Published on Monday, March 09, 2026
Abstract
L’œuvre de Mark Fisher (1968-2017) continue de nourrir les réflexions critiques sur notre époque. Théoricien inclassable, Fisher a développé une critique radicale du « réalisme capitaliste » qui traverse les frontières disciplinaires. Enseignant à Goldsmiths, University of London, il a donné une forme singulière à la collaboration entre philosophie et art en codirigeant le master « Aural and Visual Culture ». Ce colloque se propose par-là d’explorer l’actualité politique de sa pensée en réunissant des chercheur·es issu·es d’horizons disciplinaires variés, créateur·ices et militant·es, pour donner des éléments de réponse aux questions suivantes : comment les concepts et diagnostics forgés par Fisher – du « réalisme capitaliste » et de la généalogie du néolibéralisme à sa réappropriation du concept d’« hantologie » ou l’idée d’« acidcommunisme » – résonnent-ils dans la situation politique où se trouve le monde aujourd’hui, et où l’émergence d’un technofascisme va de pair avec une extrême-droitisation des esprits ? Et comment hériter de la question qui, pour Fisher en bon disciple du Marcuse d’Éros et civilisation, a jusqu’au bout été de savoir comment faire du dépassement du capitalisme et de sa propre économie psychique un horizon éminemment désirable ?
Announcement
Présentation
L’œuvre de Mark Fisher (1968-2017) continue de nourrir les réflexions critiques sur notre époque. Théoricien inclassable, Fisher a développé une critique radicale du « réalisme capitaliste » qui traverse les frontières disciplinaires. Enseignant à Goldsmiths, University of London, il a donné une forme singulière à la collaboration entre philosophie et art en codirigeant le master « Aural and Visual Culture ». Il y a formé toute une génération d’étudiant·es devenu·es des artistes, des critiques et des théoricien·es, à partir d’une pratique singulière de l’enseignement qui articule psychanalyse, théorie critique, études culturelles et esthétiques contemporaines. Son œuvre, relativement brève mais d’une densité remarquable, offre une grille de lecture acérée des mutations du capitalisme contemporain tel qu’il se cristallise dans le néolibéralisme. Du blog K-punk (2004-2016) aux essais Le Réalisme capitaliste (2009), Par-delà étrange et familier (2017), Spectres de ma vie (2022) et Désirs postcapitalistes (2023), en passant par ses analyses de la musique populaire britannique, Fisher forge un corpus théorique qui fait de la culture son terrain d’enquête pour comprendre les transformations politiques et sociales de notre temps. Sa pensée puise dans les imaginaires de la science-fiction, l’énergie subversive du punk et la pop pour diagnostiquer les impasses du présent tout en cherchant les lignes de fuite vers d’autres possibles. De John G. Ballard à Joy Division, de Philip K. Dick aux Sex Pistols ou à David Lynch, Fisher déploie une cartographie culturelle où se révèlent les tensions de notre époque. Animée par les idées de Benjamin, Marcuse, Lacan ou encore Jameson, sa pensée permet ainsi de questionner sous un nouvel angle les mutations du néolibéralisme de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle. Au-delà du diagnostic sur le « réalisme capitaliste » comme « atmosphère mentale » de notre époque, l’œuvre de Fisher entend plus exactement reprendre la question des conditions de possibilité d’un imaginaire post-capitaliste, appelant donc à repenser radicalement le sens de la « révolution ». Comment sortir de cette « dépression collective » ou de cette « privatisation du stress » qui caractérise, selon lui, les sociétés néolibérales ? Comment réactiver les puissances créatrices et critiques face à l’hégémonie du marché et du type de jouissance et de pulsions dont elle se soutient, notamment dans le monde du travail ? Ces questions résonnent avec une actualité particulière dans un contexte de crises écologique, sociale et démocratique qui semble valider ses intuitions les plus sombres. Loin de tout « enterrement académique » de Fisher, ce colloque entend donner à son œuvre le sens que lui-même donnait à toutes ses productions : un effort éminemment politique en vue de donner à la théorie toute sa force créatrice, pratique et affective. Ce colloque se propose par-là d’explorer l’actualité politique de sa pensée en réunissant des chercheur·es issu·es d’horizons disciplinaires variés, créateur·ices et militant·es, pour donner des éléments de réponse aux questions suivantes : comment les concepts et diagnostics forgés par Fisher – du « réalisme capitaliste » et de la généalogie du néolibéralisme à sa réappropriation du concept d’« hantologie » ou l’idée d’« acidcommunisme » – résonnent-ils dans la situation politique où se trouve le monde aujourd’hui, et où l’émergence d’un technofascisme va de pair avec une extrême-droitisation des esprits ? Et comment hériter de la question qui, pour Fisher en bon disciple du Marcuse d’Éros et civilisation, a jusqu’au bout été de savoir comment faire du dépassement du capitalisme et de sa propre économie psychique un horizon éminemment désirable ?
Programme
Jeudi 26 mars 2026
Amphi Gay Lussac, 41, rue Gay-Lussac, 75005 Paris
9h30 – Accueil des participant·e·s
9h45 – 10h10 | Ouverture du colloque
- Joan Grandjean (Université Rennes 2, PTAC) et Haud Guéguen (CNAM, Paris, CRTD et Sophiapol) - Pourquoi Mark Fisher ?
Panel 1 : Démanteler le réalisme capitaliste
Modération : Ariane Mintz (Université Paris 8, LLCP)
10h20 – 10h45
- Vincent Chanson (Université Paris-Nanterre, Sophiapol, Éditions Sans soleil) - Hantologie du Continuum Hardcore : Fisher critique culturel
10h45 – 11h10
- Benjamin Gizard (EHESS, CEMS) Des spectres hantent le technofascisme : Mark Fisher, David Graeber et la guerre du temps
11h10 – 11h35
- Christian Laval (Université Paris-Nanterre, Sophiapol) - Mark Fisher et le nouvel esprit de la révolution
11h35 – 12h00 | Discussion
12h00 – 14h25 | Déjeuner
Panel 2 : Par-delà le nihilisme : vers de nouveaux réalismes
Modération : Frédéric Neyrat (University of Wisconsin – Madison)
14h30 – 14h55
- Antoinette Rouvroy (FRS-FNRS / Centre de Recherche Information, Droit et Société (CRIDS), Université de Namur) - De l’uncanny fisherien à la transcendance minimale de la faille : défaire le réalisme algorithmique
14h55 – 15h20
- Tristan Pellion (Université Paris-Nanterre, HAR) - Réalisme capitaliste et ontologie du déjà
15h20 – 15h45
- Christophe Bruno (artiste) et Chrystelle Desbordes (historienne d’art et éditrice) - "C’est extra – Imaginaires et réalisme extraterrestre", un projet curatorial et éditorial traversé par le réalisme capitaliste de Mark Fisher
15h45 – 16h10 | Discussion
16h10 - 16h30 | Pause
Panel 3 : Un spectre hante le néolibéralisme
Modération : Joan Grandjean (Université Rennes 2, PTAC)
16h30 – 16h55
- Adrien Ordonneau (Université Rennes 2, PTAC) - À la recherche du pharmakon oublié de Mark Fisher : Le style musical IDM par-delà le réalisme capitaliste
16h55 – 17h20
- Caio Francisco Azevedo (Université Paris 8, EDESTA) - Post-hantologie et limites du paradigme spectral : à l’écoute des fantômes de Fisher
17h20 – 17h45
- Héloïse Gruz (Université de Montréal, laboratoire “Création sonore”) - Pour une lecture apocalyptique de Mark Fisher
17h45 – 18h10 | Discussion
Vendredi 27 Mars 2026
Amphi Georges Friedmann, 292, rue Saint-Martin, 75003 Paris
Panel 4 : Sortir des limbes
Modération : Haud Guéguen (CNAM, Paris, CRTD et Sophiapol)
10h00 – 10h25
- Charlotte Pangrazzi (Université Paris 1) - Dépression, consolation critique et lucidité utopique
10h25 – 10h50
- Thibaut Vaillancourt (SNSF, Goldsmiths, University of London) - Subjectivations néolibérales et dispositifs pulsionnels autoritaires. Fisher entre la France et le Cône Sud
10h50 – 11h15
- Aurélien Fouillet (ENS Paris-Saclay/Ensci les ateliers) - Weird and Eerie design. Marcuse, Ballard, Fisher : Proposition pour une thérapeutique psychique planétaire
11h15 – 11h40 | Discussion
12h00 – 14h30 | Déjeuner
14h30 – 16h30 | Table ronde - Le communisme-acide comme base de mutations révolutionnaires
Ouverture et modération : Christophe David (Université Rennes 2, HCA) et Frédéric Neyrat (University of Wisconsin – Madison)
Intervenant·e·s :
- Clémence Agnez (Université Paris-Nanterre, HAR)
- Julien Guazzini (Traducteur et membre des éditions Sans soleil)
- Guillaume Heughet (GRIPIC-Sorbonne Université, Éditions Audimat)
- Zoé Mary-Roulier (Université Paris 8, LLCP)
Soirée de clôture
Cinéma La Clef Revival, 34, rue Daubenton, 75005 Paris
20h00 | Projection
Projection de London (Patrick Keiller, 1994, 1h25) à La Clef Revival, cinéma associatif et autogéré, vec une présentation de Miguel Armas et Lucas Gouin (La Clef Revival) et Ariane Mintz (Université Paris 8, LLCP
London se présente comme un journal imaginaire de l’année 1992, moment de troubles politiques et économiques au Royaume-Uni, marqué notamment par la réélection du premier ministre John Major. Le narrateur y accompagne Robinson, théoricien marginal et solitaire – dont il fut autrefois l’amant – dans une enquête obsessionnelle sur le « problème de Londres », arpentant la ville comme on examine une archive vivante. Chaque lieu devient l’indice d’une transformation plus vaste : celle d’une capitale passée du centre industriel à un espace abstrait dominé par la circulation des signes et des flux financiers. Comme l’écrit Mark Fisher dans Spectres de ma vie, le film constitue une étude « mélancolique, d’une douce colère » d’une ville façonnée par treize années de gouvernement conservateur et par l’avènement d’un capitalisme post-fordiste, où l’industrie a été remplacée par « l’immatérialité spectrale de ce qu’on nomme l’économie de services ». Par ses plans fixes et son commentaire ironique, l’œuvre mêle fiction et essai pour saisir Londres dans des moments d’épiphanie ; la dérive urbaine y devient alors une méthode de connaissance, et la contemplation, une manière de rendre visible l’histoire sociale inscrite dans le paysage quotidien.
- Séance à prix libre + adhésion annuelle de 5 à 15 €, selon vos moyens
- Le café/bar et la billetterie ouvrent à 19h00
21h45 | Bar du Cinéma La Clef Revival
Verres, discussions informelles et dancefloor
Informations pratiques
Lieux :
Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), Paris
- Amphi Gay Lussac, 41, rue Gay Lussac, 75005 Paris
- Amphi Georges Friedmann, 292, rue Saint-Martin, 75003 Paris
Cinéma La Clef Revival
- 34, rue Daubenton, 75005 Paris
Ce programme est susceptible de modifications mineures
Contact
- colloque.mark-fisher@proton.me
Subjects
Places
- Amphi Georges Friedmann - 292 rue Saint-Martin
Paris, France (35000)
Event attendance modalities
Full on-site event
Date(s)
- Thursday, March 26, 2026
- Friday, March 27, 2026
Attached files
Keywords
- cultures visuelles, musique populaire, punk, science-fiction, postcapitalisme, acid-communisme, hantologie, réalisme capitaliste
Contact(s)
- Haud Guéguen
courriel : colloque [dot] mark-fisher [at] proton [dot] me - Joan Grandjean
courriel : colloque [dot] mark-fisher [at] proton [dot] me
Reference Urls
Information source
- Joan Grandjean
courriel : colloque [dot] mark-fisher [at] proton [dot] me
License
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To cite this announcement
« Mark Fisher - Spectres du passé et réouverture des possibles », Conference, symposium, Calenda, Published on Monday, March 09, 2026, https://doi.org/10.58079/15u32

