’applique pas mécaniquement un transcodage univoque, mais procède à une forme de négociation : après avoir clarifié le « contenu nucléaire » d’un terme, il peut, par fidélité aux intentions du texte, consentir à « négocier d’importantes violations » d’un principe abstrait de littéralité (p. 107). Le traducteur arbitre donc, hiérarchise, renonce et compense avant de décider.

Cette conception du « traduire » est renforcée par les propos de Christine Durieux, lorsqu’elle parle de « négocier un compromis » face à l’intraduisible (Durieux, 2010). Dès lors, envisager un sens strict et un sens élargi du terme « négociation » permet de saisir le visage protéiforme de l’opération traductive, que ce colloque envisage d’examiner comme une pratique à la fois éthique, politique et idéologique, au cœur des enjeux contemporains de pluralité linguistique et culturelle.

Axes de Réflexion

Axe 1 : L’hospitalité langagière

  • Explorer les travaux qui ont contribué à promouvoir l’hospitalité langagière, conçue comme une éthique de la relation à l’altérité, ainsi que la médiation interculturelle.
  • Analyser les pratiques et les œuvres qui favorisent la circulation des savoirs en encourageant la coexistence des langues, sans effacer les différences inhérentes au plurilinguisme.

Axe 2 : violences symboliques

  • Examiner les formes de violence symbolique infligées par des pratiques traductives aux langues, aux populations et aux traducteurs.
  • Analyser les formes de domestication et d’étrangéisation dans l’histoire de la traduction, en les interrogeant à l’aune des rapports de pouvoir, de l’idéologie et des mécanismes de censure.

Axe 3 : Les intraduisible comme moteur de pensée

  • Examiner la manière dont les différentes visions du monde, les intraduisibles et les culturèmes invitent à repenser les obstacles de la traduction.
  • Analyser comment les outils lexicographiques (glossaires, dictionnaires, etc.) permettent d’atténuer, mais aussi parfois de renforcer, les écarts linguistiques et culturels.

Axe 4 : Négociation et compromis

  • Examiner comment les dichotomies traductologiques (traduisible vs ; intraduisible fidélité vs liberté ; lettre vs esprit ; sourcier vs cibliste, etc.) peuvent constituer un espace de négociation, d’arbitrage et de compromis entre deux pôles.
  • Analyser comment des stratégies traductives (notes de traducteurs, préfaces, postfaces, normes éditoriales), ainsi que les espaces et dispositifs de traduction (automatique, numérique, IA), déterminent les modalités de médiation mises en œuvre.

Modalités de contribution

Les langues du colloque : les langues du colloque sont : l’arabe, l’amazigh, le français et l’anglais

Dates importantes

  • 30 mai 2026 : Date limite d’envoi des résumés
  • 30 juin 2026 : Date limite des réponses par le comité d’organisation
  • 19 et 20 novembre 2026 : Tenue du colloque

Frais d’inscription

  • Enseignants-chercheurs : 1000 DH (100 euros).
  • Doctorants : 500 DH (50 euros).
  • Les nuitées à l’hôtel sont à la charge des intervenants, (le comité d’organisation, après négociation, envoie le nom de l’hôtel et le prix/ nuitée aux intervenants. Il pourra aussi se charger de la réservation).
  • Les frais de participation couvriront les pauses café, les déjeuners, les dossiers de participation et les attestations de participation.

NB : Une publication des actes du colloque est prévue dans une revue qui sera précisée ultérieurement.

Spécifications de soumission

Un résumé d’environ 300 mots à envoyer à traduction.colloque.sllache2026@gmail.com

Veuillez rédiger votre proposition de communication en Word (Times New Roman, 12 p.p.), en y incluant les renseignements suivants :

  • Prénom et Nom (en majuscule) :
  • Institution d’attache :
  • Courriel :
  • Numéro de téléphone :
  • Statut :
  • Titre de la communication (20 mots au maximum) :
  • Résumé de la communication (environ 300 mots) :
  • Mots-clés (5 mots au maximum) :
  • Axe choisi :

Coordination du colloque

  • Pr. Rahma BARBARA
  • Pr. Mohamed EL-HIMER
  • Pr. Abdenbi LACHkAR

Comité d’organisation

  • Pr. ALAMI Mounia (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. AZEROUAL Sidi Omar (Université Cadi-Ayyad de Marrakech, Maroc)
  • Pr. BARBARA Rahma (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. BERRADA Bouchra (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. BONGBA EPPIE Augustine Michaella (Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire)
  • Pr. BOUANANI Mostafa (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. EL-HIMER Mohamed (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. ELKHADDAR Hanane (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. CHAFAI Nadia (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. EL MERRAHI Mohamed (CRMEF Fès-Meknès, Maroc)
  • Pr. EL OMARI Driss (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. IDRISSI AYDI Ouafae (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • PR. JAMALI Fayza (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. LACHKAR Abdenbi (Université Paul Valéry-Montpellier 3, France)
  • Pr. MADANI ALAOUI Khadija (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. MAGHRAOUI HASSANI Hanane (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. NASRI Sanae (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. TAHIRI Naima (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. TASRA SAID (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. ZOUOGBO Jean-Philippe (Université Paris-Cité, Paris, France)

 Comité scientifique

  • Pr. ALHIRTHANI Mahmoud (Université Hamad Ben Khalifa, Qatar)
  • Pr. ALKHATIB Mohamed (Université Al Bayt, Mafraq Jordanie)
  • Pr. AZEROUAL Sidi Omar (Université Cadi-Ayyad de Marrakech, Maroc)
  • Pr. BARBARA Rahma (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. BENLAKDAR Mohyeddine (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. BOUANANI Mostafa (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. BERRADA Bouchra (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. CHAKRANI Brahim (Michigan State University, USA)
  • Pr. EL AYACHI Souad (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. ELKHADDAR Hanane (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. EL-HIMER Mohamed (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. ELKROUCH, Omar Abdellah Mohamed (Académie Internationale des Droits et du Développement, Irak, Jordanie)
  • Pr. ELMERRAHI Mohamed (Centre Régional des Métiers de l’Education et de la formation Fès-Meknès)
  • Pr. FERREIRA-MEYERS, Karen (University of Eswatini, Eswatini)
  • Pr. IDRISSI AYDI Ouafae (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. HAJI SAFAR Ahmad (Université de Qatar, Qatar)
  • Pr. JAMA Rachid (Université Sultan Moulay Slimane, Beni Mellal, Maroc)
  • Pr. KOTOB Hayssam (Université Libanaise, Beyrouth, Liban)
  • Pr. KOURAOGO Yacouba (Université Joseph KI-ZERBO, Burkina Faso)
  • Pr. JAMALI Fayza (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. LACHKAR Abdenbi (Université Paul Valéry-Montpellier 3, France)
  • Pr. LECONTE Amélie (Aix-Marseille Université, France)
  • Pr. MAGHRAOUI HASSANI Hanane (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. MADANI Alaoui Khadija (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc, Maroc)
  • Pr. MANIFI ABOUH Maxime Yves Julien, (Université de Yaoundé 1, Cameroun)
  • Pr. MOUDIAN Souad (Université Mohamed V de Rabat, Maroc)
  • Pr. MOUZOU Palakyem Stephen (Université de Kara, Togo)
  • Pr. MUNTASIR Fayez Al Ahmad (Université de Qatar, Qatar) 
  • Pr. NTSAMA ESSENGUE Salomé Chantal (Université de Yaoundé I, Cameroun)
  • Pr. SOULAIMANI Driss (San Diego State University, USA)
  • Pr. SOME Kogh Pascal (Université Paris-Cité, Paris, France)
  • Pr. TAHIRI Naima (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. TAOUFIQ Khalid (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. TASRA SAID (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc)
  • Pr. ZAID Zehra (Université Chouaib Doukkali, El Jadida Maroc)
  • Pr. ZOUOGBO Jean-Philippe (Université Paris-Cité, Paris, France)

Comité d’organisation des Doctorants-chercheurs

Tous les doctorants du Laboratoire SLLACHE (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Maroc).

Bibliographie

APTER, Emily, Zones de traduction. Pour une nouvelle littérature comparée, traduit de l’anglais par Hélène Quiniou, Paris, Fayard, 2015.

BERMAN, Antoine, L’Épreuve de l’étranger. Culture et traduction dans l’Allemagne romantique, Paris, Gallimard, 1984.

BENSIMONE, Paul, Traduire ou vouloir garder un peu de la poussière, Paris, Presse Sorbonne nouvelle, 2006.

CASANOVA, Pascale, La Langue mondiale. Traduction et domination, Paris, Seuil, 2015.

CASSIN Barbra, Éloge de la traduction. Compliquer l’universel, Paris, Fayard, 2016.

CASSIN, Barbara (dir.), Vocabulaire européen des philosophies. Dictionnaire des intraduisibles, Paris, Seuil/Le Robert, 2004.

Durieux, Christine. « Traduire l’intraduisible : négocier un compromis », in Meta, 2010, 55(1), 23–30. https://doi.org/10.7202/039599ar

ECO, Umberto, Dire presque la même chose. Expériences de traduction, Paris, Grasset, 2006, traduit de l’italien par Myriem Bouzaher.

RICŒUR, Paul, Sur la traduction, Paris, Bayard, 2004.

SAMOYAULT, Tiphaine, Traduction et violence, Paris, Seuil, 2020.

SOUBRIER Jean, THUDEROZ Christian, « Traduire, est-ce négocier ? », in Négociations 2010/2 n° 14, Éditions De Boeck Supérieur, pp. 37 à 57.

Subjects

Places

  • L’UNIVERSITE SIDI MOHAMED BEN ABDELLAH DE FES LA FACULTE DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES-DHAR EL MEHRAZ - Fès Ville nouvelle f
    Fes, Kingdom of Morocco (30000)

Date(s)

  • Saturday, May 30, 2026

Keywords

  • traduction, contact entre les langues, friction entre les langues, négociation entre les langues-intraduisible

Information source

  • Mohamed EL-HIMER
    courriel : mohamed [dot] elhimer [at] usmba [dot] ac [dot] ma

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« La traduction : contact, friction et négociation entre les langues », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, March 05, 2026, https://doi.org/10.58079/15tg3

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