Migrations et marchés du travail
Revue Mondes & Migrations
Published on Friday, March 13, 2026
Abstract
Les articles de ce numéro de la revue interrogeront à la fois les contextes nationaux ou régionaux et les secteurs économiques où les migrations sont essentielles, mais aussi les stratégies sociales, économiques, morales, émotionnelles ou encore digitales que les migrants développent pour prendre une place dans les marchés du travail des économies post-globales.
Announcement
Argumentaire
Vingt ans après la parution du numéro spécial « Migrations et marché du travail. Un siècle d’histoire » coordonné par Laure Pitti (Hommes et Migrations, n°1263, Septembre-octobre 2006. Immigration et marché du travail. Un siècle d’histoire. - Persée), suivi ensuite par un autre numéro portant sur la dynamique de la « Mondialisation et migrations internationales » (Hommes et Migrations, n°1272, Mars-avril 2008. Mondialisation et migrations internationales. - Persée), les mobilités humaines se poursuivent dans un contexte de mondialisation économique, caractérisé par la multiplication des échanges et des interactions entre les économies globalisées. Les questions des relations entre les migrations et les divers mondes du travail sont aujourd’hui plus que d’actualité.
Le rôle des migrations sur le marché du travail en France et dans le monde
Malgré ce contexte de mondialisation qui réoriente les études économiques sur les migrations, la recherche sur la relation entre réalités migratoires et marché du travail s’est développée à l’échelle nationale comme un domaine actif en France, au Canada et dans d’autres pays. Cependant, les résultats de ces travaux sont peu diffusés dans les sociétés civiles et ne parviennent pas à déconstruire les clichés tenaces. L’impact de l’immigration sur le marché du travail apparaît comme une question récurrente et sensible. Les études montrent que l’immigration n’a généralement pas d’effet négatif sur les salaires, qu’elle n’exerce pas une concurrence directe dans la mesure où elle occupe des postes moins qualifiés dans les secteurs économiques peu attractifs (nettoyage, bâtiment, aide à la personne, etc.). Certains travaux suggèrent même un effet positif régulant les tensions sur le marché du travail et en répondant aux pénuries sur le marché du travail. D’autres montrent ainsi que le rôle des travailleurs étrangers est déterminant pour le fonctionnement de certains secteurs spécifiques (santé, service à la personne, agriculture, bâtiments et travaux publics, etc.). Sans cet apport de main-d’œuvre, ces secteurs seraient en crise et ne pourraient répondre à la demande croissante. D’autres travaux analysent les apports des migrations qualifiées, voire très qualifiées dans certains secteurs à haut potentiel d’innovation et de croissance (comme l’économie de l’IA) et la manière dont ils cherchent à être attractifs pour recruter ces compétences malgré la concurrence internationale. Enfin, des études analysent la manière dont les migrations conduisent à une segmentation du marché du travail, créant des « laboratoires de la flexibilité de la main-d’œuvre » dont les femmes migrantes ou immigrées font les frais.
Or, les dynamiques récentes de régionalisation, de renforcement des frontières, et de recomposition des blocs économiques modifient profondément les conditions de mobilité, d’emploi et d’insertion professionnelle des personnes en migration. La montée des nationalismes qui instrumentalisent l’immigration comme bouc émissaire et alimentent des discours anti-immigration crée des tensions dans les milieux du travail et de vie où cohabitent les populations migrantes et non migrantes. Ainsi, les travaux antérieurs sur les contributions indéniables des migrations aux marchés du travail mondialisés constituent un point d’ancrage nécessaire pour appréhender les reconfigurations actuelles des économies mondiales et des climats politiques. Comprendre ce qui se joue dans l’étape actuelle de la mondialisation implique donc d’articuler :
- les connaissances désormais bien établies sur le rôle structurel des migrations dans les marchés du travail nationaux ;
- les mutations contemporaines des économies régionalisées, qui transforment à la fois les trajectoires migratoires et les formes de participation économique et sociale des migrants ;
- les stratégies déployées par les personnes migrantes et les communautés pour contrer, négocier et contester les conditions adverses produites par des marchés du travail segmentés et des environnements politiques de plus en plus polarisés.
C’est dans ce contexte de recomposition des économies globales autour du localisme et du régionalisme, nourri par les crises financières, sanitaires et climatiques, par la montée des populismes, par le protectionnisme et par le durcissement des politiques migratoires, que s’inscrit ce numéro spécial.
Les conséquences des évolutions des économies régionalisées sur les migrations et le marché du travail
Une littérature émergente (Piketty, 2022; Flew, 2020; de Stefano, 2017) a récemment mis en évidence un ensemble de phénomènes qui tendent à ralentir, voire à inverser progressivement les dynamiques de la globalisation. Parmi ces phénomènes, on compte la crise financière mondiale de 2008, le Brexit, l’émergence de mouvements populistes à l’échelle globale, la montée des nationalismes et du protectionnisme économique, un renforcement de la sécurisation des frontières et du contrôle des migrations, ainsi qu’un essor du racisme et de la xénophobie, qui s’articulent à de nouvelles formes de capitalisme. À cela s’ajoutent les pandémies récentes, la crise climatique et une polarisation politique exacerbée autour de la question migratoire et des personnes en migration. Dans cette réflexion sur ce qui advient « après » l’économie globalisée, certains travaux soulignent une reconfiguration de celle-ci autour du localisme et du régionalisme, sous la forme de nouveaux blocs économiques et politiques (Roach, 2022). Cette tendance contribue à renforcer les inégalités socio-économiques et à produire de nouvelles formes de concurrence et de disparités, tant entre les nations qu’en leur sein, et entre les individus eux-mêmes (Stiglitz, 2017 ; Piketty, 2022). Toutefois, paradoxalement, tandis que l’économie mondiale tend à se régionaliser, les migrations internationales ne cessent de se globaliser.
Ce numéro adresse ce paradoxe au prisme des expériences et de pratiques de travail en migration dans un contexte de reconfiguration des économies et des marchés du travail locaux, régionaux et globaux. Des migrants aux profils sociaux, économiques et professionnels variables intègrent les secteurs formels et informels des marchés du travail mondialisés, que ce soit dans les principaux pays de destination en Asie, en Europe de l’Ouest, en Amérique du Sud comme du Nord, ou encore en Afrique. Les parcours de travail en migration se forgent à l’épreuve d’inégalités sociales, économiques, linguistiques, culturelles, ou encore religieuses et émotionnelles et de situations de disqualification statutaire et professionnelle. Alors que les frontières spatiales, sociales, économiques et professionnelles se multiplient, que des pôles migratoires périphériques émergent, l’inclusion différentielle (Andrijasevic, 2009) se normalise et des statuts juridiques précaires (Goldring et Landolt, 2013) se multiplient, couplés de situations de permanence impermanente (Ali, 2010 ; Bélanger et al. 2023; Bélanger et Silvey, 2020). Les migrants mobilisent alors des répertoires variables et créatifs de ressources pour prendre place sur des marchés du travail stratifiés et pour travailler.
Les articles de ce numéro de la revue interrogeront à la fois les contextes nationaux ou régionaux et les secteurs économiques où les migrations sont essentielles, mais aussi les stratégies sociales, économiques, morales, émotionnelles ou encore digitales que les migrants développent pour prendre une place dans les marchés du travail des économies post-globales.
Ainsi, ce numéro s’intéresse à la manière dont les stratégies migratoires jouent un rôle vital dans de nombreux secteurs des économiques nationales ou régionales qui ne pourraient pas continuer à fonctionner sans la présence des migrants dans ces secteurs. Il s’intéresse particulièrement à comment les migrants font preuve de créativité, d’inventivité entrepreneuriale, d’adaptation pour contourner les freins ou obstacles dans l’accès aux secteurs économiques “protégés” ou aux emplois de qualité. Ces stratégies diverses leur permettent de naviguer entre les inégalités, la précarité et l’insertion dans l’accès aux différents marchés du travail, en développant des expériences et des pratiques de travail diverses dans un but de survie ou de mobilité sociale.
Ces stratégies peuvent être traitées à travers les thèmes suivants :
Travailleurs essentiels, mais invisibles
- Le paradoxe du travail essentiel, du marché du travail mondialisé et de la dévalorisation des emplois occupés par les personnes migrantes dans les secteurs clés (par exemple: agriculture, soins à la personne, construction, agroalimentaire);
Segmentation du travail et inégalités structurelles
- Comme les personnes migrantes naviguent entre secteurs essentiels, emplois précaires et marchés segmentés ; déploient des tactiques d’accès, de contournement et d’adaptation ; construisent des trajectoires malgré les obstacles institutionnels, linguistiques, juridiques.
Transformations du travail et innovations migrantes : plateformes, entrepreneuriat et économies émergentes
- ig economy, plateformes numériques, microtravail ;entrepreneuriat migrant (local, transnational, numérique) ; nouvelles niches professionnelles créées ou transformées par les migrants.
Ces thèmes à l’intersection de la migration et du travail prennent forme à des échelles variables : locales et globales, matérielles et émotionnelles (Boccagni and Baldassar, 2015 ; Zani, 2020), physiques et digitales (Ponzanesi 2019 ; Zani 2025). Les stratégies déployées par les personnes migrantes émergent dans plusieurs régions du monde, dans les Nord et les Sud globaux. Elles sont mises en place par des migrants aux variés, avec de différents niveaux d’éducation, de compétences et pourvus de répertoires de ressources diverses.
Les articles originaux pourront prendre des formes diverses : Cas d’études empiriques inédits, réflexions méthodologiques, récits de terrains ou vignettes ethnographiques, interviews, ou encore dessins ou dossiers photo commentés.
Chaque article sera illustré par une planche illustrée en bande dessinée.
Modalités de soumission
Les propositions feront l’objet de l’envoi d’un texte de 1 000 signes ou 200 mots environ. Il inclura les questions de recherche, les données empiriques originales, la méthodologie de la recherche, les résultats à présenter, et une courte bibliographie (non incluse dans le compte des signes ou des mots, 5 à 10 titres principaux), et une biographie de 800 signes ou 150 mots environ pour chacun des auteurs. Les auteurs, dont la proposition aura été choisie, devront remettre un texte d’environ 25 000 à 30 000 signes, selon le calendrier ci-dessous en respectant rigoureusement les délais. Les propositions seront évaluées pour leur pertinence et leur alignement avec cet appel, ainsi que pour leur rigueur et leur originalité.
Les propositions sont à envoyer à marie.poinsot@palais-portedoree.fr,
avant le 30 mars 2026
Calendrier
- Début février 2026 : lancement de l’appel à contributions
- 30 mars 2026 : Date limite de réception des propositions avec Danièle Bélanger et Beatrice Zani
- 7 avril 2026 : Sélection des propositions et courriers de la revue aux auteurs pour les commandes de textes
- 6 juillet 2026 : Envoi des articles par les auteurs sélectionnés
- 7 septembre 2026 : Retour des textes aux auteurs avec résultat de l’évaluation par les pairs et demandes de révisions pour les textes acceptés
- 28 septembre 2026 : Envoi de la version finale des textes, après relectures et évaluations scientifiques
- 5 octobre 2026 : Editing des articles et validation par les auteurs
- Début janvier 2027 : Sortie du numéro de la revue
Coordinatrices
- Danièle Bélanger, Professeure, Chaire de recherche sur les dynamiques migratoires mondiales, Université Laval (Canada)
- Beatrice Zani, sociologue, chargée de recherche au CNRS/ CEFC.
Références
Ali, S. (2010). Permanent impermanence. Contexts, 9(2), 26-31.
Andrijasevic, R. (2009). Sex on the move: Gender, subjectivity and differential inclusion. Subjectivity, 29, 389-406.
Bélanger, D., Ouellet, M., Coustere, C., & Fleury, C. (2023). Staggered inclusion: between temporary and permanent immigration status in Quebec, Canada. Nationalism and Ethnic Politics, 1-14.
Bélanger, D., & Silvey, R. (2020). An Im/mobility turn: power geometries of care and migration. Journal of Ethnic and Migration Studies, 46(16), 3423-3440.
Boccagni, P., & Baldassar, L. (2015). Emotions on the move: Mapping the emergent field of emotion and migration. Emotion, Space and Society, 16, 73-80.
de Stefano, C. (2017). Reforming the governance of international financial law in the era of post-globalization. Journal of International Economic Law, 20(3), 509-533.
Flew, T. (2020). Globalization, neo-globalization and post-globalization: The challenge of populism and the return of the national. Global Media and Communication, 16(1), 19-39.
Goldring, L., & Landolt, P. (2013). The conditionality of legal status and rights: Conceptualizing precarious non-citizenship in Canada. Producing and negotiating non-citizenship: Precarious legal status in Canada, 2013, 3-27.
Piketty, T. (2022). A brief history of equality. Harvard University Press.
Ponzanesi, S. (2019). Migration and mobility in a digital age:(Re) mapping connectivity and belonging. Television & New Media, 20(6), 547-557.
Roach, S. (2022). Accidental Conflict: America, China, and the Clash of False Narratives. Yale University Press.
Zani, B. (2025). Bumps, hits and hurdles: multidirectional citizenship pathways across the Taiwan Strait. Ethnic and Racial Studies, 1-18.
Zani, B. (2020). WeChat, we sell, we feel: Chinese women’s emotional petit capitalism. International Journal of Cultural Studies, 23(5), 803-820.
Subjects
- Sociology (Main category)
- Society > Sociology > Sociology of work
- Society > Economics > Labour, employment
Date(s)
- Monday, March 30, 2026
Keywords
- migration, marché du travail
Reference Urls
Information source
- Marie Poinsot
courriel : marie [dot] poinsot [at] palais-portedoree [dot] fr
License
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To cite this announcement
« Migrations et marchés du travail », Call for papers, Calenda, Published on Friday, March 13, 2026, https://doi.org/10.58079/15va2

