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Lutter contre la nocivité

Fighting Harmfulness

Lottare contro la nocività

Luchar contra la nocividad

Travail, santé et environnement entre savoir et pouvoir (XIXème – XXIème siècles)

Work, Health, and Environment between Knowledge and Power (19th–21st Centuries)

Lavoro, salute e ambiente tra sapere e potere (XIX–XXI secolo)

Trabajo, salud y medioambiente entre saber y poder (siglos XIX a XXI)

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Publié le mercredi 11 mars 2026

Résumé

Ce colloque se veut être un espace de dialogue pluridisciplinaire (histoire, sociologie, géographie, médecine, anthropologie…) destiné à analyser les savoirs, pratiques et répertoires d’action issus de ces mobilisations. Il s’ouvre à des terrains variés dans le temps et dans l’espace, en particulier au-delà des pays d’ancienne industrialisation, afin de documenter et de cartographier les luttes, passées et présentes, contre la nocivité.

Annonce

Argumentaire

Comment lutter contre la nocivité du travail ? Le concept de « nocivité » provient des réflexions politiques et syndicales italiennes de la seconde moitié du XXème siècle : il désigne les effets délétères du travail à la fois sur la santé et sur l’environnement (Feltrin, Sacchetto, 2021) et permet d’articuler ces deux enjeux. L’objectif du colloque est d’explorer la créativité sociale dont témoignent les conflits menés par les travailleurs.euses pour lutter contre les effets sanitaires et environnementaux néfastes des activités de production et de reproduction.

En renforçant le dialogue entre les études sur les « environnementalismes des pauvres » (Martinez-Alier, 2003, 2023) et les récents travaux sur l’environnementalisme ouvrier (Barca, 2015 ; Bécot, 2015 ; Davigo, 2017 ; Thirion, 2024), nous souhaitons mettre en lumière la création de savoirs et de pratiques mues par ces enjeux de la part des groupes sociaux qui sont en première ligne face aux dommages causés par le travail. Les études déjà menées se concentrent principalement sur les pays d’ancienne industrialisation, et sur les décennies d’après-guerre. Afin de prolonger ces perspectives, ce colloque proposera une double ouverture :

  • géographique, vers des territoires dont l’industrialisation est plus récente et où les répertoires d’action peuvent être moins articulés aux traditions des mouvements ouvriers ;
  • chronologique, non seulement pour comprendre les temporalités plus longues de certaines luttes, mais aussi pour porter l’attention vers des séquences historiques encore peu étudiées, ainsi de l’entre-deux-guerres ou des décennies de désindustrialisation.

À travers des perspectives pluridisciplinaires (historiques, sociologiques, géographiques, anthropologiques, épidémiologiques, médicales…), il s’agira d’interroger la variété des mobilisations tout en réfléchissant aux forces et aux limites des formes employées. À l’heure où les politiques environnementales tendent à une « dépossession écologique des classes populaires », il s’agira non seulement de comprendre quelles configurations socio-écologiques furent propices aux luttes contre la nocivité, d’éclairer par quelles modalités les actrices et acteurs de ces mobilisations composèrent avec les obstacles et contraintes qui leur furent opposés, mais aussi de souligner que ces actions contre la nocivité restent une composante actuelle – et souvent négligée – de la condition écologique des classes sociales (Collectif Classes Vertes, 2024).

Le travail est entendu au sens large : nous souhaitons prendre en considération les mobilisations qui se sont organisées et s’organisent dans les secteurs faisant l’objet d’une rémunération, incluant le travail productif (agriculture, industrie…) et les services (transports, administration, secteur du care…), mais également dans le travail reproductif, recouvrant un ensemble d’activités (matérielles comme la subsistance, émotionnelles et liées au care, ou relevant de l’éducation) qui font rarement l’objet d’une rémunération (Fortunati, 1982 ; Sarti, Bellavitis, Martini, 2018 ; Barca, 2020 ; Gallot, Harari-Kermadec, 2024). Cette définition du travail doit permettre de comprendre comment les alertes sur la nocivité peuvent se cristalliser dans certaines activités de travail, et de mieux caractériser les actrices et acteurs qui permettent la circulation des alertes entre ces différentes sphères du travail.

Dans cette perspective, nous nous intéressons également à la constitution de savoirs et de pratiques ayant permis de réinventer la médecine ouvrière, ainsi qu’aux mobilisations des scientifiques et des médecins visant à défendre la santé au travail et la santé environnementale (Marri, Oddone, 1967 ; Oddone, 1974, 1978 ; Laure Pitti, 2009 ; Marichalar, Pitti, 2013 ; Centemeri, 2022).

Nous invitons ainsi les chercheurs.es de toutes disciplines à soumettre des contributions originales portant sur des cas concrets de mobilisation afin d’ancrer la réflexion dans des territoires précis et donner chair aux récits de luttes proposés. Les contributions devront s’appuyer sur un corpus documentaire varié (cartes, témoignages, documents, photographies, vidéos, etc.), permettant d’articuler analyse et matérialité des mobilisations. L’objectif de cet appel est de constituer une équipe de recherche pluridisciplinaire en vue d’un projet d’atlas mondial des mobilisations des travailleur·euse·s autour des enjeux de santé et d’environnement, visant à cartographier, contextualiser et documenter ces conflits à l’échelle globale.

Nous encourageons ainsi vivement la soumission de propositions portant sur des contextes non occidentaux. Ces approches, encore peu représentées dans les recherches sur les mobilisations autour de la santé et de l’environnement au travail, constituent un apport essentiel pour élargir les cadres d’analyse, mettre en évidence la pluralité des expériences collectives et de nourrir une réflexion véritablement globale sur les rapports entre travail, santé et environnement.

La question de la matérialité des luttes va de pair avec celle de la matérialité des sources mobilisées pour reconstruire l’histoire et les enjeux des conflits sur la santé et l’environnement dans les mondes du travail. En France, la fin des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail décrétée par ordonnance en 2017 pose, entre autres choses, la question du devenir et de la conservation de leurs précieuses archives. Le recours croissant des chercheuses et chercheurs aux sources numérisées (comme celles du Centro ricerche e documentazione rischi e danni da lavoro en Italie) témoigne d’une transformation majeure de l’accès aux archives. Mais le statut des archives digitales, la pérennité des projets de numérisation et plus généralement le futur d’une recherche historiographique conduite à composer avec des sources de moins en moins matérielles, constituent des motifs de préoccupations pour les chercheurs. Bien que le colloque ne se focalise pas strictement sur le thème des archives, nous proposons aux participant.e.s de prendre en compte ces questions dans leurs réflexions.

Au-delà des communications académiques, il est également possible de proposer d’autres types de formats qui seront particulièrement les bienvenus : entretiens entre chercheur.euse.s et militant.e.s, présentation de luttes passées ou en cours par des militant.e.s ou des représentante.e.s d’association…

Différentes pistes guideront nos réflexions :

  • Former le collectif : Qui sont les acteurs et les actrices de ces mobilisations ? Quelle forme prend le groupe contestataire ? Quels sont ses liens avec les collectifs déjà existants ? Les collectifs sont-ils éphémères ? Durables ? Réactivés uniquement lors des luttes ? Comment se structurent ces groupes et comment fonctionnent-ils ? Quels liens ont-ils avec d’autres collectifs ou d’autres figures professionnelles (médecins, avocats…) ?
  • Produire contre-expertise et contre-information : Comment se construisent les savoirs sur la santé et l’environnement de la part des acteurs et actrices mobilisé.es ? Comment s’effectue la diffusion de ces savoirs ? Quels effets produit-elle ? Qui sont les cibles de la sensibilisation (autres travailleurs.euses, habitant.es des alentours, opinion publique, etc.) ? 
  • Mobiliser les répertoires d’action : Comment se matérialisent les mobilisations ? Comment ces pratiques de lutte se transforment-elles dans le temps ? Quels effets produisent-elles ? Quels imaginaires sont convoqués ?
  • Construire une fierté de classe : à travers quels instruments se construit l’identité socio-professionnelle de celles et ceux qui participent aux mobilisations ? Comment la perception sociale de leur propre rôle de travailleuses et de travailleurs se transforme-t-elle au cours des conflits ? Quelles formes d’engagement se sont opposées à la violence du chantage à l’emploi ?
  • Engager le(s) territoire(s) : Comment sont pensés les impacts du travail sur l’environnement ? Comment les mobilisations s’inscrivent-elle dans le(s) territoire(s) ? Dans quelles échelles s’inscrivent-elles ? Comment et par quelles actrices ou acteurs se construisent des circulations de pratiques militantes entre ces territoires ?
  • Déjouer le greenbacklash : Lorsque ces mobilisations rencontrent des oppositions fortes, voire des formes de répression, ou encore lorsque des organisations ou institutions qui avaient été des arènes de mobilisation face à la nocivité sont liquidées, comment se réorganisent les actrices et acteurs impliqués sur ces enjeux ? Comment leurs objectifs revendicatifs sont-ils réorientés ? Quels types d’action naissent dans ces configurations ? Dans la mesure où cette réaction repose souvent sur la volonté de produire un silence sur l’histoire de ces mobilisations, quelles démarches sont portées par les actrices et acteurs de ces luttes pour maintenir la visibilité de leurs causes ?

Ce colloque se tiendra au moment du cinquantenaire d’un colloque dédié au thème de la responsabilité dans les accidents et maladies du travail, organisé à Grenoble par la CGT, la CFDT et le Syndicat de la magistrature (31 janvier – 1er février 1976). Survenu dans un contexte de débats intenses autour de la législation en la matière, cet événement a constitué un moment marquant. Alors que les enjeux de contaminations professionnelles et environnementales restent l’objet de controverses récurrentes et de luttes socio-écologiques, ce colloque dédié aux luttes menées contre la nocivité sera ouvert à l’ensemble des professionnels de santé, aux actrices et acteurs de la prévention, mais aussi aux militant.es associatifs ou syndicaux, qui souhaiteront y assister.

Modalités de soumission et calendrier

 Les langues du colloque seront le français, l’anglais, l’italien et l’espagnol.

 Les propositions de chercheur.e.s non titulaires sont particulièrement bienvenues.

 Le colloque aura lieu en présentiel.

 La proposition est à envoyer à luttercontrelanocivite@gmail.com et elle comprendra :

  • Un titre
  • Un résumé de la communication indiquant les sources étudiées (300-500 mots)
  • Une présentation bio-bibliographique (150 mots)

Envoyer en format PDF, en un seul fichier, l’ensemble des éléments (proposition et biographie dans le même fichier).

Date limite de dépôt : 30 avril 2026

Date de communication de l’acceptation ou du rejet des propositions : avant le début de l’été

Le comité d’organisation ne peut pas garantir la prise en charge de l’ensemble des transports pour les intervenant.e.s. Nous vous invitons à nous faire part de vos éventuels besoins, auxquels nous pourrons répondre en fonction des soutiens financiers disponibles.

Comité d’organisation

  • Estelle Amilien (UGA, ILCEA4)
  • Renaud Bécot (SciencePo Grenoble, Pacte)
  • Elisa Santalena (UGA, LUHCIE)
  • Marie Thirion (UGA, LUHCIE)

Comité scientifique

  • Mikaël Chambru (MCF en sciences sociales, UGA)
  • Emilie Counil (Chargée de recherche en épidémiologie à l’INED)
  • Marie Ghis Malfilatre (Chargée de recherche en sociologie, CNRS, Pacte)
  • Emanuele Leonardi (MCF en sociologie, Università di Bologna)
  • Judith Rainhorn (PR en histoire sociale contemporaine, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
  • Nicolas Renahy (chercheur au Centre d’économie et de sociologie appliquées à l’agriculture et aux espaces ruraux - CESAER, INRAE-Institut Agro Dijon)
  • Amalia Rossi (Fellow Researcher at THE NEW INSTITUTE – Center for Environmental Humanities (NICHE))
  • Dr Borhane Slama (Onco-Hématologue, Chef de pole de Cancérologie Publique de Territoire, Président de la Commission Médicale du Groupement 84)
  • Bruno Strasser (PR en histoire des sciences et de la médecine, Université de Genève)
  • Gilda Zazzara (MCF en histoire contemporaine, Università Ca’ Foscari, Venezia)

Format de l'événement

Événement uniquement sur site


Dates

  • jeudi 30 avril 2026

Mots-clés

  • travail, santé, environnement, mouvements sociaux, nocivité

Contacts

  • Marie Thirion
    courriel : marie [dot] thirion [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

Source de l'information

  • Marie Thirion
    courriel : marie [dot] thirion [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

Licence

CC0-1.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.

Pour citer cette annonce

« Lutter contre la nocivité », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 11 mars 2026, https://doi.org/10.58079/15ury

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